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YVON TRANVOUEZ : LA PUISSANCE ET  L’EFFACEMENT, destin du catholicisme  breton (fin XIXe-début XXIème siècle)  

Amzer-lenn / Temps de lecture : 18 min

Beaucoup de livres ont été écrits sur l’évolution du catholicisme en Bretagne. Nous pouvions même parler d’un catholicisme spécifiquement breton, tant il était en osmose avec l’âme religieuse, les traditions, la langue et la musique bretonne, et sa sublime architecture religieuse. En effet, il y eu un catholicisme typiquement breton qui était imprégné de toutes les facettes de ce qui faisait de « l’homme breton », dans la foi, un catholique différent. Hélas, ce catholicisme n’a pu échapper à la déferlante de déchristianisation générale de la France, mais aussi de toute l’Europe. Disons seulement que celle-ci est arrivée en Bretagne avec un léger retard, ce qui a pu donner l’impression qu’elle était épargnée par cette déchristianisation. Mais en bon élève, la Bretagne est en passe de rattraper son retard, si ce n’est déjà fait, et seules des apparences, tels des reliquats édulcorés d’anciennes traditions, peuvent laisser à penser le contraire. Une chose cependant est certaine, le catholicisme breton, c’est-à-dire l’expression d’une foi inculturée, n’existe plus, sinon à titre d’option dans un catholicisme en Bretagne complètement hors-sol, un catholicisme qui après la table rase des années post-conciliaires s’est reconstruit à côté de l’homme breton, si ce n’est contre lui.

UNE LAÏCITE PRONFONDEMENT DESTRUCTRICE

Dès la fin du 19e siècle, et dans toute la première moitié du 20e, des Bretons lucides ont pressenti le danger qui menaçait l’identité religieuse bretonne, mais aussi culturelle, et se sont mobilisés pour épargner à la Bretagne la voie que la France avait prise depuis la Révolution française, c’est-à-dire, au nom de la laïcité promue en nouvelle religion, construire son avenir en marginalisant le christianisme. Rappelons que la laïcité dite « à la française », valeur républicaine suprême des gouvernements successifs, n’a rien été d’autre qu’une arme de destruction massive du catholicisme, et aujourd’hui l’est toujours autant, et s’il y a désormais une différence, c’est à dire un «catholicisme apaisé», c’est uniquement parce que la laïcité a atteint tous ses objectifs tel que le voulait les Combe, Clémenceau, Jules Ferry, Jules Grévy, Jules Simon, et autre Gambetta qui vociférait à la tribune de l’Assemblée Nationale : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! », c’est-à-dire l’Eglise. Aujourd’hui il ne reste plus grand-chose à détruire.

De ces livres qui ont bien analysé cette évolution, assurément les plus complets sont ceux écrit par Yvon Tranvouez, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Brest, et membre du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC). Depuis 2011, il nous a gratifié de quatre livres (1) aux titres très explicites, qui sont autant d’analyses de références de cette lente déchristianisation de la Bretagne, que d’ailleurs d’autres auteurs ont aussi analysés, tant le phénomène ne peut plus passer inaperçu. La particularité des analyses d’Yvon Tranvouez est qu’il ne laisse rien dans l’ombre, il étudie avec soin la «chaîne écologique religieuse bretonne», considérant que chaque maillon a son importance, il n’y a pas de petits détails que l’on pourrait se permettre de négliger, soit par ignorance, soit par sensibilité personnelle sur le sujet, voire par idéologie. Ainsi donc, loin d’avoir épuisé son sujet, ce que nous aurions pu penser avec ses quatre précédents livres, il nous en offre un cinquième « La puissance et l’effacement» (2), qui semble être une conclusion à ses précédents travaux, mais rien n’est moins sûr, tant Yvon Tranvouez sait parfaitement percevoir les évolutions de cette « matière religieuse » en  déliquescence, et qui est annonciatrice d’un très inquiétant désert spirituel, culturel, d’élites religieuses et laïques, désert déjà bien avancé… [cc1]

LA  TROISIEME REPUBLIQUE, OU LA HAINE DE DIEU ET DE L’EGLISE

La Troisième République se distingua de la fin du 19e et durant toute la première moitié du 20e par sa haine viscérale du catholicisme, en digne héritière de la Révolution française ; c’était dans son ADN et cela l’est toujours. Elle a œuvré avec succès, notamment grâce à l’Instruction publique, ce qui est toujours le cas. Les cinq premières années du XXe siècle avec les lois dites de séparation de l’Eglise et de l’Etat, définissant l’esprit de la laïcité, en réalité à milles année lumière d’une saine laïcité, c’est à dire prônant le célèbre « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », sans pour autant s’ignorer et encore moins se combattre, vont être le grand tournant qui va mener l’Eglise à son lent effacement. Clémenceau, célèbre bouffeur de curés, précisait cyniquement : « Oui, rendons à César ce qui est à César, mais tout est à César ! », définissant ainsi les objectifs ultimes de cette laïcité, l’effacement de Dieu dans la cité.

Le Concile Vatican II, et ses désastreuses applications qui en détournaient l’esprit, surtout dans les domaines de la liturgie et de la langue (l’usage abusif puis exclusif du français) va sonner le glas du catholicisme breton, et en à peine une décennie (les années 60-70) va bouleverser la pratique religieuse, les croyances, les traditions à un point tel que l’on pourra parler d’une « nouvelle religion ». C’est d’ailleurs ainsi que bien des catholiques vont percevoir ces bouleversements dans l’expression de leur foi, que « Dieu avait cessé d’être Breton » au point que beaucoup partiront sur la pointe des pieds, ne se reconnaissant plus. Le résultat, outre l’achèvement de la débretonnisation (cantiques, langue bretonne, traditions, Pardons, jugés indésirables, etc), sera un désert spirituel qui va très rapidement se mettre en place par la non-transmission de l’héritage spirituel et culturel breton, l’affadissement de l’enseignement religieux, l’abandon de la pratique religieuse, et bien évidemment le tarissement des vocations. Si tous les départements bretons sont atteints par cette déchristianisation, le Finistère, contre toute attente, en est devenu le triste symbole. Département regardé jadis comme profondément pratiquant, tout comme le Morbihan d’ailleurs, au point d’être qualifié de théocratique, surtout du fait de l’imposante figure de Monseigneur Adolphe Duparc, évêque de Quimper et Léon de 1908 à 1946.  En effet, si tous les départements bretons se déchristianisent, le Finistère peut aujourd’hui être regardé comme un cas d’école. Le Morbihan, bien que malade aussi, semble néanmoins se ressaisir. Yvon Tranvouez, citera souvent dans ces ouvrages les deux abbayes bretonnes, du moins qui auraient dû l’être, Landévennec et Boquen, deux abbayes qui auraient dû suivant le vœu de leurs restaurateurs être des « Kalonoù Breiz » (des cœurs bretons de la foi). Seront-elles aussi des cas d’écoles de cette déchristianisation, que seules des apparences autorises les illusions sur leur devenir ?

Ar Gedour travaille sans cesse à la promotion de la Bretagne dans sa dimension Feiz ha Sevenadur. Soutenez notre action par un don en cliquant sur ce lien.

L’ EFFACEMENT, UN  CHOIX  DESTRUCTEUR  DE  LA  FOI

 L’Eglise en Bretagne, après avoir été une puissance spirituelle, mais aussi une institution qui entendait défendre tous ce qu’il y avait de bon, de beau, de sacré dans les traditions, la culture bretonne, à commencer par sa langue -c’était le temps de « la puissance » dont parle Yvon Tranvouez – va dans le tournant des années cinquante et les décennies suivantes tourner le dos à tout cet héritage séculaire, laissant la place à toutes les forces de gauche, les idéologies foncièrement anti-bretonnes. Dès lors, l’Eglise, son clergé, à de rares exceptions, va ignorer, délaisser, mépriser ce catholicisme breton, regardé comme un reliquat de superstitions. Elle va choisir l’effacement qui va être la marque de fabrique du clergé post-conciliaire avide de faire du neuf, et d’en finir avec cette foi populaire trop emprunte de scories de paganisme. L’effacement sur le plan breton a été tel, qu’aujourd’hui il n’y a plus de clergé authentiquement breton, c’est-à-dire un clergé, qui à défaut d’être bretonnant – encore qu’avec un minimum d’effort cela s’apprend comme l’aurait fait un Père Maunoir- serait au moins sur le plan culturel lié à une foi inculturée, considérant de plus que cette inculturation puisse être un formidable outil d’évangélisation. Cette indifférence est d’autant plus regrettable, qu’il y a de la demande. Certains pardons le prouvent amplement, surtout si les cantiques bretons, le chant grégorien, le sacré sont aux rendez-vous, sans parler de d’autres traditions remises à l’honneur, sans pour autant tomber dans un folklore douteux…

Patrick Buisson, dans son monumental livre La fin d’un monde, consacre plusieurs chapitres à cette déchristianisation, notamment dans l’un intitulé « Pas de pitié pour la piété populaire », et la Bretagne est présentée comme un « cas d’école », tant cette déchristianisation a été soudaine (3). Guillaume Cuchet dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, en fera les mêmes analyses (4). Ils ne manquent pas, bien évidemment, de pointer les idéologies antichrétiennes par nature, mais aussi cette incompréhensible acharnement de l’Eglise à s’autodétruire. En fait, tous ceux qui se sont penchés sur la déchristianisation depuis la fin du 19e siècle, et en Bretagne les lanceurs d’alertes, tant religieux que laïques ont été très nombreux, tous ont été obligés de reconnaître que foi, langue culture et traditions étaient indissociables. Alors on s’étonnera d’autant plus que l’Eglise post-conciliaire ait pris le parti de nier cette évidence, elle qui dans sa doctrine prônait toujours l’inculturation, c’est-à-dire l’osmose entre la foi et l’identité culturelle des peuples. En ce qui concerne la Bretagne, il est un auteur qui dans les années 30 avait aussi pressenti qu’il assistait à la fin d’un monde, d’une civilisation, c’est André Chevrillon dans son livre Derniers reflets à l’Occident (5), titre aussi explicite que l’ouvrage de Patrick Buisson ou ceux de Yvon Tranvouez, et qu’il était urgent d’en témoigner.

Le résumé de la quatrième de couverture de « La puissance et l’effacement » donne clairement le ton du livre :

 « La Bretagne catholique a longtemps été une évidence, et voilà qu’elle ne l’est plus. On se souvient de sa puissance d’hier, on s’étonne de son effacement d’aujourd’hui. D’abord, « le moment 1905 », c’est-à-dire la période qui va des années 1880 à la Première Guerre mondiale et pendant laquelle, face à la politique anticléricale de la Troisième République, l’emprise du catholicisme en Bretagne n’a jamais été aussi forte. Ensuite, « cent ans après », la marginalisation de ce même catholicisme, au terme d’un processus de déconnexion de la religion et de la culture moderne dont les signes avant-coureurs n’avaient pas manqué depuis 1950. Sans préjuger de l’avenir de nouveaux styles d’existence chrétienne, modestes, diversifiés et circonscrits, dans une société sécularisée, on voudrait mettre en évidence, par ce puissant contraste de deux époques, la disparition du catholicisme breton traditionnel, si prégnant encore au début des années 1960 et désormais quasiment  réduit à sa dimension  mémorielle et patrimoniale ».

DES  ESPOIRS  DE  RENOUVEAU ?

Cependant, malgré ce constat pessimiste, mais réaliste, Yvon Tranvouez ne néglige pas de signaler des espoirs de renouveaux, c’est la question qu’il pose dans l’un de ses chapitres : « Retour à Feiz ha Breiz ? », reprenant ainsi la devise du Bleun-Brug de l’abbé Perrot qui fut à la pointe du combat pour l’expression d’une foi profondément ancrée dans la culture, la langue, l’Histoire bretonne (6). On notera toutefois le point d’interrogation qui laisse planer une incertitude sur l’avenir. L’Espérance est une vertu chrétienne, la deuxième après la Foi, aussi pécher par manque d’espérance serait malséant. Et effectivement, nous sommes en droit de miser sur un renouveau d’un catholicisme breton qui soit le reflet d’un renouveau des Bretons renouant avec leur riche héritage patrimonial. Ainsi, depuis les années 60, face aux bouleversements de la foi en Bretagne, bouleversements qui s’ajoutaient à bien d’autres, les initiatives privées venant de personnes conscientes, tout comme leurs prédécesseurs, qu’une certaine Bretagne allait, si rien n’était entrepris, définitivement disparaître dans l’indifférence des Bretons eux-mêmes, n’ont pas manquées. Conscients aussi qu’il ne fallait plus guère compter sur l’Eglise, sauf sur certains prêtres eux-mêmes lucides sur le désastre annoncé, tel, pour citer un exemple, l’abbé Marcel Blanchard, récemment décédé.

Yvon Tranvouez cite Monseigneur Gourvès qui fut évêque de Vannes, et qui dans sa Lettre pastorale, sous forme d’une plaquette (2005) « Le renouveau de la culture bretonne ; un défi pour l’Eglise » va nettement faire le constat que l’Eglise a commis une très grave erreur, même « là où elle aurait pu être sauvegardée » en abandonnant la culture bretonne au tournant des années cinquante. On peut seulement regretter qu’il ait attendu l’avant-dernière année de son épiscopat pour se soucier du problème breton. Monseigneur Centène, évêque de Vannes, signera la Charte sur la langue bretonne, reconnaissant ainsi qu’elle avait un droit de retour dans l’Eglise, la liturgie.

Malheureusement, les choses n’ont que peu bougé depuis, car les préoccupations du clergé sont ailleurs, d’autant plus qu’il est rare et n’a pas vraiment de sensibilité pour la matière bretonne, si ce n’est qu’un regard de sympathie bienveillante … ou condescendant sur le mode option. Quant aux équipes  en charge de la liturgie dans les paroisses, c’est la plupart du temps une franche hostilité, la liturgie étant pour ces dévoués fidèles une sorte de chasse gardée, où l’on se méfie de tout  ce qui peut ressembler à de la tradition, c’est-à-dire pour eux, un « retour en arrière.  Ainsi, ceux qui œuvre à redonner au breton (langue, musique, cantiques et traditions) toutes leur place dans l’Eglise, se sentent bien trop souvent seuls, incompris, travaillant sans l’assurance d’une pérennité, le sentiment que finalement la culture bretonne dans l’expression de la foi, dans la liturgie n’est quoi que l’on entreprenne, qu’un gadget.

C’est toute l’origine du drame de l’âme religieuse bretonne en péril avancé que met en évidence Yvon Tranvouez dans son dernier livre, encore que son livre est un livre d’analyses, de constats de situations déjà anciennes et qui arrivent à leur ultime achèvement. Il n’est pas un livre de solutions : c’est aux Bretons de les trouver, de les mettre en place. Faudrait-il encore que l’Eglise, le clergé, et la majorité des fidèles, y compris les nouveaux arrivés dans les paroisses, et qui ne sont pas forcément Bretons, soient parties prenantes, ce qui est loin d’être gagné, car beaucoup prenant du service dans leur paroisse imposent des sensibilités religieuses totalement étrangères à l’âme bretonne, et contrecarrent ainsi toutes les initiatives d’un renouveau breton.

Parce qu’Ar Gedour ne se limite pas à constater un déclin et à faire preuve d’une certaine nostalgie, mais travaille concrètement à la Bretagne de demain. Evit un amzer da zont kristen ha breizhad, skoazellit Ar Gedour, en ur klikañ war al liamm-se.
Pardon Sainte Anne-des-Bois (Berné)
Photo H. Barazer – DR Ar Gedour

Un autre malentendu à souligner  : restaurer le patrimoine religieux dans la liturgie, les Pardons, n’est pas affaire de nostalgie, de reconstitutions historiques façon battages à l’ancienne, mais de souci évangélisateur. Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Là encore dans ce retour de Feiz ha Breizh que cite Yvon Tranvouez, il est à craindre que le volet « Breizh » ne soit qu’une apparence, car l’esprit Breiz risque par manque d’enracinement, de culture bretonne de n’être qu’un label sans consistance, pour faire breton, et ensuite, plus rien. Les exemples récents ne manquent pas où, malgré les drapeaux, les bannières et quelques costumes bretons de sortis, l’âme bretonne fait grandement défaut. Les homélies sont dans ce sens assez éloquentes, elles brillent, à de trop rares exceptions, par leur déconnexion avec l’enracinement religieux breton, ratant l’occasion qui est donnée aux prédicateurs d’être en phase avec l’esprit Feiz ha Breiz.

Un exemple récent, lors d’un Pardon se revendiquant de cet esprit, où les cantiques bretons se mariaient harmonieusement avec le grégorien et les étendards, le prédicateur invité, éminente personnalité, s’il parla admirablement de la Visitation, de Marie, ne fit pas une seule allusion à la place de la Vierge dans la foi, la culture et les traditions bretonnes, pourtant matérialisés par ses cantiques, ses chapelles, les noms de lieux-dits en l’honneur de la Mère du Christ, c’était pourtant l’occasion. Cette fâcheuse omission n’est pas unique, et est typique de cette déculturation, du peu de souci de s’informer pour ne pas être à côté de la plaque. Feiz ha Breiz, c’est un état d’esprit qui fait communier la foi et tous ce qui est culture bretonne dans ce qu’elle n’a rien de contraire à cette foi. On ne saurait donc récupérer, galvauder cet état d’esprit, qui est aussi une devise, pour le faire coller à diverses options religieuses qui feraient de Breiz une caution bretonne, et rien de plus.

Pour conclure, citons Jean-Pierre Calloc’h, qui dans son admirable An Daoulin (A genoux), dans un affectueux et filial reproche, interpelle Dieu : Il s’autorise à Lui rappeler ce que tous les Bretons par leurs prêtres, leurs missionnaires Lui ont beaucoup  donné en portant sa croix sur toutes les terres : « Vous serez bien plus avancé, Seigneur, quand il n’y aura plus de Bretagne ! Nous avons gardé Votre flamme ; ainsi gardez notre patrie. La Bretagne tombée, ce sera un cierge de moins dans Votre Eglise catholique ; sur les rivages de l’Occident, un phare de moins pour les peuples ». Il témoignait ainsi de la vocation missionnaire de la Bretagne en étant ce phare pour le monde. Hélas, après les milliers de missionnaires envoyés de par le monde, les Bretons refusent désormais d’être ce phare, se satisfaisant d’être une flammèche, une braise. On peut toutefois faire preuve d’optimisme en se disant que sous la braise couve encore la foi, et qu’un jour elle s’enflammera à nouveau, catholique et bretonne. C’est avec cette note d’espérance chrétienne que Jean-Pierre Calloc’h conclu sa belle supplique à Dieu : « Mon peuple est devant Vous comme un menhir écroulé, froid, muet, mort, mais Votre bras peut le relever – Et Vous le relèverez – Nous Vous en prions avec tant de force que Vous consentirez enfin – Et à l’heure marquée par Vous, toute la terre se taira ». Mais il serait aussi bien présomptueux de ne compter que sur Dieu seul…

Ainsi donc, tous les ouvrages que nous citons, et le dernier d’Yvon Tranvouez le rappellent et ne font que constater que la Bretagne n’est plus ce foyer, ce « phare » de la foi, pour elle-même, mais aussi pour le monde …

Pour aller plus loin :

1)       Ouvrages d’Yvon Tranvouez : La décomposition des chrétientés occidentales (1950-2010) – Religions en Bretagne aujourd’hui – Requiem pour le catholicisme breton ; éditions CRBC. L’ivresse et le vertige (Vatican II, le moment 68 et la crise catholique ; édition Desclée-Debrouwer.

2)       La puissance et l’effacement, destin du catholicisme breton (fin XIXe – début XXIe siècle), Presse universitaire de Rennes.

3)       La fin d’un monde, Patrick Buisson, édition Albin Michel.

4)       Comment notre monde a cesse d’être chrétien, Guillaume Cuchet, édition du Seuil.

5)       Derniers reflets a l’Occident, André Chevrillon, librairie Plon (1925).

6)       Vie de l’abbé Perrot, J’ai tant pleuré sur la Bretagne, édition Via Romana, et l’Abbé Perrot, une âme pour la Bretagne, édition Via Romana – Ar Gedour, de Youenn Caouissin.

À propos du rédacteur Yvon Abgrall

Publiant régulièrement des articles dans la presse bretonne, il propose pour Ar Gedour des articles documentés sur le thème "Feiz & Breizh" (foi et Bretagne), d'un intérêt culturel mais aussi ancrés dans les préoccupations actuelles.

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3 Commentaires

  1. Merci pour cet article qui pose de bonnes question et proposes de bonnes pistes de réponse. Je ferais deux remarques, la premières sur la mauvaise habitude de toujours vouloir « ressusciter de vieilles recettes séduisantes » telle l’appellation « feiz ha breizh » (avec son quasi-homonyme qui fait son chemin près de Vannes avec une recette d’un pays voisin, l’inutile désir de récupération de Bleimor pour des raisons douteuses, etc). Cela comme la conclusion où la parole est donné à YBC ou il est dans un espèce de chantage avec Dieu. On dira que c’est la manière de faire en Bretagne, un paganisme où l’on n’hésites pas au marchandage avec le Créateur, peut-être signe d’une vraie relation mais néanmoins discutable. On peut voir effectivement le « passé glorieux déchu de l’Eglise bretonne comme l’endroit d’une action de grâce, plus que comme l’objet d’une reconquête orgueilleuse. Le sujet est passionnant et a intérêt à être mené par des débats, des ouvrages et colloques, plus que dans l’expérimentation hasardeuse sur le terrain de la pastorale en « jouant » une réalité sacrée avec des bricolages inutiles. Dans les bonnes nouvelles, on peut saluer l’intention de démarches faites pour redynamiser les pardons mais les questions étaient-elles bien posées ? C’est sans doute un sujet de recherche pour les diocèses breton, recruter des chercheurs pour penser cela, solliciter les communautés religieuses pour imaginer la nouvelle évangélisation (nouvelle dans le sens qu’elle est devant et non derrière). Mais il convient d’avoir beaucoup d’humilité, beaucoup.

    • « Feiz ha Breiz », signifie Foi ET Bretagne. C’était le nom de la revue éditée par Yann-Vari Perrot, prêtre martyr de la foi, assassiné en 1942, au retour d’une messe… Yann-Vari Perrot était également un excellent écrivain breton, dont la langue (breton du Léon), à mon avis, reste un modèle du genre.
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      « Feiz e Breizh » (avec un zh en finale pour se conformer à la graphie dite « peurunvan », qui est désormais le standard d’édition – à quelques exceptions près – et le standard scolaire) signifie : Foi EN Bretagne.
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      « quasi-homonyme » dites-vous. En apparence, pour quelqu’un venant de l’extérieur et qui ferait abstraction de l’histoire de la culture et de la langue bretonnes durant l’entre-deux-guerres et jusqu’en 1945. Cette seconde formulation a justement le très grand avantage de se démarquer de la première, laquelle ravit – à tort, car sur le fond elle n’a rien à se reprocher – les ennemis de la Bretagne, qui sont nombreux. Vous devriez savoir que le nom de Yann-Vari Perrot a été entaché, volé, vandalisé par une escouade de voyous qui , sous l’occupation allemande avait créé un éphémère Bezenn Perrot. Un peu comme si l’on décidait que Charlemagne (Carolus Magnus) était un fieffé nazi au motif qu’une unité de la Wehrmacht portait le nom de Division Charlemagne. C’est contre ce subterfuge, malhonnête intellectuellement, que les Bretons attachés à la Foi chrétienne et la langue qui plongent ses racines dans les profondeurs de l’Europe, doivent encore et toujours se battre aujourd’hui (y compris contre une frange d’universitaires « wokistes »).
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      En résumé, la différence peut sembler minime au regard du béotien. Elle est très importante pour les raisons circonstancielles et historiques (première partie du XX° siècle) que je viens d’essayer d’évoquer.
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      Elle a aussi un autre avantage. La première formulation, aujourd’hui, est perçue comme figée, et figeante. A tort, mais c’est malheureusement ainsi. Cela ferait sursauter l’abbé Yann-Vari Perrot, qui était un novateur ancré et ouvert sur l’avenir ! La seconde formulation décorrèle en partie le pays et la Foi. On peut être croyant sans être breton (le brassage des populations), mais c’est tellement mieux, tellement fort, quand l’on vit dans la péninsule, d’exprimer sa foi en breton (Evangiles, cœur de la messe, cantiques, etc…) .Jésus n’a jamais renié le fait d’avoir grandi et vécu en Galilée, que je sache (à s’en tenir à ce que disent les Evangiles). Morse n’en deus Jezuz nac’het e vro, hini Galilea (hervez an Aviel, ha pa lâran mat). Et il faudrait que sur ce point, nous nous éloignions de son exemple, et que nous renions notre territoire de référence ? Non. Restons chrétien. Restons breton. Les deux sont compatibles.
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      Certes les apports de population extérieure sont nombreux en Bretagne aujourd’hui, car la péninsule attire. Mais est-ce une raison pour confisquer toute expression bretonne de la foi chrétienne ? Non.
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      C’est tout ce dynamisme, empreint de sève profonde, cette volonté d’avenir qui s’enracine dans vingt siècles d’histoire (Christianisme et histoire humaine en Europe), que veut signifier, je pense, le « Feiz e Breizh ».
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      Ya d’ar Feiz, ya da Vreizh.

  2. Votre analyse est insultante envers tous ceux qui oeuvrent avec joie ou douleur au quotidien pour la foi et la culture bretonne, pour la réévangélisation de la Bretagne. On sent le règlement de compte personnel, ainsi que le manque de culture et de bienveillance.
    Vous parlez de cela comme vu de l’extérieur et l’on sent du ressentiment de votre part envers toute forme de tradition.
    C’est précisément en mettant nos pas dans ceux de nos anciens dans une démarche de continuité organique que nous devons oeuvrer. C’est justement cela la tradition vivante.

    Le pèlerinage Feiz e Breizh que vous ne voulez même pas nommer se place dans cette lignée et le fait qu’il prenne modèle sur l’organisation du pélé de chrétienté Paris-Chartres-on sent là encore le mépris de la Tradition, en particulier envers la messe traditionnelle, qui ne vous en déplaise est un formidable outil d’évangélisation, notamment auprès des jeunes, plus qu’une réunion de vieux réactionnaires passéistes, même le pape et les évêques le reconnaissent malgré eux- n’est pas une tare, c’est justement une forme contemporaine et dynamique d’adaptation de la spiritualité bretonne dans l’époque qui est la nôtre.
    Quel mal y a-t-il à reprendre un modèle d’organisation et de logistique qui a fait ses preuves depuis 40 ans ? Ce serait être stupide que de ne pas s’en inspirer pour des motifs idéologiques.
    Ce n’est pas du néo-colonialisme français, c’est une question de bon sens et de logistique. D’ailleurs, c’est ce qui a été fait aussi en Espagne et en Argentine où le modèle du pélé a été repris avec succès. Sur le fond, on ne peut accuser l’Espagne et l’Argentine d’être des colonies mentales françaises. Un système marche, on l’inculture, comme cela a toujours été fait dans la Chrétienté. Vous reprochez peut-être en filigranne une récupération politique. C’est un hors-sujet. Chacun est libre de ses opinions politiques, on n’est pas là pour cela, mais pour Dieu.

    Ce pèlé est source de grâces nombreuses-rien que par les confessions- pour les pèlerins ainsi que de fraternité et de lien. Il ne s’agit nullement de passéisme, mais d’herméneutique de la continuité chère à Benoît XVI.

    Je ne vois pas où est le chantage et le marchandage envers Dieu de la part de Yehann-Ber Kalloc’h, c’est tout simplement de la prière légitime dite avec le coeur. C’est pleinement catholique et non empreint d’un pseudo-paganisme (relisez les psaumes et vous comprendrez, l’oeuvre de Kalloc’h est plus empreinte de la spiritualité des psaumes que du druidisme)

    Organiser des débats et des colloques (ce qui se fait déjà, renseignez-vous) n’empêche nullement de le traduire de manière pastorale. Qu’entendez-vous par « bricolages inutiles » ?(encore du mépris) Les bricolages inutiles sont plutôt à chercher auprès du catholicisme hors-sol standardisé qui détruit la spiritualité et les cultures depuis des décennies.
    Ce qui se fait, même si c’est souvent dans le tâtonnement est mûrement réfléchi par des personnes d’expérience et de savoir chacun dans son domaine en puisant aux sources de la tradition vivante.
    D’un côté vous dites qu’il ne faut pas reproduire le passé, et de l’autre vous dites qu’il ne faut rien faire de nouveau, il faut savoir.

    Quand à « recruter » des chercheurs pour penser cela, la bonne blague, déjà l’Eglise institutionnelle n’a plus du tout ni les moyens ni l’envie de s’en préoccuper ; vous raisonnez de manière cléricale et verticale. Pour vous cela devrait être un sujet trop sérieux et uniquement confié à des universitaires ? C’est aux fidèles de se le réapproprier dans la lignée du concile Vatican II avec l’encouragement et la bénédiction de l’Eglise, ce qu’a fait Mgr Centène avec le pélé Feiz e Breizh où il a fait remarquer la jeunesse des participants au pèlerinage comme semence d’avenir.

    Et rassurez-vous, il y a des chercheurs et des gens compétents parmi nous qui veulent traduire cela dans les actes plutôt que d’attendre que cela vienne d’en-haut ou reste écrit dans des livres. C’est notre rôle de laïcs chrétiens.
    Quel mal y a-t-il à glorifier notre passé, en être fier, s’en inspirer avec piété filiale pour faire du neuf avec l’héritage que nous avons reçu ?

    Quand à la « récupération » de Bleimor, pourquoi l’esprit Bleimor n’aurait pas sa place comme source d’inspiration, tout comme l’esprit Feiz ha Breizh, l’esprit Dihunamp, l’esprit Bleun-Brug ? Personne n’en n’est propriétaire, cela appartient à notre patrimoine commun que nous assumons totalement et faisons redécouvrir., notamment par la veillée du pélé dans la droite ligne des veillées scoutes Bleimor.

    Nous ne sommes certes plus dans les années 30 ou 50, mais l’on peut s’inspirer de ce formidable élan du passé-tout comme les Chrétiens bretons de cette époque se sont inspirés des époques passées pour nous tourner vers l’avenir. On sent chez vous une certaine crainte de la fierté d’être catholique et breton par crainte d’un hypothétique repli sur soi (une marotte progressiste) Il ne peut y avoir d’identité créatrice sans fierté de notre passé et défense et promotion de notre culture auprès de tous ceux qui sont acculturés ou qui l’ont oubliée.
    On ne peut être ouvert au reste du monde qu’en sachant qui nous sommes et d’où nous venons.

    On sent que vous êtes gêné par le style triomphaliste et tradi, mais dites-vous que cela « parle » à de nombreuses personnes soit éloignées de la foi, soit étrangères à la culture bretonne. Et cela redonne de l’espoir et fait plus vibrer que ce que l’Eglise institutionnelle nous offre avec le denier du culte. Les papes successifs nous ont invité à être des « minorités créatrices », c’est ce que nous faisons sans complexe.
    A vous entendre, toute notre tradition appartient au passé, et il convient d’en faire table rase ou tout du moins le conserver comme sujet d’études ethnologiques subventionnées.

    Au lieu de critiquer de manière stérile, venez et voyez. Vous parlez d’humilité, posez-vous la question : vous, que faites-vous de votre côté pour la foi et la Bretagne ? Avez-vous la culture et le sens pastoral pour faire la leçon ?

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