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“Célébrer les Rogations, c’est d’abord reconnaître la Seigneurie de Dieu sur la création” (Mgr Centène)

rogationsLes Rogations sont le plus souvent célébrées (quand elles le sont encore) les trois jours précédents l’Ascension. Elles peuvent être aussi célébrées le 25 avril (qui tombe le jour de la saint Marc, on parle alors de “Rogations de la saint Marc,”, c’est pourquoi dans certaines contrées entres autres en Bretagne, il était en quelques sorte considéré comme un des patrons des paysans.
On distingue les “Litanies majeures” du 25 avril des “Litanies mineures” des jours précédents l’Ascension. Les premières sont semblables en tout point aux secondes (cf article sur les Rogations). C’est leur origine qui diffère, celles du 25 avril étaient à l’origine un ancien culte agraire païen de la Rome antique qui fut christianisé, alors que celle de l’Ascension ont été instituées par saint Mamert, évêque de Vienne, au Vème siècle.
Voici l’homélie que Mgr Centène, évêque de Vannes, a prononcé lors des Rogations  à Bieuzy-Lanvaux le 25 avril dernier
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Homélie Messe des Rogations
Mardi 25 avril 2017 – ND de Fatima, Bieuzy-Lanvaux
Comme tous les ans, nous voici réunis pour célébrer les Rogations et je remercie les sœurs CPCR de nous offrir le cadre de cette célébration.
La messe des Rogations est une messe de supplication, de demande comme l’indique le verbe latin « rogare » qui signifie demander.
Qu’elle soit célébrée dans les 3 jours qui précèdent l’Ascension ou en la fête de Saint Marc, jour des litanies majeures, l’Eglise demande au Seigneur sa protection contre les intempéries et les  catastrophes naturelles ainsi que ses bénédictions pour les récoltes à venir, afin que le monde puisse manger à sa faim.
Célébrer les Rogations, c’est d’abord reconnaître la Seigneurie de Dieu sur la création et la juste place de l’homme qui n’en est pas le maître mais le gérant.
C’est pourquoi les textes de cette messe nous invitent d’abord à l’humilité. « Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce » nous disait Saint Pierre dans la 1 ère lecture.
Le premier sentiment que nous suggère la vertu d’humilité, ce n’est pas la crainte mais l’action de grâce.
Aujourd’hui nous voulons rendre grâce à Dieu pour les beautés de la nature, pour sa bonté, pour les merveilles de la vie qui renait à chaque printemps et nous voulons nous inscrire dans ce cycle mystérieux de la nature à laquelle nous appartenons et de ses lois que nous devons apprendre à respecter pour l’équilibre du monde et notre propre équilibre.
Tout cela entre dans le dessein du salut de Dieu et nous l’accueillons dans l’action de grâce.
Par notre intelligence, par notre science nous apprenons à mieux connaitre les lois de la nature, mais à quoi cela sert-il si nous n’en tirons pas les conséquences pour notre propre vie et pour la gestion de la « maison commune » comme le dit le Pape François dans son Encyclique « Laudato Si » ?
A quoi cela sert-il si nous pérennisons des modèles économiques qui épuisent les ressources de la planète, qui nous stressent et menacent, voire détruisent les plus vulnérables d’entre nous.
Dans l’Évangile de la messe nous pouvons retenir quatre idées pour soutenir notre prière et notre réflexion :
– la nécessité de « proclamez l’Evangile à toute la création.»
– la force de la prière.
– le contexte de l’Ascension.
– le Seigneur travaille à nos côtés.
« Proclamez l’Évangile à toute la création. »
L’Évangile ne nous est pas donné seulement pour répondre à nos questions existentielles d’hommes, comme une voie de salut pour l’éternité, en nous désintéressant des problèmes du monde.
L’Évangile s’adresse à toute la création, aux vaches et aux moutons que nous avons croisés pendant la procession, aux abeilles dont nous avons béni les ruches, aux arbres et aux fleurs que nous avons vues et à la terre que nous avons foulée.
Saint François d’Assise l’avait bien compris et Saint Paul l’écrit avec beaucoup de force dans l’épitre aux Romains « la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu, car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant elle a gardé l’espérance d’être elle-aussi libérée de l’esclavage et de la dégradation, pour connaitre la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. » (Rm 8, 19 – 24)
En nous confiant la création, Dieu ne fait pas de nous seulement des gérants ou des exploitants, mais des porteurs de sens. Nous devons évangéliser la création en la respectant dans ses rythmes et dans sa diversité, dans sa vie, pour vivre avec elle et en elle dans l’harmonie du plan de Dieu.
La force de la prière. En nous indiquant « les signes qui accompagneront ceux qui deviendront
croyants », le Seigneur veut nous faire comprendre que rien n’est impossible à obtenir quand la prière est guidée par la foi.
Aujourd’hui en célébrant les Rogations nous implorons la bénédiction de Dieu sur tous ceux qui travaillent la terre pour nous en donner les fruits, et nous voulons prier tout particulièrement pour les paysans, pour les difficultés que traverse le monde agricole confronté à la concurrence d’une mondialisation sans règles soumise au seul diktat d’une oligarchie financière sans morale.
Nous voulons aussi porter dans notre prière tous qui ne mangent pas à leur faim, tous ceux qui sont privés des produits de la terre, tous ceux qui sont privés de leur terre par la financiarisation de l’agriculture qui fait monter artificiellement les prix des terres agricoles et des droits de succession.
Nous prions pour tous ceux qui vivent difficilement de leur profession ou qui n’en vivent qu’avec le soutien d’aides aléatoires et humiliantes, pour tous ceux qui sont privés de leur travail par la délocalisation de leurs entreprises vers des  pays où le coût du travail est moins élevé.
Soyons assurés que la prière guidée par la foi, foi en Dieu et foi en l’homme qu’il a créé à son image, mettra fin aux dérives civilisationnelles en replaçant l’humain au centre de l’économie.
Ce n’est qu’en « proclamant l’Évangile à toute la création » que nous sortirons des visions cauchemardesques de l’univers d’Orwel pour retrouver l’équilibre d’une humanité enfin réconciliée avec la nature, avec Dieu et avec elle- même.
Le contexte de l’Ascension / le Seigneur travaille à nos côtés. Cette prière nous la faisons monter vers Dieu en la confiant au Christ, qui retourne vers le Père dans le contexte de son Ascension, après être venu habiter la création pour la sauver.
Désormais « assis à la droite de Dieu » il fait entrer notre humanité dans la gloire éternelle et présente au Père les nécessités, les soucis et les angoisses de ses frères humaines avec lesquels il reste solidaire.
Cette solidarité va très loin puisque Jésus, bien que retourné dans la gloire de Dieu, reste auprès de ses frères. Son départ ne se traduit pas par une absence : « Le Seigneur travaillait avec eux. »
Nous savons que le Seigneur travaille avec nous et cette certitude donne toute sa dignité et toute sa fécondité à notre travail dans lequel il nous soutient, et par lequel nous devenons coopérateurs de Dieu dans son œuvre de création.
Pendant cette messe confions au Seigneur notre travail, demandons-lui de bénir les germinations présentes et les récoltes futures et faisons monter vers lui l’hymne de la création.
Amen.

À propos du rédacteur Uisant ar Rouz

Très impliqué dans la culture bretonne et dans l'expression bretonne dans la liturgie, Uisant ar Rouz met à disposition d'Ar Gedour et du site Kan Iliz le résultat de ses recherches concernant les cantiques bretons, qu'ils soient anciens ou parfois des créations nouvelles toujours enracinées dans la Tradition.

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