Saints bretons à découvrir

Les Kantikoù « en ligne »du Diocèse de Quimper & Léon : entretien avec Anne Boëlle

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Nous évoquions récemment l’initiative des cantiques bretons en ligne proposée par le Diocèse de Quimper & Léon. Nous nous sommes entretenus avec Anne Boëlle qui, avec toute une équipe, a participé à cette aventure et à la mise sur réseau de ce travail de titan :

« Mon vœu le plus cher est de voir perdurer cette magnifique liturgie bretonne »

Ar Gedour : Pouvez-vous nous expliquer quelle est la genèse de ce travail ?

Anne Boëlle : Ce travail est la suite logique de celui réalisé pour le recueil « Kantikou brezoneg ». Internet est un formidable vecteur d’information dont il aurait été dommage de se passer.

Il aurait été d’ailleurs possible de ne pas faire une édition « papier » des kantikou. Mais à l’époque, il nous est apparu important de le faire car, contrairement à la volatilité éventuelle des informations internet, une édition papier a l’avantage d’enraciner un travail dans un contexte chronologique.

Et dans  le recueil, il était impossible d’y  faire figurer les partitions harmonisées. Et surtout il était impossible d’y adjoindre des fichiers son, via des CD, par exemple. Il en aurait fallu un nombre trop important dans le cadre d’une commercialisation.

AG : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette édition papier ?

AB : Pendant une dizaine d’années, j’ai été animatrice de chants dans une grande paroisse de la région parisienne. Quand je revenais en Bretagne, j’ai été sollicitée, non pas pour chanter mais pour accompagner les cantiques car les paroisses manquent cruellement de musiciens.

J’ai mis plus de deux ans avant de savoir m’y prendre à peu près correctement, sans trembler comme une feuille avant chaque messe et sans passer des journées entières à préparer les accompagnements.

Pour les messes bretonnes, j’ai « couru » après les partitions en ne trouvant que des photocopies de photocopies, à peine lisibles.

Un jour, à la Procure de Quimper, j’ai trouvé le premier livre « Kantikou brezoneg » dans lequel Job an Irien y avait écrit :

N’edo ket posubl deom lakaad ar muzikou da heul : re vraz labour e vefe bet. Ma kavfem unan bennag prest da lakaad ar muzikou war urziaterez, e vefem a-du da zevel eun embannadur gand ar muzik. Piou en em ginnigo da ober al labour-se? (trad : Il nous était impossible d’y adjoindre les musiques : c’était trop de travail. Si quelqu’un voulait bien transcrire les mélodies sur ordinateur, nous pourrions envisager de les éditer. Qui s’attellerait à cette tâche ?)

Il m’a fallu une nanoseconde pour répondre : je vais le faire !

En effet, je connaissais suffisamment le solfège et l’informatique pour m’en sentir capable. J’y ai passé 18 mois, à raison de 2 heures par jour environ. J’ai surtout passé de longs moments avec Job an Irien ( que je ne connaissais pas). J’ai demandé l’avis de musiciens professionnels, de bretonnants etc….

Et comme je vous l’ai dit, le seul regret que j’ai eu, a été lorsque tout a été achevé car dans cette réalisation, j’y ai trouvé bien plus que le simple recopiage de notes. J’ai baigné dans ces paroles de prières, quotidiennement pendant tout ce temps….et côtoyer Job pendant presque deux ans, comment dire ? Sur le plan de l’amitié et de la Foi, …les mots me manquent !

AG :  Combien de temps avez-vous mis pour réaliser cela ?

AB : Pour ce qui me concerne, plusieurs mois, mais je n’y ai pas travaillé à plein temps. Curieusement, ce qui m’a demandé le plus de temps, a été de reprendre sur un logiciel de correction de photos, les copies des vieilles partitions qui, à force d’être reproduites, étaient parfois difficilement lisibles. J’ai également passé beaucoup de temps à collecter, numériser les fichiers audio.

Je ne suis pas la seule à y avoir travaillé. La partie informatique a été prise en charge par Jean-Paul Bideau. Le Père Hervé Quéinnec a travaillé à l’aspect liturgique de cette réalisation.

AG : Pourquoi proposer des cantiques bretons sur le net aujourd’hui ?

AB : A l’occasion de la parution du recueil de kantikou, grâce aux contacts que j’ai eus, la communication entre acteurs de la liturgie bretonne m’apparaît plus que nécessaire. Internet est un moyen extraordinaire est un outil extraordinaire, et ce que propose aujourd’hui le site du Diocèse vient enrichir les sites déjà existants.

AG : A qui s’adresse cette bibliothèque musicale numérique ?

AB : A tous ! En premier lieu aux acteurs de la liturgie bretonnante, mais aussi à ceux qui aiment les cantiques bretons, tout simplement.

AG : Avez-vous un souhait pour l’avenir de tout ce travail ?

AB : Oui ! C’est loin d’être fini ! Il faut déjà un fichier audio pour chaque cantique, ce qui n’est pas simple à mettre en œuvre. Nous allons aussi proposer un choix de cantiques pour les dimanches du cycle liturgique.

C’est un outil d’échange. Il y a sur le site, un lien pour ceux qui ont des partitions, des enregistrements à proposer.

Mais mon vœu le plus cher est de voir perdurer cette magnifique liturgie bretonne.

Pour accéder aux Kantikoù en ligne, cliquez ici.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

Articles du même auteur

Feiz e Breizh

Plus de 1200 fidèles, dont 480 marcheurs pour le Pèlerinage Feiz e Breizh 2022

La 5e édition du pèlerinage « Feiz e Breizh », les samedi 17 et dimanche 18 septembre 2022, a rassemblé 480 marcheurs, marquant une progression de 59 % par rapport à 2021. La messe de clôture à Sainte-Anne d’Auray a été célébrée dans une basilique comble.

[PATRIMOINE] Les splendides bannières LE MINOR

L’histoire entre la maison LE MINOR et les bannières de procession est une histoire qui dure depuis plus de 60 ans. En effet, c’est en 1953 que...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.