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« La foi de mes pères, Ce qui restera de la chrétienté bretonne ? », une conférence de Pierre-Yves Le Priol

Les mercredis de la Basilique d’Hennebont, le 24 juillet 2019

« Qu’est-ce qu’il y a de Baud à Hennebont ? » C’est par cette question fondamentale et existentielle par excellence que le conférencier, originaire de Baud, a initié son propos.

Entre les rives du Blavet, la porte Broërec et la basilique où nous nous trouvons, pour faire court, il y avait, selon nous, que l’embarras du choix …

« Vingt-quatre kilomètres, exactement ! » répondit-il avec la précision qui caractérise l’homme de presse qu’il est !

Ainsi, nous le savions déjà, il y a l’écrit et l’oral et Pierre- Yves Le Priol est aussi bon dans l’un que dans l’autre : il nous l’a démontré avec brio.

Le titre de sa conférence avait la connotation biblique de celui donné à son excellent livre paru chez Salvator en fin d’année dernière 2018.

Nous savons enfin, de la bouche de l’auteur, ce que son éditeur n’avait pas voulu préciser, sans doute pour exciter notre curiosité : sur la page de couverture de son livre figure la photo de la croix de mission élevée en 1910 à Rozarbelec, commune de Pleyber-Christ (29410), sur la petite route qui mène au Cloitre Saint Thegonnec, représentant du côté face la Vierge et Saint Jean entourant le Christ en croix et de l’autre, les saints locaux Hervé et Donat.

« 50 devez induljensou » est-il précisé sur le socle pour inviter à la prière. Mais qui, aujourd’hui se soucie de son salut éternel et du bénéfice que procurent les « indulgences » autrefois si recherchées ?

Qui sait même ce que cela signifie …

 « La foi de mes pères » fait écho au « Dieu de nos pères », celui par lequel Dieu s’est présenté à Moïse : « je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3, 6), triple qualité désignant YWH tout au long du Deutéronome (1, 21 ; 6, 3 ; 27, 3). C’est sous ce qualificatif que les Israélites, captifs des égyptiens, invoqueront le Seigneur pour qu’il les délivre (26, 7).

C’est au Dieu de ses trois aïeux successifs que le roi David se réfère quand il s’adresse aux fils de Gad : « Si c’est pour la paix que vous êtes venus vers moi pour m’aider, je serai prêt de tout cœur à me joindre à vous ; mais si c’est pour me tromper en faveur de mes ennemis, alors qu’il n’y a pas de violence dans mes mains, que le Dieu de nos pères le voie et qu’il arbitre ! » (1° livre des Chroniques 12, 18b)

Ou encore dans la bouche de Josaphat devant l’assemblée de Juda : « Seigneur, Dieu de nos pères, n’est-ce pas toi qui es Dieu dans les cieux et toi qui domines sur tous les royaumes des nations ? Dans ta main il y a force et puissance et nul ne peut s’affronter avec toi. » (1° livre des Chroniques 20, 6)

Ainsi prie Azarias au milieu de la fournaise où l’a jeté le roi Nabuchodonosor : « Béni et loué sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères et que ton nom soit glorifié à jamais ! » et chantent les trois enfants du texte grec du livre de Daniel : «Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, et loué et exalté à jamais! Et béni soit le saint nom de ta gloire: loué soit-il et exalté à jamais ! » (3, 26 et 52)

Cette expression se trouve également dans la prière d’Esdras (7, 27) dans celle des anciens de Jérusalem à la vue de Judith apprêtée à accomplir son destin (10, 8) et de Tobie et sa fiancée, Sara (8, 5)

Dans le Nouveau Testament, les actes des apôtres font mention du « Dieu de nos pères » dans le second discours de Pierre (3, 13) et dans son plaidoyer devant le Sanhédrin (5, 30). Métaphore également utilisée par Ananias s’adressant à Saul auquel il a rendu la vue (22, 14), Paul s’en prévaudra pour sa défense devant Felix, gouverneur de Césarée (24, 14).

Mais en réalité, il n’existe dans la bible aucune occurrence de l’expression « la foi de mes pères ». C’est le refrain du cantique composé en 1906 par l’abbé Guillou, vicaire à Goulien, que nous chantons à tue-tête de tout notre cœur à la fin de chaque messe du matin au Tro Breiz :

   Da feiz on Tadou kozh
   Ni paotred Breizh-Izel!
   Ni ‘zahlc’ho mad atao!
  ‘Vid feiz on Tadou kozh
   Hag endro d’he banniel
   Ni holl en-em stardo!
   Feiz karet on Tadou!
   Morse ni n’ho nac’ho!
   Kentoc’h ni a varvo!

« Ce qui restera de la chrétienté bretonne ? », ce qu’en bon professionnel du journalisme, notre conférencier appelle « l’accroche », comporte, dans l’annonce de sa conférence, un point d’interrogation qui ne figure pas sur le titre du livre. Erreur dactylographique ou volonté délibérée de notre auteur/conférencier ? L’écrit constate et affirme tandis que le discours oral va prendre une tournure interrogative ouvrant sur des perspectives plausibles ?

Quoi qu’il en soit, l’âge de la retraite et le décès de son père vont amener ce spécialiste de Péguy à s’interroger face au constat qu’il nous fait partager : on ne sait jamais, en effet, de quoi l’avenir – qui n’appartient qu’à Dieu – sera fait.

La foi de mes peres le priolSi vous ne l’avez déjà fait, achetez et lisez le livre de Pierre-Yves Le Priol : « la foi de mes pères, ce qui restera de la chrétienté bretonne », Salvator, 2018, 284 pages, 20 €

Il reste, ce qu’a opportunément rappelé le Père Ronan Graziana, curé de la Basilique d’Hennebont, que la messe dominicale rassemble encore aujourd’hui, chaque samedi soir et dimanche, dans nos églises et chapelles paroissiales, plus de deux millions de fidèles ce qu’aucune autre activité ne saurait faire, pas même le foot dans les stades ou le vélo sur nos petites routes de campagne…

La suite, qui n’est pas forcément la réponse, c’est l’abbé Robert-Hugh Benson (1871-1914) qui l’a écrite en 1910 en nous contant l’histoire croisée du politique Olivier Brand, de l’ecclésiastique Percy Franklin et de l’énigmatique Julien Felsenburgh, « the Lord of the world », selon le titre original de son livre réédité en 2015 par Pierre Tequi sous le titre, édulcoré, que traduit le français :  « Le Maître de la terre, la crise des derniers temps »…

Bon été et bonne lecture !!

Merci aux Amis de la Basilique, organisateurs de cette soirée, les prochains mercredis seront consacrés à des concerts jusqu’au 21 août, sauf le 14 avec la conférence du professeur Jean-Jacques Bougot sur le mobilier des églises et chapelles bretonnes !

Et merci aussi, bien sûr, à Pierre Yves Le Priol et à sa charmante épouse, présente à ses côtés : ils n’ont que 24 Km à faire pour rentrer chez eux !

À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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