Saints bretons à découvrir

À Carnoët, La Vallée des Saints défend son horizon face aux projets éoliens

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Une menace se précise autour de la colline de Quénéquillec. La société Galileo Energies Nouvelles, qui travaille depuis plusieurs années à l’implantation d’éoliennes sur la commune de Carnoët, a informé la mairie, le 7 septembre, du dépôt d’une demande d’autorisation environnementale auprès de la préfecture des Côtes-d’Armor. Une étape importante dans l’avancement du projet, alors même que le conseil municipal s’est prononcé défavorablement à son égard et que La Vallée des Saints appelle désormais à une mobilisation large pour préserver son horizon.

Le sujet n’est pas, pour ses responsables, de rouvrir le débat général sur la place de l’éolien en Bretagne. Leur opposition porte sur un point beaucoup plus précis : l’installation, dans l’environnement immédiat du site, de machines susceptibles de s’imposer durablement dans le champ de vision depuis la colline. La Vallée des Saints demande donc l’abandon de tout projet éolien qui serait visible depuis Quénéquillec.

Cette position repose sur une conception simple du lieu, mais dont les conséquences sont importantes : le paysage n’y est pas un arrière-plan interchangeable. Il participe pleinement de l’œuvre. Les sculptures ont été pensées, implantées et regardées dans un rapport constant avec les reliefs, le ciel, les perspectives et les autres figures de granit. Modifier profondément cet environnement visuel ne reviendrait donc pas seulement à changer une vue, mais à transformer les conditions mêmes dans lesquelles l’ensemble a été conçu et continue de se développer.

C’est sur ce point que le conflit prend une dimension qui dépasse la seule appréciation esthétique. Les éoliennes envisagées, dont certaines pourraient atteindre 150 mètres, introduiraient dans le paysage des verticales d’une échelle sans commune mesure avec celle des sculptures et des reliefs environnants. Pour La Vallée des Saints mais également pour tout visiteur sensible à l’esthétique du lieu et à son côté paisible, une telle présence bouleverserait les rapports de proportion, imposerait un nouvel horizon industriel et altérerait durablement le dialogue entre les œuvres et le territoire.

Les géants de granit doivent continuer à regarder avec quiétude vers la voûte céleste et le lointain de l’Arrée, non dans le frottement aérien des triskell d’acier.

L’argument est également patrimonial. Depuis dix-huit ans, le projet de Quénéquillec prolonge, sous une forme contemporaine, plusieurs siècles de sculpture bretonne sur pierre. Ce qui se construit sur la colline ne relève pas d’un patrimoine figé ou achevé, mais d’une œuvre toujours en cours, nourrie par le travail des artistes et par la transmission d’une tradition sculpturale ancienne. La question posée aujourd’hui est donc aussi celle de la protection d’un patrimoine vivant, dont la valeur ne réside pas uniquement dans les sculptures déjà présentes mais dans la cohérence de l’ensemble qu’elles forment avec leur environnement.

Cette inquiétude est au cœur du dossier publié ce jeudi 10 septembre par la revue Transitions & Énergies. Son numéro 30 consacre une enquête intitulée « Sauver La Vallée des Saints », menée par son directeur de la publication, Fabien Bouglé. Le dossier revient sur les projets éoliens développés à proximité du site et défend l’idée que l’intégrité artistique de La Vallée des Saints ne peut être dissociée de la préservation de son paysage.

À l’occasion de cette publication, La Vallée des Saints a diffusé un communiqué de presse dans lequel elle formalise sa position et appelle à l’abandon de tout parc éolien visible depuis la colline. Le texte insiste sur le caractère irréversible d’une transformation du paysage à cette échelle et sur le risque de voir un projet énergétique local entrer en contradiction avec la préservation d’un ensemble artistique et culturel qui s’inscrit dans le temps long.

« Préserver l’horizon de La Vallée des Saints, ce n’est pas protéger un point de vue géographique. C’est permettre à une œuvre du XXIe siècle de continuer à se construire », résume le communiqué. La formule concentre l’enjeu : il ne s’agit pas de sanctuariser un panorama pour sa seule beauté, mais de défendre l’espace dans lequel l’œuvre trouve son sens, sa profondeur et sa continuité.

La Vallée des Saints publie également une interview de son directeur général, Sébastien Minguy, enregistrée pour La Voix du granit, sa radio. Il y revient sur le projet éolien, sur les conséquences redoutées pour le site et sur les raisons qui conduisent aujourd’hui l’association à sortir d’une position de vigilance pour entrer dans une phase de mobilisation publique.

L’appel lancé ce 10 septembre s’adresse largement aux adhérents, aux quelque 5 000 mécènes du site, aux artistes, aux acteurs du tourisme, aux associations patrimoniales et culturelles, ainsi qu’aux entreprises et collectivités attachées au rayonnement de la Bretagne. Tous sont invités à prendre connaissance du dossier et à faire connaître les enjeux du projet au-delà de Carnoët.

L’instruction préfectorale qui s’ouvre donnera au dossier un cadre administratif et réglementaire. Mais le débat qui commence dépasse déjà la seule procédure d’autorisation. Il porte sur une question plus fondamentale : peut-on considérer le paysage comme une composante d’une œuvre et, si tel est le cas, jusqu’où doit aller sa protection ?

À Quénéquillec, la réponse de La Vallée des Saints est désormais sans ambiguïté. La Tossen sant Weltaz peut continuer à évoluer, accueillir de nouvelles sculptures et prolonger son histoire, mais son horizon, lui, ne peut être traité comme un espace indifférent. Les géants de granit doivent continuer à regarder avec quiétude vers la voûte céleste et le lointain de l’Arrée, non dans le frottement aérien des triskell d’acier.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

Articles du même auteur

Grand Pardon de Querrien : une rentrée pastorale sous le regard de Notre-Dame de Toute-Aide

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 minDimanche 13 septembre 2026, le sanctuaire diocésain Notre-Dame …

La loi de 1905 : relire le texte plutôt que les slogans

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 minConclusion d’une série consacrée à la séparation des …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *