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La grande braderie des noms de villes continue !

Abbaye Notre-Dame-de-Bon-Repos (Saint-Gelven, France). Par Édouard Hue, CC BY-SA 4.0,

Suite aux fusions imposées aux communes par le gouvernement (vous vous mariez ou on vous sucre la dot !), les communes de Laniscat, Perret et Saint-Gelven deviennent une seule et même entité répondant au doux nom de “Bon-repos-sur-Blavet”, voté à l’unanimité par les élus locaux qui d’un trait rayent l’histoire et l’identité même de trois paroisses, même si le nom porte toutefois la mention de l’abbaye bien connue de Bon-Repos.

Vendredi 6 janvier, la séance du conseil municipal a officiellement mis en place la nouvelle commune de Bon-Repos sur Blavet. Ouest-France rapporte que “durant ce conseil, les élus ont évoqué la nécessité de lier le développement économique et la préservation du patrimoine”. Mais bon sang ! Le nom même des trois communes n’est-il pas justement un patrimoine à préserver ?

Mais il semble que tout cela soit devenu du passé. Pour Laniscat, par exemple, une nouvelle page Wikipedia a été créée, dans le même temps qu’une au nom de la nouvelle entité. Cette page indique que Laniscat est une “ancienne commune”. Concluez : elle n’existe plus ! Idem pour les deux autres ex-communes.

laniscat
Capture d’écran Wikipedia

Ne soyons pas naïfs ! Comme l’indiquait Yvon Abgrall dans un article (“Serait-ce le retour des ci-devant“), le fait de rebaptiser nos communes est, après la francisation des noms de nos paroisses, la suite logique d’un travail constant de déracinement et de déchristianisation de nos territoires, ici de la Bretagne, un héritage de la révolution française auquel tout chrétien, si ce n’est tout Breton devrait s’opposer. Mais à part quelques cris épars, on ne voit pas de réelle opposition à ce démembrement, qui n’a pourtant rien à envier au remembrement, à ses talus arasés, à ses arbres centenaires arrachés… et aux catastrophes naturelles qui s’en sont suivies.

Ainsi, Yvon Abgrall rappelait dans son article l’Histoire de la Révolution :

“le langage citoyen branché imposait que pour rompre avec  le temps des tyrans , tout se devait de devenir « ci-devants ».  On  débaptisait  et  l’on renommait :  la noblesse, le clergé,  les cathédrales,  les églises, les places et les rues, les villes et villages, les fêtes, le calendrier, privés de leurs identités  séculaires,  devenaient des  « ci-devants ».  Les  Provinces perdaient parfois jusqu’à  leur nom tout aussi multiséculaire qui avait imprimé leur Histoire et se voyaient affubler  de  noms nouveaux.  Ainsi, pour la Bretagne dont le nom disparaissait dans les culs-de-basse–fosse de la Révolution, les antiques Pays, les fameux  Broioù . Les « Bro Leon » et « Bro Gerne » (Cornouaille),  devinrent le Finistère ; les Bro Dreger et Penthièvre / Goëlo les Côtes-du-Nord, requalifiés plus tard en Côtes- d’Armor.  Le Bro Gwened (Pays de Vannes) devint le Morbihan (seul département à recevoir un nom en breton) ; le Bro Sant-Malo, le Bro Zol (Dol) et le Bro Roazhon devinrent l’Ille–et-Vilaine, qui laissera la place à la Brétilie ou aux moins aux Brétiliens, le nouveau nom des habitants de ce département (sic). Le Bro Naoned est quant à lui devenu la Loire- Atlantique après être passé en Loire Inférieure. La Révolution, en quelques séances de palabres citoyennes, rayait des siècles d’Histoire”.

[…]dans le Perche, St Hilaire-le- Lierru et Tuffé  fusionnent pour devenir le 1er janvier 2016 « Val de la  Chéronne». Quelques kilomètres plus loin, le village de Saint-Aignan fusionne avec cinq autres communes pour devenir « Val-au-Perche ». Dans la Manche, Blon, Villechien, Mortain, Notre-Dame-du-Touchet  et Saint-Jean-du-Corail deviennent «Mortain Bocage». Dans le Finistère, Audierne et Esquibien fusionnent pour ne donner qu’une entité : Audierne. Adieu Eskibien, dont les racines remontent au moins à 1110. En Ille-et-Vilaine, la Chapelle-du-Lou-du-Lac regroupe la Chapelle-du-Lou et de Lou-du- Lac. Dans le Morbihan, La Chapelle-Caro, Quily, le Roc-Saint-André ont fusionné pour créer « Val d’Oust ». Naizin, Remungol et Moustoir-Remungol forme les «Evellys » tiré des noms de deux ruisseaux : l’Evel et Lillys qui arrosent ces communes. On appréciera la «haute recherche culturelle» des promoteurs…  En Loire-Atlantique, le village de La Chapelle-Basse-Mer,  si cher à l’historien-écrivain Reynald Secher, fusionne avec  celui de Barbechat, pour devenir « Divatte-sur-Loire ». Ce nouveau nom met en fureur Reynald  Secher, qui le trouve ridicule, d’autant qu’il s’agit du nom d’une rivière à sec six mois de l’année. L’historien, qui a écrit précisément un livre sur le martyre sous la Révolution de La Chapelle-Basse-Mer (1) n’hésite pas à affirmer que cette décision a des relents de christianophobie  dissimulée : « Plusieurs conseillers municipaux ont estimé  que le nom de La Chapelle-Basse-Mer sonnait «trop religieux », ou « trop médiéval ».  Avec le nouveau  nom « Divatte-sur-Loire », il n’y a plus de références religieuses et historiques.  La «laïcité à la française»,  le «respect de l’Autre» et le «bien-vivre-ensemble» sont sauvés (n’est-ce pas mieux ainsi, se demanderont certaines bonnes consciences).

Les références identitaires et chrétiennes sont gommées. On veut toutefois nous rassurer en affirmant que  les communes qui se regroupent garderont leurs noms d’origine. La preuve : les panneaux resteront en place, ce qui dans un premier temps est exact.  Mais le  temps et l’usage passant, on en viendra à ne plus parler que de «Divatte-sur-Loire» ou des  «Evellys», comme on dit le 9/3 pour la Seine-Saint-Denis, trop historiquement chrétien…et pour cause. Et comme souvent cela se produit, les panneaux avec les anciens noms seront enlevés pour cause de vétusté ou de travaux, et ne seront jamais remis.  Autre question qui mériterait que les Bretonnants se posent : ne serait-ce pas  une autre façon de lutter de manières dissimulées contre la rebretonnisation des noms ? En effet, comment traduire en breton «Les Evellys» ? En ce début d’année, ce sont 33 communes bretonnes qui vont fusionner, pour fonder 13 communes nouvelles ; 90 sont en projets  dans les cinq départements bretons. Ouest-France rapportait que pour le seul Finistère, « au Nord, Plounéour-Trez, Brignogan et Kerlouan pourraient faire le grand saut. L’Hôpital-Camfrout, Daoulas, Logonna-Daoulas y songent aussi. Entre Saint-Thégonnec et Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec, la réflexion est lancée », ajoutant que « c’est plus compliqué dans le Sud, mais Briec, Edern, Landrévarzec, Landudal et Langolen ne renoncent pas. »

 

Un peuple qui ne connait plus son histoire est mûr pour toutes les servilités.

Après les exemples donnés par Yvon Abgrall, après Plouhinec-sur-mer, après Ploubalay,Le Plessis-Balisson et Tregon qui sont devenus Beaussais-sur-Mer (encore !), Plemet et La Ferrière devenus Les Moulins (parce que tout ça, c’est du vent ?) nous voici avec Bon-Repos-sur-Blavet, de doux noms de stations balnéaires de France, enclines à attirer le touriste en mal de quiétude. On nous arguera ici que le son et lumière de Bon Repos permet de se faire une idée de l’histoire des lieux, mais ce beau spectacle qui mérite d’être connu ne participe toutefois malgré lui qu’à un simulacre festif qui derrière la transmission historique dissimule une vacuité profonde se révélant par l’effacement lent mais sûr de nos racines, une sorte d’antimatière au service d’une politique à même de finir le travail de déracinement de la Bretagne et de briser le substrat religieux chrétien et pré-chrétien de nos territoires, que les ruines de l’abbaye semble préfigurer.

Benveg an diaoul a lazh hag a sko evel eun treitour ! L’outil du diable tue et frappe comme un traître ! 

Qu’importe la destruction des terres agricoles et des forêts par plus de bétonnisation.  Qu’importe la destruction de l’identité propre de nos lieux de vies mais aussi de celui qui fut bâti par nos ancêtres pour notre propre avenir. Effacer peu à peu les traces de l’Histoire, dépersonnaliser notre patrimoine, nos paysages : il n’y a pas mieux pour achever la déchristianisation de l’Europe, et ce sale travail est fait par ceux-là même qui devraient s’y opposer. Associez à cela les moutons qui suivent le troupeau, plus occupés à gérer le présent qu’à envisager le futur. Sur les réseaux sociaux, les internautes sont remontés, mais sur le terrain, les élus s’en donne à coeur joie, croyant marquer de leur nom l’histoire du territoire.

Petit aperçu de la destruction toponymique totale ou partielle :

Côtes-d’Armor :
Plessix-Balisson + Ploubalay+Trégon= BEAUSSAIS-SUR-MER
Laniscat + Perret +Saint-Gelven= BON REPOS SUR BLAVET
Mûr-de-Bretagne +Saint-Guen=GUERLEDAN
Collinée +Le Gouray + Langourla + Plessala + Saint-Gilles-du-Mené + Saint-Gouéno + Saint-Jacut-du-Mené = Le MENE
Dolo + Jugon-les-Lacs = JUGON-LES-LACS – COMMUNE NOUVELLE
Lamballe + Meslin = LAMBALLE
La Ferrière + Plémet = LES MOULINS
L’Hermitage-Lorge + Plœuc-sur-Lié = PLOEUC-L’HERMITAGE
Pordic + Tréméloir = PORDIC
Binic + Étables-sur-Mer (autrefois Étables-les-Grottes) = BINIC ETABLES SUR MER


Finistère :
Brignogan-Plages + Plounéour-Trez =PLOUNEOUR-BRIGNOGAN-PLAGES
Guipronvel + Milizac= MILIZAC-GUIPRONVEL
Audierne + Esquibien= AUDIERNE
Loc-Eguiner saint-thégonnec+Saint-Thégonnec = SAINT-THEGONNEC LOC-EGUINER


Ille-et-Vilaine :
Coglès + La Selle-en-Coglès + Montours= LES PORTES DU COGLAIS
Saint-Brice-en-Coglès + Saint-Étienne-en-Coglès = MAEN-ROCH
Campel + Maure-de-Bretagne = VAL D’ANAST
Châteaugiron + Ossé + Saint-Aubin-du-Pavail = CHATEAUGIRON
La Chapelle-du-Lou + Le Lou-du-Lac = LA CHAPELLE DU LOU DU LAC
Guipry + Messac = GUIPRY-MESSAC


Loire-Atlantique :
Arthon-en-Retz + Chéméré =CHAUMES-EN-RETZ
Bourgneuf-en-Retz + Fresnay-en-Retz= VILLENEUVE-EN-RETZ
Barbechat + La Chapelle-Basse-Mer= DIVATTE-SUR- LOIRE
Machecoul +Saint-Même-le-Tenu= MACHECOUL-SAINT-MEME
Anetz + Saint-Herblon= VAIR-SUR-LOIRE
Belligné + La Chapelle-Saint-Sauveur +La Rouxière + Varades= LOIREAXENCE


Morbihan:
Carentoir + Quelneuc= CARENTOIR
La Chapelle-Gaceline + La Gacilly – Glénac= LA GACILLY
Moustoir-Remungol +Naizin + Remungol = ÉVELLYS
La Chapelle-Caro +Quily + Le Roc-Saint-André= VAL D’OUST
Noyalo + Theix = THEIX NOYALO

Les changements de noms, que ce soit pour de soi-disant homonymies ou en raison de mariages forcés, relèvent tous d’une forfaiture et d’une marche vers une éradication totale de notre passé. Or, pour envisager un présent et surtout un avenir, il faut savoir qui nous avons été et ne pas couper les racines. En gommant encore plus notre histoire et notre identité, ce n’est pas une ouverture aux autres à laquelle nos édiles nous invitent, mais une invitation à nier à la Bretagne un avenir prometteur. Car un peuple qui ne connait plus son histoire est mûr pour toutes les servilités. La Bretagne, par la perpétuelle négation de son Histoire en sait quelque chose, mais il semble que cela n’ait pas servi de leçon.

A moins que les Bretons ne se réveillent enfin ?

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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Un commentaire

  1. dominique de Lafforest

    Merci pour ces réflexions! Puissent-elles en effet “réveiller” les responsables de ce triste “délayage” !

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