STILLE NACHT EN BRETON : O NOZ SIOUL !

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

L’admirable cantique de Noël allemand Stille Nacht / Douce Nuit ne pouvait manquer d’être un jour traduit en breton, trouvant ainsi naturellement sa place parmi nos très beaux cantiques de Noël, comme Pe trouz zo war an douar. Il revenait, et cela n’a rien de surprenant, à l’abbé Perrot d’en proposer une traduction bretonne(1).

En novembre 1931, au cours de sa première année comme recteur de Scrignac, il composa les paroles d’un Stille Nacht / Douce Nuit en breton. Conformément aux usages de l’époque, il soumit sa traduction à la censure ecclésiastique. En effet, aucun prêtre ni religieux ne pouvait alors écrire un livre, composer un cantique, un poème, une pièce de théâtre ou entreprendre une étude théologique sans l’autorisation préalable de ses supérieurs, nécessaire à l’obtention du fameux Nihil obstat, qui valait approbation officielle et autorisation de publication. L’abbé Perrot s’y conforma, comme il le fera souvent par la suite pour ses revues Feiz ha Breiz et Feiz ha Breiz ar Vugale, ainsi que pour ses cantiques, pièces de théâtre et articles. La crainte d’un refus ou d’une censure constitua pour lui, malgré son énergie, une source d’usure constante, d’autant plus que le vicaire général de Monseigneur Duparc, le très rigide et tatillon Pierre Joncour, n’accordait que difficilement ce sésame indispensable.

Archives Herry Caouissin / Ar Gedour (DR)

La surprise fut donc heureuse : pour son Stille Nacht breton, l’abbé Perrot reçut rapidement l’autorisation de paraître. Hormis deux rectifications de vocabulaire concernant les strophes 3 et 4, son cantique O Noz sioul ! (O nuit tranquille !) put être publié dans le numéro de décembre 1931, sous l’un de ses pseudonymes, Ar Voc’h ruzig (le rouge-gorge). Cette publication fut pour lui une grande joie, tant il tenait à cette traduction bretonne. Le vicaire général se contenta de renvoyer le manuscrit avec, en bas à gauche de la feuille, une brève approbation en trois lignes.

Plus tard, en 1935, Yann Kerlann, fondateur de l’école publique bretonne de Plestin-les-Grèves, bien qu’il se revendiquât athée, en proposa à son tour une traduction bretonne (à retrouver ici), légèrement différente de celle de l’abbé Perrot. Herry Caouissin en donna également une version, puis le linguiste Alan Raude en proposa une autre encore, cela sans compter quelques autres initiatives, preuve que ce cantique, porté par une mélodie sublime, a suscité une inspiration durable. Il va sans dire que, dans toutes ces versions, la musique originale a été intégralement respectée.

Ce célèbre cantique allemand n’a-t-il pas été traduit, sinon dans toutes les langues, du moins dans un très grand nombre ? Il était donc naturel qu’il fût, très tôt, traduit en breton.

Toujours sur le thème de Noël, l’abbé Perrot aurait également traduit en breton La Nuit de Rameau. Malheureusement, ni dans ses archives ni dans la collection de Feiz ha Breiz, aucune trace de cette traduction n’a pu être retrouvée.

Note

  1. Les paroles allemandes furent composées par le père Joseph Mohr, pasteur du petit village de Hollein (Tyrol), et la musique par son ami François-Xavier Gruber, le soir même de la nuit de Noël 1818. L’orgue de la petite église étant hors d’usage, ce sont quatre voix d’enfants qui interprétèrent ce cantique presque improvisé, appelé à faire le tour du monde.

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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