La 7ème édition du pèlerinage Feiz e Breizh, qui a eu lieu les 28 et 29 septembre, n’a pas déçu, ni les organisateurs, ni les pèlerins au nombre de 2500, marquant une augmentation encore cette année. Tous les ans, la notoriété de ce pèlerinage, « petit cousin » enraciné du célèbre pèlerinage de Chartres, est appelé à grandir. Il s’inscrit d’ors et déjà dans un esprit de ré-évangélisation de la Bretagne, puisque aujourd’hui, dans une Bretagne qui a elle aussi relégué Dieu au magasin des antiquités, nous en sommes là. Feiz e Breizh (Foi en Bretagne), c’est aussi Feiz ha Breizh (Foi et Bretagne) : la nuance ne tient qu’aux mots E et Ha , c’est à dire pour le premier Foi EN Bretagne, et pour le second Foi ET Bretagne. Il va de soi, cela est même la condition première : que ce pèlerinage se doit de persévérer et de grandir dans le cadre d’une identité chrétienne et bretonne authentique, un enracinement qui le soit tout autant, car là sera son succès pour l’avenir. Enracinement « Foi et Bretagne » est l’outil nécessaire à une reconquête d’un terrain depuis longtemps abandonné.

Sous le thème « Marie, modèle de foi », la colonne des pèlerins a parcouru une quarantaine de kilomètres en deux jours, à la suite de la Vierge, fille de sainte Anne et mère du Christ, dans une ambiance conviviale.
Le départ de Languidic
Samedi 28, alors que le jour se lève à peine, le grand rendez-vous de départ est cette année donné à Languidic en raison de sa vaste église, car le succès aidant, il convenait de pouvoir accueillir pour la messe de départ le maximum de pèlerins. La petite commune morbihannaise connaît en cette heure matinale une animation joyeuse dont elle n’a guère l’habitude, une première sans doute : pèlerins laïcs, prêtres, religieux et religieuses, tous équipés comme il se doit, déployant drapeaux, bannières et pancartes de ralliements des différents chapitres, ou pour les confesseurs l’étole prête à l’emploi en vue des multiples confessions à venir. La messe d’envoi est célébrée par Monsieur l’abbé Matthieu Raffray, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur. Dans une homélie enflammée, il exhorte les Bretons à prendre les chemins de la reconquête pour « rendre la Bretagne à Dieu et à la Chrétienté », elle qui a donné tant de missionnaires au monde. La messe, bien qu’en semaine, est solennelle : chants grégoriens et cantiques bretons invitent les pèlerins à se mettre dans l’esprit du pèlerinage.
Et c’est le départ pour avaler les 30 kms menant au camp de base en Bieuzy-Lanvaux, tout en se donnant du courage en ponctuant la marche par la prière, des cantiques, la méditation … et des chants de marches pour bien assurer « un pas après l’autre », et que tout un chacun arrive au but en bonne forme.
Vers 18 heures, arrivée au bivouac, où tout est en place pour accueillir les vaillants marcheurs, chacun s’octroyant son petit carré dans la vaste prairie de la Communauté des Soeurs Coopératrices du Christ-Roi, et pouvant … vérifier l’état de ses pieds et orteils …

Soulignons la joie pour les sœurs de recevoir chaque année tous ces pèlerins où domine la jeunesse, et nul doute que cette joyeuse animation soit pour elle un réconfort, une récompense de leurs prières, de leur apostolat. On croise des gens provenant de divers horizons. Beaucoup de jeunes même si le pèlerinage reste intergénérationnel. Si la majorité des pèlerins sont attachés au rit saint Pie V, on découvre que d’autres sont également des paroissiens qui vont habituellement dans les paroisses célébrant selon le Novus Ordo. Ils n’ont pas les barrières que d’autres peuvent se donner, le bi-ritualisme n’étant qu’un mot disant que pour eux le seul référentiel reste le Christ, au-delà des différences. Il y a des tradis, des chachas ou des entre-deux. Puis on rencontre un chrétien du bout du banc, quelqu’un qui se cherche. Un non-baptisé vient vers nous et on discute. On rencontre des gens attachés à la culture bretonne (et de plus en plus de bretonnants), d’autres qui la découvrent. Feiz e Breizh draine large.
Après une collation bien méritée, place à la veillée « dans l’esprit Bleun Brug » auprès d’un magnifique feu de camp, avec des petites scénographies en lien avec Sainte-Anne, Nicolazic, le tout ponctué de chants bretons. Les moyens techniques (son et lumière) ont été déployés pour que tous puissent profiter de l’instant. Puis, ce fut l’invitation à la prière du soir et à prendre quelques instants de méditation durant l’Adoration au Saint Sacrement. Là, une belle surprise : sachant que la petite église des sœurs était bien trop petite pour accueillir tous le monde, l’adoration eu lieu en plein air. Devant la statue du Sacré-Coeur, un autel avait été dressé, magnifiquement décoré et illuminé. De chaque côté, vingt jeunes portent des torches, apportant l’éclat de leurs feux à celui du soleil de l’ostensoir, ce qui donnait à cette cérémonie nocturne, en pleine nature une ambiance, une poésie propice à élever l’âme ; au Tantum ergo et Adoromp holl quelques chouettes hulottes, nullement troublées, s’interpellaient comme des chouans veillant sur la cérémonie champêtre …
Dimanche, en route vers Sainte Anne

Dimanche matin, réveil à l’aube pour tout le monde. C’est qu’avant de reprendre la marche, il y a du travail, l’intendance pour chacun, mettre de l’ordre, ne rien oublier, se donner, comme la veille, des forces spirituelles et physiques. Si le samedi fut très ensoleillé, en cette aube dominicale l’accumulation de gros nuages gris-noirs donnent des raisons de s’inquiéter. Qu’importe si le ciel a oublié de fermer ses robinets, tous les pèlerins savent que dans la vie il faut savoir se mouiller, surtout quant il est question de la foi, de Dieu, de remettre la Bretagne sur la bonne route, celle que tant de nos saints et de nos saintes nous ont indiqués comme étant la seule bonne à prendre, mais dont nous nous sommes trop souvent détournés. 13 heures : des kilomètres sont déjà derrière les marcheurs. Le ciel retient ses eaux, mais envoie un vent qui se plait à faire claquer les drapeaux, ce qui ajoute au pittoresque du long cortège.
Enfin Sainte-Anne est en vue, et le but du pèlerinage est atteint. Il semblerait que les pieds de tous n’aient pas trop souffert. Au bivouac, tous les chapitres se mettent en place, bannières bien levées, drapeaux déployés et fouettés par le vent fort. L’imposant et dynamique bagad Feiz & Sevenadur (70 musiciens) se place en tête, cornemuses, bombardes, tambours et grosses-caisses s’en donnent à coeur joie. On perçoit avec bonheur la diversité des musiciens, montrant parfois leur provenance par leur costume breton ou leur uniforme scout, chacun se retrouvant derrière le drapeau fédérateur Feiz & Sevenadur. Qui a déjà vu les Scouts Unitaires de France, les Scouts d’Europe, les Scouts de France et les Europa Scouts défiler ensemble ? Ce Bagad dépasse les frontières…

Il est bon de souligner la tenue impeccable des porteurs de drapeaux, arborés bien haut, bien droit dans un bel ensemble harmonieux. Soulignons encore la prédominance du drapeau à croix noire (Kroaz Du), il est la référence de la Bretagne historique, chrétienne, mais n’occulte pas pour autant le célèbre Gwenn ha Du. Mêmes félicitations à ceux qui portèrent la lourde croix de bois, des statues de saints, mais aussi à ceux et celles qui portèrent avec élégance et dignité leurs costumes bretons.
L’entrée dans la basilique prend alors un air de triomphe, puis les drapeaux, les baussants et les bannières saluent la Présence Réelle, et prennent place, tandis que la chorale chante le Da Feiz hon Tadou Kozh (la Foi de nos Pères). Monsieur l’abbé Maurey, recteur de la basilique souhaite la bienvenue aux pèlerins, et c‘est à l’autel majeur que la messe solennelle est célébrée par Monseigneur Alain Castet, évêque émérite de Luçon. Se déploie alors la beauté de la liturgie tridentine : messe des Anges, chants grégoriens, cantiques bretons, dont celui à Saint Michel (Kantik da Sant Mikaël), en ce jour de fête. Sainte-Anne est comblée par les cantiques qui lui sont dédiés. Malheureusement, rançon du succès, la basilique s’est avérée trop petite pour accueillir tous le monde. La pluie se met à tomber généreusement sur les infortunés qui n’ont pu y entrer, devant se contenter de suivre la messe sur un écran extérieur géant, contraints d’ajouter le temps à leurs intentions de prières …

Et comme tout a une fin, après le traditionnel chant Kenavo de Santez Anna, ce fut la sortie aussi solennelle qu’à l’entrée. Le bagad fait résonner la basilique de toute sa puissance. La pluie taquine tenant vraiment à être du pèlerinage, elle s’est alliée à un vent fouetteur qui ne dissuade en rien l’ordonnance du cortège et le bonheur des fidèles. Le bagad entonne une danse, puis une seconde, et quelques danseurs virevoltent entre les gouttes. Malgré tout, la froidure et l’humidité obligent les musiciens à écourter ce temps convivial sur le parvis.
Au final, il s’agit encore cette année d’une très bonne édition qui annonce pour l’an prochain un plus grand succès. Ce pèlerinage a permis, encore plus que l’an passé, de sentir vibrer l’âme chrétienne bretonne et donner à tous ceux qu’inquiète la désertification spirituelle de la Bretagne des espoirs de renouveaux, de percevoir les braises de la foi qui ne demandent qu’à recevoir le souffle d’une identité bretonne retrouvée, qui s’inscrit véritablement dans la Foi (Feiz) et la Bretagne (Breizh).

Feiz e Breizh sera-t-il alors un affectueux démenti à la très belle prière de Jean-Pierre Calloc’h qui disait : « La Bretagne tombée, Seigneur, ce sera un cierge de moins dans Votre Eglise catholique. Sur les rivages de l’Occident, un phare de moins pour les peuples. Vous serez bien plus avancé, Seigneur, quand il n’y aura plus de Bretagne! » Après ce pèlerinage, il nous est permis d’espérer, car le cierge breton semble avoir été rallumé, le phare breton ne demandant lui aussi qu’à briller, à éclairer à nouveau la Bretagne, les peuples. Les pèlerins de Feiz e Breizh en étaient déjà les artisans. Peut-être prendront-ils la suite de tous les missionnaires que la Bretagne a offert au monde. L’évidence est là, il n’y aura de renouveau de la foi en Bretagne comme dans toute la France, l’Europe qu’en s’appuyant sur la « Pierre Angulaire » qu’est le Christ, une Pierre ornée des diamants de l’identité et la culture de chaque peuple et, pour la Bretagne par la richesse de sa culture, de ses traditions qui doivent retrouver dans l’Église, à l’église toute leur place. C’est aussi toute la raison d’être de ce pèlerinage. Rendez-vous donc en septembre prochain !
Voici quelques photos, un album qui sera complété dans les jours à venir. Si vous êtes un musicien du bagad Feiz & Sevenadur, d’autres photos et vidéos seront bientôt disponibles sur l’espace privé dédié.
Photos Feiz e Breizh et A. Floc’h, E. Collet, T. Gwilhmod, G. Le Bouteiller, E. Caouissin pour Ar Gedour
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

























Peut on vous envoyer des photos ?
Bonjour. Oui, avec plaisir sur redaction[@]gmail.com
ur blijadur e oa da vout eno dindan ar glav da welout Feiz e Breizh dibunan war hentoù speredek hag ar feiz e-touesk an dud niverus hogen , ar sevenadur a ziskouez ive an ere etre Doue hag ar bobl Vreizh !
Ret eo da savetein hor yezh a vez dilezet re alies , setu perag ar Feiz zo ur moaien da voutan dezhi barzh ar c’hevedigezh a -bezh !
Goanagomp a-gevret !