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N’oublions pas le triple Alleluia à la Vigile Pascale

Tout le monde connaît le terme “Alleluia” que nous prenons chaque dimanche ou lors des messes en semaine, avant l’Evangile, en guise d’acclamation, sauf durant le Carême. Mais connaissez-vous le triple Alleluia de la Vigile Pascale ?

Un chant réservé à Pâques et au Temps Pascal

Il faut savoir que l’Alleluia, fut, au début – en tant que chant tel que nous le connaissons aujourd’hui – un chant réservé à Pâques et au Temps pascal ; ce n’est que petit à petit qu’il fut étendu au reste de l’année liturgique, excepté pour le Carême. En effet, la liturgie du Carême avait déjà atteint son développement au moment de la formation des Alleluia; ceux-ci n’ont donc jamais pénétré le temps pénitentiel. C’est improprement que l’on écrit parfois que «le Trait remplace l’Alleluia pendant le Carême». En fait, ce chant n’a jamais pénétré dans le Carême et n’a donc jamais non plus été remplacé par le Trait. Au contraire, en sortant du Temps Pascal, l’Alléluia a chassé les Traits là où ils existaient, sauf du Carême.

Peu à peu, certains rites s’effacent, soit par une méconnaissance liturgique (et un manque d’intérêt), soit par une simplification à outrance. Prenons l’exemple de l’Alleluia qui, nous le venons de lire, était dédié à la base au Temps Pascal. Banni des églises durant les 40 jours du Carême, la liturgie de l’Eglise demande que soit chanté le triple Alleluia qui montre par cet appel qu’il a de nouveau droit de cité, cet Alleluia qu’autrefois (et encore selon le Vetus Ordo) on déposait solennellement la veille de la Septuagésime. Une sorte d’adieu avant la résurrection…

Dans bien des paroisses, lors de la Vigile Pascale, après l’épître, on chante l’Alleluia pour acclamer l’Evangile, avant que ne soit lu l’Evangile de la Résurrection. En bref, on fait comme tous les dimanches, alors même que, si l’on chante « alléluia » avant l’Annonce de l’Evangile, c’est en quelque sorte en souvenir de son « entrée solennelle» lors de la Vigile Pascale, pour qu’il devienne le chant par excellence du Jour de Pâques. Mais un autre élément serait aussi à prendre en compte et à mettre en perspective avec deux autres éléments liturgiques de la Semaine Sainte.

Un lien avec les autres rites du Triduum

Lors de l’Office de la Croix, qui a lieu le Vendredi Saint, tandis qu’est élevée de plus en plus haut cette croix que l’on dévoile, le célébrant (ou le diacre) chante par trois fois

Ecce lignum crucis, in quo salus mundi pependit / Voici le bois de la croix, qui a porté le salut du monde.

L’assemblée répond alors :

Venite adoremus / Venez adorons-le

Lors de la Vigile Pascale, dans la pénombre s’élève lentement la flamme éclatante du cierge pascal, cette lumière du Christ qui a transpercé les ténèbres, le prêtre lance, sur des tonalités de plus en plus hautes :

Lumen Christi / Lumière du Christ

et l’assemblée répond alors :

Nous rendons grâce à Dieu !

 

Puis, après les lectures et psaumes prévus dans la liturgie de cette Vigile pascale, à l’issue de l’Epître, le Missel Romain  (précisé par le Cérémonial des évêques ou encore la lettre circulaire De festis Paschalibus) invite le célébrant à chanter le triple Alleluia, qui n’est pas à confondre avec l’Alleluia prévu pour l’acclamation de l’Evangile. En effet, voici ce qui est dit :

N° 87 “De festis Paschalibus”  : “Ensuite tous se lèvent, et le prêtre entonne par trois fois l’Alléluia, en élevant le ton à chaque fois, et le peuple reprend l’acclamation sur le même ton.” 

Précisons ici par un extrait du Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses :

L’Alleluia ayant été banni de l’église depuis un certain temps, il n’est pas inconvenant que les préparatifs pour son retour s’effectuent dans un petit moment de silence. Ainsi, le cérémoniaire attendra la fin de l’épître pour conduire au siège, sans précipitation, le maître de chapelle (qui laisse la schola aux soins de son second), et pour y faire venir le porte-livre. En certaines églises, l’usage est qu’un servant s’approche alors du prêtre au siège pour déclamer : Reverende Pater, annuntio vobis gaudium magnum, quod est Alleluia[298] Ainsi averti, le prêtre se lève avec toute l’assemblée.

En suivant, s’il y a lieu, les modulations chantées à mi-voix par son maître de chapelle qui s’est placé à son côté, le prêtre chante Alleluia sur la mélodie donnée au missel, de manière douce dans un ton assez bas. [299] La schola et l’assemblée le répètent ensemble sur la même mélodie et dans le même ton. Il n’y a rien de choquant si ce premier essai comporte quelques hésitations de part et d’autre (que le maître de chapelle saura retenir dans les limites raisonnables).

Une deuxième fois – toujours soutenu, si c’est utile, par son maître de chapelle – le prêtre chante le mot jusqu’alors exclu de la liturgie, sur la même mélodie, mais dans un ton un peu plus élevé, [300] et d’une manière plus assurée, que la schola et l’assistance répètent. La troisième fois, il le chante dans le ton où il est le plus à l’aise et en mettant toute la force de sa voix ; la schola et l’assemblée le répètent dans le même ton et avec l’enthousiasme qui convient à ce mot qui, à lui seul, par la grâce de Dieu, a suffi pour mettre en déroute des armées païennes. Puis la schola chante le psaume Confitemini[301] tandis le maître de chapelle se retire du siège pour rejoindre ses choristes, et le prêtre s’assied.

Il n’y a pas lieu de se hâter pour l’imposition d’encens, car le psaume Confitemini, qui suit le triple Alleluia, dure bien plus longtemps qu’un verset ordinaire. [302] Habituellement, le second cérémoniaire fait rallumer les cierges du clergé, des servants et de l’assistance durant le psaume, aussitôt après le triple Alleluia. Lorsque le prêtre a imposé l’encens, au siège, assisté par le diacre de la manière ordinaire, le diacre demande et reçoit la bénédiction donnée par le prêtre debout, tandis que le second cérémoniaire conduit le thuriféraire et deux servants devant l’autel, à l’endroit usuel du départ de la procession à l’ambon. Ces deux servants ne portent pas les chandeliers (qui ne sont pas employés à cette Messe) [303] ; toutefois, ils se placent comme s’ils les portaient, mais ils tiennent leurs mains jointes.

Source : Cérémonial de la Sainte Messe à l’usage ordinaire des paroisses, suivant le Missel Romain de 2002 et la pratique léguée du rit romain. 

Le constat est le suivant :  dans un bon nombre de paroisses, nous n’avons trop souvent qu’un Alleluia en guise d’acclamation, et on omet plus ou moins volontairement, souvent par ignorance, parfois parce qu’on ne voit l’utilité de multiplier les rites dans cette longue cérémonie, le triple Alleluia. Sur les sept lectures on n’en garde que trois, et parfois nous avons tendance à voir comment éviter de trop rallonger cette messe qui pourtant devrait être la plus importante pour nous, chrétiens !
Il s’avère que cet élément, qui n’est pas un choix donné au célébrant, est obligatoire, à l’instar des séquences (comme le Victimae Paschali à Pâques ou le Veni sancte Spiritus à la Pentecôte) qu’on laisse trop souvent de côté. Or cet élément n’est pas juste pour le décorum, mais possède un sens qui fait écho aux dimensions stationnales du Triduum que j’ai évoqué en début de cet article : monstrance de la Croix le Vendredi Saint et monstrance du cierge pascal lors de l’entrée dans l’église. Le lien entre Passion, Résurrection est très fort par ces deux rites et l’Alleluia, acclamation par excellence du Christ ressuscité, base de notre foi.

Une action de grâce

L’Abbé Emmanuel Bohler, spécialiste de la liturgie et de la musique liturgique, dans une étude très intéressante sur la question, affirme :

La veillée pascale comme ce moment où le Règne de Dieu, par la Résurrection de son Fils, est annoncé et chanté par l’Exultet, et qui permet de vivre ce passage, cette Pâques. A la suite de l’annonce, « l’Entrée » de l’Alléluia pour entonner le « Chant Nouveau » avant d’entendre le passage de l’Ecriture qui nous raconte l’événement de la Résurrection… Par le baptême nous sommes libérés et vivant ! Puis va s’ouvrir alors le temps pascal: temps d’action de grâce pour la libération, jusqu’à la louange universelle, expérience de Pentecôte! Un alléluia permanent! Que l’on verra s’adjoindre à toutes les antiennes, et qui pourra même suppléer le refrain du psaume responsorial lors de la messe!

Le temps pascal, caractérisé par le mot alléluia, est le déploiement musical, du Seigneur qui REGNE, et dont son REGNE n’aura pas de FIN! C’est LE MOT pour évoquer la louange du Ciel, l’éternelle ACTION DE GRÂCE!

Tout comme l’Exultet, ce triple Alleluia – tournant au sein de la Veillée pascale –  nous mets un pied dans l’éternité chant concordant de la terre et de la Jérusalem céleste. Il serait donc dommage de passer à côté.

En résumé :
A la lecture des éléments ci-dessus, nous comprenons bien qu’après la lecture de l’épître, le prêtre doit obligatoirement entonner le triple “Alleluia” (d’un ton bas à un ton plus élevé), qui est répété ensuite par la Schola et/ou l’assemblée. 

La Schola doit enchaîner avec le Psaume responsorial “Confitemini” (Psaume 118, 1-10) et reprendre de nouveau un “Alleluia” pour l’Évangile. Les psaumes et hymnes de la Semaine Sainte ont donné des chefs -d’oeuvre musicaux par de grands compositeurs. Haydn, pour ne citer que lui, propose ainsi une version à 4 voix mixtes du Confitemini.

Retenons simplement ici que le triple Alleluia n’est pas une option, et il serait souhaitable de le revoir dans nos paroisses, et d’en expliquer le sens aux fidèles. La liturgie est pleine de trésors cachés qui ne demandent qu’à être saisis pour nous aider dans notre vie de foi et éviter de vivre la Sainte Messe comme une routine. Ce triple Alleluia participe à la solennité de l’instant en cette messe de la Nuit de Pâques, nous introduisant dans la louange céleste ! Pour reprendre les termes de l’abbé Bohler, l’ALLELUIA n’est peut-être pas tant l’action de grâce pour la victoire du Ressucité, que le CHANT NOUVEAU du Peuple des Sauvés qui ENTRE dans le ROYAUME DE DIEU[…] Lalléluia ENTRE dans la VEILLEE PASCALE, afin que l’Eglise entière puisse derrière lui, ENTRER dans l’écoute, l’accueil et l’intelligence des Ecritures, pour y reconnaître et confesser la Présence de Dieu!”

Ci-dessous, un exemple liturgiques du triple Alleluia :

 Source : Notre Dame des Neiges

 

298- Strictement, cette déclamation n’appartient qu’à la liturgie pontificale, cf. CE 1984, n. 352, mais, depuis plusieurs décennies, au moins, l’usage se répand dans les églises où le célébrant est simple prêtre (mais en changeant Reverendissime en Reverende, évidemment). En principe, la déclamation – comme le chant de l’épître qui la précède, et la préintonation à mi-voix dans l’oreille du célébrant qui suit – appartient au sous-diacre. Face à l’absence prolongée de ce ministre, l’usage de quelques églises confie la déclamation (qui n’est pas chantée) au plus jeune des enfants de chœur qui s’en montre capable. Remarquons qu’il s’agit d’annuntio vobis : si l’annonce est adressée au prêtre, elle est néanmoins à entendre par tous.

299- MR 2002, Vig. Pasc., n. 34, confirme CE 1984, n. 352, en marquant comme obligatoire le triple Alleluia répété. On suppose que le maître de chapelle est capable de faire chanter, qu’il connaît les caractéristiques de la voix du prêtre, et que celui-ci lui fait entièrement confiance en ce domaine. Lorsque ces conditions sont réunies, il n’est guère nécessaire que le prêtre passe la dernière journée du temps pénitentiel en répétant sans fin Alleluia à la sacristie : il devrait suffire qu’il en fasse une brève préparation en privé avec son tuteur, confiant qu’il saura ensuite le chanter convenablement avec son soutien. Ce triple chant répété de l’Alleluia constitue manifestement des retrouvailles, où le prêtre enseigne de nouveau à son peuple cette louange pascale, oubliée depuis un certain temps ; mais ce sont des retrouvailles, non seulement pour le peuple, mais aussi pour le prêtre, et il n’y a donc, en cette occasion, aucune raison pour que celui-ci, en donnant une leçon essentiellement spirituelle, se prive (si c’est utile) du soutien de celui qui est chargé de donner les leçons musicales. Toutefois, MR 2002, Vig. Pasc., n. 34, permet explicitement que le musicien (en tout cas, le psalmiste) chante en premier la louange de Dieu, si le prêtre s’en sent vraiment incapable.

300 – Il n’est pas nécessaire d’introduire un grand écart entre les tons successifs ; le maître de chapelle préférera souvent les restreindre au minimum, pour le confort aussi bien du prêtre que de l’assistance. Parfois l’habileté du maître de chapelle – jointe à la docilité de l’assistance, surtout du diacre et des servants les plus rapprochés – lui permet d’élever le ton cinq fois (plutôt que deux), chaque intervalle étant à peine perceptible en soi, de manière que le prêtre et son peuple s’entraînent réciproquement vers le haut.

301- Remarquons que si on prend Confitemini sous la forme d’un psaume responsorial, il serait probablement mieux de ne pas reprendre le grand Alleluia comme refrain du psaume, mais d’en utiliser un autre.

302- Toutefois, il ne dure pas suffisamment longtemps pour qu’on puisse confortablement attendre ce moment pour rallumer l’encensoir : il faut penser à le faire avant.

303- MR 2002, Vig. Pasc., n. 35.

 

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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