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Un comité de chapelle est-il essentiel à la vie d’une chapelle ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Dans le cadre de SKOL AR PARDONIOU, nous produisons une série d’articles qui permettent de remettre certains aspects en perspective concernant la vie de nos chapelles et de nos sanctuaires bretons, pour mieux appréhender l’avenir.

charitéEn Bretagne, de nombreuses chapelles sont entretenues par des bénévoles réunis au sein d’une association loi 1901 ordinairement appelée “comité de chapelle”. Si les lieux appartiennent le plus souvent aux collectivités locales et plus rarement aux diocèses, et si les curés locaux en sont les affectataires, le soutien logistique et la vie de ces chapelles sont assurés bien souvent par ces comités.

Un comité de chapelle est-il donc utile à la vie d’une chapelle ou d’un sanctuaire, ou peut-on s’en passer ? La question se pose à une époque où certaines de ces associations peuvent devenir moribondes par manque de sang neuf. Car si l’on y trouve un nombre notable de retraités qui se donnent sans compter, les nouvelles générations semblent aux abonnés absents, à quelques exceptions près.

Nous ne nous étendrons pas dans cet article sur cet aspect, mais sur un autre point : un comité de chapelle est-il essentiel pour que vivent nos édifices ?

Au premier plan, sans aucun doute, car les bénévoles qui constituent ces comités sont ceux qui défrichent, qui restaurent, qui créent des événements pour gagner de l’argent au profit de la restauration des édifices et de leur entretien. Ces gens de bonne volonté – pour reprendre le sens étymologique du mot bénévole – participent, chacun selon ses charismes et ses compétences, au respect du projet chrétien d’honorer Dieu et au désir collectif d’affirmer la communion du quartier, du hameau, de la trêve ou de la confrérie par sa force créatrice. L’Eglise et les collectivités locales se sont donc accommodées de ces associations (qui ont fleuri notamment dans l’élan de restauration des chapelles initié par Gérard Verdeau via Breiz Santel) fonctionnant plus ou moins comme les conseils de fabrique d’autrefois*. Certes, on en profite pour s’offrir un coup à boire, organiser un repas entre bénévoles, mais tout cela contribue à tisser des liens et à faire vivre une certaine “ecclésialité”, avec des cathos convaincus, des chrétiens du bout du banc, voire des personnes qui ne mettent presque jamais les pieds à l’église, mais se donnent parce qu’elles aiment leur chapelle de quartier. Chaque association contribue ainsi à cette vitalité culturelle et spirituelle, avec ses hauts et ses bas, mais toujours avec cette volonté des bénévoles de faire vivre ces lieux, chacun avec son chemin de foi plus ou moins prononcé. Quand on voit l’importance du nombre de comités de chapelles dans un diocèse, importance qui n’a rien à envier à d’autres mouvements, on se demande d’ailleurs pourquoi ces groupes ne sont pas plus accompagnés que cela dans une approche missionnaire.

Face à des comités inexistants ou d’autres parfois jugés trop puissants (ce qui peut arriver si les bénévoles oublient qu’ils sont “au service”), il peut aussi exister une tentation paroissiale de reprendre parfois la main, parce quelques bonnes âmes ponctuelles semblent bien mener la barque. Cette tentation peut alors mener à une mise en sommeil ou une dissolution du comité. Mais ce calcul à court terme qui peut probablement fonctionner quelques années ne peut être une solution à moyen et long terme. Car en ce qui concerne les chapelles, tout se joue au niveau des quartiers et des petits bourgs. Sans comité de chapelle, les bénévoles, se sentant mis de côté, ne se mobiliseront plus ou si peu. Pour de multiples raisons, on ne peut compter à long terme sur une centralisation paroissiale pour pallier au déficit de bénévoles.

Sur l’ensemble de la Bretagne, la majorité des chapelles dont les comités ont disparu faute de bénévoles (soit par manque de renouvellement, soit du fait d’une politique ecclésiale locale qui aurait oublié de s’inculturer) sont devenus dans la foulée des tombeaux ou des lieux saints en soins palliatifs. Le pardon qui n’était plus désormais que le seul rendez-vous s’est lui aussi étiolé, et la ruine est alors arrivée …ou semble inéluctable. Des exemples existent sur l’ensemble des diocèses bretons.

L’enracinement, qui prend corps dans cette vie associative, est un outil qu’il ne faut pas négliger et qu’il importe même d’accompagner pastoralement si l’on a une vision d’avenir, particulièrement à l’heure où l’entretien mutualisé du patrimoine est une question qui se pose, sujet pour lequel les comités de chapelles sont finalement précurseurs depuis longtemps. Un comité de chapelle, composé de gens du cru s’impliquant dans l’ensemble des tâches et capable de se renouveler, est donc essentiel à la vie et au futur d’une chapelle, qu’elle soit petite chapelle au fond d’un bois ou sanctuaire de bord de mer.

* Par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, les fabriques avaient été supprimées.

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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