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[TRIBUNE LIBRE] : « Aller à la messe » ou « aller à l’église » ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Dans cet article, l’auteur de cette tribune libre s’interroge, sans langue de buis. Certains seront d’accord avec le propos et d’autres pas du tout, mais il pose une vraie question. Et vous, qu’en pensez-vous ?

En France, la liturgie est en bien des endroits dans un état avancé de décrépitude. Et le fait que certaines paroisses de grandes villes sont encore relativement bien fréquentées n’est pas une preuve que la liturgie y soit mieux respectée qu’ailleurs.
Une catégorie de personnes – souvent la mieux représentée aux messes dominicales – vaut la peine d’être observée de plus près. Les assemblées, composées principalement des personnes âgées de plus de 70 ans, sont issues d’une génération qui a donc encore connu les messes paroissiales d’autrefois qui, dans l’ensemble, étaient dignement célébrées même là où le curé disposait de peu de moyens.

Une question se pose : comment font ces paroissiens pour se sentir à l’aise dans les liturgies mornes et désespérantes qui n’ont rien à voir avec ce que demande le Concile Vatican II mais qui pourtant se sont généralisées ces dernières années ?

église de sautronComment se fait-il que ce soit précisément les fidèles de cette génération-là qui ne trouvent rien à redire aux célébrations actuelles lesquelles sont aux antipodes de ce qu’ils ont connu il y a 50 ans ?

Pour trouver des réponses, il faut commencer par observer les comportements de ces fidèles aux messes. Ensuite, au détour d’une conversation, leur poser quelques questions. Il n’est pas question ici de remettre en cause la (bonne) foi de ces personnes mais de tirer une certaine analyse de la situation.

Les comportements que l’on peut repérer à travers les paroisses permettent de distinguer deux grandes catégories : les passifs et les suivistes. Les passifs subissent sans broncher, tandis les suivistes montrent un certain enthousiasme et s’engagent au service de la pastorale liturgique qui a cours. Les deux – passifs et suivistes – ont en commun qu’ils ne connaissent souvent rien à la liturgie : on s’en aperçoit aisément dès que l’on pose quelques questions : ils ne connaissent généralement ni les textes conciliaires ni la Présentation générale du Missel romain.

Pourquoi cette ignorance ? Osons quelques éléments de réponse, sans pour autant généraliser : peut-être parce qu’il y a 50 ans, de nombreux fidèles avaient l’habitude d’ “aller à l’église” le dimanche. Or “aller à l’église”, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’ “aller à la messe”. Certes, il y a 50 ans, en “allant à l’église” on était à peu près assuré d’ “aller à la messe” : du moins savait-on, l’habitude aidant, ce qu’était la messe, comment elle se déroulait… Mais à la suite du Concile, ces gens ont continué, par habitude, à “aller à l’église” sans voir que petit à petit, ce qu’on y célébrait s’éloignait de plus en plus de ce qu’est la messe.
Les habitudes ont donc été conservées : on “va à l’église” sans se soucier de savoir si l’ “on va à la messe”. Les changements non voulus par Vatican II apparus dans la liturgie ont été vite acceptés, avec, dans le meilleur des cas, un sentiment de confiance accordé un peu à l’aveugle à Monsieur le Curé qui devait bien savoir ce qu’il faisait. Le passage à la langue du pays a fait apparaître des textes de cantiques pseudo-poétiques – rarement liturgiques – que personne n’a songé à analyser. On avait eu l’habitude de chanter “avant” et on allait continuer à chanter “après”…

Autrefois, on s’était habitué à entendre la “messe des Anges” presque tous les dimanches à la grand’messe et la “messe royale” de Du Mont les jours de fêtes. On ne s’offusquait pas de cette répétition un peu monotone : c’était la marque même du dimanche, la conséquence normale du fait d’ “aller à l’église”. Mais comme on était assuré d’avoir ainsi les textes officiels de la liturgie, il suffisait de se laisser porter. On allait à la messe.

Aujourd’hui, les fidèles d’un âge avancé qui continuent à “aller-à-l’église-parce-que-c’est-dimanche” ne s’offusquent pas davantage d’entendre dimanche après dimanche des mélodies incertaines, des textes arrangés et de la poésie souvent très éloignés du véritable contenu liturgique. Jo Akepsimas, que nul ne peut considérer comme rigide, livrait lors d’une conférence qu’ « une lourde responsabilité incombe aux prêtres et aux responsables des paroisses qui (par manque de sens liturgique) laissaient des chanteurs chanter des chants inappropriés à l’action liturgique ».

Sans compter les lubies pseudo-liturgiques qui viennent parasiter les rites de l’Eglise. “C’est comme ça aujourd’hui”, entend-on dire. Mais n’est-il pas choquant, ce contraste entre la gravité du texte liturgique qui est censé proclamer notre foi, notre louange, notre supplication, notre adoration, et les mélodies légères, sautillantes, sentimentales, voire pompeuses qui véhiculent des paroles sans rapports avec les textes sacrés, que même des gens loin de l’Eglise déplorent ? Comment peut-on suivre cela sans réagir ? La seule explication valable est que ces fidèles ne font pas plus attention à ce qu’on leur fait faire aujourd’hui qu’à ce qu’on leur imposait autrefois.

Une grand-mère croisée sur un parvis, confiait sa tristesse de voir ses enfants et petits-enfants ne plus aller à la messe, mais l’essentiel était pour elle « d’avoir transmis des valeurs à ses enfants ». Dans bien des paroisses, il n’y a plus guère que les Anciens qui pratiquent encore, derniers mohicans dans nos ruralités… ou en ville. Des Anciens qui se donnent sans compter. Mais s’interrogent-ils  en profondeur sur ce qu’ils reçoivent et sur ce qu’ils pourront transmettre, eux qui très tôt ont été habitués à “aller à l’église” avec une réelle bonne foi leur permettant de pouvoir tout accepter, du moment qu’il y ait un prêtre, un autel… et des habitudes acceptées par l’assemblée ?

Adaptation d’un article de Proliturgia

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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2 Commentaires

  1. Mériadec DE GOUYON

    Vous avez bien raison. Il nous reste la religion dans le sens religare. Quel plaisir j’avais eu en 1960, dans le Sud-Dakota lorsqu’un collaborateur m’avait emmené à Yankton, le dimanche, chez les Franciscains, et là, agenouillé entre un Lakota et un Porto-ricain, je retrouvais la messe de mon enfance, en latin et avec les chants grégoriens. Je comprenais ce que signifiait catholicité. Les Juifs et les musulmans ont bien de la chance. Je n’ai pas la suite retrouvé la même ferveur que lors de pardon en breton ou pendant le tro Breizh. Tous mes petits-enfants ont été éduqué dans des écoles catholiques où ils n’ont rien appris sur sur la religion. Lors d’un pèlerinage à La Peinière, je voyais « accueil des Jeunes » et il y avait une chaise pour s’asseoir. J’ai demandé sans succès où était l’accueil des Vieux. J’aimerais qu’une Église catholique de Bretagne fidèle aux traditions voit le jour. (Incha Allah / Be ezrat Hachem)

  2. Il y a beaucoup d’éléments intéressants dans votre analyse.

    Cependant, présenté positivement et constructivement, sans jugement des personnes et sans les prendre de haut en donneur de leçons, serait à mon avis beaucoup plus chrétien et inciterait à se motiver pour que ça change … alors que là, c’est tout le contraire qui risque (très certainement) d’arriver. Dommage !

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