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A PROPOS DU LIVRE DE GUILLAUME CUCHET :«COMMENT NOTRE MONDE A CESSE D’ÊTRE CHRETIEN » (1)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 23 min

Suite à la publication du livre de Guillaume Cuchet « Comment notre monde a cessé d’être chrétien » aux éditions du Seuil, Youenn Caouissin propose aux lecteurs d’Ar Gedour cet article en deux parties : la première ci-dessous, la deuxième qui sera publiée la semaine prochaine et s’attachera au cas breton.  Vous pouvez vous procurer le livre en question via ce lien partenaire*.

Très nombreux, et bien avant les années post-conciliaires, sont les ouvrages qui ont analysé les origines de la lente déchristianisation de l’Europe. Une déchristianisation, à entendre certains, inéluctable et dans la logique de l’évolution de nos sociétés de plus en plus sécularisées. Bref … le sens de l’Histoire.

La vérité est que cette déchristianisation a été voulu, souhaitée, pensée de très longue date.

Certains auteurs font remonter ce phénomène à l’apparition du Protestantisme, à la Renaissance, d’autres accusent essentiellement le siècle des Lumières, des philosophes remettant tout en question.   La Révolution, et les régimes successifs,  ayant un large contentieux à régler avec le christianisme et l’Eglise catholique en particulier, sont pointés du doigt. Et que dire des multiples loges maçonniques, véritables laboratoires  d’influence dans lesquels se forgeaient, et encore aujourd’hui les lois et les appels à un changement de société (comprendre leur sécularisation au détriment de la place de Dieu et de l’Eglise).

D’autres encore mettent plus largement en cause le Concile Vatican II et ses réformes détournées, instrumentalisées au profit d’une mythique « Eglise des pauvres ».  La Déclaration Dignitatis humanae sur la liberté religieuse a été très mal interprétée, laissant croire que les Vérités de la foi enseignées jusqu’ici et les devoirs religieux pouvaient souffrir un relâchement et des accommodements au gré de chacun, l’essentiel étant ce qu’il y avait dans le cœur, le reste n’étant que conventions hypocrites, d’où un boulevard ouvert à toutes les ruptures et les décrochements.

La réalité donne à constater que toutes ces époques ont leur part de responsabilité avec le même fil conducteur qui est le désir de mettre au pas le christianisme et l’Eglise catholique en particulier, de la marginaliser dans la société, qu’elle ait un discours d’ONG bien encadré par les « valeurs de la République, de la laïcité», mais doit  se garder  de prétendre évangéliser, de rappeler la morale, fusse la plus naturelle. Il est difficile d’arrêter une «date clé» pour donner un point de départ à cette déchristianisation.

En fait, c’est comme pour la décadence de l’Empire Romain, qui  ne s’est pas réalisée en quelques semaines, quelques décennies, mais s’est étalée sur au moins deux siècles. Sa chute et sa disparition, n’ont été que la conclusion logique de cette accumulation de décadences couvrant ces deux siècles. Les siècles antérieurs à la Révolution française étaient encore profondément chrétiens, car les sociétés avaient pour colonne vertébrale une organisation sociétale aux racines chrétiennes, mêmes si celles-ci subissaient déjà une érosion, voire à n’être en certaines régions  plus qu’un vernis conventionnel qui faisait illusion.  Rappelons que si des pays comme ceux d’Afrique du Nord, qui virent naître et prospérer les premières communautés chrétiennes tombèrent si rapidement sous le joug de l’islam et embrassèrent cette religion, c’est que déjà elles étaient, à forces d’hérésies (comme l’arianisme), de conflits de sociétés, de laisser-aller des mœurs, mûres pour apostasier en masse. Le terrain ayant été ainsi préparé de longue date, le basculement religieux, culturel et civilisationnel se fit en moins de cinquante ans.

Pourquoi en serait-il donc autrement de nos sociétés déchristianisées qui n’offrent désormais  plus que des décors d’illusions, et en bien des régions vivent sur des reliquats d’une foi coupée de tous enracinement, laissant croire à une vitalité du christianisme.  Tout démontre que « la barque de Pierre  tangue très dangereusement » au profit de ses séculaires ennemis, du moins en ce qui concerne l’Europe, le monde dit occidental. Avoir solennellement, à la face du monde, dans les Instances  Internationales renié les racines chrétiennes de l’Europe, ne peut qu’avoir à terme des effets  terriblement destructeurs sur le devenir de notre civilisation, car n’en déplaise, ces fondements sont chrétiens, et affirmer cela n’est pas la négation de son riche héritage antique. On pourrait même être tenté de penser que de ce reniement dans l’élaboration de sa Constitution pour ne pas apparaître, sous le diktat de la Turquie, comme un « club chrétien » est à lui seul une date clé, celle de la grande apostasie qui signe l’acte de la capitulation de l’Europe chrétienne, voire de son décès face aux forces multiples qui ambitionnent de se substituer à elle et d’imposer une autre forme de civilisation.

Mais trêve de pessimisme, puisqu’il nous a été affirmé que « les Portes de l’Enfer ne prévaudront point contre l’Eglise du Christ », ce qui n’autorise nullement à faire dans l’angélisme béat, négateur des réalités. Contentons-nous de l’évolution « à rebours » du christianisme de notre époque, le vingtième siècle, sans toutefois exclure le 19e et la seconde moitié du 18e avec la Révolution, ces époques expliquant notre 20e  siècle et les début du 21 ème. L’Espérance étant une vertu chrétienne on se fera aussi un devoir de discerner les multiples foyers de braises qui ici et là naissent pour relancer la foi, et ne demandent que le souffle actif des chrétiens eux-mêmes, et sont autant d’invitations à cesser d’être des spectateurs de cette déchristianisation, mais des acteurs d’une rechristianisation enracinée …

 

LANCEURS  D’ALERTES

chapelle bretonne à l'abandon
chapelle bretonne à l’abandon

Le livre de Guillaume Cuchet limite surtout son analyse, préférant d’ailleurs l’expression « d’anatomie d’un effondrement », à la France. Le cas de la France se retrouvant, nous le verrons, avec leurs particularités propres dans la majorité des pays européens, surtout d’Europe occidentale. Cette dissection du corps malade qu’est devenu le christianisme, et l’Eglise catholique en particulier, laisse pantois  celui qui accepte de voir et de comprendre, d’autant plus que les symptômes de ce mal profond qui les ronge aujourd’hui était prévisibles. Les lanceurs d’alertes n’ont jamais fait défaut, mais ils ne furent pas écoutés, plutôt moqués et réduits au silence. Seuls des spécialistes autoproclamés du christianisme, à 99 %  évoluant dans les sphères antichrétiennes et acquises à toutes les évolutions dès lors où elles affaiblissent l’Eglise, ont droit à la parole : ce sont les nouveaux théologiens étalant leur ignorance abyssale, adoubés par les médias.

Citer les travaux de ces lanceurs d’alertes clairvoyants n’est pas possible tant il faudrait remonter loin.  Il  suffit de se référer aux ouvrages publiés immédiatement après le Concile, tous les suivants n’ayant fait  qu’enregistrer des situations qui se dégradaient inexorablement. Cinq ouvrages clés de ces lanceurs d’alertes sont des références incontournables pour bien comprendre comment notre monde a cessé d’être chrétien : « L’hérésie du XXe siècle de Jean Madiran (1968)), est prophétique, « Bientôt un gouvernement mondial, une super et contre-église ? » de Pierre Virion (1968),  « Vers l’apostasie générale »   de l’abbé Louis Coache (1969), « L’Eglise occupée » de Jacques Ploncard d’Assac » (1975), « Une civilisation blessé au cœur » de Jean Madiran (2002). En 1956, un auteur d’origine roumaine, Paul Scortesco publiera « Un monde en folie » qui annonçait avec une étonnante prémonition notre époque postchrétienne. Jean Delumeau, essayiste se fit connaître par son ouvrage au titre volontairement alarmiste et accrocheur « Le christianisme va-t-il mourir ? » (1965), le contenu l’est d’autant moins que l’auteur est partie prenante de cette remise en question du christianisme, de l’Eglise catholique. Citons encore « Le christianisme éclaté » (1974) de Michel de Certeau (Jésuite)  et Jean-Marie Domenach. Et la liste est longue de tous ces études, essais, enquêtes ayant pour sujet la crise de l’Eglise, et cela dans l’euphorie aveugle des années post-conciliaires.

Bossuet disait : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les causes dont ils sont responsables », et il précisait : « Ce ne sont d’abord que de faibles commencements par où ces esprits turbulents font un essai de leur liberté ; mais quelque chose de plus violent se remue dans le fond des cœurs : c’est un dégoût secret de tout ce qui a de l’autorité, et une démangeaison d’innover sans fin après qu’on en a vu le premier exemple ».

Louis Veuillot, journaliste catholique de la fin du dix-neuvième siècle a démontré magistralement comment l’essence du christianisme est « l’union de Dieu et de l’homme. L’homme ayant partout et toujours avec lui l’élément divin, ne peut errer et tomber que par un abus du plus bel apanage  qu’il ait reçu de Dieu : la liberté. Dans l’ordre, il est invincible ; s’il veut sortir de l’ordre, il le peut aisément, mais il est perdu. Pour pervertir l’homme, il suffisait donc de le séparer de l’élément divin, c’est à dire le réduire à ses propres forces ».

Nos sociétés nihilistes où précisément Dieu – le Dieu des chrétiens s’entend – a été congédié, lui faisant comprendre que l’on pouvait désormais fort bien se passer de lui, et s’en aller vers d’autres dieux, illustrent parfaitement les propos de Louis Veuillot, et donnent la clé du « Comment notre monde a cessé d’être chrétien ». L’Eglise nous invite constamment à travailler à réévangéliser l’Europe, sachant qu’une évangélisation n’est jamais définitive et reste fragile. Mais faire le constat que toute l’Europe est à réévangéliser, qu’elle est redevenue une terre de mission au sens que l’on donnait jadis aux contrées lointaines est bien le constat d’une déchristianisation de fait, et qu’à cette situation il y a bien des causes, mais aussi des responsables.  S’il faut chercher ces responsables,  bien connus du reste chez les ennemis «classiques» du christianisme qui n’ont eu de cesse de contrecarrer ses œuvres et sa vocation missionnaire, il faut aussi les chercher dans l’Eglise elle-même, une Eglise largement infiltrée (cf Les réseaux de l’anticléricalisme en France de François David.1997).  Le chrétien européen ne peut qu’être consterné quand des hautes autorités de l’Eglise en sont arrivées à considérer l’identité chrétienne de l’Europe comme « une question ringarde, car le christianisme est une question globale ».  Jean-Paul II  et Benoît XVI  affirmaient avec raison « qu’il ne peut y avoir d’identité chrétienne de l’Europe sans la foi, qu’il était inutile de prétendre à cette identité chrétienne si dans le même temps les chrétiens désertaient les églises et se fabriquaient une religion de convenance, à la carte ». Il faut une certaine cohérence pour être entendu et crédible. Refuser la place de Dieu dans l’affirmation et la défense de cette identité est donc un combat vain et perdu d’avance.

Pour nous Bretons, les  propos de ces deux papes  ne sont pas sans rappeler ceux de l’abbé Perrot : « sans la foi il ne peut y avoir de Bretagne, car la foi est l’essence même de la Bretagne, sa raison d’être et de durer. Que la Bretagne n’est et ne sera qu’en s’appuyant sur la Pierre Angulaire qu’est le Christ ». Il lui sera reproché « d’instrumentaliser la foi pour servir ses causes bretonnes » (sic). Ses censeurs n’avaient pas compris que foi et culture sont les deux murs porteurs d’une société chrétienne, et qu’abattre l’un revenait à abattre l’autre et à provoquer l’effondrement général.

Les ennemis du christianisme l’ont fort bien compris : c’est pour cela qu’ils investissent et noyautent massivement  tous ce qui est culturel.  Si ces avertissements avaient été suivis, aujourd’hui nous n’en serions pas à nous poser l’angoissante question : « Pourquoi notre monde, NOTRE EUROPE, ont cessé d’être chrétien », et pourquoi la Bretagne, avide sans doute de se cloner sur une France naufragée au bord de l’apostasie, a choisi cette route qui mène au néant.

Il fut des époques où la voix de l’Eglise se faisait entendre et tenait foi et culture pour  complémentaires et indissociable, car elle savait qu’elles s’alimentent mutuellement. A l’inverse, c’est le déracinement, non seulement des corps, mais aussi des âmes. Si dans l’Eglise il y a toujours eu un clergé séduit par un nivellement contraire à l’âme des peuples, à leur culture, il y a toujours eu un clergé, à commencer par les papes pour prôner le respect de leurs particularismes, dès lors où ceux-ci n’avaient rien de contraire à la foi. Mieux, l’Eglise avec sagesse a su christianiser sans les affadir  ces cultures, ces traditions. La Bretagne en fut un exemple parfait. Aujourd’hui, l’Eglise semble donner plus que l’impression qu’elle est partie prenante de l’idéologie mondialiste du nivellement, et se comporte en « corps étranger » des cultures, du moins lorsqu’il s’agit des cultures d’Europe, et cela renvoie à la très destructrice idée que le christianisme européen enraciné dans la culture de chaque peuple est une affaire dépassée et sans avenir. Nos sociétés, nos décideurs politiques, qui sont souvent des idéologues pratiquant un prosélytisme en opposition totale avec le christianisme, somme l’Eglise de se taire, ou du moins d’affadir considérablement ses enseignements.  Le christianisme, toutes confessions confondues ne doit plus  se considérer que comme une ONG proposant des « options » : elle n’est plus détentrice de la Vérité, ce privilège revenant désormais aux vestales gardiennes des « valeurs de la République, de la laïcité », concepts flous, valises fourre-tout, qui seules peuvent  dire où est la Vérité, c’est-à-dire celle qui est conforme à leurs doxa.

 Monseigneur Cattenoz, archevêque d’Avignon qui, osant dans  un langage virile  dénoncer les lobbys et leurs mœurs lors du festival d’Avignon (homélie du 15 juillet retransmise sur France Culture) s’attira les foudres des médias et de ces lobbys. Il fut sommé de retirer ses propos, de s’excuser. Pas de chance, il n’est pas homme à se laisser intimider : tous les prophètes ont eu des propos terribles par rapport à la société de leur temps. Et nous, on devrait se contenter de bondieuseries ou de langages pieux ? Mais ça, c’est une erreur complète ! Sept minutes d’homélie leur semble un scandale inacceptable. Et en même temps, au mois d’août, ils donnent huit heures d’audience à Michel Onfray pour détruire les bases du Nouveau Testament ! fut sa réponse à ces cuistres très « spéciaux ». Pour l’archevêque d’Avignon « l’anthropologie chrétienne est une des dimensions de la foi de l’Eglise ». C’est bien ces diktats à répétitions qui entendent imposer à l’Eglise, donc aussi aux fidèles, ce qu’ils doivent dire, penser, croire qui sont aux origines de la lente, et désormais accélération de la déchristianisation de notre monde, et de l’Europe en particulier.

 

LE RECUL DU CHRISTIANISME EN FRANCE : UN CAS D’ECOLE

Si le recul du christianisme est général en Europe et dans le monde occidental, la France peut être considérée comme un cas d’école :

« Le recul du catholicisme en France depuis les années 1960 est un des faits les plus marquants et les moins expliqués de notre histoire contemporaine. S’il reste la première des Français, le changement est spectaculaire : au milieu des années 1960, 94 % de la population était baptisés et 25 % allait à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que de 30 %. Comment a-t-on pu en arriver là ? Le chanoine Boulard, qui était dans l’Eglise le grand spécialiste de ces questions (les fameuses  cartes Boulard  sur la pratique religieuse de la France rurale et urbaine, de la pratique pascale, 1966/1968) avait conclu à la stabilité globale des taux dans la  longue durée. Or au moment même où prévalaient ces conclusions rassurantes et où s’achevait cette vaste entreprise de modernisation de la religion que fut le Concile Vatican II (1962-1965), des diocèses a commencé à remonter avec une insistance croissante la rumeur inquiétante du plongeon des courbes. Guillaume Cuchet identifie le rôle déclencheur de Vatican II dans cette grande rupture religieuse, dans ces évolutions et les situe dans le temps long de la déchristianisation et dans le contexte des évolutions démographiques, sociales et culturelles des décennies d’après-guerre. »

chapelle St Germain - Languidic
Photo Ar Gedour 2016

Guillaume Cuchet analyse toutes ces statistiques, dont il serait ici trop long de rapporter, une certitude : elles sont aujourd’hui alarmantes. On s’étonne que cette tragédie spirituelle ne semble pas plus que cela  interpeller les autorités religieuses, toujours dans cet optimisme béat qui n’a rien à voir avec l’Espérance chrétienne.  On s’étonne encore plus que devant ce désastre prévisible depuis des décennies ces mêmes autorités entendent y voir des promesses d’avenir, d’y voir l’Esprit Saint  au travail, comme s’il était complice de cette déchristianisation. En somme, devenir minoritaire dans des terres qui furent chrétiennes,  laisser sa place à d’autres spiritualités, est un signe de bonne santé spirituelle. Il serait sage de méditer sur ce qui est advenue  au cours des siècles passés des chrétientés d’Orient, y compris en Europe ( Balkans, Kosovo), et devrait nous avertir de notre destin futur si cette déchristianisation se poursuit. Si Jupiter rend fou ceux qu’il veut perdre, Satan procède de même. Quand les Pasteurs se mettent eux-mêmes à douter de leur vocation missionnaire, il ne faut pas s’étonner que les fidèles se mettent eux aussi à douter. L’Eglise a voulu s’ouvrir au monde : très bien, mais rien ne l’obligeait à « être du monde ». Quand la maîtresse de maison veut faire entrer de l’air frais, elle ne choisit pas les jours de tempêtes, ou le moment où l’on vide les fosses septiques ; elle sait que c’est sa maison qui va empester, et c’est bien ce qui est arrivée à l’Eglise : toute la fange des caniveaux du monde y est entré. Paul VI parlait des « Fumées de Satan  qui avaient envahies l’Eglise ».

L’auteur cite les « cas parisien, lillois, poitevin », pour expliquer les courbes des chutes en matière de pratique religieuse. Si d’une région à l’autre ces courbes se recoupent, elles sont aussi déterminées par leurs propres traditions. Les chutes seront dans tels cas plus rapides, plus profondes que dans tels autres. Leurs points communs sont cependant identiques, ce sont les mêmes causes qui ont menées au désert spirituel : chute des vocations, de la pratique religieuse et des sacrements. Le clergé post-conciliaire, mais aussi les ennemis séculaire de l’Eglise n’ont eu de cesse de moquer, dénigrer, salir tous ce qui relevait des traditions de l’Eglise et des traditions religieuses et culturelles de chaque peuple, la fameuse Foi du charbonnier. La ferveur populaire était suspecte de superstitions, vestiges de traditions païennes contraires à l’Evangile ; il convenait donc de la purifier de ces scories dévotes, de revenir à l’authenticité du massage Christique. Le problème est que l’on ne s’attaque pas sans causer de dégâts à la foi du peuple. Et pourtant, c’est ce qui, sans aucune charité, se fit. Il faut avoir vécu ces années de grands chambardements religieux, qui allaient de pair avec les grands chambardements sociétaux soixante-huitards pour comprendre les blessures profondes faites aux âmes, à la foi des chrétiens, des catholiques. Les « intellectuels de la foi » se la jouaient pharisiens, estimant qu’eux seuls détenaient la Vérité et du bon usage de l’Evangile, pendant que le peuple était confiné dans le rôle du publicain, ignorant, ne comprenant rien à la grandeur des réformes imposées d’autorité par ces gardiens si peu charitables des dogmes, devenus en bien des cas très élastiques au gré des injonctions et des modes du monde.

 

SE METTRE A GENOUX DEVANT DIEU, SACHEZ MADAME QUE CELA NE SE FAIT PLUS !

Ne plus s’agenouiller pour prier, méditer, adorer à la messe ou lors de d’autres cérémonies, fut l’une des priorités du clergé post-conciliaire. Rien dans les réformes liturgiques n’invitait à renoncer à ce geste de respect, de dévotion, mais pourtant ce renoncement fut imposé en même temps qu’on le moquait.

Départ de Procession

En peu de temps, les fidèles virent le prêtre et les enfants de chœur là où ils étaient encore en usage, ne plus faire la génuflexion lors de la Consécration. Les fidèles devaient donc faire de même. Pour leur faciliter la tâche on supprima les prie-Dieu, on réduisit les espaces entre chaque travée de manière à ce que tenter de s’agenouiller devenait mission impossible. En peu de temps, le respect humain jouant son rôle dissuasif, la nouvelle pratique s’imposa. Il en fut de même de toute une gestuelle religieuse enracinée dans la tradition de l’Eglise, que l’on peut résumer dans la volonté de désacraliser au maximum  la pratique religieuse. En « réformant » la liturgie, en supprimant le mobilier d’église (chaire de Vérité, table de communion, autel ad orientem, chant grégorien (latin), cantiques populaires, processions de la Fête-Dieu, des Rogations, des Pardons, sans oublier les Missels devenus obsolètes, on ne pouvait qu’aboutir à une chute de la pratique religieuse, à une remise en question des fondements même de la foi, et à une religion à la carte. Cette religion à « options » fut facilitée justement par la liberté religieuse, plus rien n’étant désormais obligatoire, à commencer par la messe du dimanche. Cependant pour faciliter la pratique de la messe dominicale, on autorisa à la remplacer par la messe du … samedi. Cette disposition nouvelle était dictée par le constat que les fidèles étaient de plus en plus sollicités par l’évolution de la société, sa sécularisation et l’avènement des grands déplacements de populations (congés, travail, loisirs, mobilités diverses). Cette disposition devait, espérait-on, enrayer le décrochement de la pratique religieuse. Las !  Loin d’enrayer le phénomène, elle contribua à le généraliser, la messe fut comprise comme étant un accessoire, une option du week-end, à caler si possible entre d’autres activités. Le vide de nos églises, vide qui mène à leur ruine ou à leur désacralisation avant leur reconversion à des usages profanes … ou comme le souhaiteraient certains à être investies par d’autres croyances, en témoigne.

Et que dire de la destruction systématique du catéchisme, remplacé par la « pédagogie des découpages, collages, créations de fiches et autres niaiseries matrices d’une foi guimauve sans avenir ». On le constatera d’ailleurs très vite avec le décrochage des lendemains de professions de Foi : sur 20 postulants, deux ou trois persévéreront. Mentionnons encore la disparition des enfants de chœurs, ou la réduction de leur rôle à n’être plus qu’un vague élément de décors. Disparition aussi des chorales paroissiales et de la solennité des communions, vêtements, rites, etc. Ce serait une erreur de croire que ces « détails » n’ont pas joués un grand rôle dans ces désertions de l’Eglise. Qu’importe, avanceront certains, car prendre ses  distance avec l’institution ecclésiale, n’est pas synonyme de prendre ses  distances  avec le Christ. Et pour mieux affirmer leur propos, d’ajouter, que ces chrétiens sont plus chrétiens que ceux qui pratiquent …

Nous pourrions ainsi développer toutes les causes qui amenèrent à cette déchristianisation généralisée qui signa à terme  la fin des paroisses, et fit de nos églises les tombeaux de la foi. Certes, dans le même temps où ces ravages bouleversaient le visage de l’Eglise, apparaissaient des foyers d’espoirs, de renouveaux (Communautés Nouvelles, dite charismatiques, foyers traditionalistes, renouveaux des Pardons, de fêtes religieuses en bien des lieux, liés très souvent au souci de la sauvegarde, de la restauration du patrimoine religieux dont les chapelles). Il en fut ainsi au 19e siècle :  après les ravages spirituels et matériels de la Révolution, celui-ci fut un grand siècle missionnaire, et ce malgré les attaques continuels des ennemis de la foi. C’est pourtant tout cet acquis qu’en moins de cinquante ans, la seconde moitié du  20e siècle allait allègrement dilapider. Le climat de christianophobie de notre époque en témoigne, période où les  croix, les cloches et les crèches « font problème », offensant  la sensibilité à fleur de peau des chochottes de la laïcité qui revendiquent leur liberté de « penser » mais interdisent aux chrétiens de penser et vivre leur foi.

à suivre / da heuliañ

Le prix Bernheim d’histoire des religions, de l’Académie des inscriptions et belles lettres, a été remis le 29 juin 2018 à Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’UPEC, pour son livre : Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement, paru aux éditions du Seuil en 2018 dans la collection « La couleur des idées ».

L’ouvrage porte sur le recul spectaculaire du catholicisme en France depuis les années 1960 à partir notamment des archives du chanoine Boulard, qui était le grand spécialiste des questions sociologiques dans l’Eglise de France dans la seconde moitié du XXe siècle. G. Cuchet propose dans cet ouvrage une des premières analyses de sociologie historique approfondie de cette grande rupture religieuse, identifie le rôle déclencheur du concile Vatican II dans ces évolutions et les situe dans le temps long de la déchristianisation et dans le contexte démographique, social et culturel des décennies d’après-guerre.

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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2 Commentaires

  1. …/… « les Missels devenus obsolètes » …/…

    Il existe un excellent missel du dimanche (édition annuelle, co-édition Artège/Bayard vendue au prix de 9 euros pour 2019) présentant, dans une maquette très agréable, et en format de poche, l’ensemble des textes lus dans les célébrations dominicales et fêtes liturgiques.

    Ce petit ouvrage, qui permet de se préparer à la messe et/ou de suivre discrètement les lectures, rendra de grands services, notamment dans le cas de lectures publiques inintelligibles ou à moitié intelligibles, car malheureusement et très généralement trop rapides, ou encore mal cadencées (points de respirations mal posés) ou mal articulées.

    Sans parler des problèmes techniques de sonorisation, qui ne sont pas si rares.

    Pour « entendre » la parole, encore faut-il au préalable – simple lapalissade – que les conditions de l’écoute (et de la diction) soient assurées. Pour « entendre » ce que l’Ecriture a à nous dire, il est parfois utile de l’avoir aussi sous les yeux. C’est, me semble-t-il et à l’expérience, le rôle du Missel.

    E brezhoneg, « selaou » ha « sellout » a zo verboù ken tost ma seblantont bezañ breudeur!

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