Quelle différence entre « Pardons » et « Grands Pardons » ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
Pardon Sainte Anne-des-Bois (Berné)
Photo H. Barazer – DR Ar Gedour

Chaque été en Bretagne, les clochers résonnent au rythme des pardons, de leurs processions et de leurs cantiques. Fidèles, pèlerins et curieux se retrouvent dans les campagnes comme dans les villes pour célébrer le saint dédicataire d’un quartier ou d’un bourg. Mais certains de ces rassemblements prennent une ampleur exceptionnelle et deviennent de véritables événements religieux et culturels. Ce sont les Grands Pardons. Quelle est la différence entre ces deux formes d’expression de la foi bretonne ?


Le Pardon, nous le savons, est une tradition profondément enracinée dans l’histoire religieuse de la Bretagne dont la constellation de chapelles étonne encore ceux qui parcourent le relief armoricain. Chaque Pardon, même modeste, incarne un lien intime entre une communauté, sa foi et ses croyances. Souvent centré autour d’une chapelle ou d’un lieu sacré, il comprend généralement une messe, une procession solennelle et parfois des moments de recueillement au pied d’une fontaine ou d’un calvaire.

Mais au-delà de ces célébrations locales, certains Pardons atteignent une telle renommée qu’ils sont qualifiés de Grands Pardons. La distinction ne tient pas à une différence de nature mais bien à une question de rayonnement, de participation et d’enracinement historique. Les Grands Pardons attirent des milliers de pèlerins, parfois venus de toute la Bretagne, voire d’au-delà. Ils se déroulent souvent dans des lieux de pèlerinage majeurs et s’accompagnent d’un faste particulier, tant dans la liturgie que dans l’organisation générale.

Le Grand Pardon de Sainte-Anne-d’Auray, célébré chaque 26 juillet, est sans doute le plus emblématique. Il rend hommage à sainte Anne, mère de la Vierge Marie et patronne des Bretons. À cette occasion, le sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray devient un véritable carrefour de foi, rassemblant de nombreux évêques, prêtres, fidèles souvent en costume traditionnel, musiciens et visiteurs de toutes générations. La ferveur y est palpable, et le sentiment d’appartenance à une culture autant qu’à une foi y est puissamment exprimé. Cette année, près de 30 000 pèlerins se sont rendus au sanctuaire le 26 juillet, et près de 50 000 visiteurs si on totalise le flux sur l’ensemble des trois jours.

Autre exemple majeur, le Grand Pardon de Sainte-Anne-la-Palud, dans le Finistère, est l’un des plus anciens et les plus fréquentés. Il se tient chaque année à la fin août, sur un site majestueux face à la baie de Douarnenez. Là encore, l’aspect spirituel se mêle à une ambiance populaire et familiale, dans un cadre naturel qui renforce la dimension sacrée du lieu.

Le Grand Pardon du Folgoët, en septembre, revêt lui aussi une importance particulière. Dédié à Notre-Dame du Folgoët, il est marqué par une procession très suivie et une messe en plein air devant la majestueuse basilique. La beauté architecturale du site, la richesse du patrimoine religieux et la mobilisation de tout un pays en font un moment incontournable de la fin d’été bretonne.

Il en existe d’autres, même si la fréquentation est plus modeste mais reste toutefois remarquable : celui de Notre-Dame de Bon-Secours à Guingamp (début juillet), celui de Kernascléden (15 août), celui de Notre-Dame du Roncier à Josselin (8 septembre), celui de Notre-Dame de Joie à Pontivy (cette année les 20 et 21 septembre) et bien d’autres sur lesquels nous revenons régulièrement sur Ar Gedour.

Les Grands Pardons sont donc avant tout des Pardons « amplifiés » : même rituel, même structure, mais portée bien plus large. Ils s’imposent comme des temps forts de la vie bretonne, où la religion, la culture et le sentiment d’identité se rejoignent. Ils constituent aussi une manière pour les Bretons d’affirmer leur attachement à leur foi et à leur patrimoine, dans un esprit de transmission et de rassemblement.

Mais, qu’ils soient humbles ou grandioses, les Pardons demeurent tous le cœur battant d’une Bretagne qui, chaque année, continue de marcher derrière les reliques de ses saints et de ses bannières, au son des cantiques traditionnels.

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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