Saints bretons à découvrir

Un calvaire érigé à Inzinzac-Lochrist

Amzer-lenn / Temps de lecture : 8 min

A l’heure où les calvaires sont détruits, taggués, mis aux rebuts, d’autres en érigent. C’est le cas de l’un de nos collaborateurs, Yves Daniel qui a fait bénir ce nouveau calvaire dans ce petit coin du Diocèse de Vannes en septembre dernier. Nous y étions, nous aussi, lors de cette bénédiction. Nous en parlons ici car ce travail peut servir d’exemple à beaucoup d’autres.
Photo Henri Basile

Ce calvaire, il y a bien longtemps que je l’avais en tête : je le voyais dans la perspective de l’allée des hêtres, chaque fois que je l’empruntais pour aller dans les bois …

Il manquait à cet emplacement qui fait un coude sur le chemin, privé certes, mais emprunté par tant de promeneurs locaux, de cavaliers et de cyclistes du dimanche, voisins de longue date ou pérégrins l’ayant récemment découvert à l’occasion d’une randonnée organisée et dûment autorisée.

Comment leur refuser le passage comme aux usagers d’engins à moteur, pétaradants et fumants, d’autant qu’on est bien là sur l’itinéraire du Tro-Breiz, de Saint Patern à Vannes vers Quimper-Corentin, tout de suite après le passage du Blavet à Lochrist, coupé par l’îlot de Locastel qui en facilite ainsi la traversée : c’est le plus ancien lieu de franchissement de la rivière, bien avant Hennebont et le pont du bonhomme entre Kervignac et Lanester.

C’est aussi le chemin breton de Saint Jacques de Compostelle depuis la pointe Saint Mathieu, tout au bout du lointain kornog, vers la Loire et la Galice celtique, tout là bas, vers le sud.

Alors, qu’offrir de mieux à mes frères « viatri » sinon une borne sur leur chemin, du moins un discret repère, une bouée cardinale sur l’océan de leur pérégrination, une occasion de repos pour le corps et l’âme, avant, celle qu’offrent, tout près, les gîtes de Brangolo ?

Un calvaire, la croix, celle du Christ, invitant ainsi le passant à la prière, pourquoi pas, sans qu’il ne s’en aperçoive vraiment, comme il en est de toutes ces croix et calvaires dont nos anciens ont ainsi jalonnés nos routes et nos chemins rappelant celles dressées au-dessus des tombes du cimetière.

Vous observerez qu’elle est de section ronde, au dessus du dé de section carrée puis octogonale, le chiffre huit évoquant le jour de la résurrection, comme la grande croix du cimetière d’Inzinzac au dessus des tombes familiales…

C’est ainsi que la croix de Brangolo évoque la communion qui rassemble, au-delà de la mort, tous ses habitants dont les corps reposent là, tout près, dans l’espérance de la résurrection autour de la tombe tutélaire, Le Milloc’h, Chaigneau, Guillet de la Brosse, Riou du Cosquer.

La croix de Brangolo ne manquera pas bientôt d’être mentionnée sur les cartes, virtuelles et papier, plantée là, au bout du chemin des hêtres, au milieu des champs où croît le mélange fourrager bio : ray-grass, luzerne et trèfle blanc, destiné à l’alimentation des chèvres du Pont d’Angle,

Cette croix, je l’ai cherchée un temps auprès des entreprises locales de pompes funèbres qui, à l’occasion de travaux de rénovation remplacent les croix dressées par des pierres tombales gravées, et pas toujours, du signe de reconnaissance des chrétiens.

En réalité, elle m’attendait, enfouie dans le stock de granit taillé repris par le successeur de mon carrier habituel à Landaul, avec le socle de pierre qui n’avait sans doute pas été prévu pour l’usage que j’en ai fait. Restait la clé, la pierre assurant la jonction avec la table du socle et le fut cylindrique de la croix, qu’il a sculptée selon mes indications, avec une base carrée, et le sommet biseauté, formant les 8 pans du 8° jour, celui de la résurrection, sans laquelle, la croix resterait un cruel instrument de supplice réservé, du temps des romains, aux esclaves.

De section ronde, elle ne cherche pas à ressembler à la poutre de bois grossièrement équarrie du Golgotha mais manifeste la croix glorieuse, celle du matin de Pâques, du salut et de la résurrection, celle qui est honorée à l’église de Lochrist toute proche et que l’on fête chaque mi septembre en souvenir de la dédicace, le 14 septembre 335, de la basilique constantinienne du Saint Sépulcre à Jérusalem.

Avez vous remarqué ? Le socle en est fait de 4 rangées de pierres. Mais le monteur n’a pas tenu compte de l’attention du tailleur qui avait prévu, pour la rangée du haut, 6 pierres au lieu de 4 grosses, lourdes à soulever : la rangée de 6 pierres, il l’a posée en premier, tout en bas, sur la corniche… Imaginez la peine qui a été la sienne pour monter la dernière rangée, tout en haut, de 4 grosses et lourdes pierres !

Comptez 22 pierres en tout : 3×4=12+6= 18 pour le socle, 2 pour la table, la clé et la croix monolithe. Pour la mise en place de ces 4 dernières il a fallu l’intervention de David et de son « Manitou » !

Les finitions en joint creux ont été assurées par ma fille Yasmina elle-même…..

Une douzaine et demi de personnes étaient présentes à la cérémonie qui s’est déroulée par une belle matinée de fin d’été. La cérémonie a commencé à la fontaine, par la bénédiction de l’eau, par le recteur d’Hennebont :

« Tu es béni, Dieu tout-puissant, notre Père, toi qui as répandu l’eau sur la surface de la terre, toi qui la fais jaillir en sources et fontaines pour la vie des plantes, des bêtes et des hommes. Tu es béni, Seigneur, toi qui as voulu te servir aussi de l’eau pour accomplir ton oeuvre de salut. Nous te prions devant cette fontaine : accorde à ceux qui viendront y puiser de s’en servir pour les besoins de leur vie, de te rendre grâce pour tous tes bienfaits et de découvrir la source d’eau vive en Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur. Lui qui règne avec toi pour les siècles des siècles. Amen »

Photo Benoît Hibon

Non, cette fontaine ne remonte pas à plusieurs siècles : il y a à quelques années, profitant de la présence chez le voisin d’un tracto-pelle et de son conducteur, je lui ai aimablement demandé de donner là un coup de godet, ce qu’il a fait, l’eau s’est mis immédiatement à sourdre et le maçon a utilisé les pierres de l’ancien lavoir restées sur place, pour, sur mes indications, monter  l’édicule qui protège des feuilles mortes l’eau désormais sanctifiée.

La cérémonie s’est poursuivie au calvaire, par la bénédiction de la croix avec l’eau de la fontaine.

« Seigneur, Père très saint, tu as voulu que la croix de ton Fils soit la source de toute bénédiction et la cause de toute grâce. Sois-nous favorable, nous qui avons érigé cette croix comme le signe de notre foi, et accorde-nous de rester unis ici-bas au mystère de la passion du Christ et d’avoir ainsi la joie de participer pour toujours à sa résurrection. Lu qui règne avec toi pour les siècles des siècles. Amen »

Puis chacun des présents – plusieurs générations confondues – est venu, sur l’invitation de l’officiant, s’incliner devant la croix offrant d’une courte prière ses peines et ses joies, avec simplicité.

La matinée s’avançant vers l’heure du déjeuner, chacun a été invité, en fonction de ses disponibilités, à une dégustation des fromages du Pont d’Angles agrémentée du vin AOP Reuilly de la SCEV Daniel, sauvignon blanc, pinot gris et noir, rosé et rouge.

Eflamm, mué en talabarder, a sonné de sa bombarde devant la tourelle qui abrite l’oratoire ; ainsi, tout était accompli ! …

C’est sur sa photo que je clos le procès- verbal de la consécration de la croix de Brangolo, « pour valoir et servir ce que de droit » selon la formule consacrée.

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À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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Un commentaire

  1. RTE COVID MMXX AMDG
    (lettres à graver sur la tranche de la table du socle)
    RTE réseau de transport de l’énergie, c’est avec l’indemnité versée pour la destruction des arbres le long des lignes à haute tension que l’érection du calvaire a été financée
    COVID virus qui nous soucie depuis plus d’un an maintenant
    MMXX l’année 2020 en chiffres romains
    AMDG ad majorem Dei gloriam, pour la plus grande gloire de Dieu, devise de la compagnie de Jésus (les jésuites)
    NB les sigles des chemins du tro-Breiz et de Saint Jacques de Compostelle seront scellés sur le socle

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