Saints bretons à découvrir

SUR DEUX HYMNES DU CARÊME

En ce Mercredi des Cendres, nous ne reviendrons pas sur le sens de ce rite comme l’an passé (voir notre article) mais sur deux hymnes grégoriens du Carême.

Le Temps du Carême est riche de psaumes, d’hymnes, de cantiques invitant à méditer ce Temps de pénitence.  L’Eglise, dans son riche répertoire, nous en propose beaucoup, mais il en est deux qui furent, il y a encore quelques décennies, très populaires : le Parce Domine et  l’ Attende Domine.  Nous écrivons « qui furent », car hélas ces deux hymnes ont été, excepté dans certains monastères, couvents et communautés, envoyés aux oubliettes des vieilleries liturgiques, laissant la place à des ritournelles aux prétentions religieuses, pauvres de textes et pleurnichardes, et d’une désespérante indigence musicale, rendant le Carême frustrant.

Le Christ nous a enseigné que lorsque nous jeûnions, point n’était besoin de s’attacher par nos traits et notre attitude à le faire remarquer à notre entourage. Au contraire, il convenait que, par notre attitude avenante, personne ne puisse se douter de nos mortifications, sauf alors à paraître comme le pharisien à l’égo surdimensionné, qui étant monté au Temple, eut l’outrecuidance de se glorifier devant Dieu, arguant « qu’il n’était pas comme cet autre pécheur, par exemple ce publicain caché derrière un pilier du Temple, et se frappant la coulpe ». L’humilité devant nos incommensurables fautes, c’est bien ce à quoi s’attachent, tant dans leurs textes que dans leur airs musicaux, le Parce Domine et l’Attende Domine.  Le Carême, les mortifications, les demandes de pardons à Dieu pour nos péchés deviennent, sinon joyeuses, du moins tout empreintes de douceurs affectives, de confiance en la miséricorde infinie d’un Dieu qui est aussi un Père, effaçant du même coup toute crainte du courroux divin.  Le pécheur, s’il se fait humble comme le publicain du Temple, implorant Dieu de « ne point s’irriter et retenir nos fautes » (irascaris nobis), sait aussi qu’il peut compter sur son pardon. D’ailleurs, c’est bien la marque des hymnes grégoriens qui, chaque fois où il est question d’implorer le pardon de Dieu, et la liturgie des défunts y fait sans cesse référence,  la musique se fait douce et rassurante, venant à la rescousse de  la faiblesse de nos mots. Il en est ainsi de bien des Agnus Dei. Mais cela vaut aussi lorsqu’est demandée l’intercession de la Vierge Marie, comme dans cette finale du Alma Redemptoris Mater : « Peccatorum miserere » (Et prenez en pitié les pécheurs). Mêmes nos cantiques populaires  bretons, comme Keuz d’ar pec’hed (Regret du péché),  Pardon, men Doue ! (Pardon mon Dieu !), ont pour souci de souligner davantage l’espérance et la joie promise du pardon que l’exaspération divine devant nos fautes sans cesse renouvelées. Le très populaire Chez nous soyez Reine n’invoque-t-il pas  « la Madone qui sourit et pardonne ».  Ainsi donc, le Parce  Domine et l’Attende Domine, s’ils nous invitent d’emblée à  exprimer notre contrition d’avoir péché contre Dieu, ils nous rassurent tout aussi vite en l’espérance de la grande miséricorde divine.

PARCE  DOMINE

Hymne de repentir propre à ce temps de pénitence qu’est le Carême, mais aussi hymne des temps de calamités : épidémies, catastrophes naturelles, guerres, profanations. Un chant qui, aujourd’hui comme jadis, a toute son actualité, tant ces fléaux le sont aussi. Et il convient d’ajouter, le fléau de toutes les perversions, les inversions, défiant la Loi divine (le Décalogue), les lois naturelles qui en découlent, le mal devenant le bien, transformant nos sociétés en autant de Sodome et Gomorrhe dont Dieu a été chassé pour mieux jouir de notre décadence :

              Parce Domine, parce populo : Ne in aeternum, irascaris nobis

(Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple ! N’ayez pas contre nous de colère éternelle !)

Admirable langue latine, qui ne s’embarrassant pas de circonvolutions, dit en peu de mots  l’essentiel.

Notons que le cantique « Keuz d’ar pec’hed » que nous évoquions, reprend en guise de refrain les paroles latines et l’air du Parce Domine qui ainsi s’intercale avec bonheur dans les paroles et la musique bretonne.

ATTENDE  DOMINE

L’Attende Domine nous fait demander au Seigneur, avant qu’Il ne fasse éclater sa juste colère devant nos péchés, qu’il daigne nous écouter :

Attende Domine, et miserere – Quia peccavimus tibi

(Ecoutez-nous, Seigneur, et ayez pitié – Car nous avons péché contre Vous)

Tout l’hymne nous fait insister pour que nos prières suppliantes soient agrées, exaucées, que les souillures de nos péchés soient lavées : Ablue nostri maculas delicti.  Mais attention, le pardon, comme lors de toutes confessions exige d’abord une sincère contrition, car on ne se joue pas de Dieu :

Tibi fatemur crimina admissa – Contrito corde pandimus occulta : Tua, Redemptor, pietas ignoscat.

(Nous vous avouons les fautes que nous avons commises – Nous vous découvrons les péchés secrets de nos cœurs contrits – Que votre bonté, Rédempteur, les pardonne).

Hymne qui, comme le Parce Domine, est bien pour notre époque. Nous serions tentés de dire que c’est bien tous les jours qu’ils sont d’actualité, tant  les insultes à Dieu, à sa Mère, à son Eglise, où l’abomination et la désolation  dans les Lieux Saints sont de saison, relèvent du dernier chic, et le blasphème porté au rang de « Grand Art » poétique, littéraire, ou du plus délirant « comique ».

Parce Domine, Attende Domine, et bien de nos cantiques bretons pour ces temps de pénitences sont des trésors à découvrir ou à redécouvrir. Cela est d’autant plus possible qu’ils sont tous d’une grande simplicité à apprendre, et leur airs sublimes, qui font appel à la puissance et à la miséricorde infinie du Rédempteur, sont comme le  souffle léger et apaisant des ailes des anges venus du ciel comme pour nous aider dans le tréfonds de notre contrition. Nous ajoutons, que pour demander « Pardon », faut-il encore » avoir conscience d’avoir offensé, péché, et notre époque qui a évacué cette notion et sacralisé le mal en bien, est devenue en trop de circonstances  imperméable à l’idée même de faute, le mot péché étant devenu étranger, comme appartenant à un vocabulaire défunt …

Découvrir les cantiques bretons de Carême

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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