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“1488”: un son et lumière sur la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier

Les 4, 5, 6 et 7 juillet 2019, l’Association 1488 , forte de plus de 350 adhérents et d’environ 250 bénévoles actifs et figurants, donnera 4 représentations théâtrales en son et lumière « 1488 » sur la bataille de Saint-Aubin du Cormier dans son contexte historique, bataille qui amorça la perte d’indépendance de la Bretagne.

Ces représentations historiques auront lieu au château de la Giraudais, à Mézières Sur Couesnon, au nord du champ de la bataille de Saint-Aubin du Cormier. La Compagnie de la Giraudais, composée de combattants et d’artisans, a été créée à cet effet.

VOICI UN RÉSUMÉ DU SPECTACLE EN QUELQUES REPÈRES HISTORIQUES :

NANTES 1487 : François II, le duc de Bretagne, arrive à Nantes accompagné de ses filles, Anne et Isabeau. L’armée de France attaque Nantes, ce qui l’empêche de rejoindre son château. Finalement, les Bretons repoussent l’armée du roi.

St-AUBIN-DU-CORMIER 1487 : Les villageois vaquent à leurs occupations quand l’armée du roi de France arrive et attaque le château. Les Bretons sont trop peu nombreux pour espérer une victoire : ils finissent par accepter la reddition.

Le 28 JUILLET 1488 : La bataille de St-AUBIN-DU-CORMIER. A coté des 6500 bretons menés par le maréchal Rieux, 440 archers anglais, 800 lansquenets germaniques, 3500 gascons, basques et castillans.

Avec les 10000 français mené par le commandant de La Trémoille, 5000 suisses, quelques napolitains et génois.

En quatre heures, c’est 7500 morts sur la lande : 6000 coté breton et 1500 coté français…

Le duc François II doit signer à contre cœur le traité du Vergé, dans lequel il s’engage à faire sortir toutes les troupes étrangères au duché, à rendre hommage lige à Charles VIII, le roi de France, et à demander l’accord du roi pour marier ses filles.

A la mort du duc, quelques mois plus tard, Anne de Bretagne devient duchesse à 11 ans.

A 14 ans, elle n’a pas d’autre choix que d’épouser le roi Charles VIII et devient reine de France. Ce mariage durera 10 ans sans qu’aucun enfant ne survive.

Elle épouse en seconde noce Louis d’Orléans devenu le roi Louis XII, qui a combattu à St Aubin du Cormier du coté breton. 5 ans plus tard elle retourne en Bretagne à la rencontre de son peuple et réalise son Tro Breizh.

L’indépendance de la Bretagne acceptée par Louis XII prendra fin en 1532 sous François 1er…

 

TARIFS BILLETTERIE SPECTACLE :

  • Jeudi 4– Vendredi 5– Dimanche 7 juillet: Adultes : 20 € / Enfants moins de 12 ans: 15 €
  • Samedi 6 juillet : Adultes : 23 € / Enfants moins de 12 ans : 16 €.
  • Parkings sur place (gratuits)
  • Réservez rapidement vos places sur le site de l’association

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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Un commentaire

  1. AUX HEROïQUES MAIRES ET DEPUTES DE BRETAGNE.

    28 JUILLET 1488 : LES ARMEES FRANCAISES DETRUISENT LES ARMEES BRETONNES A SAINT-AUBIN-DU-CORMIER.

    En ce mois de juillet 1488, les armées françaises, sans aucune autre raison que de vouloir s’emparer d’un pays qui n’ appartient pas au roi de France, ont envahi le duché souverain de Bretagne depuis un an.

    Le duc de Bretagne François II est malade, ses filles Anne et Isabeau, âgées de onze et de dix ans, sont encore des enfants ; les armées bretonnes sont hors de situation de faire face aux énormes ressources mobilisées par le royaume ennemi, dix fois supérieures à celle de la Principauté.

    Le duc et le gouvernement breton n’ont cessé de demander la paix. Chose impensable, la France les accuse d’être les agresseurs, et d’avoir « encommencé » la guerre, et de ne demander la paix que pour « amuser » le roi, c’est-à-dire le tromper (sic : c’est incroyable mais c’est vrai, ces accusations grossières vont être répétées jusqu’à la fin de l’invasion).

    Depuis un an, les dégâts perpétrés en Bretagne sont colossaux : Nantes a résisté dans des conditions héroïques en juin et en juillet 1487, mais le pays a été mis à feu et à sang : des villes sont aux mains des Français, des milliers de femmes ont été violées, des murailles ont été abattues, les fermes ont été pillées, le duc a été poursuivi là où il a trouvé refuge, on veut le destituer avec ses filles, des milliers de Bretons ont été torturés, dépouillés, mis à mort. On a compris : l’action civilisatrice de la France est commencée, elle se poursuit encore en 2019.

    Le refus absolu de la France de vouloir même envisager de discuter de l’arrêt des hostilités, rend inéluctable l’affrontement des armées bretonne et française. La rencontre fatidique se produit à Saint-Aubin-du-Cormier, à la fin du mois de juillet.

    Cette bataille, la première de cette importance depuis le début de cette guerre, dont la seule évocation provoque encore des sentiments violents chez les Bretons d’aujourd’hui, est le jour considéré comme le plus noir de l’histoire de la Bretagne. Chaque peuple a connu des défaites sanglantes, qui ont marqué les esprits : les Français à Waterloo, les Ecossais à Culloden, les Anglais à Castillon, les Espagnols avec leur invincible Armada, les Turcs à Lépante ..

    La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier a été décrite avec tant de précision, notamment par Bouchart, d’Argentré, Lobineau, Morice, La Borderie, qu’il est inutile d’y revenir en évoquant trop de détails.

    Du côté breton, on cultive le pessimisme, à juste titre. On se trouve en très nette situation d’infériorité ; les renforts espérés des Anglais ne sont toujours pas arrivés, sauf le petit contingent commandé par Lord Scales, qui ne comporte plus que 300 hommes, 400 ayant été tués depuis leur arrivée en Bretagne l’année précédente ; les Allemands sont au nombre de 800 (La Borderie, page 550).

    Le commandement breton est manifestement déficient, et très divisé. Le duc, qui n’a jamais été un soldat, et qui n’a guère fait que de la figuration lorsqu’il s’est transporté à la tête de ses armées, est hors d’état de commander ses troupes, et se tient à distance, à Couéron, sur les bords de la Loire. Cela vaut mieux pour tout le monde, car il est incapable de conduire une armée, et même, à cette époque, de bien comprendre ce qui se passe, car son cerveau, aux dires de Bouchart, est déjà délabré. Ce château de Couéron est l’une de ses résidences favorites. Du temps de sa maîtresse Antoinette de Maignelais, il y donnait des fêtes somptueuses.

    Le commandement breton est confié à trois hommes qui ne s’entendent pas. Rieux, maréchal de Bretagne, qui commande en chef, déteste le duc d’Orléans, français influent auprès du duc, et qui bénéficie de sa faveur, voire de son affection. Albret, arrivé en Bretagne avec ses troupes, et Louis d’Orléans se détestent également ; ils sont rivaux, au moins virtuellement, puisque le duc a promis sa fille à tous les deux, bien que le duc d’Orléans soit encore marié à la fille du roi Louis XI. Ces divisions sont connues du camp français. Charles VIII, le 15 juillet, écrit : « On nous a dit de plusieurs lieux que les Bretons ne peuvent faire rassembler leurs gens, qu’ils sont en grande division, et qu’ils sont très mal prêts ni à assiéger ni à combattre » (Correspondance de la Trémoille, page 178). Orléans, au cours d’une séance du conseil ducal, a qualifié Albret de traître – ce qu’il est, sans aucun doute, tous le savent. Selon certaines sources, Albret va tenter de le faire assassiner à Saint-Aubin-du-Cormier. (S’il y avait eu des fiches d’identité à l’époque, on aurait indiqué pour Albret : profession : traître). Orléans, pour aggraver les choses, n’ayant pas encore fait rompre son mariage avec Jeanne de France, soutient ostensiblement la candidature de Maximilien d’Autriche à la main de la princesse Anne, tandis que Rieux a pris le parti d’Albret. Pour des chefs qui doivent combattre ensemble, ce qu’il sont obligés de faire, c’est de mauvais augure.

    Du côté français, le commandement est compétent et uni. Le choix de la Trémoille, lieutenant général depuis le mois de mars et commandant en chef, va se révéler bénéfique pour leur camp.

    Les armées bretonnes n’ont donc pas de chef véritable, qui puisse les tenir toutes en mains, ni surtout leur impulser la foi de vaincre. Le maréchal de Rieux, est un soldat obstiné, et qui se comporte avec vaillance sur le terrain. Mais cela ne suffit pas. Il est agressif, hautain, certainement peu aimé de ses troupes. Sa fiabilité est mise en doute par certains : quelle confiance peut-on avoir dans un homme qui a trahi plusieurs fois son pays au bénéfice des Français, et qui a été acheté par eux ? (La Borderie, IV, page 528). (1) De plus, on fait courir le bruit que les seigneurs français réfugiés en Bretagne, en particulier Orléans et Orange, sont de connivence avec l’ennemi. Ce qui paraît crédible, surtout pour le prince d’ Orange.

    Une revue générale des armées bretonnes a lieu à Andouillé le 24 juillet. L’avant-garde est commandée par Rieux ; le seigneur de Chateaubriand, son gendre, commande l’arrière garde ; Albret dirige le centre de l’armée. Ce trio n’est pas cohérent, la mésentente de ces chef étant manifeste.

    (1) En 1486, alors que le duc François est considéré comme mourant, et que les Français, prêts à se déverser sur le duché, bientôt privé de son chef, deux « Bretons », parmi les plus importants, se laissent acheter – le terme n’est pas impropre -, par des pensions très élevées, des sommes d’argent, et des promesses qui ne seront pas tenues : Rieux et Rohan se voient attribuer deux pensions très élevées de 4000 livres par an, et Rieux, pleurant sur les dégâts subis par sa ville d’Ancenis, obtient du roi, un « supplément » de 3653 livres (Morice, III, 528 ; La Borderie, tome 4, page 528).

    Commynes écrit : « Il est presque impossible que de grands personnages ensemble et de semblable état puisent longuement s’entendre, sinon s’il y a un chef par dessus tous ; encore serait-il besoin qu’il fût sage et bien estimé, pour avoir l’obéissance de tous …. il me semble qu’un sage prince, qui a pouvoir sur 10 000 hommes, est plus à craindre que ne seraient dix, qui en auraient chacun six mille, tous alliés et confédérés ensemble : pour autant que des choses qui sont à démêler et accorder entre eux, la moitié du temps se perd avant qu’il y ait rien de conclu, ni accordé ». La Pléïade, page 1005).

    Les effectifs bretons sont très nettement inférieurs en nombre à ceux des Français. Les Français alignent de 15000 à 18000 hommes, dont 5000 à 6000 suisses, bien armés et bien préparés. Le vicomte Jean de Rohan, qui a refusé le pardon du duc François II, combat du côté français, à la tête de cent lances, soit six cents hommes. Son frère Pierre est à la tête de 20 lances, soit 120 hommes. Le maréchal de Rohan-Gié, autre transfuge breton, maréchal de France, entré au service de Louis XI, puis de Charles VIII, n’est pas à Saint-Aubin, mais combat en Champagne, du côté français. Les Bretons sont seulement 12000 hommes, dont 3500 Gascons, Castillans et Navarrais, amenés et commandés par d’Albret. Le roi Henri VII d’Angleterre avait promis 8000 soldats, sous le commandement de Shrewsbury (Jones 1491, page 155), c’est à dire davantage que la différence d’effectifs entre les armées bretonne et française. Mais il n’envoie personne. Seul le petit contingent d’ Anglais de 300 hommes, commandés par lord Scales, combattent avec les Bretons. Pour faire croire qu’ils sont plus nombreux, on a demandé aux archers bretons d’ôter leur croix noire, et de revêtir la croix rouge anglaise, ainsi croira-t-on que les Anglais sont 2000 ! Les Allemands de Maximilien sont au nombre de 800.

    Pour des raisons que l’on ignore, le fils ainé du vicomte de Rohan, Jean, seigneur de Léon, combat dans les armées bretonnes : est-ce par fidélité au duc, par patriotisme, ou par ordre de son père, qui veut, en cas de victoire bretonne, avoir un membre important de sa famille dans le camp ducal ? Ou encore, comme on l’a suggéré, une décision personnelle du jeune homme pour démontrer au duc qu’il est digne d’épouser sa fille Anne, héritière du trône ? On l’ignore.

    Les ordres verbaux doivent donc être traduits dans plusieurs langues – à supposer que l’armée bretonne possède de vrais interprètes ! Il n’y en a pas. Et le commandement est en désaccord sur la stratégie. Rieux, très expérimenté, est d’avis qu’il ne faut pas engager de front les armées, car en cas de défaite, tout risque d’être perdu. Il est partisan d’un harcèlement des français par petits groupes – d’une guérilla, en quelque sorte -, qui lui permettra de ménager ses forces, manière de combattre qui a fait ses preuves. Mais son entourage, prétentieux, veut engager toutes les armées bretonnes dans une bataille gigantesque.

    L’histoire des colonisations démontre que quelques centaines d’hommes bien armés et bien commandés ont parfois suffi à renverser des Empires. Ainsi les Mongols en Asie, les Espagnols dans les Amériques, les Arabes dans le pourtour de la Méditerranée, et même les Bretons de Nominoé et d’Erispoé, fort peu nombreux, qui mirent en déroute les armées franques beaucoup plus nombreuses, de 843 à 851. C’est le cas du duc de Bretagne en 1488. Ses troupes sont assez nombreuses, quoique mal armées. Mais le commandement – en dépit des mérites militaires du maréchal de Rieux – est divisé, et en désaccord sur la stratégie. Un commandant unique, de petites armées ont conquis des empires, souvent en peu de temps. Le génie n’est pas du côté des Bretons en cette fin de règne : ils vont être battus.

    A supposer que les Bretons aient jamais été unis au cours de leur histoire, c’est ainsi que la Bretagne est vaincue en 1488, en 1491, en 1532, en 1789, et qu’elle donne aujourd’hui ce lamentable spectacle d’être incapable de se réunir sur rien.

    La bataille est extrêmement meurtrière. Le duc d’Orléans et le prince d’Orange, en raison – semble-t-il – des bruits répandus sur leur compte, de prétendue intelligence avec les Français, combattent à pied, s’exposent, et se comportent très vaillamment.

    Sur le champ de bataille, c’est un carnage. Les Bretons perdent 6000 hommes, les Français seulement 1200. Il n’y a jamais eu de combat aussi sinistre sur leur sol breton. Les 300 anglais qui ont combattu avec les Bretons sont presque tous massacrés. Leur chef, lord Scales, trouve la mort dans le combat. (Aucune rue ne lui a encore été attribuée en Bretagne ! ) Le tout a duré quatre heures !

    Rieux parvient à s’enfuir, et gagne Dinan. Si l’on en croît Luchaire, Albret s’enfuit l’un des premiers. On le croit mort, ce dont le roi, en l’apprenant, se déclare « très joyeux » : c’est un traître et un rival de moins, car dès cette époque, la cour de France n’exclut pas l’éventualité d’un mariage de Charles VIII avec l’héritière du duché. (Deux preuves de ce projet de mariage : le mémoire d’Adam Fumée, rédigé en 1485 ou 1486 ; la déclaration faite au vicomte de Rohan, par le duc de Bourbon, qui promet audit vicomte de favoriser le mariage de ses fils avec les princesses, si le roi Charles VIII ne prend la duchesse Anne pour lui). Dans le désastre, le prince d’Orange, qui a fait « de grandes armes », tente de se dissimuler parmi les cadavres, en faisant le mort, et en ôtant sa croix noire. Un archer français le reconnaît. Orange lui dit : « Si tu me sauves, je te ferai riche ». (Ce qui est assez naturel dans de telles circonstances). Mais Le soldat s’empare de lui, avec quelques autres appelés à la rescousse, et le livre au roi.

    On peut se demander les réactions des Rohan lorsqu’ils apprirent la défaite sanglante de leur pays. Y-a-t-il eu un seul Français qui se soit réjoui de la défaite militaire française de 1940 ? Les Rohan ont indiscutablement contribué à cette défaite ; on ne peut croire qu’ils en aient éprouvé le moindre plaisir, mais au contraire une grande détresse morale : cela arrive aussi aux traîtres. François, seigneur de Léon, le fils ainé du vicomte de Rohan, âgé seulement de 18 ans, est tué dans la bataille. Tout projet d’union du fils ainé de la famille avec Anne de Bretagne s’évanouit avec lui. Mais la femme du vicomte, Marie de Bretagne, ayant été très prolifique, et lui très habile à lui faire des enfants, il lui reste d’autres fils mariables. La perte de François est un chagrin immense pour son père : il l’a voulu, il aurait dû lui même combattre avec son souverain, au lieu de se ranger du côté des Français ; on ne manque pas de lui dire que Dieu l’a puni. Mais il va continuer jusqu’au bout son projet mortifère, et il le continuera même après le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII, jusqu’en 1492. Pour quelle raison le fils s’est-il rangé du côté des armées bretonnes, alors que le père, son oncle de Quintin, le maréchal de Gié combattent du côté français ? Ce point n’a pas été élucidé.

    Les réactions du roi et de la cour.

    Le roi, qui se trouve alors à Angers, est averti de la défaite des armées bretonnes dès le lendemain. Il s’en montre extrêmement « joieux ». Il demande à la Trémoille qu’on lui amène son beau-frère le duc d’Orléans, qui a été capturé, pour qu’il vienne lui présenter son obéissance ( lettre du 30 juillet, page 195) :

    « Hier environ vers huit heures, du matin, arriva ici un chevaucheur de notre écurie, lequel venait de là où vous étiez, qui nous a dit comme étant tout vrai, que vous aviez défait les Bretons, et que notre frère le duc d’Orléans y avait été pris, et que le seigneur d’Albret avait été tué avec plusieurs autres, ce dont nous fûmes très joieux ».

    On ne connait pas la décision qu’il aurait prise si sa sœur n’avait été là. Celle-ci, qui est la belle-soeur du duc d’Orléans, marié à sa sœur cadette, la princesse Jeanne de France, décide de l’emprisonner, et de le faire dans des conditions très sévères, sûrement avec l’accord du Conseil royal. Vengeance ? Plusieurs auteurs affirment qu’elle aurait eu pour lui des sentiments tendres dans le passé, mais sans succès, et qu’elle a trouvé là l’occasion de s’en souvenir. Ce qui est plausible : Orléans, jeune, était un prince séduisant, très doué pour toutes les joutes et les exercices physiques, et le roi Louis XI avait, entre autres combinaisons, envisagé de marier sa fille Anne avec Louis. Les relations entre les deux personnages sont très tendues. Louis aurait même traitée Anne de gouge, en public, à l’occasion d’un banal différent de jeu de paume ! (Ce n’est pas prouvé, c’est Brantôme qui l’affirme).

    En réalité, Orléans a trahi le roi à plusieurs reprises, quels que soient les torts de la France dans cette affaire, il est pour la cour un homme très dangereux, qu’il est nécessaire de mettre en sûreté. On dit aussi que son refus de faire annuler son mariage avec la fille de Louis XI, justifie la sévérité dont il fut victime.

    La différence de traitement infligé à Orléans et à Orange est manifeste. Tous deux sont beau-frères du duc et de la duchesse de Bourbon : Orléans par sa femme la princesse Jeanne de France, fille de Louis XI, et sœur de la Dame, Orange par sa femme, sœur du duc de Bourbon. Il est vrai que Orange, toujours prêt à se vendre au plus offrant, n’est en aucun cas un homme dangereux : il suffit d’y mettre le prix : il est achetable, et il sait se vendre ! On le conduit à Angers, où il est « merveilleusement » hué, et moqué par le commun du peuple de la ville, qui l’aurait outragé, si les gens du roi n’étaient intervenus pour le protéger (Chombart page 250). Il y jouit d’une douce captivité. La Mure écrit : « Il n’était point tenu dans une prison fermée, et allait aux champs quand il lui plaisait » (La Mure, Histoire des ducs de Bourbon et des comtes du Forez tome II, page 144). Cet homme-couleuvre est bon à toutes sortes d’usages. Comme d’Albret, il a trahi tous et toutes, avec habileté, car il possède aussi le talent exceptionnel de pouvoir ensuite se raccommoder avec ceux qu’il a trahi. Un peu plus tard, il est envoyé comme ambassadeur auprès du duc de Bretagne : excellent prétexte pour ne pas le jeter en prison, comme Louis d’Orléans. Spécialiste du double jeu – voire du triple jeu – espion de la cour pour le duc de Bretagne, espion du duc de Bretagne pour la cour, et sans doute de Maximilien d’Autriche, l’homme est excellent dans tous ses emplois.

    Le duc d’Orléans va subir une très dure détention, jusqu’en 1491. On le transporte à Sablé, puis à Meung-sur-Yerres, puis à Lusignan, et de là à Bourges. Il est enfermé dans la gosse tour, dans des conditions très rigoureuses, avec des geôliers peu complaisants (Quillet, pages 118 et suivantes). On aurait envisagé de le transférer à Carlat ; mais il réussit à s’opposer à ce transfert. Plusieurs auteurs affirment que sa belle sœur, Anne de Beaujeu, qui aurait eu pour lui des sentiments tendres dans le passé, et même souhaité l’épouser, mais sans succès, a trouvé là l’occasion de se venger de lui.

    Saint-Aubin-du-Cormier est notre grande défaite nationale, la plus cruelle de notre histoire. Notre grande honte historique en quelque sorte. Elle est encore commémorée chaque année. Par des Bretons patriotes ; jamais on n’y a vu l’ombre d’un député ou d’un sénateur; les maires ne s’y précipitent pas : ainsi se comportent nos héros. Pour mieux en effacer la trace, la municipalité avait envisagé de recouvrir d’ordures le champ de bataille. Des patriotes bretons ont empêché cette infamie.

    Une fois de plus, la France trahit les engagements qu’elle avait juré à Chateaubriand en mars 1487 : elle s’était solennellement engagée à aider Rieux et ses comparses à se débarrasser des seigneurs français auxquels le duc avait accordé asile depuis le début de l’année. Non seulement elle s’est emparée des fuyards français à Saint-Aubin-du-Cormier (Orléans, Orange, Dunois, Comminges), non seulement elle les a fait juger au mois de mai par une cour aux ordres et condamner à mort Dunois et Comminges, non seulement elle les a dépouillés de leurs biens et de leurs fonctions, non seulement elle a acheté des Bretons pour qu’ils trahissent leur pays, mais elle vient d’anéantir les armées bretonnes. Ayant la victoire sur tous les plans, elle aurait dû se retirer chez elle, comme elle s’y était engagée.

    (1) Selon Quilliet, page 118, les quatre seigneurs français – Albret, comminges, Orange, Dunois – bénéficient d’une amnistie dès le mois de septembre.

    Nous allons voir qu’avec une duplicité exceptionnelle, elle va poursuivre pendant trois années encore ses accusations grossières d’agression de la Bretagne contre elle, et de mensonges accumulés, là où sa décision de réduire et de s’emparer de la Bretagne est prouvée – aujourd’hui d’une manière irréfutable – depuis de longues années. Le roi s’est parjuré. Nous sommes le premier à mettre en évidence tous les mensonges de ce roi très chrétien, considéré par tous comme un homme affable, qui ne fit, disent les chroniqueurs, jamais de mal à personne, et du don exceptionnel dont il fit preuve, à chaque étape de la guerre, pour donner le change par ses paroles mielleuses et ses mensonges de paix, toujours contredits par les faits.

    La Borderie écrit : « Le souvenir de cette sanglante bataille resta encore longtemps dans les mémoires populaires, il n’est pas encore effacé ».

    BIBLIOGRAPHIE

    Bouchart Alain, folios 238, 239.

    Bouessel du Bourg Yann, La bataille de Saint-aubin-du-cormier, in la sentinelle de la Bretagne, 1988.

    Chombart de Lauwe, pages 247, 248, 250.

    La Borderie, pages 548 à 554.

    La Trémoille, Correspondance, pages 195, 196, 197, 199,

    Jaligny, pages 45, 46, 52, 54.

    Lepage et Nassiet, Morlaix , L’union de la Bretagne à la France.

    Lobineau, pages 784, 785, 786 ; preuves 1498

    Morice, II, 183, III, 463.

    Pélicier, page 144.

    Quilliet Bernard, Paris 1986, Louis XII, pages 115 et suivantes.

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