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Silence, retraite, déconnexion : Dieu à l’ère du mode avion

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Il fut un temps où le silence s’imposait de lui-même. Les églises étaient fraîches, épaisses, et le monde extérieur restait à distance respectable. Aujourd’hui, il tient dans une poche … et vibre régulièrement.

Dans ce contexte, chercher le silence relève moins de l’évidence que d’une décision. Il faut désormais le vouloir. Parfois même le programmer. Quitter les notifications, fermer les onglets, activer ce fameux “mode avion” qui, à défaut d’élever l’âme, suspend au moins les sollicitations.

On redécouvre alors une évidence un peu oubliée : le silence n’est pas vide. Il résiste même assez bien. Après quelques minutes d’inconfort – le réflexe de vérifier, l’impression de manquer quelque chose d’important – il s’installe. Lentement. Presque à contrecœur.

C’est dans cet espace que beaucoup situent aujourd’hui une forme de rencontre. Non pas spectaculaire, ni particulièrement démonstrative. Plutôt discrète. Comme si, pour être entendu, le spirituel avait simplement besoin de ne plus être interrompu.

Les retraites spirituelles connaissent d’ailleurs un succès discret mais réel. Quelques jours sans écran, sans flux continu, sans obligation de répondre immédiatement. Une expérience que certains décrivent comme un retour à l’essentiel, d’autres comme une légère épreuve. Il faut dire que se retrouver seul avec soi-même – et éventuellement avec Dieu – n’est pas toujours une perspective confortable.

L’ironie n’échappe à personne : il faut aujourd’hui se retirer pour retrouver ce qui était autrefois au cœur du quotidien. Le silence, jadis ordinaire, devient presque un luxe. Une ressource rare, qu’il faut protéger, organiser, parfois même défendre. Nos églises de campagne, très peu fréquentées, deviennent des oasis de silence, pour peu qu’elles aient été ouvertes.

Reste une question, que l’on pose rarement frontalement : Dieu a-t-il besoin de silence, ou est-ce nous qui en avons besoin pour ne pas passer à côté ?

À en juger par les pratiques actuelles, la réponse penche clairement du côté humain. Ce n’est pas tant le divin qui se fait discret, que notre capacité à l’entendre qui s’est compliquée. Entre deux alertes, une vibration, un message “urgent” qui pouvait attendre, il devient difficile de prêter attention à ce qui ne s’impose pas.

D’où ce paradoxe contemporain : pour être disponible à l’invisible, il faut d’abord devenir indisponible au reste. Le “mode avion” prend alors une dimension inattendue. Geste technique, presque banal, il devient une forme de seuil. Non pas une rupture totale avec le monde, mais une mise à distance temporaire. Le temps de retrouver une écoute moins fragmentée.

Évidemment, tout cela ne garantit rien. On peut très bien couper son téléphone… et rester intérieurement occupé. Le silence extérieur ne suffit pas toujours à produire le calme intérieur. Mais il y contribue, ce qui est déjà beaucoup.

Dans une époque saturée de bruit, de paroles et d’images, le silence n’est plus une absence : c’est une démarche. Une manière de faire de la place. Et peut-être, simplement, de laisser la possibilité à autre chose d’advenir … sans notification pour prévenir.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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