Saints bretons à découvrir

Le fiacre et le petit cahier d’écolier

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

La restauration d’objets, de meubles, de bâtiments anciens ont de tous temps réservé des surprises à celui qui s’y attelait. Des surprises, mais pas forcément des trésors, témoignages du passé de l’objet, de la vie de ceux qui l’utilisèrent.

Quittant un instant les sujets plus sérieux, voici une petite histoire véridique, dont l’unique objet est de nous faire rêver…

En 1984, j’ai créé le Conservatoire breton de la Voiture Hippomobile Ancienne (1), dont le but était de restaurer ce patrimoine méconnu, méprisé, et de le présenter au public : des attelages de châteaux, de Maîtres, de villes, ruraux, militaires et autres, allant du 16ème au milieu du 20ème siècle. J’ai évidemment été emmené à restaurer certains d’entre eux, qui parfois étaient dans un état proche de la ruine.

En 2000, j’avais entrepris la restauration d’un grand coupé circulaire, construit dans les années 1850, et qui provenait de la Grande Remise d’un château  morbihannais.  Son capitonnage intérieur était cuit, il fallait retirer ce qui en restait, et tout refaire à neuf, à l’identique. C’est souvent lors de tels travaux de restauration que l’on peut tomber sur des surprises, faites d’objets divers, oubliés, perdus par le ou les artisans qui ont travaillé sur la  construction de la voiture, ou par les propriétaires. En ce qui concerne les voitures hippomobiles, c’est le plus souvent dans les voitures fermées : coupés, berlines, landaus, omnibus, que des surprises peuvent êtres découvertes. Ces voitures, du moins pour des modèles de luxe, comportaient souvent de petits espaces  dissimulés dans les boiseries, les sièges intérieurs, genre tiroirs à secrets à l’instar de certains secrétaires ou commodes. Leurs fonctions étaient de cacher, soit du courrier confidentiel, soit de l’argent. Ces espaces discrets furent surtout nécessaires en périodes de troubles, mais répondaient aussi aux désidératas de celui qui commandait la voiture à un carrossier.

C’est le plus souvent dans la double paroi des portes, là où les glaces descendent, que l’on trouve de menus objets égarés: pièces de monnaies, bijoux comme des alliances, des bagues. En effet, les passagers posant leurs mains sur le rebord pouvaient fort bien, à leur insu, laisser tomber ces objets, pensant par la suite les avoir égarés en quelques lieux. Et  c’est au cours de ces restaurations, bien des décennies, ou siècles plus tard, qu’ils sont découverts.

Revenons au coupé circulaire cité plus haut. Celui-ci n’était pas équipé de caches secrètes, mais au cours du démontage du capitonnage, il me livra une bien curieuse surprise, qui assurément ne correspondait en rien à un trésor. Ainsi dans le rembourrage du capiton, fait d’une belle épaisseur de crins de chevaux, apparu, bien dissimulé, un petit cahier, qui à l’examen s’avéra être un cahier d’écolier. Une partie de la couverture et quelques pages d’écritures étaient encore très lisibles. Malgré les altérations du temps et de cet enfermement entre le cuir du capitonnage, le matelas de crins et la carrosserie (boiserie de la caisse), il avait gardé la fraîcheur de certaines couleurs.

Surprise donc. Mais que faisait là ce petit cahier ? Qui avait bien pu placer, abandonner, dissimuler ce document qui ne présentait aucun véritable intérêt, et le pourquoi de sa présence dans cet endroit où personne ne serait venu le chercher.

Sur la couverture un joli dessin d’un oiseau perché sur une branche ; un titre « Horizons » en lettres gothiques, une adresse « La Schola de Poitiers ». Quant aux pages d’écritures encore lisibles, tracées de la main d’un jeune enfant, on y relève pas mal de fautes d’orthographes barrées, corrigées, également des chiffres. La cohérence des textes n’est cependant pas évidente, on est en présence d’un cahier d’exercice d’écriture et de calcul. Donc rien d’extraordinaire : pas de messages secrets, de cartes au trésor, façon petits parchemins dissimulés dans un mât creux de la goélette « La Licorne » dans les aventures de Tintin.

PAPA, MAMAN ! J’AI  PERDU  MON  CAHIER !

Sur une page, un nom griffonné, «Raffaud» : est-ce le nom de famille de l’enfant qui avait oublié, égaré son cahier ? Mais pas de prénoms indiquant si c’était le cahier d’une petite fille ou d’un petit garçon. La question est « que faisait là ce cahier ?». Avait-il effectivement été oublié, ou avait-il été volontairement dissimulé, et alors pourquoi ?

On imagine mal, l’artisan consciencieux effectuant le capitonnage d’une voiture de luxe d’un grand carrossier utiliser, par économie, du papier à la place du matériau de qualité. On n’imagine pas davantage l’artisan s’amusant à une facétie, et se disant « Tiens ! Un jour, dans cinquante ans, un siècle, quelqu’un découvrira ce cahier d’écolier », et cachant le cahier d’un de ses enfants. Un autre scénario est possible : l’enfant a pu se rendre  à  l’atelier de  son père qui travaillait sur le capitonnage, et pour s’amuser, monter dans la caisse de la voiture.  Etourdie, il a oublié son cahier posé sur le crin. Le père, tout à son ouvrage n’y a pas fait attention, et l’a absorbé dans la masse de crin.

Autre possibilité, on peut tout imaginer, l’enfant n’ayant pas de trop belles notes d’orthographe comme le laisse voir le cahier, a trouvé plus prudent de ne pas le montrer à ses parents, et a pensé que le cacher au milieu du crin du capitonnage était le meilleur endroit, évitant ainsi, avec sans doute un beau mensonge du genre : « J’ai perdu mon cahier ! », une punition. Mais peut être que je médis sur la mémoire du pauvre enfant en imaginant cela …

Quoi qu’il en soit, le cahier ayant séjourné caché durant deux cent vingt ans, rongé par le temps et l’humidité,  l’intérêt de la découverte s’arrête là, à une charmante histoire, avec sa part de rêveries …

Merci pour cet article : j’aide Ar Gedour

Note :

1)     Musée privé, il fermera en 2004, mais conservera sa collection d’attelages.

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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2 Commentaires

  1. Trugéré deoc’h a greiz kalon, Youenn :
    Une belle histoire pleine de fraîcheur dans un période morose.

  2. C” est un conte de fée et de faits La lente quête millénaire intelligente de nos ancêtres pour avancer sur roues me fascine en tant qu’historien. Avec cette culture Celte qui a donné le nom de tant de véhicules, depuis “benna” jusqu’à “carros” en passant par “essudum”. Merci Youenn de conserver d’aussi belles choses avec cette touche humaine que j’ai retrouvé sur des millénaires, la grande Histoire et la petite, inséparables.

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