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DU FOYER D’ANTAN QUI N’EST PLUS : «L’ETINCELLE SOUS LA CENDRE»

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Nous poursuivons notre quête des « brindilles champêtres » collectées par l’abbé Joseph Le Cornet. Nous avons  ramassé aujourd’hui celle qui évoque le foyer d’antan, c’est-à-dire cette cheminée si vivante des maisons, des fermes d’autrefois, qui distribuait généreusement chaleur et convivialité autour d’elle. Nostalgie ! Sans aucun doute, une nostalgie, avouons-le, qui se porte bien. Dans notre monde moderne, matérialiste, rationnel, la cheminée, son feu dansant est aussi convoité qu’il l’était par les premiers hommes qui le découvrait.

Le feu est avant tout source de joies : feux de l’âtre, feux des camps scouts « monte flamme légère, si chaude et si douce ! », feux de la Saint-Jean marquant le solstice d’été « Voici la Saint Jean, la belle soirée, marchons jolie cœur la lune se lève, marchons jolie cœur, la lune est levée ! » ; le Samedi-Saint, bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal, annonçant la Résurrection du Christ, « la Lumière et la Grâce qui nous vient de Lui » ; la petite flamme de la lampe près du tabernacle, qui nous rappelle qu’en ce lieu Dieu est présent. Flamme encore du cierge de notre baptême, de notre Première communion, de notre profession de foi, des chandeliers qui entoureront notre cercueil. L’Ecclésiaste nous dit que sous la cendre peut encore se cacher quelques petites braises qui rallumeront une foi défaillante. Petites flammes des lanternes des calèches, des lampes-tempêtes, des lampes à huiles et des phares, mais là nous parlons d’une époque qui n’est plus depuis longtemps…

Mais pour l’heure nous parlons du feu vivant de l’âtre, comme autrefois on appelait la cheminée. L’abbé poète Joseph Le Cornet nous la chante si bien qu’en l’écoutant nous sentons déjà la flamme qui monte, brille, réchauffe, le bois qui craque et pétille, laissant échapper les suaves odeurs des différentes essences qui se consument :

« Salut vieux foyer d’antan, où chantaient si bien les grillons ! – Adieu, noble manteau de cheminée –Adieu, antique crémaillère de jadis » – Dans l’âtre flamboyant le feu siffle et détonne – Et le vieux bois gémit d’une voix monotone : Il dit qu’il était né pour vivre dans l’air pur – Pour se nourrir de terre et s’abreuver d’azur ».

« Pour jeter dans le vent mille chansons joyeuses – Pour vêtir tour à tour ses robes merveilleuses – Son manteau de printemps de fins bourgeons couvert – Et la pomme en automne et l’hermine en hiver – Et dans l’âtre, en brasier, le bois geint et se tord ».

 « Quoi de meilleur goût qu’un foyer avec des landiers et une plaque armoriée ? Si on y joint un bon feu de bois, c’est un luxe irremplaçable, un vrai soleil rutilant. Pendant très longtemps, ce lieu fut le vrai centre de la vie familiale ; d’où son importance, sa bonhomie et son charme. C’est là précisément, qu’autrefois, on savait si bien causer, conter, transmettre aux plus jeunes le savoir des anciens, prier devant la statue de la Vierge, de sainte Anne ou les chromos religieux jaunis par des décennies de fumées, et se reposer d’une dure journée de labeurs. Quel bon logis, c’était alors. Quand le soir, près du feu qui flamboyait, la joie éclatait partout dans la maison, les murs eux-mêmes en recevaient des parcelles ! ».

« On dit encore que le premier centre social, c’est-à-dire le noyau autour duquel les êtres se groupèrent, fût un feu. Ce terme fut longtemps en usage chez nous : on disait fréquemment « Cette ferme, ce village, cette commune, cette province compte tant de feux. En Bretagne, dans les fermes, même les puits comptabilisaient  les  feux (foyers) par le nombre de boules qui ornaient son linteau ».

« En somme, le feu est un grand bienfait sans lequel la vie serait impossible ; c’est pourquoi de tout temps pour en prévenir les abus, son usage et sa conservation furent réglementés. Le feu peut aussi terrifier, il peut être source de catastrophes, de malheurs, d’où le proverbe « Ne jouons pas avec le feu », tant au point de vue physique que moral ».

Nous parlions de nostalgie ! Qui osera prétendre qu’il n’y succombe pas quand tant de familles rêvent d’une petite cheminée dans leur salon, marque d’un confort autour duquel, comme jadis,  se retrouvent famille et amis. La ruée vers le bois de chauffage n’en est-elle pas une preuve, encore que dans ce domaine, cette énergie naturelle, dite renouvelable, ne se renouvelle que si on est prévoyant, c’est-à-dire que si l’on replante ce que l’on a coupé pour prévenir les années futures.

Cependant toutes ces cheminées ultra-modernes, sophistiquées,  si pratiques, n’auront jamais le charme, la poésie des cheminées d’antan ; il leur manquera toujours ces « petites choses » qui en font la différence : le crépitement et l’odeur du bois qui se consume… et cette autre petite chose incomparable, la présence du petit grillon joyeux, heureux, qui profitant de la douce chaleur nous gratifiait  de sa petite musique stridente. On le disait le compagnon inséparable du four du boulanger et de la forge du forgeron. Mais, hélas, le petit grillon a disparu de nos modernes cheminées, où d’ailleurs, il ne s’y trouverait sûrement pas à l’aise, mais semble aussi avoir disparu  de nos campagnes. Nombreuses  sont les régions où nous ne l’entendons plus par les belles journées et les douces nuits d’été, tué par les pesticides.

L’abbé Le Cornet nous parle aussi des crémaillères où cuisait la bonne soupe, la bonne bouillie de seigle, mais aussi le lard, la jambon, l’andouille qui flambées après flambées prenaient tout leur parfum, et les rendait si succulentes : c’étaient tous ces « petits rien de la vie » qui rendait les cheminées d’antan si vivantes, des « plus » que nos cheminées de consommation ne pourront jamais nous donner.

Ah ! J’allais oublier de vous signaler un petit inconvénient, s’asseoir trop près de l’âtre, c’est prendre le risque d’être aussi parfumé (ainsi que vos vêtements) qu’un jambon ou une andouille bien fumée.  Ayant le privilège d’avoir une monumentale cheminée du XVe siècle, dans laquelle jadis on pouvait y cuire en entier, à la broche, des cochons, des veaux, des sangliers et autres gibiers, cette petite mésaventure odorante m’arrive bien souvent …

 

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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