Dans un monde où la biodiversité est en péril, où les écosystèmes sont ravagés par des activités humaines destructrices, l’idée d’écocide est devenue un cri d’alarme. A l’approche de Breizh a live, proposé le 6 septembre, un sujet s’impose. Si l’on parle souvent de forêts abattues ou d’océans vidés, qu’en est-il de ces écosystèmes humains, vivants, forgés par des siècles de culture, de langue, de chants, de contes et de mémoire collective ? La culture bretonne, comme bien d’autres cultures dites régionales, est un monde en soi. Et la laisser mourir, c’est aussi tuer un écosystème.
Culture = écosystème vivant
La Bretagne n’est pas qu’une carte postale : c’est un tissu vivant de traditions, de mots anciens, de danses, de savoir-faire, de rapports au territoire. Son histoire, son breton et son gallo, ses festoù-noz, ses costumes, ses mythes, ses toponymes… forment un tout cohérent. C’est un paysage vivant, immatériel, fragile. Et chaque langue perdue est en quelque sorte une biodiversité de l’esprit qui s’effondre. Chaque coutume oubliée est une espèce qui s’éteint.
Lorsqu’on abandonne cela, par négligence, par confort ou au nom d’une uniformisation culturelle, on devient, consciemment ou non, acteur d’un écocide culturel.
L’écocide culturel : une responsabilité collective
L’écocide est généralement défini comme la destruction massive d’un environnement naturel. Mais si l’on étend la définition à ce qui est vivant et irremplaçable, alors l’effacement progressif de la culture bretonne (et donc de sa langue) en fait pleinement partie.
Ce n’est pas une exagération un brin poétique : c’est une réalité. Refuser d’apprendre quelques mots de breton et délaisser l’histoire de la Bretagne, laisser disparaître les noms de lieux d’origine celte au profit de néologismes fades, mépriser les chants (à la messe ou à la radio) et prôner le seul monolinguisme, ou encore moquer les danses bretonnes, c’est fragiliser le tissu culturel autant qu’on détruirait une haie bocagère.
Le choix de l’inaction est une prise de position
On pourrait croire que rester passif, ce n’est pas être coupable. Mais l’indifférence, ici, est un choix lourd de conséquences. En ne s’impliquant pas dans la transmission, l’apprentissage, la valorisation de ce patrimoine, ou au mieux dans le soutien de ceux qui veulent des actions concrètes, on accélère sa disparition. Et avec lui, ce que la Bretagne a de singulier à offrir et à dire au monde.
Parce qu’il faut l’affirmer avec force : la culture bretonne ne mourra pas de censure, mais d’abandon.
Agir, c’est résister à l’effacement
Loin d’un folklore figé, la culture bretonne est un corps vivant. Elle évolue, elle s’adapte, mais elle a besoin d’être nourrie. Apprendre la langue, écrire ses mots, affirmer son histoire, chanter son âme, faire vivre les danses, cuisiner les plats d’hier, nommer les vents et les mers, raconter les légendes, transmettre les gestes et les connaissances, prier nos saints… C’est aussi urgent, aussi vital que de planter des arbres ou de nettoyer une plage.
S’engager pour la culture bretonne, c’est donc se lever contre un écocide silencieux. Et affirmer haut et fort que notre humanité est plus riche, plus libre, plus ancrée quand elle s’enracine dans la diversité vivante des cultures.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
