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Explication d’un cantique breton : Kantik ar Baradoz

Parce qu’ils représentent la forme la plus belle comme la plus touchante de l’expression de la foi populaire bretonne, nous souhaiterions en les expliquant, apporter aux lecteurs un regard nouveau sur quelques-uns des cantiques bretons les plus connus.

“Kantik ar Baradoz”, le cantique du Paradis :

Le cantique du Paradis que l’on nomme plus souvent “Jézuz pegen braz ‘ve” (du nom de la première phrase du 1er couplet) est l’exemple type de l’influence du chant grégorien dans les mélodies des cantiques bretons. Le Père René Abjean, musicien et musicologue breton fait remarquer que “l’inspiration de la musique c’est le verset 1 du psaume 94 “Venite exultemus Domino” mélodie grégorienne de l’office de Matines des défunts.

Il est devenu populaire au début du 19ème siècle ; pourtant les musicologues qui l’ont étudié nous disent que la première transcription se retrouve sur un texte manuscrit figurant dans un registre daté de 1734. Aujourd’hui, son texte figure dans le “Propre de Quimper et Léon” de Janvier 1990.

La tradition attribue les paroles de ce cantique à Saint Hervé, saint du Léon (Finistère nord) né à l’aube du VIème siècle. D’autres attribuent les paroles au missionnaire breton Dom Michel Le Nobletz, de Kéroderm. Au XXème siècle, le musicien et musicologue nantais Bourgault-Ducoudray composa une polyphonie de ce chant auquel il ajouta des paroles en français. C’est le chant “Je crois au Paradis” qui ne compte que 4 couplets tandis que l’original en breton en compte 28 !!

Ce cantique qui est sans doute le plus beau, le plus touchant et dirions-nous le plus “céleste” de tous les cantiques terrestre, dans sa forme la plus simple (car il existe une variante chantée en Finistère) est écrit sur 4 notes consécutives: SOL-LA-SI-DO. C’est une gamme défective (gamme qui a moins de 7 notes) et en l’état rien ne nous indique sur quel mode il est écrit (les cantiques bretons font appel à la musique modale comme le chant grégorien).

Mais si on se réfère au psaume 94 on trouve la tonique  dans l’invitatoire “Regem cui omnia vivunt”.Il s’agit bien du Sol et non d’un mode majeur (cela sous-entend un fa dièse dans l’harmonie pour orgue). Or ce fa dièse a été introduit en note d’ornementation dans la version trégoroise (du Trégor en Finistère nord) et contredit donc la dominante Mi dans un mode de La mineur où l’on peut à priori placer ce chant. Cet introduction d’un Mi a lieu justement dans la version vannetaise. Ceci prouverait que la version léonaise (du Léon) serait la plus ancienne et la lecture en La mineur conforme à la lecture classique des XVIII et XIXème siècle.

A n’en pas douter ce cantique si simple dans son écriture musicale est et demeure le plus beau, le plus émouvant comme aussi le plus adapté à faire goûter à l’âme chrétienne dès ici-bas les joies du Paradis!
Pour s’en convaincre il suffit de lire les paroles toute pleine de sérénité, d’espérance et d’une grande richesse sur le plan spirituel :

“C’est avec joie que j’attends le dernier moment; j’ai hâte de voir Jésus mon véritable époux.”
“Je verrai les portes du Paradis ouvertes à m’attendre; les saints, les Saintes venus pour m’accueillir.”
“Comme il fera bon d’entendre Jésus dire: Venez mon bon Serviteur, trouver Dieu votre Père.”
“Vous êtes dans mon Paradis comme des Roses qui ont perdues leurs pétales en leur temps et qui fleurissent à nouveau.”

Le lien suivant nous permet d’écouter ce cantique d’abord chanté (par la Maitrise de Bretagne) puis interprété sublimement par le regretté duo bombarde et orgue Jégat-Yhuel:

“Berr ‘kavan an amzer, hag ar poanioù dister, o sonjal deiz ha noz e gloar ar Baradoz!”:  Le temps me parait court et les peines légères quand je pense jour et nuit à la gloire du Paradis

Pour en savoir plus, pour écouter l’interprétation de ce cantique par Louis Mélennec de Beyre ou pour avoir la partition, les paroles et la traduction, rendez-vous sur KAN ILIZ.

À propos du rédacteur Louis-Marie Salaün

D’origine bretonne,né en 1982 petit-fils d’écrivain catholique il est sensibilisé depuis l’enfance à la musique sacrée, la transmission et la défense de la foi. Il découvre tout jeune les cantiques bretons par le biais du duo bombarde et orgue (qu’il pratique aujourd’hui avec son beau-frère). Devenu sonneur de bombarde à l’âge de 26 ans il est en parallèle animateur liturgique dans sa paroisse de 2003 à 2010, puis chef de chœur de 2 chorales paroissiales (ND de la Trinité à Blois en 2012-2013 et le Chœur St Nicolas à Troyes depuis 2015).

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5 Commentaires

  1. Très heureux de cet article. Je suis justement en train de travailler ” Ar Baradoz”. Ayant, entre autres des origines léonardes et vannetaise, je vais m’approprier encore davantage ce beau cantique.

  2. dominique de Lafforest

    merci d’avoir mis en ligne ce beau cantique autrefois chanté presque partout! N’y a-t-il pas confusion ici:
    “le Père” Abjean c’est l’abbé Roger Abjean, natif de Plouider. René Abjean,musicien ,est un autre Abjean.
    Est-ce correct ?

    • Louis-Marie SALAÜN

      Merci pour votre commentaire ! A priori il s’agit bien de René Abjean et non Roger.C’est en tous cas ce que dit Fanch Morvannou dans “Kanennou ar feiz” dont je me suis inspiré pour écrire cet article.

  3. Ps 94, 01 : Laus cantici David venite exultemus Domino iubilemus Deo salutari nostro
    Oui, mais, Bible de Jérusalem:
    93/94
    Psalmus David quarta sabbati Deus ultionum Dominus Deus ultionum libere egit
    Aussi dans la Bible de Segond
    D’où le problème de la numération…Que j’ai souvent du mal maîtriser…

  4. Louis-Marie SALAÜN

    Concernant le mode sur lequel ce cantique est écrit, je m’en était tenu à l’explication de Fanch Morvannou dans son “kanennoù ar feiz” qui dit que rien ne nous indique son mode mais en fait il s’agirait bien d’un mode de La en tous cas dans les versions vannetaise et trégorroise qui ne possèdent pas de Fa# comme la version chantée dans les Côtes-d’Armor(on serait alors en mode de Sol).

    Dominique de Lafforest vous aviez raison: le Père Abjean c’est bien Roger mais celui dont je parle est le musicologue René Abjean qui n’était pas prêtre lui.Je ne sais pas d’où vient ma confusion.

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