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La Rédemption dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique

Amzer-lenn / Temps de lecture : 11 min

Par son obéissance aimante au Père,  » jusqu’à la mort de la croix  » (Ph 2, 8), Jésus accomplit la mission expiatrice (cf. Is 53, 10) du Serviteur souffrant qui  » justifie les multitudes en s’accablant lui-même de leurs fautes  » (Is 53, 11 ; cf. Rm 5, 19) (CEC 623).

dimanche des rameauxCe mystère central de notre Foi comporte comme deux versants celui de la souffrance de Jésus, et celui de sa glorification. L’ensemble constitue le mystère pascal ; en ce temps de Carême et de préparation à la semaine sainte, la grande semaine, nourrissons notre Foi et notre méditation de la Passion avec l’aide de l’enseignement du CEC sur la Passion de Notre Seigneur ; au passage, nous pourrons répondre à quelques questions plus ou moins répandues de nos jours.

Pour Pâques, nous aborderons la Résurrection.
Le catéchisme aborde cette question dans sa partie sur l’article 4 du credo : « Jésus-Christ a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli », en particulier les numéros 595 à 623.

Un mystère ?

semaine sainteAvec le mystère de la Trinité et celui de l’Incarnation, la Rédemption est un des mystères principaux de notre Foi. Cette notion de mystère continue d’être souvent entachée d’incompréhension, voire d’une suspicion rationaliste. Pour la pensée rationaliste, la notion de mystère serait une sorte de « fourre-tout » bien commode pour faire croire ce que l’on veut, voire de cacher des choses, en tout cas une manipulation des esprits par d’autres hommes dans la poursuite de buts en général pas vraiment avouables.
En réalité, un mystère chrétien est une réalité divine que nous ne pouvons certes pas comprendre en totalité (qui peut comprendre Dieu totalement ?) mais nous en comprenons tout de même quelque chose de réel par notre intelligence, et surtout nous pouvons « entrer dans » le mystère par toute notre vie chrétienne. Nous avons part aux différents mystères chrétiens comme quelque chose qui non seulement nous concerne, mais dans lequel nous sommes impliqués. Par là, nous pénétrons progressivement dans l’intelligence des mystères et nous en recevons la vie de grâce qui nous est destinée. «… tout dans la vie de Jésus est signe de son mystère. A travers ses gestes, ses miracles, ses paroles, il a été révélé qu’ » en Lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité  » (Col 2, 9). Son humanité apparaît ainsi comme le  » sacrement « , c’est-à-dire le signe et l’instrument de sa divinité et du salut qu’il apporte : ce qu’il y avait de visible dans sa vie terrestre conduisit au mystère invisible de sa filiation divine et de sa mission rédemptrice. » (CEC 515).

Il me semble que cette notion de mystère serait importante à faire découvrir à nos âmes bretonnes, par nature sensibles au spirituel à mon avis, et qui trouvent ailleurs (new âge, etc..) ce qu’elles cherchent plus ou moins consciemment si personne ne les ouvre à cette dimension.

 

Le mystère de la Rédemption

Le CEC nous conduit pédagogiquement pour nous introduire au cœur du mystère de la Rédemption, du mystère de notre salut. A sa façon, il fait œuvre « mystagogique », c’est-à-dire qu’il nous conduit dans le mystère.

Les pécheurs sont les auteurs de la Passion de Jésus

Le CEC pose cette affirmation dans le cadre d’une sorte d’enquête sur la responsabilité de la mort de Jésus. Cette sorte d’enquête vise à bien écarter toute suspicion à l’encontre des juifs pris indistinctement. D’une part, historiquement, la question est complexe car en fait c’est une partie seulement des autorités juives de l’époque qui a pris la décision de la mise à mort ; de plus, il est évident que la foule a été manipulée et donc en partie ignorante de la portée réelle de la demande de mise à mort. (CEC 597).

D’autre part, et surtout, il y a un mystère profond de la Passion de Jésus. Certes, il existe bien des responsabilités humainement repérables de la condamnation de Jésus (Caïphe, Pilate, Hérode, etc..), mais en définitive l’Eglise tient que tous les pécheurs sont en fait les véritables auteurs de la Passion, et parmi eux, la faute en revient davantage aux chrétiens eux-mêmes. En effet, nous avons la Foi, nous connaissons Jésus, mais hélas nos actes ne sont pas toujours en accord avec notre Foi, peut-être même parfois gravement. (CEC 598, qui renvoie notamment à He 6, 6). Ainsi donc, lorsque notamment nous prions le chemin de croix, nous prions en essayant de mieux pénétrer notre propre culpabilité dans ce drame.

Comment cela ? Poursuivons la lecture du CEC.

La mort rédemptrice de Jésus dans le dessein divin de salut

En réalité, d’une façon mystérieuse et qui nous échappe, la Passion et la mort de Jésus appartiennent au dessein bien arrêté de Dieu. Tout ce drame n’est donc pas le fruit du hasard ou de simples circonstances humaines malheureuses. « Derrière », nous devons comprendre le plan de Dieu en notre faveur, pour notre Salut.
Toutefois, cela n’enlève rien à la responsabilité et la liberté humaines : A Dieu tous les moments du temps sont présents dans leur actualité. Il établit donc son dessein éternel de  » prédestination  » en y incluant la réponse libre de chaque homme à sa grâce :  » Oui, vraiment, ils se sont rassemblés dans cette ville contre ton saint serviteur Jésus, que tu as oint, Hérode et Ponce Pilate avec les nations païennes et les peuples d’Israël (cf. Ps 2, 1-2), de telle sorte qu’ils ont accompli tout ce que, dans ta puissance et ta sagesse, tu avais prédestiné  » (Ac 4, 27-28). Dieu a permis les actes issus de leur aveuglement (cf. Mt 26, 54 ; Jn 18, 36 ; 19, 11) en vue d’accomplir son dessein de salut (cf. Ac 3, 17-18). (CEC 600).
Ce passage a son importance, car les rapports entre la liberté humaine et le dessein de Dieu ne sont pas toujours faciles à comprendre. De nos jours, les chrétiens eux-mêmes éprouvent des difficultés à comprendre et l’on rencontre parfois des gens s’exclamant : « merci Juda, sinon nous n’aurions pas eu la Passion, donc nous ne serions pas sauvés ». Evidemment, non ! Dieu a donné des grâces à Juda comme à tout homme (Pilate ou Caïphe par exemple), et Il savait l’usage qu’ils en feraient, parce que rien n’échappe à sa prescience. Les êtres humains demeurent parfaitement libres dans leur choix, dans leurs actes ; mais Dieu sait par sa science divine ce qu’il en sera de leur choix, Il accomplit son dessein en tenant compte de ces actes et leurs conséquences. Ceci est une œuvre à proprement parler divine qui échappe à notre compréhension. On cerne le mystère, on l’approche à grands traits, et nous ne pouvons pas aller plus loin. Du moins, jusqu’à plus ample informé !

L’agneau de Dieu identifié à notre péché

On dit que Clovis aurait exprimé à St Remi « Ah si nous avions été là avec mes francs, cela ne se serait pas passé ainsi ! ». En réalité, là n’est pas du tout le problème. Nous sommes tous pécheurs, et c’est au sein de ce monde de péché que Dieu veut accomplir son œuvre de Salut.
Pour nous libérer du péché et devenir ses enfants, Dieu va jusqu’à envoyer son propre Fils, et l’a identifié au péché des hommes afin de détruire en nous le péché. Au numéro 602, le CEC cite saint Paul : « Dieu l’a fait péché [et non pas pécher, notez bien] pour nous, Lui qui n’avait pas connu le péché, afin qu’en Lui nous devenions justice pour Dieu » (2 Co 5, 21). Je cite encore le numéro 603 : Jésus n’a pas connu la réprobation comme s’il avait lui-même péché (cf. Jn 8, 46). Mais dans l’amour rédempteur qui l’unissait toujours au Père (cf. Jn 8, 29), il nous a assumé dans l’égarement de notre péché par rapport à Dieu au point de pouvoir dire en notre nom sur la croix :  » Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné  » (Mc 15, 34 ; Ps 22, 1). L’ayant rendu ainsi solidaire de nous pécheurs,  » Dieu n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous  » (Rm 8, 32) pour que nous soyons  » réconciliés avec Lui par la mort de son Fils  » (Rm 5, 10). Jésus accompli donc ce que saint Jean Baptiste avait compris : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». (Jn 1, 29).

La réponse de Jésus

En ce temps du Carême, et dans quelques semaines, de la Passion, nous sommes particulièrement appelés à contempler le cœur de Notre Seigneur. Car Il a correspondu librement à la volonté de Dieu. Je vous invite à méditer le numéro 609. Comment être indifférent à ce qui y est exprimé ?

L’agonie à Gethsémani

calvaireAucune présentation ne peut se substituer à la lecture du CEC et à la méditation de toutes ces grandes réalités. Il me semble important avant de conclure de bien insister sur le mystère de l’agonie de Jésus à Gethsémani. Trop souvent, on en a fait une sorte de préliminaire à la Passion, où Jésus doit accepter sa souffrance. Il s’agit là d’une vue trop étroite car Jésus a toujours été accordé totalement à la volonté du Père. Si à cette heure, il subit cette agonie, c’est, comme l’a bien fait remarquer Benoît XVI, pour ramener nos volontés rebelles dans la volonté du Père. (Jésus de Nazareth, tome 2, chapitre 6, 3. La volonté de Jésus et la volonté du Père). Là se joue d’une façon terrible et unique dans toute l’histoire humaine, notre drame à tous, le drame de l’humanité pécheresse portée par le Fils Unique de Dieu, pour qu’elle retourne à Dieu. L’agonie n’est pas un préliminaire à la Passion, elle est déjà la Passion.

Pour aller plus loin en ce temps de Carême et pour la Passion

« Il [Jésus] appelle ses disciples à  » prendre leur croix et à le suivre  » (Mt 16, 24) car  » il a souffert pour nous, il nous a tracé le chemin afin que nous suivions ses pas  » (1 P 2, 21). Il veut en effet associer à son sacrifice rédempteur ceux-là même qui en sont les premiers bénéficiaires (cf. Mc 10, 39 ; Jn 21, 18-19 ; Col 1, 24). Cela s’accomplit suprêmement pour sa Mère, associée plus intimement que tout autre au mystère de sa souffrance rédemptrice (cf. Lc 2, 35) » (CEC 618). Ainsi, nous sommes appelés à nous associer à cette œuvre de Salut, dans la mesure de nos capacités. C’est ce que tâchons de faire dans toute notre vie chrétienne, et tout particulièrement en temps de Carême.

Conclusion

Il est évident qu’on ne peut pas tout dire, ni sur le mystère de la Rédemption, ni même seulement sur la richesse du CEC. Une autre fois peut-être nous pourrons approfondir tel ou tel aspect de ce grand mystère. Parmi bien des points, je me permettrai d’insister sur trois :

  • le CEC dit qu’en sa Passion, Jésus accomplit les Ecritures (CEC 601). Ceci est vrai de toute la vie de Notre Seigneur, bien entendu, mais particulièrement de la Passion. L’accomplissement concerne notamment le grand texte du prophète Isaïe que nous entendons comme 1ère lecture à l’office de la Passion le vendredi saint : Is 52, 13 – 53, 12. Saint Pierre reprend implicitement ce texte : 1 P 2, 21-25. Je ne saurai trop vous inviter à les reprendre.
  • La Passion est la grande œuvre d’amour de Dieu : Rm 5, 8-9. Si Jésus est bien l’agneau de Dieu qui porte nos péchés comme nous l’avons vu, quel Amour aussi. « Regarde Jésus dans sa Face, là tu verras comme il nous aime » a écrit sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Osons rencontrer Jésus dans sa Passion. Je ne peux vraiment connaître l’amour de Dieu qu’à travers la Passion de Jésus, et sans l’Amour de Jésus, la Passion n’a ni sens, ni fécondité, elle n’est qu’une cruauté inouïe.
    « L’amour c’est la croix, la croix c’est l’amour ; l’amour, la croix, c’est la vie éternelle » disait notre fondatrice, mère Marie Augusta.
  • Enfin, vivons notre Carême ! La grâce de la Liturgie actualise pour nous ces moments de notre Salut. Ne passons pas à côté de ces grâces uniques dans notre année liturgique.

À propos du rédacteur Frère Edouard Domini

Frère Edouard, religieux et prêtre de la Famille Missionnaire de Notre Dame. Originaire de Bretagne, il est actuellement en mission dans le foyer de Lyon, pour l'apostolat de sa communauté.

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4 Commentaires

  1. Est-ce par abus de langage que souffrance et mal sont assimilés ?
    Ainsi à t on mal à la tête, aux dents, au ventre qui sont autant de sièges de la souffrance dont les soignants se préoccupent de l’intensité « sur une échelle de 1 à 10 » avant d’intervenir…
    Avec un aspect eschatologique « si le matin tu te réveille et que tu n’as plus mal, c’est que tu es mort !… »

    • Bien cher Daniel,
      Votre question sur la souffrance mériterait en soi tout un développement ; il s’agit d’une question difficile et délicate. La souffrance constitue en effet une part non négligeable de la vie des hommes, malheureusement. Et peut-être qu’elle vous a atteint vous même : souffrance physique, morale, et même spirituelle, ..? Si vous le voulez, je vous engage à lire la lettre sur la souffrance qu’a écrite saint Jean Paul II « salvifici doloris ». La réponse sur la souffrance, sur son sens, etc….est qu’il n’y en a pas vraiment, pas totalement, de rationnelle. Mais en acceptant de souffrir, Jésus nous montre que la souffrance peut acquérir un sens, celui précisément d’une souffrance qui peut devenir rédemptrice. La souffrance en elle-même n’est pas rédemptrice, elle ne le devient qu’en y adjoignant l’amour, avec Jésus qui nous ouvre le chemin. C’est vite écrit, et j’en conviens bien ; c’est certainement bien plus difficile à vivre : Oh que oui. Mais la croix de Jésus nous laisse un message d’amour qui peut permettre de transformer la souffrance de l’intérieur en lui donnant un sens. Mais elle ne supprime pas la souffrance : cela sera pour l’éternité bienheureuse avec Dieu.
      A Lourdes, cité des souffrants, Benoît XVI avait parlé de la puissance du sourire de Marie (15 septembre 2008). Puisse ce sourire de Notre Dame – sourire d’autant plus profond qu’il vient d’une personne n’ignorant pas la souffrance – nous réconforter et nous aider à aller de l’avant.
      Frère Edouard.

      • Merci pour votre message, frère Édouard. Je n’ignore pas que la vie ouvre sur la souffrance, celle, maternelle, de la parturiente et celle du bébé qui l’oublie vite…
        J’imagine que ce sera la même chose pour la mort : toute souffrance sera anéantie à l’occasion de ce passage…
        Entre temps, j’ai bien compris que la souffrance va me « christifier », me faire participer (un tout petit peu) à la souffrance redemptrice du Christ et, sachant que je partage cette situation avec nombre de mes frères et sœurs, me la rend supportable…

        • Bien cher Daniel,
          Veuillez m’excuser de répondre si tard…
          La question de la mort est bien sûr une question pour nous tous, et votre image est exactement celle que Jésus Lui-même emploie pour sa Passion (Jn 16, 21). Nous pouvons donc effectivement voir notre propre mort sous cet angle, donc comme passage (Pâque) vers la vie, la vie pleine et entière, en comparaison de laquelle notre vie d’ici bas n’est qu’un reflet, voire même une ombre. Mais dans la mesure où nous « christifions » notre vie (pour reprendre votre terme), nous nous détachons aussi du péché et recevons ainsi la vie de grâce de façon plus pleine encore. A terme, le but est bien de vivre dans le Royaume de Jésus, où il n’y aura plus de souffrance ni de mort (Cf Ap 21, 4). Puis-je me permettre une sorte de comparaison ? A quelqu’un qui demandait à Marthe Robin (totalement incapable de se déplacer) ce qu’elle ferait au ciel, cette dernière répondit avec un brin d’humour : « au ciel, je gambaderai ! ». Ce n’est pas que de l’humour, c’est aussi la certitude qu’au ciel, nous aurons une vie bien autre. Ce n’est pas non plus une sorte « d’opium », mais la certitude qui ancre notre Espérance à développer notre regard « au delà du voile » (cf He 6, 19).
          Ces perspectives nous aident dans la souffrance, dont la votre que vous faites entrevoir. Le regard sur Jésus crucifié soutient nos pas ici bas : nous nous savons et sentons compris, soutenus et aimés par Lui en ce stade même de notre vie.
          Je vous confie à la bénédiction maternelle de Notre Dame des Neiges,
          Frère Edouard, FMND.

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