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“On vient aux messes en breton parce qu’on a envie de parler à Dieu avec la langue du coeur” (Pierre-Yves Le Priol)

La foi de mes peres le priolPierre-Yves Le Priol a récemment publié aux Editions Salvator son ouvrage La foi de mes pères… ce qui restera de la chrétienté bretonne”.

Ce mois-ci, le magazine Bretons lui consacre 4 pages dans lesquelles l’auteur se livre. Nous revenons sur l’un de ses propos. Il dit ainsi que ” on ne vient pas aux messes en breton pour le culte du passé mais parce qu’on a envie de parler à Dieu avec la langue du coeur, la langue de l’intime […] Parce que c’est la langue de la tendresse perdue, de l’enfance disparue. Il y a une tendresse de Dieu qui peut s’exprimer dans cette langue de façon privilégiée. Ce n’est pas une nostalgie mais une exigence d’intimité”. 

Dans la même veine, Philippe Abjean, dans le même magazine, disait en 2014 que  “l’Eglise a arrêté de s’adresser au coeur des gens” , ajoutant que  “l’erreur de l’Eglise a été de faire de la religion une affaire d’intellect. Il fallait que les gens comprennent, donc on a supprimé le latin (NDLR : et le breton). Alors qu’une grand-mère qui chantait le Credo ou le Gloria savait bien ce qu’elle chantait, elle n’avait pas besoin d’avoir fait du latin en fac. Il fallait enlever les statues, c’était de la superstition, ne plus se mettre à genoux, c’était infantilisant, ne plus sortir les bannières de procession, c’était de la naïveté […] Et comme les Bretons sont assez légitimistes, ils n’ont rien dit mais ils sont partis sur la pointe des pieds, ils ont déserté les églises.“

Même si l’Eglise en Bretagne a été aux avant-postes de la sauvegarde de la langue bretonne pendant des décennies et a permis un travail linguistique considérable, il n’en demeure pas moins que par une application mal comprise du Concile Vatican II, le Grand Chambardement a été fatal à l’usage du breton dans la liturgie, de cette langue du coeur. Et à la fréquentation de nos églises…

Mais quelle est cette langue du coeur ?

Une langue exprime l’essence même d’une culture “quand bien même une majorité de ce peuple ne la pratiquerait plus couramment” (Yves de Boisanger). Contrairement à ce qu’on peut entendre parfois, la langue n’est pas juste le vêtement d’une idée mais une façon spécifique de l’aborder, avec une tournure d’esprit particulière et l’héritage d’un peuple véhiculé par sa langue.

Selon Barbara Abdelilah Bauer, psychologue sociale et psycholinguiste, la langue de chaque parent ou la langue de la culture vécue est “la langue de coeur”.  La plupart du temps, la langue de cœur, qui est la langue maternelle, va renvoyer au domaine de l’affect, de l’émotion.

« Parler à quelqu’un dans une langue qu’il comprend, c’est toucher son cerveau, mais lui parler dans sa langue maternelle, c’est le toucher au cœur. »Nelson Mandela

La notion de langue maternelle va ainsi à notre sens bien plus loin que ce qu’on en entend habituellement dire : la langue intime n’est pas toujours celle de la mère, mais celle des souvenirs d’enfance, celle du bonheur, celle d’une culture ancestrale qui nous fait vibrer. “Il suffit d’entendre dans nos pardons les cantiques qui sont chantés avec plus de force en breton qu’en français, y compris par des personnes attachées à cette culture qui ne connaissent pas la langue mais qui sont sensibles aux mélodies. Cela sort des tripes !” (cf JY Radigois, document “des cantiques en breton dans nos célébrations”).

C’est ce que dit aussi à sa manière Pierre-Yves Le Priol dans son livre ou encore dans son interview quand il précise que “ces chants ont une puissance d’émotion qui touche profondément.”

Tenir compte de cela, tenir compte de l’expression bretonne de la foi, c’est augmenter son efficacité à toucher l’autre, sans s’en tenir à l’aspect premier : la compréhension orale. C’est évangéliser…

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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9 Commentaires

  1. J’ai commencé la lecture du livre de P.-Y. Le Priol… Intéressant, émouvant même, mais aussi quelques notes qui sonnent fausses !.
    D’ailleurs, au retour de Groix où nous l’avions rencontré devant la tombe de Jean-Pierre Calloc’h, nous avions eu ‘l’honneur” de lui faire découvrir Scrignac, Koat Kev et la tombe de l’abbé Perrot devant laquelle nous avions prié ensemble.
    Quand vous écrivez ci-dessus : ” il n’en demeure pas moins que par une application mal comprise du Concile Vatican II, le Grand Chambardement a été fatal à l’usage du breton dans la liturgie, de cette langue du coeur. Et à la fréquentation de nos églises…” Vous êtes, soit mal informé, soit bien naïf ! Le “Grand chambardement” était bien l’objectif recherché par les “experts en liturgie”. Relisez la modeste brochure “Lex Orandi lex Credendi” (publiée il y a bien longtemps par l’Action familiale et scolaire, si mes souvenirs sont bons…). Tout y est dit ! Chambardement à relier aussi avec les réformes convergentes du catéchisme. Une tenaille doctrinale en quelque sorte ! Efficacité garantie !
    Heureusement, quelques uns, clercs et laïcs, ont tenu bon face à la déferlante moderniste. Ils méritent toute notre reconnaissance et nos prières !
    François Floc’h

    • Cher François,
      Je ne suis ni naïf, ni mal informé…
      Je vous invite à relire tous mes articles sur le sujet publiés sur Ar Gedour.

    • On peut disserter à l’infini sur les intentions du concile, sur les textes conciliaires eux-mêmes et leurs applications ou leurs interprétations. Des milliers de livres ou d’articles ont été écrits sur la question depuis plus de 50 ans ! La faute à qui, tout ce désastre ? La réponse est complexe et multiforme. Les différents courants du catholicisme (penseurs et fidèles) ayant leur propre vision de ce qu’a été l’Avant-Concile, le Concile et l’après-Concile. Le terrain est miné et la vérité difficile à démêler.
      Quelle interprétation du Concile : herméneutique de la rupture ou de la continuité ?
      L’exemple de la langue bretonne dans l’Eglise est symptomatique : de quand dater son abandon par l’Eglise : Certains remonteront à l’entre-deux guerres, d’autres au début des années 50, d’autres à l’après-Concile, ce qui dans tous les cas est à la fois vrai et inexact…
      L’abandon de la langue bretonne fut progressif et émaillé d’admirables et vigoureux ilots de résistance (Feiz ha Breiz, Bleun Brug, renouveau musical et littéraire des cantiques bretons…
      Il est certain que le coup de grâce a été porté dans le courant des années 60, même si là encore d’admirables ilots de résistance se sont levés : permanence des cantiques bretons dans de nombreuses paroisses, messes intégralement en breton… Quelle est la part de volonté de L’Eglise elle-même ou de suivisme aveugle face aux évolutions de la société ? Quelle est la part de responsabilité des théoriciens modernistes oeuvrant dans l’ombre et celle des prêtres ou des fidèles de bonne volonté ou résignés qui ont suivi un mouvement qui leur paraissait inéluctable ? Quelle est la part de responsabilité de la hiérarchie, du pape Paul VI aux évêques ? La question est fort embrouillée.
      Même Mgr Lefèvre, quand il était père conciliaire-supérieur général des missionnaires spiritains a
      accueilli favorablement la plupart des textes conciliaires, notamment sur la liturgie avec une plus grande place des langues vernaculaires et davantage d’inculturation. Mesures qu’il réclamait d’ailleurs depuis longtemps Ses seules réserves étaient au départ sur la définition de la liberté religieuse et de la collégialité entre le pape et les évêques. Au début, la fraternité saint Pie X avait même adopté la première réforme du missel romain de 1965 et continua à l’utiliser jusque vers 1974.
      Ce n’est que plus tard que Mgr Lefèvre a rejeté en bloc tout le concile et que la FSSX est revenue au missel de Jean XXIII voire à des formes liturgiques plus anciennes. (missel de 1956)
      On n’a pas fini de décrypter les causes et conséquences du “Grand chambardement”.

  2. Ya, met ar memes hini Ar Priol a skriv ivez ne ouelo ket war “koll al latin” en Iliz…

  3. Très bien analysée la cause de ce “Grand Chambardement a été fatal à l’usage du breton dans la liturgie, de cette langue du coeur. Et à la fréquentation de nos églises… ” . Tout le monde le sait mais les mots manquent bien souvent pour le dire.

    A chaque fois que j’assiste à un office où le breton en marge ou à égalité avec le français, j’ai constaté objectivement que la participation des voix est plus ardente lorsque les chants sont exprimés en breton. Il ne faut pas écouter les “clients” de passage qui ne voudraient pas du breton (sauf si on leur traduit) sous prétexte qu’il faudrait que tout le monde comprenne les paroles.

    Petite anecdote vécue au Faouet où une chorale exprimait des chants du Monde, en français, en anglais, en russe, en italien, etc …et en hébreu. Formidable témoignage “d’ouverture” (maître mot à la mode et qui sonne bien si on pense bien comme il convient désormais) et je me suis permis de demander à certains exécutants pourquoi le breton était absent. Réponses stupéfiante “on ne nous l’a pas pas appris dans notre enfance”. Chacun sait que les autres langues chantées leur avaient insufflées à la naissance par la grâce du Saint Esprit. Il fut un temps aux début de la téléphonie certains croyaient que la langue bretonne ne passait pas dans l’appareil. Le subconscient de nos contemporains en est à peine sorti de cette croyance.

    • Un vieux classique -ou une tarte à la crème ?- dans l’Eglise post-moderne : au nom de l’ouverture, on chante en n’importe quelle langue (surtout l’anglo-globish mondialisé d’ailleurs) un peu n’importe quoi au nom de l’ouverture à l’autre, mais le breton et le latin n’ont pas droit de cité au nom du refus du repli dans le passé. On tolère éventuellement à dose homéopathique un peu de breton et de latin pour montrer qu’on “a des racines” mais certainement pas sur des airs grégoriens pour le latin, et si possible pas sur des mélodies bretonnes pour le breton. (Cfl e commentaire suivant)
      Sinon, on a des chants en français sur des mélodies bretonnes… Parce qu’il ne faut pas “exclure ce qui ne connaissent pas le breton” par contre, il est tout à fait indiqué de chanter des chants imbuvables de compositeurs pédants subventionnés que personne ne connaît, ça, les apparatchiks, pour les coup, ne se posent ps la question, parce que c’est “moderne”.

  4. un seul chant en breton à la messe de la veillée de Noël dans ma paroisse ! … mais sur l’air d'”amazing grace” (en tout hypothèse, faut faire “moderne !!…)

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