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La bataille de Jengland-Redon : un tournant méconnu de l’Histoire bretonne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min
Par Sémhur — Travail personnel

La bataille de Jengland-Redon, bien que moins célèbre que certaines autres batailles historiques, revêt une importance particulière dans l’histoire de la Bretagne médiévale. Cette confrontation, qui a eu lieu en 851, a marqué un tournant décisif dans la lutte pour l’indépendance et la consolidation du duché de Bretagne. Explorons ensemble les détails de cet événement marquant et son impact durable sur la région.

Contexte historique

Au IXe siècle, la Bretagne était une région convoitée par plusieurs puissances voisines. Les Francs, sous la dynastie carolingienne, cherchaient à étendre leur influence sur la péninsule bretonne. De l’autre côté, les Bretons, sous la direction de leurs chefs, résistaient vigoureusement à ces tentatives d’annexion. Le duc Erispoë, successeur de Nominoë et figure emblématique de la résistance bretonne, joue un rôle central dans cette période tumultueuse.

En effet, après avoir respecté la paix conclue avec Charles le Chauve en 846, Nominoë, à la tête des Bretons, reprend l’offensive en 849. Nominoë convoque alors un synode et dépose des évêques accusés de simonie pour les remplacer par des prélats de son choix (par exemple : Gislard nommé évêque à Nantes, puis à Guérande et Courantgwen à Vannes). Il va sans dire que les évêques, acquis au souverain franc qui les avaient nommés, limitaient aussi Nominoé dans son action pour la Bretagne. Il semble désormais chercher à établir l’indépendance totale de son royaume.

En 850, Charles le Chauve lève une armée pour défendre l’intégrité de la Neustrie, mais l’affrontement n’a pas lieu et le roi se contente de renforcer les comtés de la Neustrie limitrophes de la Bretagne.

En 851, les garnisons laissées l’année précédente à Rennes et Nantes capitulent devant Nominoë, qui pousse ses dévastations profondément vers l’est (il ravage Le Mans). Voulant pousser à son avantage ses conquêtes nouvelles, Nominoë décide d’avancer sur Chartres, mais meurt subitement en montant à cheval, près de Vendôme. Erispoë, son fils, reprend le commandement de l’armée bretonne et poursuit l’offensive en compagnie de Lambert, un Franc dépossédé du comté de Nantes par Charles le Chauve.

Les forces en présence

D’un côté, l’armée bretonne, dirigée par Erispoë, se composait principalement de guerriers locaux motivés par la défense de leur territoire et de leur culture. Erispoë, grâce à ses compétences militaires et son charisme, réussit à unir les différentes factions bretonnes sous une même bannière.

De l’autre, les Francs étaient commandés par Charles le Chauve, petit-fils de Charlemagne, déterminé à réaffirmer l’autorité carolingienne sur la Bretagne. Son armée, bien équipée et disciplinée, comptait sur sa supériorité numérique et technologique pour écraser les forces bretonnes. On peut supposer qu’après son échec cuisant à Ballon, Charles cherche à éviter de commettre deux fois la même erreur en se présentant avec trop peu d’hommes, même s’il sait les Bretons peu nombreux.

Déroulement de la bataille

La bataille de Jengland-Redon s’est déroulée dans les environs de Redon, une région stratégique située à la frontière entre la Bretagne et le territoire franc. Le lieu de la bataille est sujet à controverse : elle est localisée soit, en général, à Beslé (« Jengland »), lieudit de la commune de Guémené-Penfao en actuelle Loire-Atlantique, soit au Grand-Fougeray (actuelle Ille-et-Vilaine) à quelques kilomètres, soit encore à Juvardeil (actuel Maine-et-Loire), 120 km à l’est.

Les deux armées se sont affrontées dans une série d’escarmouches et de combats intenses. Erispoë a utilisé une tactique astucieuse en exploitant la connaissance du terrain par ses troupes. Les Bretons ont mené des attaques éclairs et des embuscades, désorganisant ainsi les lignes franques. L’armée de Charles le Chauve, malgré sa puissance, s’est retrouvée déstabilisée par ces tactiques de guérilla.

L’issue de la bataille

La bataille s’est soldée par une victoire décisive pour les Bretons. L’armée franque, incapable de s’adapter aux tactiques bretonnes et subissant de lourdes pertes, a été contrainte de battre en retraite. Cette victoire a non seulement consolidé la position d’Erispoë comme leader de la Bretagne, mais elle a aussi marqué le début de la reconnaissance de la Bretagne comme territoire indépendant.

Conséquences et Héritage

La victoire de Jengland-Redon a eu des répercussions durables. Elle a permis à Erispoë de renforcer son pouvoir et de poser les bases d’un duché breton unifié. Cette bataille a également inspiré un sentiment de fierté et d’unité parmi les Bretons, contribuant à forger une identité forte.

Charles le Chauve, quant à lui, a dû reconnaître l’autonomie croissante de la Bretagne, ce qui a conduit à une période de relative paix et de coexistence entre les deux entités. Les générations suivantes ont continué à se souvenir de cette bataille comme d’un symbole de résistance et de victoire contre l’oppression extérieure.

La bataille de Jengland-Redon est un exemple fascinant de la manière dont des tactiques militaires intelligentes et la détermination d’un peuple peuvent changer le cours de l’histoire. Bien que souvent négligée dans les récits historiques, cette bataille mérite une place d’honneur dans l’héritage breton. En étudiant ces événements, nous pouvons mieux comprendre les dynamiques complexes qui ont façonné l’Europe médiévale et la résilience d’un territoire face à l’adversité.

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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