Saints bretons à découvrir

Le Breton n’a pas à être un éternel piétiné !

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 min

produits-bretons-celtes_240707_100617.jpgEn janvier dernier, les journaux ont relayé le positionnement d’une âme torturée à propos du nom d’une rue de Pont-L’Abbé attribuée à Youenn Drezen en 1979. Plus récemment, un roman de Goulc’han Kervella, citant Roparz Hemon, s’est vu mettre à l’Index par l’Académie de Rennes.

Bizarre ces personnes qui encore aujourd’hui ne semblent exister que dans l’évocation et l’ombre des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, dans la production d’ouvrages, d’émissions et de films tendant à faire passer pour collabos (ou extrémistes) tous ceux qui voulaient (et veulent encore) une Bretagne tournée vers l’avenir et laissant de côté les charognards qui l’ont laissée exsangue. Certains pseudo-historiens pleurent à la réécriture actuelle de l’Histoire de Bretagne, alors que ce sont ceux-là mêmes et leurs pères (pairs) qui ont tout fait pour discréditer le(s) mouvement(s) breton(s), qu’il fallait annihiler, quitte à fabriquer des légendes ou à grossir les traits. Il était nécessaire d’éradiquer toute velléité régionaliste (voire autonomiste), et c’est pourquoi il fallait faire passer l’ensemble du mouvement breton pour collabo, et faire oublier que la Bretagne a été pendant longtemps une riche puissance européenne qui attirait bien des convoitises. Ce révisionnisme a toujours cours à ce jour ! Impossible de passer à autre chose car sans cesse reviennent les mêmes propos dont le but est de disqualifier tout discours jugé trop… breton. Et on peut compter sur bien des gens pour qui la langue bretonne « n’est pas compréhensible »(sic), est « ringarde »(re-sic), que la culture bretonne n’est pas « la préoccupation des gens » (re-re-sic)… et j’en passe…, pour relayer cela activement ou passivement.

Jean XXIII disait dans « Pacem in terris » (n°95-96) « que toute la politique visant à contrarier la vitalité et l’extension des minorités est une faute grave contre la justice, une faute encore plus grave lorsque, en agissant ainsi, elles se proposent de les faire disparaître. Au contraire, rien qui ne soit plus conforme à la justice que l’intervention des pouvoirs publics en vue d’améliorer les conditions de vie des minorités ethniques, spécialement en ce qui concerne leur langue, leur culture, leurs coutumes, leurs richesses et leurs entreprises économiques. » Il est étonnant de voir à quel point la Bretagne et les Bretons sont devenus minoritaires sur le propre territoire breton, alors même que tous les atouts existent. Minoritaires au sens que l’identité bretonne de la majorité ne semble être de plus en plus que de surface et que les politiques actuelles visent bien souvent à contrarier passivement ou activement la vitalité de la Bretagne au point de la faire disparaître en profondeur. A l’instar des insectes xylophages qui attaquent le bois en son coeur tout en laissant l’extérieur indemne, cachant ainsi les dégâts pouvant mener à l’effondrement d’une charpente. C’est ce qui ressort d’ailleurs du magazine Bretons de janvier 2016, qui dit clairement que de la Bretagne « tout le monde s’en fout », précisant que beaucoup de Bretons exhibent leur Gwenn ha Du ou leur autocollant A l’aise Breizh sur leur voiture, vont aux festoù-noz, mais combien connaissent leur histoire de Bretagne ? Combien savent que la Bretagne a été indépendante pendant un bon bout de temps ? Sur AR GEDOUR nous avions publié un article parlant de 1600 ans d’autonomie, nous référant au rescrit de l’empereur Honorius en 410.

Il n’y a encore pas si longtemps, certains cercles celtiques donnaient des cours de langue bretonne et d’histoire de Bretagne à leurs membres. Il n’y a pas si longtemps, les écoles catholiques enseignaient encore les heures de Bretagne. Aujourd’hui, plus rien, ou si peu. On ne peut qu’applaudir ce qui se fait déjà mais il est regrettable que ce ne soit qu’une portion congrue, alors même que Pie XII disait (en 1941) qu’ « il n’y a pas place pour l’oppression, ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques des minorités nationales ». 

Quant au côté religieux, combien de prêtres, en-dehors de la période des pardons, utilisent le sanctoral breton de leurs diocèses respectifs ?

 

Milan HÜBL (1927-1989), historien tchèque avait dit quant à lui que « pour liquider un peuple, on commence par lui enlever la mémoire. On détruit ses livres, sa culture, son histoire. Puis quelqu’un d’autre lui écrit d’autres livres, lui donne une autre culture, lui invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est, et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite. » Dans les écoles ou lors des commémorations, on nous apprend et on célèbre le seul roman national français, parfois à mille lieues de l’histoire vraie de la Bretagne Armoricaine (sujet encore évoqué dans Bretons de janvier 2016). Dans un servage intellectuel qui force l’admiration, on ne chante plus que les héros (hérauts) de France et on oublie peu à peu ceux qui ont forgé le pays d’Armorique, les savants de Bretagne, les grands navigateurs, les rois et ducs de Bretagne, les chefs de guerre, les faiseurs de paix, les missionnaires. Qui sait qui étaient Nominoë, Erispoë, Morvan Lez-Breizh, … ? Qui sait que Laënnec, l’inventeur du stéthoscope, était breton ? Qui connait le Père Maunoir, Jorj Cadoudal, Pierre Guillemot, Armand de la Rouërie, Surcouf, Jacques Cartier, Duguay-Trouin, Yves de Kerguelen ? Qui sait que la Bretagne a donné aussi des écrivains et poètes brillants comme Chateaubriand, Tristan Corbière, Anjela Duval, Xavier Grall, Per Jakez Helias, … qui n’ont rien à envier aux « grands de France » ? La Bretagne s’est parfois même fait confisquer ses hautes figures, considérées désormais comme françaises. Nous avons oublié qui nous étions ! Nous avons peu à peu renié tous nos aïeux qui ont construit et se sont battus pour la Bretagne !

Au fil du temps, dans cette ignorance, la structure bretonne même se délite dans un magma culturel qui est riche mais qui n’a pas / plus de colonne vertébrale. Or sans cette structure, la tradition bien vivante deviendra au fil du temps du folklore et se figera pour les siècles comme un mégalithe d’Erdeven, curiosité qui revivra occasionnellement le temps d’un son et lumière ou d’un festival… avant de s’effacer comme les cultures étrusque ou haumaka (Ile de Pâques).

Soit dit en passant : certains se demandent comment faire connaître aux enfants l’Histoire de lavoix2.jpg Bretagne. La question a encore récemment été posée lors d’un colloque consacré à ce sujet, à Brest et dont parlent les sites 7Seizh et ABP. On se rejette la faute, mais s’il est vrai qu’il existe des blocages chez certains (notamment dans la haute administration), les vrais responsables ne seraient-ils pas les Bretons eux-mêmes ? Ils ont tous les outils pour cela, et pourtant…

Il y aussi une autre piste, comme nous l’avions évoqué en avril 2014 puis encore récemment : comment se fait-il qu’aucune entreprise similaire au Puy du Fou n’ait encore vu le jour en Bretagne ? Quelque chose, le Ker porté par Diorren Porject, se crée actuellement à Vannes, et un autre projet se dessine, mais y aura-t-il à terme l’envergure d’un Puy du Fou, avec la volonté de structurer et d’enraciner les choses, capable de drainer les écoles et les autres (de manière internationale), pour faire reprendre à chacun conscience de l’histoire du peuple breton, puisqu’il ne peuvent l’apprendre à l’école ?

Certains jouissent de voir une simple Bretagne dont le folklore passé est tout juste bon à archives de musée et à attirer le touriste estivant. Le reste doit être pour battage de coulpe, alors même que la Bretagne n’a aucune leçon à recevoir quant à son ouverture sur le monde. Toute initiative tendant à montrer un peuple fier de sa culture et de son histoire est cassée dans son élan, car le Breton doit s’incliner encore et toujours sous le joug de ceux qui décident pour lui, dans la société civile et, malheureusement aussi, dans l’Eglise qui pourtant fut aux avant-postes de la défense de la culture bretonne face au jacobinisme français et aux hussards noirs. Certains seront intéressés de constater que régulièrement, dans les discours de ceux que nous évoquons au début de cet article, reviennent les attaques contre une Bretagne catholique. Et quand on creuse, on retrouve des « libres » penseurs et pseudo-humanistes en toile de fond, qui peuvent compter sur leurs chiens pompéïens qui n’ont souvent ni culture religieuse ni culture bretonne. « L’oppression dissimulée » pointée du doigt par Pie XII est là aussi !

Celui qui est objectif comprendra certainement que cela illustre très bien l’approche globale : dans un anti-humanisme profond, on fait jouer les fantômes du passé pour laisser les Bretons dans l’ignorance d’eux-mêmes et de leurs racines profondes. En fait, on s’aperçoit que le lien étroit qui existe entre la langue bretonne, la culture bretonne et la foi chrétienne leur pose un véritable problème. Il leur est donc nécessaire de casser la Bretagne pour atteindre une des racines vitales de l’expression de la foi des Bretons et donc toucher la foi chrétienne. Et évidemment, toucher la foi chrétienne contribue aussi à toucher la Bretagne elle-même et ce qui fait son âme. Ce qui est Breton et s’assume devient alors suspect de passéisme ringard au profit d’une culture « hors-sol » que l’Eglise elle aussi peine à dégager d’un revers de manche, au grand dam des Bretons. Cela fait aussi partie de ce qui provoque une désaffection de nos Eglises, associé à une liturgie qui s’affadit et ne sait plus où elle en est ni à qui elle s’adresse, découlant sur un étiolement de la foi. Chemin faisant, les ennemis de la Bretagne et de l’Eglise font ainsi d’une pierre deux coups, en cassant ce qui est chrétien et ce qui est breton.

Mais aujourd’hui pleurent ceux qui voient leurs légendes s’écrouler, la propagande de centaines d’années s’effacer pour tenter de redonner à la Bretagne un avenir. Un deiz a vo sklaer an amzer, chantait Glenmor. Plus la Bretagne avance et entrevoit ce futur, plus les kapos infiltrés sortent leurs griffes, soit de manière frontale, soit dans un mépris profond, soit en faisant du sentimentalisme en faisant passer pour des intégristes et des extrémistes ceux qui ne demandent rien d’autre que d’exister et de vouloir vivre.

Il ne s’agit donc pas juste d’une question culturelle mais aussi de ce lien intrinsèque entre la foi chrétienne et la Bretagne. Nous le répétons souvent sur Ar Gedour : celui qui sait qui il est et d’où il vient saura où il va et saura s’ouvrir au monde, y compris à ceux qui sont loin de l’Eglise. Prenons conscience de nos racines et assumons-les, que ce soit dans le monde séculier ou religieux, y compris dans la liturgie et dans nos initiatives d’évangélisation, comme l’ont fait nos missionnaires à travers les siècles. Dans nos pardons, nous chantons parfois encore :  « Feiz karet on Tadou morse ni n’ho nac’ho! Foi bien aimée de nos pères, jamais, nous vous renierons ! » Rappelons-nous en ! Parlons au coeur des gens et, enracinés dans le Christ et dans cette culture propre encore si prisée du monde séculier, nous pourrons à la suite de tous les missionnaires envoyés à travers la planète, nous déployer et annoncer le Christ à la Bretagne et au monde. Car, comme le disait l’abbé Yann-Vari Perrot « Si la France est tombée si bas, pour peut-être ne plus se relever, c’est parce qu’en elle toutes les vertus chrétiennes se sont éteintes les unes après les autres. Si on veut restaurer la Bretagne, qu’on la construise sur la pierre angulaire qu’est le Christ : rien de durable ne se fera autrement ». 

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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