Saints bretons à découvrir

“Le Peuple breton” consacre un article aux reliques : quelques précisions

Suite à une publication du Peuple Breton concernant les reliques, Ar Gedour s’oppose à l’idée que St Yves serait “le seul saint breton canonisé par l’Eglise”  (sic) et que nos saints bretons, canonisés par ce qui est appelé couramment la vox populi, ne seraient pas vraiment canonisés.

Le journal breton de l’UDB “Le Peuple breton” a publié ce mois-ci un article dédié aux reliques et intitulé “Les reliques, quatrième pouvoir au Moyen-Âge”, rédigé par Stuart Lesvier, de Rubrikenn Istor Breizh. Celui qui ne sait pas grand-chose des reliques en découvrira un peu plus sur ces deux pages, avec notamment un éclairage sur la relation de la Bretagne avec les restes humains aux propriétés miraculeuses, et l’influence donnée aux possesseurs de reliques.

Cependant, quelques ajustements sont pourtant à faire. L’un d’entre eux concerne la canonisation des saints bretons. L’autre sur la question “d’adoration”…

Saint Yves, seul saint breton canonisé par l’Eglise ?

 L’auteur, comme tant d’autres, reprend une légende urbaine bien enracinée disant de saint Yves qu’il est “le seul saint breton canonisé par l’Eglise”.

Non, Saint Yves n’est pas le seul saint breton canonisé par l’Eglise ! Et voir des Bretons contribuer à propager cette fable soit par méconnaissance, soit parce que ça en arrange certains de se dire que nos saints, s’ils n’ont pas été reconnus, c’est qu’ils n’était pas vraiment chrétiens. “Mais, mon bon ami… ils n’étaient pas tout à fait chrétiens, vos saints. Ils ne pouvaient être reconnus officiellement par le Vatican” peut-on ainsi entendre, laissant poindre un argument sans faille : ils étaient moitié druides / moitié chrétiens, comme Bioman était moitié homme / moitié robot. S’ils n’étaient pas totalement chrétiens, c’est qu’on peut légèrement les assumer, pourraient dire quelques néo-pagan, agnostiques ou athées attachés à l’aspect culturel… mais pas cultuel. Quant aux “anti”, ils peuvent se moquer : “les saints que vous vénérez ne sont même pas reconnus par vos autorités…” 

Comme nous l’avons déjà dit, il s’agit d’une erreur monumentale d’affirmer que nos saints ne sont pas reconnus et que saint Yves est le seul à l’avoir été.  Celui qui se penche un peu plus sur le sujet peut aisément se rendre compte que la procédure de canonisation toujours en vigueur de nos jours est celle mise en place par Rome uniquement à partir du XIIème siècle (et qui a subi au fil du temps quelques liftings adaptés aux époques). Alors qu’auparavant, la réputation de sainteté faisait le saint et rejoignait ainsi ce qu’on appelle la vox populi, et ce à travers le monde connu (et pas qu’en Bretagne), le Saint-Siège se réservait désormais le droit exclusif de canoniser.

Or, dès l’avènement du christianisme en Bretagne armoricaine (vers le IIIème et surtout le Vème siècles) et les conversions qui suivirent, les pasteurs locaux sinon le peuple lui-même avaient “canonisé” un très grand nombre de personnages réels ayant été exemplaires dans leur vie ou d’autres inventés (derrière un prénom, un concept).

Rome n’a jamais re-canonisé les saints des premiers siècles, que ce soit en Bretagne ou ailleurs. Il n’y en avait pas besoin, le tout s’inscrivant dans ce qu’on pourrait appeler en quelque sorte un développement organique. Mais, histoire de bien cadrer les choses, par un décret de 1215 (IVème concile de Latran), tous les saints vénérés depuis un siècle au moins ont été acceptés et reconnus comme tels. En bref, un package général a régularisé la situation urbi et orbi, Rome ayant ainsi pris acte des saints qui étaient déjà vénérés…  et dont le culte existait encore.

Ajoutons que le Concile de Trente (1565) autorisa le maintien des martyrologes (calendriers) diocésains, les évêques ayant jusqu’alors la liberté de reconnaître leurs propres saints dans leurs diocèses. Il s’agit des propres diocésains, avec des saints qui ne sont pas tous reconnus nominativement par Rome comme on le voit aujourd’hui, mais sont reconnus par l’Eglise universelle, sainte et apostolique. Ils sont donc de facto officiellement canonisés, c’est-à-dire reconnus comme saints. Simplement, puisqu’il n’y a pas eu dans leur cas de procès solennel de canonisation, l’autorité et l’infaillibilité entière de l’Église ne sont pas engagées pour ces saints. Saint Yves, quant à lui, a été canonisé selon les nouvelles normes.

Dire que beaucoup de saints bretons ne sont pas reconnus par l’Eglise est  une méconnaissance totale des textes et de l’histoire de l’Eglise, ainsi que son fonctionnement. Une fake-news qui, sur le même principe, reviendrait à dire que, comme Jean-Paul II a considérablement modifié les conditions de canonisation, tous les saints canonisés antérieurement ne sont pas vraiment canonisés. Mais au-delà de cette question, continuer à affirmer que nos saints bretons ne sont que légendes même pas reconnues, c’est aussi donner des billes à ceux qui pensent que l’Histoire de la Bretagne n’est qu’un détail de l’Histoire du monde.

Enfin, pour terminer sur cette question, après saint Yves, d’autres saints bretons ont été canonisés : Louis-Marie Grignion de Montfort, Jeanne-Marie Guerguin, Jeanne Jugan, … pour ne citer qu’eux, et cela sans compter tous les bienheureux (Julien Maunoir, Pierre-René Rogue, Marcel Callo, Madame Mollé et bien d’autres). Enfin, précisons que Guillaume Pinchon aurait été le premier saint breton canonisé par bulle papale, en 1247.

Adoration ou vénération ?

Il est indiqué “une adoration du peuple envers ce saint” (à savoir saint Yves). Précisons ici aussi qu’un saint n’est pas adoré, mais vénéré. Une différence de vocabulaire qui implique une approche sensiblement différente : on adore Dieu, on vénère les saints. Les saints ne sont donc pas des dieux multiples que l’on solliciterait, mais des modèles qui sont autant de vecteurs qui nous laissant entrevoir Dieu.

En ce sens, le culte des reliques ne relève pas d’un fétichisme macabre, mais bien d’une aide au-delà de l’espace et du temps, en lien avec la communion des saints, pour mieux s’approcher du Créateur pour mieux l’adorer, Lui !



À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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