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Explication d’un cantique breton : Ouilet men daoulagad

Cet article aurait dû initialement paraître durant la Semaine Sainte. Nous le publions aujourd’hui, car ce cantique, s’il est idéal pour cette période liturgique, interroge toutefois le chrétien tout au long de l’année.

cantique breton de la passionA lors que nous sommes encore en plein temps pascal, arrêtons-nous sur l’un des cantiques consacré à la Passion, sans doute le plus beau, le plus émouvant: Ouilet men daoulagad (pleurez mes yeux).
Par le caractère saisissant et grave de sa mélodie il est le plus adapté à provoquer dans l’âme du Chrétien les sentiments de compassion et le regret des péchés causes de la mort du Sauveur.

Il a été composé au XVIIIème siècle par l’abbé Pourchasse (1720-1796), recteur de Ploeren et missionnaire diocésain (source: kan iliz).

Le refrain nous rappelle la mort de Jésus sur le Calvaire et interroge le chrétien: “quel cœur n’en serait pas brisé de chagrin et de douleur”?
On retrouve ici les mots d‘un autre cantique de la Passion “Piv a lavaro pebez glac’har” (qui dira quelle douleur) paraphrase du Stabat Mater.

Les 4 premiers couplets sont extraits du recueil de Vannes qui en comporte 14. Les recueils de Quimper et Saint Brieuc ont quand à eux 12 et 11 couplets. On notera que dans le recueil de Saint Brieuc le couplet 3 dans lequel il est question des juifs, a disparu (les paroles ont été révisées au XXème siècle).
Dans le recueil vannetais on observe une chose inhabituelle pour des mélodies populaires: l’ambitus (étendue des notes d‘une voix ou d‘un instrument de la plus grave à la plus aiguë) est très étendu couvrant une octave et demi.La dernière phrase musicale (absente dans les recueils de Quimper et Saint Brieuc) se termine par un La grave.

Certaines phrases du cantique ont des ressemblances avec certains airs profanes de gwerzioù (complainte/poème) comme Ti Eliz Iza popularisé au XXème siècle par les sœurs Goadec.

Le cantique est écrit en mode de La ancien et possède à plusieurs endroits une série de notes conjointes: mesure 4 (fa-mi-ré-do) et mesure 14 au 3ème passage en 9/8 (do-ré-do-si-do).
On a dans la partition comme c’est fréquent en musique bretonne des changements de rythme en cours de cantique: on passe du 6/8 au 9/8 pour finir en 6/8.

Le 4ème couplet invite l’âme du pécheur à éprouver de la contrition au pied de la Croix: “jetez-vous à ses pieds, pleurez vos péchés; souvenez-vous qu’ils ont été la cause de sa mort et de ses souffrances”.
Le ton sans équivoque employé par l’auteur du cantique laisse à penser qu’il s’agit d‘un cantique écrit pour ou à l’occasion d‘une mission paroissiale sur le thème de mystère de la Rédemption.
N’oublions pas que pendant longtemps (surtout aux XVII et XVIIIème siècles) les cantiques ont étés un formidable outil d‘évangélisation des populations rurales en Bretagne.

Pour nous préparer à la Semaine Sainte et spécialement à l’office du Chemin de Croix nous pouvons donc écouter le cantique “Ouilet men daoulagad” interprété de manière très saisissante et recueillie par les Kanerion Pleuigner:

Je renvoi également pour plus d‘information au site kan iliz qui propose une courte explication ainsi que paroles et partition du cantique: http://www.kan-iliz.com/semaine-sainte-ouelet-men-daoulagad-gwenedeg/

À propos du rédacteur Louis-Marie Salaün

D'origine bretonne,né en 1982 petit-fils d'écrivain catholique il est sensibilisé depuis l'enfance à la musique sacrée, la transmission et la défense de la foi. Il découvre tout jeune les cantiques bretons par le biais du duo bombarde et orgue (qu'il pratique aujourd'hui avec son beau-frère). Devenu sonneur de bombarde à l'âge de 26 ans il est en parallèle animateur liturgique dans sa paroisse de 2003 à 2010, puis chef de chœur de 2 chorales paroissiales (ND de la Trinité à Blois en 2012-2013 et le Chœur St Nicolas à Troyes depuis 2015).

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Un commentaire

  1. Très beau cantique, magnifiquement interprété par les Kanerion Pleuigner . .!

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