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LE WLETIC NOMINOE

NominoeNominoé, c’est quelqu’un. Mais qui le connait ?

Tout Ecossais sait ce qu’il doit à Wallace et à Robert Bruce, mais combien de Bretons  savent  ce que furent  Morvan et Nominoé ?  Et pourtant, s’ il y a une Bretagne, c’est bien à Nominoé que le monde le doit. S’ il n’eut été là elle se serait diluée dans les brumes du Dark Age, effilochée dans un Far West sans âme.

A côté de ceux qui savent et rendent hommage à des héros, le terrassé et le vainqueur, il en est aussi quelques-uns qui préféreraient  que la Bretagne n’existât point et, faute de pouvoir radier Nominoé de l’histoire, font de leur mieux pour brouiller son image, quitte à brouiller surtout l’image de l’histoire elle-même. Ils sont plusieurs, sournois ou effrontés. S’ils sont encore en vie, ils se reconnaîtront. Dans un vaste sujet, relevons trois  points d’orientation : l’origine de Nominoé, la récupération des Marches bretonnes et la mort de Nominoé.

 

BODNUMEL

Le Cartulaire de Redon rapporte le nom du domaine de Nominoé , Bod- Numel, que l’on interprète comme “logis sacré”.  La concordance de Nomin– et Numel paraît indiquer qu’il s’agit d’un domaine patriarcal. H. Guillotel a cru trouver Bod-Numel en l’actuel Botmel, village de Callac, dans le Poher (Pow-Chaer, de Pagus Castri). Ce faux-pas linguistique devrait avoir fait long feu, puisque B.Tanguy a, en plusieurs endroits, indiqué l’identification correcte : l’actuel Bonnével, en Priziac, en pays vannetais. Pourtant on voit encore présenter Nominoé comme natif du Poher …

 

MARCHES  BRETONNES

Vu de l’est, on parle de “Marches de Bretagne”. Vu de l’Ouest on dit “Marches bretonnes”, car par définition une “marche” est une partie du territoire d’un pays, occupé par un étranger voisin. C’est la définition germanique de ce terme germanique. Cela signifie  que les mark-grafan francs qui ont levé le tribut à Rennes et à Nantes ont toujours su  qu’ils étaient en territoire breton. Réciproquement, les Bretons ne pouvaient oublier qu’ une partie de la Brittania était occupée par des agresseurs de l’Est. Après les défaites  des envahisseurs à Ballon et au Fougeray-sur-Vilaine, la récupération des Marches devenait un objectif réalisable.

En 850, la présence franque ne consistait plus qu’en deux garnisons, l’une à Nantes et l’autre à Rennes, celle-ci installée dans l’année, suivant les Annales de Saint-Bertin. Les chroniques franques  proprement dites sont discrètes sur les revers. C’est la Chronique d’Angoulême, en Aquitaine, qui relate la libération de ces villes bretonnes. Elle précise d’abord :

Karolus, tertia uice,  Brittaniam, magno cum exercitu, perrexit. “Le roi Charles, pour la troisième fois, gagna la Bretagne avec une grande armée”.

Apparemment,  il s”agissait d’installer à Rennes la garnison en question.  La chronique poursuit :

 

et Nomenoius, Redones et Namnetis capiens, partem murorum et portas earum destruxit. ” et Nominoé, prenant d’assaut Nantes et Rennes, défonça une partie de leurs murailles et leurs portes”.

Mais pour savoir cela il faut recourir au  texte latin, car si vous vous fiez à tels historiens patentés, vous avez  le bénéfice  de lire une traduction qui remplace un présent par un passé (*captas au lieu de capiens), “Nominoé, ayant pris Nantes et Redon, détruisit …” , suivi  de graves commentaires visant à accréditer l’idée  que Rennes et Nantes auraient été en territoires francs.

Avec certitude, on constate que Nominoé, chassant les Francs des Marches Bretonnes,  n’était pas  un conquérant.

 

LA  MORT  DU  WLETIC

Selon les Annales de l’abbaye de Fontenelle, Nominoé mourut “aux frontières des Francs, frappé sur ordre de Dieu, par l’Ange de l’Iniquité.”Les nouvelles tendancieuses parviennent même du ciel.  Retenons néanmoins  que ce fut non loin de la frontière, mais en terre bretonne, que l’ Ankoù terrassa le Vénète.

Nonobstant quoi on voit enseigner ex cathedra que le souverain breton trépassa, non loin de Chartres, à Vendôme  !

Si vous humez là un fumet de cafouille, enquêtons. Il ressort alors que l’on a trouvé, chez Pierre Le Baud, historien du 16ème siècle, un manuscrit où il avait noté que Nominoé était décédé à Ven…, la fin du nom ayant sans doute nourri une souris. Et voici Nominoé propulsé chef de rezzou d’hiver, avide de piller les ors du soleil levant, au lieu de s’occuper des affaires bretonnes, en ce temps où les Danois  armaient leurs flottes pour de nouveaux pillages.  Joli travail d’ historien…

Inutile, pourtant, d’ aller loin chercher  Ven... Juste sur la frontière des Francs,  la commune de Vendel  est bien présente, et a même eu pour blason la croix noire de l’Etat  breton.

 

A présent encore haineusement et sournoisement diffamé, Nominoé, de Silfiac  en Bro-Weroc, né vers 790, fut pour la Bretagne un souverain pragmatique, pondéré et clairvoyant. Il ne fut pas un conquérant, mais bien un libérateur, rétablissant la Bretagne dans ses limites du 5ème siècle. Il mourut le 7 Mars 851 à Vendel en pays des Reidones.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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3 Commentaires

  1. Petra e ur wletic ?

    • Evel “Dux” pe “Comes” eo ar titl “Wletic”. Ur c’hemmadur a “Letic” eo, ur ger (henbrezhoneg) evit lavarout “ar gwellañ-karet [a Doue]”.

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