Saints bretons à découvrir

[TRIBUNE LIBRE] Les pardons, avenir de nos paroisses ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

20140817_113107.jpgEn ce début d’été, je me fais la réflexion suivante : de nombreux pardons existent et défilent durant les mois chauds. C »est réjouissant et cela montre la vitalité de l’expression de la foi en Bretagne.

Cependant, qu’en est-il vraiment le reste du temps ?

Fait-on cela pour maintenir une tradition, pour montrer un peu de folklore aux touristes ? Parce que cela marque la vie d’un quartier ou d’un sanctuaire ? Ou encore parce que quelque part on a toujours cette foi (peut-être celle du charbonnier) profondément enfouie au fond de soi ?

Mais… lorsque vient l’hiver, ne reste plus que le porche fermé de la chapelle. Les bannières sont bien rangées et les costumes bretons tout autant. Au fond des bois, les arbres brandissent leurs bras menaçants sur les bâtisses de pierre alors que les chauve-souris envahissent les clochers… Les cantiques bretons n’y résonnent plus et l’église paroissiale ne les reprend que peu… ou pas du tout. La vigueur des pardons d’été hiberne… jusqu’à l’année suivante où peut-être ces moments forts d’une communauté locale revivront… Or le Pardon breton pourrait être le terreau même d’une évangélisation efficace qui pourrait transparaître dans nos paroisses.

Nombreux sont ceux qui s’impliquent dans ces événements, dans les comités de chapelles, etc… et qui ne vont que rarement à la messe. Mais le jour du pardon, ils seront là, à côté des pratiquants réguliers. Ils donneront un coup de main à l’église, pour porter une bannière ou la statue, pour tenir le bar ou les stands. Ils se donneront pour les autres et pour leur quartier. Pour ceux qui sont « aux périphéries » (pour utiliser un langage actuel), c’est leur façon de « faire Eglise » (pour reprendre là encore un terme à la mode). Ils retrouvent là une occasion de retrouvailles qu’on ne trouve plus que très rarement à la sortie des messes auxquelles chacun assiste avant de retourner dans son chez-soi.

Or c’est justement là une occasion en or d’évangéliser et de former (car peu sont au fait de ce qui est liturgiquement correct ou non) et au fil du temps développer une réappropriation de ces chapelles en leur redonnant leur vie spirituelle. Chrétiens pratiquants, que faisons-nous pour faire bouger les lignes ? Se rend-on aux pardons comme catho-consommateurs ou nous impliquons-nous pour que vive encore et toujours cette foi et cette culture héritées de nos ancêtres et dont les pierres témoignent ? 

Et si l’on se posait justement la question de l’importance de la dévotion populaire qui est un peu trop mise de côté et que l’on pourrait valoriser dans ces lieux ? Jean-Paul II, dans « Catechesi Tradende (1979) parlait de la méthode qui « concerne la valorisation, par l’enseignement catéchétique, des  éléments valables de la piété populaire. Je pense à ces dévotions qui sont pratiquées en certaines régions par le peuple fidèle avec une ferveur et une pureté d’intention émouvantes, même si la foi qui les sous-tend doit être purifiée, voire rectifiée, sous bien des aspects. »

Le Pape François quant à lui, après avoir dit dans Evangelii Gaudium « qu’il n’est pas bien d’ignorer l’importance décisive que revêt une culture marquée par la foi, parce que cette culture évangélisée, au-delà de ses limites, a beaucoup plus de ressources qu’une simple somme de croyants placés devant les attaques du sécularisme actuel », ajoute dans sa dernière encyclique « Laudato Si » dans le chapitre dédié à ce qu’il nomme l’écologie culturelle (143…) : 

Il y a, avec le patrimoine naturel, un patrimoine historique, artistique et culturel, également menacé. Il fait partie de l’identité commune d’un lieu et il est une base pour construire une ville habitable. Il ne s’agit pas de détruire, ni de créer de nouvelles villes soi-disant plus écologiques, où il ne fait pas toujours bon vivre. Il faut prendre en compte l’histoire, la culture et l’architecture d’un lieu, en maintenant son identité originale. Voilà pourquoi l’écologie suppose aussi la préservation des richesses culturelles de l’humanité au sens le plus large du terme. D’une manière plus directe, elle exige qu’on fasse attention aux cultures locales, lorsqu’on analyse les questions en rapport avec l’environnement, en faisant dialoguer le langage scientifique et technique avec le langage populaire. C’est la culture, non seulement dans le sens des monuments du passé mais surtout dans son sens vivant, dynamique et participatif, qui ne peut pas être exclue lorsqu’on repense la relation de l’être humain avec l’environnement.

Si patrimoine naturel, historique, artistique et culturel sont une base pour construire une ville habitable, ô combien cela peut-il être vrai pour (re)construire une vie paroissiale dynamique. Rappelons-nous en, alors que les pardons jaillissent à travers bois et campagnes sous le soleil d’été. Nos pardons attirent bien plus de monde que nos liturgies dominicales…Quand se refermera donc la saison des pardons, nous nous souviendrons que nous pouvons reprendre les recettes du pardon pour les transposer dans nos paroisses (y compris le verre de l’amitié après la messe). Une dimension qui se perd et qui pourtant touche les coeurs reviendra alors. Les églises se rempliront à nouveau, la foi enflammera les coeurs… et l’Eglise de Bretagne qui a déjà tant donné de missionnaires saura que rien n’est fini mais que tout commence ! 

Eflamm Caouissin

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour. Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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Un commentaire

  1. merci Efflamm ! Bien sûr que les pardon sont une main que l’Esprit Saint (qui agit avec nos mains) tend aux chrétiens en 2015 ! L’expérience des comités de chapelles l’a bien prouvé. Il y a maintenant en Morbihan une petite semence nommée « Les Chapelles Chantantes » qui ne demande qu’à être reprise,partout où se trouvent : une chapelle et quelques personnes qui croient à la puissance de la prière!

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