Là où l’Ankoù s’éloigne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 2 min

Sur la colline nue où le vent racle les pierres,
le bois d’infamie s’élève comme une prière brisée.
Le ciel est bas, sombre, lourd de silence,
et les hommes ont fermé leurs poings sur la lumière.

Son corps est livré aux clous,
à la morsure lente du fer et du cri,
giflé par la poussière et les voix,
couronné d’épines comme d’un royaume inversé.

Chacun veut se partager sa tunique
De Paul ou d’Apollos, de César ou de Caïphe.
Le supplicié est laissé pour compte

Et pourtant…

dans la plaie ouverte du jour,
une clarté persiste, insoumise,
comme une braise que nul souffle n’éteint,
comme une mer invisible sous la cendre.

Les crachats laissent place au rachat
Les rires moqueurs s’éteignent.
La terre écoute.
Le monde retient son sang.

Alors, dans l’ultime souffle,
une parole monte, plus vaste que la nuit :

Eli, Eli, lama sabachtani !
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné !

Et cette plainte, loin de s’abîmer,
transperce le ciel fermé,
comme une flèche de lumière dépassant les ténèbres.

Dans l’ombre qui s’éloigne,
l’Ankoù hésite, vacille,
sent sa faux devenir poussière,
son règne se dissoudre dans une promesse d’éternité.

Il s’éloigne. Avec le Prince des ténèbres.

Vaincu sans combat,
défait par celui qui a tout porté :
le poids des cris, des fautes, des siècles,
et jusqu’au silence de Dieu lui-même.

Sur le visage du supplicié, à l’aube de Shabbat
une douceur inattendue se pose,
comme une nuée légère venue des origines,
caressant les traits meurtris d’une promesse ancienne.

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.
Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,
Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point saisie.

Sur le Mont du Crâne, une lueur
– presque rien, presque tout –

une lueur s’épanche entre les larmes du monde,
et dans ce jour brisé, dans la déchirure du voile du temple,
une espérance naît, fragile mais souveraine,
comme l’aube se déploie derrière les paupières fermées.

Et la mort, déjà,
n’est plus qu’un seuil.

Eflamm C (sauf paragraphe en italique issu du Prologue de Jean)-DR

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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