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Anne de Bretagne, féodale ?

anne de bretagneDans un récent entretien à France 3 Pays de Loire, l’historien moderniste, Alain Croix, mentionne qu’Anne de Bretagne (1477-1514) appartenait à la féodalité.

Qu’en est-il vraiment ?

La féodalité a reposé sur le système de la vassalité conjuguée au fief (le plus souvent l’obtention d’une terre). Le plus souvent, on pense que la féodalité est liée au Moyen Age, c’est oublié facilement qu’elle a perduré en France jusqu’à la Révolution.

Ce que l’on ne sait que trop peu est que le duché de Bretagne relevait du duché de Normandie depuis le Xe siècle, mais comme ce dernier fut conquis, avec l’aide des Bretons, au tout début du XIIIe siècle, par le roi Philippe Auguste de France, les ducs de Bretagne devaient prêter hommage aux rois de France. Cet hommage était une formalité ; les rois de France et ducs de Bretagne étant très proches parents. Dans la première moitié du XVe siècle, cela se passait toujours bien, les administratifs (la Chancellerie) royaux de France exigeaient l’hommage lige au duc de Bretagne, qui refusait cette soumission (il fallait se mettre à genoux) et cela finissait par l’intervention du roi de France, impatient d’aller à son banquet, qui remettait cela à un autre jour. Et puis le roi avait si besoin des troupes bretonnes pour combattre les Anglais. Nous étions alors en pleine guerre de Cent ans.

Avec le roi Louis XI et sa fille, la régente Anne de Beaujeu, les choses changèrent. Ils affirmèrent leur autorité de monarques féodaux en exigeant l’hommage des ducs de Bretagne, usant très souvent de la force pour l’obtenir. François II, battu, dut obtempérer. Par ailleurs, Anne de Bretagne vit son mariage avec Maximilien d’Autriche annulé sous prétexte qu’elle n’avait pas eu l’autorisation de son seigneur supérieur, le roi de France. Ce rappel à l’ordre féodal s’explique aisément par le contexte. La monarchie féodale de France se trouvait particulièrement menacée par les progrès de ce que l’on nomme les principautés : la Bourgogne (en fait de la Hollande à la Franche-Comté) à l’Est (dont le régent fut Maximilien d’Autriche) ; au sud-ouest, Foix-Navarre (appartenant à la famille maternelle d’Anne) ; au sud-est, la Provence et bien sûr à l’ouest, la Bretagne.

 

En Bretagne, dans la seconde moitié du XVe siècle, les ducs de Bretagne, ce fut bien sûr le cas d’Anne de Bretagne, se faisaient couronné en la cathédrale de Rennes par l’évêque de Rennes et se titraient ducs par la grâce de Dieu. A la mort de son première époux, Charles VIII, alors veuve, Anne de Bretagne reprit son titre de duchesse de Bretagne par la grâce de Dieu. Cette évolution était appuyée par un nouveau personnel peuplant l’administration, la justice, les finances et l’armée bretonne dont l’organisation était de plus en plus efficace comme le montre les documents d’archives. Par ailleurs, ces principautés étaient souvent riches et ouvertes sur le monde. Le mariage de la mère d’Anne, Marguerite de Foix-Navarre, avec son père, François II, ne doit rien au hasard. Sa mère était une très proche cousine des très riches rois de Portugal, de Castille et d’Aragon, en passe de dominer la Méditerranée et de faire la conquête du Monde. Il ne faut pas oublier qu’Anne était vivante lorsqu’elle apprit que Christophe Colomb envoyé par sa cousine Isabelle la Catholique de Castille avait découvert l’Amérique. Ces principautés ne faisaient guère confiance en la féodalité, pour elles pas assez efficace et surtout pour ses plus riches membres bien trop proches des rois de France qui les pensionnaient, sans compter leurs immenses biens qu’ils disposaient dans le royaume de France. Leurs princes, dont François II et Anne, peuvent considérer comme des souverains car ils préféraient s’adresser à leurs sujets qu’à leurs vassaux.

Lorsqu’Anne comprit que son second époux, Louis XII, refusait le mariage de leur fille Claude avec Charles d’Autriche (cousin d’Anne), ce qui permettait à la Bretagne de rester ouverte sur le monde, Charles étant l’héritier du plus grand empire commercial du monde, elle partit en Bretagne dans son duché, pour y faire le « tour », ce que l’on nomme en breton le Tro Breizh. Son but était bien sûr politique. Elle voulait démontrer ainsi à son royal époux qu’elle avait le soutien de ses sujets. Si elle avait été une simple princesse féodale, elle aurait, et c’était son droit, convoqué ses vassaux immédiats (c’était tout ce qu’elle avait droit de faire) en un lieu, comme le fit son ancêtre, Jean II en 1294, à Ploërmel, alors considérée comme une sorte de « capitale du duché ». Mais elle ne le fit pas car elle savait que ces vassaux n’allaient pas venir avec leurs propres vassaux, d’autant plus qu’un certain nombre demeurait à la cour de France ou tout simplement n’appréciaient pas le comportement justement guère féodal de la duchesse-reine. En effet, elle s’adressait directement à leurs propres vassaux, passant au dessus de leurs têtes, considérant tous les Bretons comme ses sujets.

Frédéric Morvan

Illustration : Marc Mosnier – Tous droits réservés.

À propos du rédacteur Frédéric Morvan

Historien spécialisé sur l'histoire de Bretagne, Frédéric Morvan est également président du Centre d'histoire de Bretagne. Il rédige régulièrement des chroniques sur l'histoire de Bretagne dont certaines sont diffusées sur Ar Gedour avec son aimable autorisation.

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6 Commentaires

  1. ANNE DE BRETAGNE. Commentaire du DU BON DOCTEUR MELENNEC, le 5 juillet 2017, sur l’article paru dans “AR GEDOUR”, écrit par M. Frédéric MORVAN, docteur et agrégé Breton.

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    J’hallucine ! Tant d’erreurs et d’approximations dans un texte si court, c’est insensé, c’est INVRAISEMBLABLE.
    J’en ai relevé une petite vingtaine.

    Avec des fautes d’orthographe et d’accords ( “c’est oublié” (sic !), au lieu de “c’est oublier”; les ducs de Bretagne se faisaient couronné (resic !), au lieu de “se faisaient couronner”; les immenses biens qu’ils disposaient, au lieu de “qu’ils possédaient”, ou encore : “dont ils disposaient”; historien spécialisé SUR l’histoire de la Bretagne, au lieu de “historien spécialisé EN histoire” ….)

    M. Morvan me fait grief de ne pas lire ses textes. Lorsque je le fais, je suis stu-pé-fait. Les Belges disent : “Je vais défunter”! Ici, c’est pire : on défunte tout de suite, avant d’avoir terminé la lecture.

    M. Morvan est-il excusable ? NON : je lui ai adressé des articles truffés de citations et de références indiscutables. Notamment sur l’HOMMAGE DES DUCS DE BRETAGNE AUX ROIS DE FRANCE. Lisez vous-mêmes ces articles, en tapant dans Google “mélennec hommage”.

    M. Morvan est en train de concurrencer Wikipédia, l’encyclopédie des erreurs !!!! Tapez : Mélennec Wilipédia : VOUS ALLEZ BIEN RIRE !

    Y-a-t-il pire encore en Bretagne ? OUI. L’inénarrable BERNARD POIGNANT, ex-“conseiller” de ce bon François Hollande (merci pour les dégâts !), lui aussi “docteur” et “agrégé”, a attribué le prétendu “traité” d’annexion de la Bretagne, en 1532, à ANNE de BRETAGNE !!! Or, en 1532, la bonne Duchesse était dans sa tombe depuis 1514 !

    Voila dans quelles mains nous nous trouvons ! Jugez de tout le reste ! Il est étrange de voir à quel degré la bassesse de certains de nos compatriotes sont tombés.

    J’entretiens de bonnes relations avec AR GEDOUR. Mais là, M. le Directeur, vous me contraignez à intervenir durement encore !

    Je publie aussi le présent commentaire dans plusieurs sites – par précaution -, et l’adresse aussi aux “experts”, “contre-experts”, et “sur-experts” de Wikipédia, qui sont devenus mes putching-balls depuis qu’ils ont trafiqué, puis supprimé ma biographie : je ne supporte ni la bêtise ni la malhonnêteté. Ce n’est pas moi qui suis en cause : c’est mon Pays. Et là : PAS TOUCHE !

    Bien cordialement tout de même !

    LOUIS MELENNEC, dit “le bon docteur, historien, DEA d’histoire de la Sorbonne, docteur en droit.

    • Non seulement le Dr Mélennec est une référence, mais pauvre M. Morvan, connaissez vous Alain Barbetorte, celui qui chassa les normands sans l’aide de la france ?
      Simple question : depuis quand un vassal signe des traités ?
      La Bretagne a toujours été indépendante, l’empire des francs (et non pas la france qui n’existait pas encore à l’époque) n’a jamais conquis la Bretagne (reportez vous aux cartes de la gaule.

  2. L’EFFROYABLE AVEU : 1488 : LES FRANCAIS, PAR ECRIT, SE PREPARENT A BROYER, A REDUIRE, A DETRUIRE LA BRETAGNE.

    Cinq années de guerre (1487-1491) dont l’université de Bretagne et les « politiques » ne parlent jamais. Les Bretons sont-ils esclaves ? YES SIR, THEY ARE !

    Sans aller jusqu’aux professeurs Minois et Kerhervé, qui continuent à écrire que la nation bretonne n’a jamais existé, que cette fiction a été inventée par les Ducs pour en profiter (comme la bourgoisie profite du prolétariat), pour le premier, et qu’en 1532 les Bretons se sont humiliés à « solliciter » « humblement » leur « réunion » à la france (quelle horreur!), certains « Hystoriens » continuent à dire publiquement que ce bon roi Charles VIII était chez lui en Bretagne, et que l’abominable, l’exécrable guerre de cinq ans de 1487 à 1491 avait pour seul but de faire une « opération » de simple police chez les Bretons, ces Ploucs.
    Voici un document effrayant, qui met à ZERO les compteurs, et détruit définitivement ces légendes HONTEUSES.

    M. Morvan, qui a tout de même compris que la Bretagne a été annexée en 1532  : la Bretagne n’a jamais été indépendante, elle n’a jamais eu de monarchie, elle était un pays arriéré, les Bretons ont voulu la dispariton de leur langue, ils ont choisi de parler le français (!!!)

    Pour en savoir plus : les 500 pages de Louis Mélennec consacrées à cette guerre d’invasion.
    Anne de Bretagne et l’ignoble guerre d’invasion qui a détruit la Bretagne (par Google).
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    MARS 1488. LA NOMINATION DE LA TREMOILLE A LA TÊTE DES ARMEES FRANCAISES. le roi ordonne de réduire et de détruire la Bretagne.

    L’acte de nomination de la Trémoille à la tête des armées françaises est peut-être l’un des documents les plus importants de cette interminable guerre. Même aujourd’hui, certains points sont restés obscurs pour nombre d’historiens. C’est, depuis le début de la guerre, le premier document qui, sous la signature du roi et de plusieurs hauts personnages de son conseil, révèle les intentions non ambigües des Français, et les moyens, contraires au droit, à la morale et aux lois divines, qui vont être mis en œuvre pour détruire la Bretagne.
    Cet acte officiel, destiné à rester secret, mais signé du roi et des principaux de son entourage, définit tout de cette guerre, et surtout ce que sont les réelles intentions des Français : le but réel de l’invasion, les moyens qui vont être mis en œuvre, la férocité avec laquelle la conquête va être conduite à son terme. Plus encore : l’hypocrisie et les mensonges qui vont servir de moyens au roi et à sa sœur, pour la conduire à son terme, en essayant de faire croire que la France se conforme au droit, et qu’elle œuvre pour rechercher la paix.

    Le 11 mars 1488, par lettres patentes, Charles VIII nomme Louis de la Trémoille lieutenant général des armées d’invasion, c’est à dire commandant en chef. Ce document, signé par le roi, n’est évidemment pas rédigé par lui, mais par les gens de son conseil, après délibération de celui-ci, sous le contrôle de la dame de Beujeu. Outre le roi, les principaux signataires sont le sieur de Beaujeu, son beau-frère, l’archevêque de Bordeaux, l’amiral de Graville, ministre de la guerre, le comte d’Angoulême (le futur père de François Ier), le seigneur du Fou.
    Le poitevin Louis de la Témoille, comte de Benon, vicomte de Thouars, est un jeune seigneur réputé courageux et bon stratège, suffisamment puissant, déjà, pour que la dame de Beaujeu ait induit et accepté son mariage de sa nièce, Gabrielle de Bourbon-Montpensier, au cours de la campagne précédente. (Pélicier, page 142). Né en 1460, il n’est âgé que de 27 ans. L’année précédente, le commandement de l’armée de Bretagne avait été partagé entre trois personnages : La Trémoille, Saint-André, Montpensier. La Trémoille s’étant particulièrement distingué par ses capacités militaires et son courage, devient seul chef sur le terrain. Son acte de nomination énumère ses qualités, qui sont réelles, et qui vont se confirmer pendant toute la campage de 1488 :

    « Considérant la bonne et entière confiance que nous avons dans la personne de notre cher et aimé cousin Louis, seigneur de la Trémoille, et de ses grandes noblesse, vaillance, suffisance, loyauté,commettons et ordonnons ledit Louis de la Trémoille notre lieutenant général en notre armée et marche de la Bretagne ».

    L’incroyable prétexte de l’invasion de la Bretagne est clairement exposé dans cette lettre : le duc de Bretagne est accusé de faire la guerre à la France, d’avoir donné asile à quelques seigneurs français, ses « rebelles et désobéissants sujets », avec lesquels (Page 223), il s’efforce de faire la guerre à la France ! Dès le préambule, le duc de Bretagne, victime de cette invasion insensée, est accusé d’être le responsable et l’auteur de la guerre :
    « Pour résister aux entreprises que le duc de Bretagne et autres seigneurs de notre sang, nos rebelles et désobéissants sujets, qui s’efforcent de faire chaque jour de nous mener en guerre,
    nous avons envoyé dans les marches du duc de Bretagne, une partie de notre armée, afin d’y résister et d’y pourvoir ».
    Le roi, donc, (400 000 klm carrés ; un budget de 5 millions de livres ; un armée qui va atteindre 40 000 hommes), attaqué par la Bretagne, se voit contraint d’y envoyer son armée ! La Bretagne : 35 000 klm carrés, un budget de 500 000 livres, une armée quasi inopérante). Dix fois plus petite, dix fois plus faible !
    Il accuse le duc d’avoir refusé toute tentative de paix, et d’avoir refusé de renvoyer en France les seigneurs révoltés :
    .« Le roi a fait sommer le Duc plusieurs fois de lui rendre tous ses sujets rebelles et désobéissants étant en sa Duché, dont il a toujours été refusant » (La Trémoille, Correspondance, page 244).
    Ces mensonges sont particulièrement grossiers : la Bretagne a été envahie par les armées françaises ; en accord avec les seigneurs auxquels il avait donné asile, le duc et son conseil étaient partie prenante pour le retour desdits seigneurs en France, et a explicitement proposé à la France qu’ils puissent retourner chez eux, sous une condition impérative : la France étant seule coupable de l’invasion, ayant violé les engagements jurés par elle, doit permettre aux seigneurs français de rentrer chez eux, et de recouvrer leurs biens et leurs fonctions dans le royaume, et retirer ses armées de Bretagne. La double ambassade bretonne de décembre 1487 à Pont-de-l’Arche s’est

    faite avec l’accord du duc, de son conseil, et des seigneurs français, qui souhaitent quitter leur exil breton et rentrer chez eux. La Bretagne n’a cessé de demander la paix, d’une manière répétée et réitérée.
    Le but de la guerre est très clairement énoncé, cette fois sans aucun détour, puisqu’il s’agit d’un document strictement secret. Il ne s’agit plus seulement, comme on l’a soutenu alors du côté français, depuis le début des hostilités, de s’emparer des seigneurs français qui se sont réfugiés en Bretagne, et de les extrader en France, ni de « faire une bonne paix », mais bien de faire la conquête du duché, et sa réduction. Ce mot de « réduction », particiulièrement violent, utilisé par le pays envahisseur dans plusieurs lettres, est particulièrement éclairant pour l’historien. Ce document énumère, pour la première fois, d’une manière complète et par écrit Les moyens à mettre en œuvre pour s’emparer de la Bretagne, la détermination féroce de la France de la mener à son terme, par tous les moyens  : le roi donne pleins pouvoirs et autorité à son lieutenant général :
    « pour faire marcher notre armée dans les lieux, les villes, les places, les châteaux, comme il sera nécessaire pour notre service ..
    «  pour réduire et mettre en notre obéissance, par tous les moyens possibles, toutes les villes, les places, les châteaux qui nous désobéiront
    « pour les faire sommer de se rendre et de se mettre sous notre obéissance
    « pour les assiéger, composer et prendre à merci,
    « pour faire abattre et démolir les villes, les places et les châteauxqui seront nécessaires, et qui pourraient nous nuire .. ;
    La cruauté de ce programme est quasi invraisemblable. Le droit de la guerre du temps est imprégné de principes chrétiens de justice, Mais le roi dit «  très chrétien » n’en a cure, encore moins sa soeur. C’est de la férocité à l’état pur. Il ne s’agit en aucun cas d’une promenade militaire, ni de faire une guerre propre, mais de tout briser, de tout casser, de tout détruire en cas de résistance des Bretons. Cinq siècles plus tard, on suffoque d’indignation que la France – le futur pays auto-proclamé des droits de l’homme ! – n’ait laissé aux Bretons aucun choix : se rendre, ou mourir …
    Plus important encore, le roi affirme d’une manière grossière les mensonges et l’hypocrisie sur lesquels la France va s’appuyer tout au long de cette guerre pour tenter de justifier son entreprise criminelle, conduite en permanence en violation du droit international du temps, et des lois morales de la conduite des conflits et des contentieux entre Etats.
    Ce texte – dont les Bretons du temps n’ont évidemment pas connaissance à l’époque – car il est secret -, est particulièrment précieux pour l’historien. Il est un démenti formel des « dyssertations hystoryques » des quelques universitaires bretons, qui s’efforcent de trouver des justifications à cette guerre, en prétendant qu’elle est justifiée par le fait que le roi de France est chez lui en Bretagne. Il confirme, d’une manière irréfutable, que la France , de 1487 à 1491, a bien l’intention de conquérir la Bretagne, et d’y mettre les moyens, tous les moyens qu’il faudra.
    Ce document a été publié en 1875 par un lointain descendant de Louis de la Trémoille. ..
    L’hypocrisie des Français est absolue. Ils ne vont désormais cesser de rejeter la responsabilité de la guerre sur les Bretons, qui ne cessent eux, de rechercher et de demander la paix. Le programme fixé par cette lettre exceptionnelle sera mené à son terme. La guerre va être poursuivie dans des conditions de cruauté et d’inhumanité atroces. La Bretagne, comme nous allons le voir dans les chapitres qui suivent, va être réduite, réduite à un tas de ruines et de cendres. Cet argumentaire pitoyable est exceptionnel en ce qu’il est comme un aveu du criminel avant de commettre son crime, signé de sa main, et fondé sur des moyens qui ne sont autres que des mensonges pitoyables : des procédés exceptionnellement français, donc, nous les subissons depuis cinq siècles.
    Cette misérable argumentation va s’enrichir, avant la fin de cette année 1488, d’un troisième « volant », littéralement stupéfiant : Charles VIII – sa sœur la dame de Beaujeu, encore et toujours – va prétendre avoir « des droits » sur le duché. Et cela ne s’arrêtera pas là : un peu plus tard, il se prétendra légitime propriétaire du duché, sa cousine Anne de Bretagne n’étant, en somme, qu’une usurpatrice, sommée par lui de ne plus porter son titre de duchesse, mais de se justifier d’occuper le trône breton ! Cette comédie va être répétée par le roi de France, transformé en voleur des Etats d’autrui, jusqu’au mariage forcé de la duchesse en décembre 1491. Ce que Nous allons détailler par des preuves irréfutables.

    Les termes de cette lettre sont si impératifs, si violents, si contraires au droit, que tout ce que pourront alléguer les Français, pendant les quatre années qui vont suivre, qui, jouant au chat et à la souris avec les Bretons et avec leurs alliés, vont prétendre, répétant sans cesse leurs mensonges, chaque année qui passe, qu’il ne leur est plus possible de mentir sans que les mensonges soient évidents. Ce document et tout ceux qui vont suivre démasquent définitivement les Français devant l’histoire : sans aucune raison, sans aucun scrupule, alors qu’il sont de senvahisseurs violents, ils vont toujours prétendre pendant plusieurs années encore, jusqu’en 1491, qu’ils recherchent la paix, et qu’ils agissent pour l’obtenir. Ce n’est pas seulement une « réduction » qu’ils vont obtenir, mais une totale destruction du pays.
    Puis, de 1789 à nos jours, ce lavage de cerveaux par les écoles « républicaines », que les gens de ma génération ont encore subie, et qui en gerdent des cicatrices qui ne se referment pas.
    Retombée collatérale de notre texte : les hystoryens « bretons » négationnistes, ignares et menteurs, qui prétendent encore que le roi Charles VIII a simplement mené en Bretagne, une « opération de police » interne à son royaume, parce que, disent-ils, la Bretagne est « vassale » de la France, vont devoir rentrer dans leur trou, cette fois d’une manière définitive.

    LOUIS MELENNEC.

  3. Louis Melennec

    ANNE DE BRETAGNE, vue par GEORGES MINOIS, l’un de ces agrégés-docteurs sécrétés par l’ “Université” de Bretagne new deal.

    >
    (EXTRAITS DE BONNES FEUILLES DE LOUIS MELENNEC, tirées de ses notes sur Anne de Bretagne).
    MINOIS Georges, Anne de BRETAGNE, Fayard, Paris, 1986, 1990.

    >

    Ce n’est pas son manque d’érudition qui est reproché à M. Georges MINOIS. Son épaisse biographie d’Anne de Bretagne est bien écrite, d’un style sobre mais alerte, dans une langue élégante. Sa documentation est abondante, et bien venue. Les citations sont nombreuses, la plupart très intéressantes. Malheureusement, sans aucune justification, l’auteur épanche au long des pages une véritable haine, une hargne étonnante à l’égard de l’héroïne des Bretons. A-t-elle tué, assassiné, provoqué des guerres, volé le patrimoine d’autrui ? Rien de tout cela …MAIS … mais, selon l’éminent docteur en histoire : futile, dépensière, agressive, caractérielle, cruelle, rancunière, se servant de son duché pour ses ambitions personnelles, faussement croyante – en réalité superstitieuse -, faussement généreuse (l’argent volé au peuple ne coûte rien à dépenser, sic), voila quelques traits du caractère d’Anne de Bretagne, revu et corrigé par le savant auteur.

    Tout cela est démenti par les documents, les actes, les témoignages du temps. Le portrait d’Anne de BRETAGNE, décrit par M. MINOIS, est strictement faux, d’une partialité ABSOLUE. Il est étrange qu’un historien se laisse glisser à de tels excès, qui ruinent toute une carrière, et jettent le discrédit sur tous ses livres, même s’il en existe de bons (?)

    S’agissant de l’histoire de la Bretagne, M. MINOIS n’en est pas à une erreur près : selon lui :

    – la nation bretonne n’existe pas (erreur : le peuple breton est décrit dès l’antiquité, les nations ne sont pas une création récente, elles ont toujours existé, dès que les humains se sont regroupés pour avoir un territoire à défendre, une langue, des cotumes tenant lieu de lois, des instittions même embryonnaire, etc.).

    – la Bretagne est un « fief de la France » (erreur : la Bretagne se constitue elle-même, comme la France et tout autre Etat, non par la faveur de la France, mais en opposition contre elle); pour savoir ce qu’est un fief, il faut impérativement connaître le droit médiéval, ceci depuis les m érovingiens et les carolingiens surtout.

    – le Duc est un sujet du roi de France (erreur : il est son égal juridiquement, étant souverain dans son pays comme le roi de France l’est dans le sien.

    – l’hommage des Ducs est la traduction de la sujétion du duché à la France (erreur monumentale : c’est un contrat, comportant pour le Duc comme pour le Roi des obligations réciproques et égales, même si le roi de France occupe une place plus élevée dans la hiérarchie des honneurs); les pouvoirs du gouvernement ducal résultent d’une usurpation sur les droits du roi de France (erreur : le Duché est souverain, c’est la France qui tente, en permanence, d’empiéter sur les prérogatives bretonnes, tentatives qui échouent, toutes) … Etc.

    Je ne vois qu’une hypothèse explicative : la sensibilité blessée de l’auteur., par son appartenance à ce peuple chicaneur, dont de nombreuses sectes, sous couvert – disent-elles ! – de défendre la Bretagne, sont spécialisées dans l’injure. Vivant en Bretagne, a-t-il été victime de la férocité des Bretons , comme l’ont été nombre de ceux qui se sont battus pour la Dignité de leur pays ? Par exemple en 1940 ? Et qui ont été victimes, mêmes les meilleurs, de campagnes injurieuses après 1945, opération honteuse qui a eu pour but et pour effet de mettre encore plus bas toute la population bretonne, désignée comme “collaboratrice”, et à ce titre persécutable jusqu’à l’effacement total de son identité ? Et qui ont quitté avec effroi ce qu’on dénomme le « le mouvement breton » . (Un asile psychiatrique, selon le docteur Carrer). » L’homme est un loup pour l’homme; en Bretagne, c’est bien pire « , m’a confié Gérard GAUTIER, ancien conseiller régional, au cours d’une émission radiophonique à radio courtoisie, vers 2001 : ce qui est vrai, à moins que ce soit encore pire. L’amertume de M. MINOIS se lit dans toutes ses pages. C’est une mauvaise chose pour un historien. On a le droit d’être amer, et même passionné. Mais il ne faut pas interpréter les faits à travers ses propres sentiments. L’historien doit se placer dans le rôle et dans l’attitude du psychanalyste : à distance du sujet, que l’on regarde à travers la vitre ou la vitrine. Exercice difficile, il est vrai, pour la Bretagne, pays de déraison, sinon de folie.

    Pour les médias, il faudrait évoquer ceux appartenant aux Bretons, Ouest France (40 titres, radio, etc), Télégramme, Tebéo, Groupe Mutuel, Groupe Artemis (soit Pinault, Fnac, Point de vue, Taillandier), Groupe Bolloré (qui possède Canal, Cnews, etc), sans compter la direction rédactionnelle de Paris Match (Martin-chauffier)… il y en a d’autres… Cornette est très influent dans la revue L’Histoire (qui était à Artemis)…

    Sacrés loulous ! Ou sacrées louloutes ? S’agissant de Cornette, lu dans un site : “Cornette rime avec Sornette”. Attention : comme tant d’autres, il amorce son virage à 360 degrés ! Il est entrain de tenter de voler à la victoire, cette fois en écrivant le contraire de ce qu’il a dit ! Quel temps perdu !

    LE BON DOCTEUR

  4. ANNE DE BRETAGNE. LA GRAVITE DES VOMISSURES DEVERSEES SUR LA DUCHESSE ANNE

    Louis MELENNEC, docteur en droit, DEA d’histoire.

    Les Nations se constituent au fil des siècles. A force d’avoir vécu ensemble, partagé les mêmes mythes, les mêmes valeurs, les mêmes croyances, d’avoir défendu leur pays contre les incursions étrangères, d’avoir partagé les mêmes peines, les mêmes chagrins, les mêmes épreuves, les personnes qui vivent sur le même territoire développent un sentiment d’avoir de nombreuses choses en commun, d’appartenir à une même famille. C’est cela la Nation.

    Les personnages “historiques” ne sont pas, à proprement parler, un “critère” de la Nation. Leur rôle n’en est pas moins très important, car ils contribuent à l’histoire, ils la font souvent, et, pour les plus remarquables, servent aux peuples de modèles d’identification.

    Ce qui s’est passé à Nantes, en 2007, au château des Ducs de Bretagne, ou Anne de Bretagne à été traînée dans la boue – sous la responsabilité de la municipalité de surcroît – me semble infâme. Je ne suis pas prêt d’oublier celà, et on me verra y revenir encore.
    Quelques « hystoryens », ont cru se rendre intéressants, en dénigrant à la fois Anne de Bretagne et son œuvre. Les faits sont têtus. La Duchesse a eu une pensée politique ferme, arrêtée, obstinée. En 17 ans de règne, elle accomplit un travail CONSIDERABLE.

    I – LA RECONQUETE DE L’INDEPENDANCE DU DUCHE.

    La Bretagne, néantisée et annexée par Charles VIII, impose un nouveau statut, par un traité négocié pied à pied entre Anne et Louis XII, signé à Nantes le 7 janvier 1499. Pour résumer ce contrat complexe (Morice, Preuves III, 813).

    – La Bretagne et la France resteront à jamais des pays distincts et séparés.

    – La Bretagne sera gouvernée par son Duc, et aura, à jamais, ses institutions propres.

    – Le trône de Bretagne échoira au deuxième enfant du couple royal – fille ou garçon -, après la mort d’Anne et de Louis. S’il n’y a qu’un enfant, la clause reste valable pour les générations suivantes. En toute hypothèse, ce sont les « vrays et plus proches héritiers » qui « succèderont auxdits Duché et seigneuries », sans que « les rois en puissent rien quereller » ( = contester).

    Ce traité, qui, hélas, sera une fois de plus violé par la France, EST L’ŒUVRE MAJEURE d’Anne de Bretagne. N’aurait-elle que ce traité à son actif, cela ferait d’elle une héroïne.

    II – LA RESTAURATION DE L’ETAT ET DU GOUVERNEMENT BRETONS PAR ANNE DE BRETAGNE (1498-1514).

    Sur le terrain, l’œuvre politique d’Anne de Bretagne est considérable :

    – Le titre de Duchesse, dès la mort de son mari Charles VIII, redevient effectif (oh combien !) sous le règne de Louis XII. C’est elle qui gouverne – en coordination avec son mari (qui porte aussi le titre de Duc), et avec la chancellerie qui, en fait, interviennent peu (Lepage, thèse, et l’Union, p. 127).

    – Elle rétablit la Chancellerie (Premier ministère), et le gouvernement (le Conseil ducal) d’une manière spectaculaire, deux jours après la mort de son mari Charles VIII, le 9 avril 1498.

    – Elle reprend le contrôle des Etats de Bretagne, quoique ceux-ci continuent à être convoqués officiellement par Louis XII. Elle participe à l’activité législative, et à la politique fiscale . Charles VIII avait diminué les impôts, dans le but de se concilier la population. Elle accentue cette politique, fort appréciée de ses sujets (le fouage, de 12 livres par feu pendant les guerres, est ramené à 4 livres certaines années) (Lepage, thèse, p. 147).

    – Elle se rend maîtresse des grandes nominations dans l’administration, dans les finances, dans la justice, et « rebretonnise » toutes les grandes fonctions (Id. 215).

    – En excellentes relations avec la Papauté, elle obtient du pape un Décret (un « motu proprio »), aux termes duquel seuls des Bretons peuvent obtenir des bénéfices ecclésiastiques en Bretagne, c’est à dire être nommés évêques ou abbés (Quillet, 311).

    – Dans le domaine militaire, elle nomme des Bretons dans les principaux postes, quoiqu’elle aide son mari dans sa politique de conquêtes en Italie, sans l’approuver.

    – Elle brise la politique monétaire de Charles VIII. Dès son arrivée à Nantes, en 1498, elle fait battre des monnaies à son nom, dont la fameuse « cadière » d’or (du latin : chaise) sur laquelle elle figure en souveraine, assise en majesté sous un dais, tenant l’épée nue dans la main droite, pointée vers le haut, le sceptre dans la main gauche. Le contrat de mariage impose que le roi doit “mettre en ses titres Duc de Bretagne pour les affaires du Pays” (Cf. Daniel Cariou).

    – La politique d’Anne a une portée idéologique forte, destinée à affirmer péremptoirement l’identité bretonne. Entre autres choses, passionnée d’histoire, elle fait écrire deux histoires de la Bretagne, remplissant ses devoirs de souveraine ; elle continue les travaux de construction du Palais des Ducs ; elle fait édifier le monument funéraire de ses parents, l’un de plus beaux du siècle …

    Lorsqu’elle meurt, la Bretagne est redevenue bretonne, et LIBRE. Elle a eu l’habileté de se réconcilier – au moins en apparence – avec les grands du Duché (Rohan, Rieux…) ; elle est adulée par son peuple, qui sait ce qu’il lui doit : l’élimination des Français, la DIGNITE retrouvée. Il est mensonger et puérile de nier son oeuvre.

    III – L’OBSESSION DU MAINTIEN DE L’INDENDANCE DU PAYS APRES SA MORT.

    Pendant onze ans (1499 à 1510), Anne et Louis ne parviennent à avoir qu’une fille, malgré leur fort désir d’avoir d’autres enfants. Claude, fille unique d’Anne, est l’héritière de droit du trône de Bretagne. Selon les lois de dévolution en vigueur en France, l’héritier de Louis XII est son plus proche parent, son jeune cousin François d’Angoulême, fils de Louise de Savoie.

    Pour Louis XII, l’union de sa fille Claude avec François va de soi : cela représente la réunion de leurs patrimoines ; les petits-enfants à venir perpétueront sa lignée sur le trône français. Anne ne veut à aucun prix de ce mariage qui, elle disparue, a toutes les chances de rendre inéluctable l’annexion de la Bretagne par la France, dont elle connaît les convoitises. L’indépendance suppose que la Bretagne – qui abhorre l’idée d’être « fusionnée » avec le royaume ennemi, suppose que le Pays conserve son prince « naturel », ses institutions, son gouvernement. Le traité du 7 janvier 1499 A ETE FAIT POUR CELA, pour rien d’autre. Anne, qui a une forte influence sur son mari, développe une opiniâtreté étonnante pour prévenir ce désastre. Ce qui constitue, pour ce couple plutôt uni, un sujet de discorde permanent, Louis XII ayant peine à comprendre les motivations de sa femme :

    – En 1501 et en 1504, deux traités promettent Claude en mariage à Charles de Gand, petit-fils de Maximilien d’Autriche (l’ex-premier mari d’Anne). Cet illustre bambin n’est autre que le futur Charles Quint. Anne n’a pas été Impératrice : sa fille le sera. L’une des clauses du contrat : la Bretagne appartiendra aux deux époux, non au roi de France ! (Sismondi, XI, 4).

    – En 1505, à l’occasion d’une grave maladie du roi, Anne envisage de fuir à Nantes, par la Loire, pour se mettre à l’abri, ayant tout à craindre de Louise de Savoie et de son fils François, avec sa fille, celle-ci étant garante de l’indépendance du pays. C’est une sage précaution, compte tenu des mœurs de l’époque. Le projet est éventé … et le roi guérit. Anne reste donc à la Cour, avec son mari, qui ne lui conserve d’ailleurs aucune rancune (Sismondi, XI, 7), son attitude ayant été légitime.

    – En 1506, bravant sa femme, à la supplication des Etats généraux de France, Louis XII fiance Claude et François d’Angoulême, héritier du trône de France, ce qu’il désire, d’ailleurs, ardemment. Furieuse, « moult déplaisante », Anne arrache à son mari Louis XII un addendum par lequel elle se réserve, s’il lui naît un fils (elle n’a que 29 ans), de disposer de la Bretagne en sa faveur, ce qui préservera l’indépendance du Pays (Mor. III, 879. Lacroix, 338)

    – Jusqu’à sa dernière maladie, en 1513, Anne tente d’avoir d’autres enfants ; elle fait ce qu’il faut pour cela, bien que son mari soit chroniquement malade. En 1510, naît une fille viable, Renée (qui, éloignée de France, deviendra duchesse de Ferrare en 1528) ; en janvier 1512, elle accouche d’un garçon mort né : la malchance la poursuit : la duchesse héritière Claude n’échappera pas à son destin : épouser François, futur roi de France (De Maulde, 313).

    – L’un de ses derniers projets, peu avant sa mort, est de faire passer sur la tête de sa deuxième fille, Renée, les droits de sa sœur Claude, laquelle, même si elle épouse François, futur roi de France, cessera d’être Duchesse de Bretagne (on est mal renseigné sur ce projet, mais on sait que Louis XII, à la fin de 1514, Anne étant décédée y pensera aussi) (Puault, De Maulde, ).

    Son plus cher désir, celui de protéger son Pays, et de faire en sorte qu’il ne devienne jamais français ne se réalisera pas : Anne meurt trop jeune, à 37 ans, le 9 janvier 1514, laissant deux filles mineures aux mains de François I er, de sa mère Louise de Savoie, du Chancelier Duprat, un trio corrompu, d’une malhonnêteté peu commune, qui vont « broyer » les deux princesses bretonnes.

    En savoir plus : https://bretagne-culture-histoire.webnode.fr/news/anne-de-bretagne/

  5. ANNE DE BRETAGNE N’A PAS ÉPOUSÉ LE ROI DE FRANCE CHARLES VIII LIBREMENT, elle a été victime de pressions morales, frappant son mariage de nullité.

    La fin d’une légende absurde. Le prétendu mariage de Charles VIII a été un simulacre.

    (Notes extraites du livre : Anne de Bretagne et l’ignoble guerre d ‘invasion qui a détruit la Bretagne de 1487 à 1491).

    Jean de Chalon, prince d’Orange, cousin germain d’Anne, héritier potentiel du trône ducal breton en sa qualité de plus proche parent mâle de la princesse, joue un rôle important dans la négociation de ce mariage, étant personnellement impliqué dans l’affaire. Selon Lobineau et Morice, il n’a pas seulement facilité ce mariage, il a été un complice, et pas seulement un allié du roi de France ; il a marchandé son intervention, et obtenu des avantages très importants pour récompense des services rendus à la monarchie française, en rendant possible cet impossible mariage. Morice écrit que c’est dans le profil du personnage, toujours habile à tirer parti de toutes les situations. Il est « récompensé », avant même le mariage à Langeais, par des « dons » somptueux, qui d’ailleurs ne coûtent rien au roi de France, étant prélevés sur des biens appartenant à la couronne de Bretagne. La date de ces dons est importante : dès le 28 octobre (Lobineau, I, page 814), cinq semaines avant le mariage de Langeais, on le gratifie de Suscinio, de son magnifique château et de ses dépendances, de la superbe seigneurie de Touffou, et des ports situés entre le Couesnon et l’Arguenon. Un peu plus tard, le 7 décembre, le lendemain du mariage de Langeais, il est nommé lieutenant général du roi en Bretagne, tandis que Rohan est démis de ces fonctions, à sa grande fureur, et capitaine de la ville de Saint-Malo. Le 2 novembre, il est nommé gouverneur de Bretagne.

    Un acte de Charles VIII signé à Laval, daté du 28 octobre 1491, décrit ces donations :

    « Pour considération de plusieurs bons, grands et recommandables services, que notre très cher et très aimé cousin le prince d’Orange nous a rendus par ci-devant au traité au traité de paix fait naguères … il en est digne de rémunération .. »

    Équilibriste très doué dans les affaires diplomatiques, il est l’homme indispensable pour toutes les négociations, surtout les plus troubles. Peu scrupuleux, mais diplomate habile, grand séducteur, une sorte d’escroc gentilhomme, il négocie avec les Beaujeu et le roi, et obtient d’eux des avantages substantiels. A sa décharge : à cette époque, les alliés Anglais et les Allemands, tant attendus, n’étant toujours pas arrivés en Bretagne, il n’y a plus d’autre solution que celle-là. Peut-il faire
    autrement ? Le mariage de la princesse et de son ennemi est alors la seule chose qui puisse rétablir la paix.

    Le comte de Dunois, réfugié en Bretagne depuis le début de l’année 1487, membre du conseil de la duchesse, si l’on en croit Morice et Lobineau, outre le fait qu’il n’y a aucune autre solution que cette union avec le roi de France, et qu’il est éloigné de France et de ses biens depuis longtemps, saisit l’occasion, de faire sa paix avec lui. Il n’en profitera pas ; invité au mariage auquel il a contribué, il mourra peu de temps après en se rendant à Langeais sur la route de Nantes à Tours.

    Le chancelier Philippe de Montauban s’est rangé à l’inévitable solution, certainement pas par conviction, ni de gaieté de cœur. C’est un patriote ardent ; il déteste les Français, ayant subi toute la guerre depuis les débuts, plusieurs fois conduit des ambassades ou participé à des négociations avec les conseillers de Charles VIII, et mesuré leurs fourberies. Il sait que ce mariage va le placer en situation d’infériorité en face des hommes du roi, dont il connaît le caractère avide et rusé. Charles VIII aurait dû lui être reconnaissant de s’être rallié à ce mariage. Après le mariage de Langeais, il partage le pouvoir en Bretagne avec Orange, lieutenant général et gouverneur. Mais dès l’année 1493, le 9 décembre, le roi ayant supprimé la chancellerie de Bretagne, il est « chassé » de ses fonctions de chancelier par le roi. On lui conserve le titre inutile de « gouverneur et garde du scel ( = du sceau) de Bretagne et chef du conseil », fonctions sans commune mesure avec celles, prestigieuses, qu’il occupait auparavant, depuis le mois de septembre 1487. En 1493, ayant voulu interdire aux agents du roi d’avoir accès à la chambre des comptes à Vannes, il est apostrophé par Charles VIII dans des termes violents, particulièrement humiliants. Le roi ordonne que soient suspendus de leurs fonctions, saisis de corps emprisonnés les Bretons qui s’opposeraient à son autorité, et que soient brisées les portes des locaux où se trouvent « lesdits comptes, lettres, chartes, et remises aux commissaires » royaux désignés à cette fin.

    Moins de deux ans de « présence » française ont totalement changé la situation du pays : le gouvernement bonhomme du duc a pris fin, on se trouve devant une annexion particulièrement dure, les bretons patriotes étant exclus de tout, seuls ayant accès aux hautes fonctions ceux qui ont trahi la Bretagne, ou se sont soumis. Mais il est trop tard. Montauban ne retrouvera ses fonctions prestigieuses qu’en avril 1498, après la mort de Charles VIII. (Pocquet, pages 152 et suivantes).

    Yves Mahyeuc, confesseur de la duchesse, est associé à l’ « affaire » : confesseur d’Anne, et en réputation de sainteté, elle l’ écoute avec attention, mais lui résiste. On lui prête d’avoir ébranlé les convictions d’Anne de Bretagne, au moyen de trois arguments : le mariage par procuration avec Maximilien d’Autriche est l’équivalent d’une mariage par paroles de futur, non un vrai mariage ; n’ayant pas été consommée, cette union n’est pas parfaite, et pourra être annulée par le pape, car il existe des antécédents de telles annulations ; de plus, les règles morales édictées pour les populations doivent céder, pour les souverains, lorsque des impératifs supérieurs le commandent.

    Anne restera fidèle à son confesseur toute sa vie. Il deviendra aussi le confesseur du roi Charles VIII, puis du roi Louis XII. Contre son gré d’homme pieux et modeste, elle le nomme évêque de Rennes en 1507. Après la fameuse séance du 4 août 1532, c’est lui qui couronne à Rennes le dauphin Charles de France, fils de la duchesse Claude et de François Ier, lorsque celui-ci devient duc de Bretagne. Sûrement est-il convaincu, lui aussi, que ce prince va conserver la Bretagne dans ses droits immémoriaux. Il meurt après la duchesse, en 1541. Homme très pieux, modeste, adonné aux œuvres de charité, vivant dans la plus grande simplicité, il a été l’évêque des pauvres et des démunis. Son influence sur Anne de Bretagne a été profonde. D’avoir vécu à côté d’un saint, on comprend encore mieux la personnalité d’Anne de Bretagne, dont beaucoup pensent qu’elle fut une sainte elle-même.

    Yves Mahyeuc nait à Plouvorn dans le Léon. Pierre Guibé, neveu du trésorier Landais est évêque de Rennes de 1482 à 1502. Lui succède Michel Guibé de 1502 à 1507. Yves Mahyeuc lui succède, à l’initiative de la duchesse. Il n’aspire en aucun cas aux honneurs ni à la richesses. Il s’adonne aux œuvres de charité et de bienfaisance. Sa vie est double : en sa qualité de conseiller, son activité politique et réformatrice est importante. Mais il mène une vie simple, et se retire souvent dans une minuscule cellule du manoir épiscopal de Bruz, et dans une autre, dans un monastère à Rennes ; il meurt en 1541, laissant une réputation de saint. Un procès en canonisation est mis en œuvre, mais est interrompu par la révolution. Le dossier de canonisation a été retrouvé.

    Rieux, maréchal de Bretagne, qui déteste la France, finit par se ranger à l’inévitable, lui aussi. Il avait soutenu en son temps une union entre les deux fils de Rohan avec les princesses Anne et Isabeau. Puis, il avait pris le parti de du seigneur d’Albret, son proche parent. La trahison de Rohan puis du sieur d ‘Albret, ne lui laisse que ce parti, raisonnable aux yeux de tous.

    La rupture de ses engagements solennels à l’égard de Maximilien et de la famille d’Autriche est pour la duchesse davantage qu’une trahison : un crime. Cette jeune princesse a été élevée dans le respect strict de la religion et de ses principes. Elle les a conservés toute sa vie ; ils lui ont été inculqués par une éducation stricte et sans concession. Même si, jeune, elle a été témoin de la bassesse des trahisons dont son père a été victime, jamais elle n’a agi comme les gens de la cour paternelle, encore moins ceux de la cour de France, dont elle a été le témoin et la victime depuis le début de l’invasion, en mai 1487.

    Il n’est pas vrai, comme l’écrit Minois, que la religion fût chez elle superficielle, une apparence destinée à tromper : elle est une chrétienne convaincue, et pratique les vertus enseignées par la religion, d’une manière particulièrement rigoureuse.

    Ce n’était pas pour elle, pourtant si jeune, une chose anodine que de rompre ses engagements. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point : elle a opposé une résistance opiniâtre aux pressions dont elle était assaillie. « Elle ne pouvait, écrit Dom Morice, soutenir l’idée de rompre des engagements solennels consacrés par ce

    que la religion a de plus saint ; elle déclara qu’elle était résolue aux dernières extrémités plutôt que de violer les lois de l’église » (page 207).

    L’intervention des Etats est décisive. Morice écrit (page 301) : « Sans se rendre encore entièrement, (la duchesse) remit la décision de cette grande affaire à son conseil (le gouvernement) et aux Etats, ou plutôt à ce qui se trouvait alors de seigneurs renfermés dans Rennes ».

    Les Etats de Bretagne représentant la nation assemblée (sur ce point, voir Planiol, tome 3, pages 55 et suivantes), leur poids, dans la vie de l’Etat est si considérable, qu’on n’aurait pu, de toutes manières, se passer de leur avis. Leurs décisions, si dans la forme ne sont que consultatives, et si elles se bornent à « prier » le duc de suivre leurs avis, elles ont un effet obligatoire dans presque tous les cas. Planiol décrit très longuement, références à l’appui, l’importance cette instance, que La Borderie désigne sous le nom d’assemblée nationale, ce qu’elle est en effet.

    La duchesse cède. Le mariage avec le roi peut, croit-on, sauver le peu qui reste de la Bretagne et de ses institutions. Il faut donc se rendre : il n’y a plus d’autre solution.

    Anne, restée sourde à ces arguments pendant de longs mois, vaincue, se laisse enfin convaincre : elle accepte de se sacrifier. Compte tenu des siècles de lutte contre les Francs, puis les Français, les conditions dans lesquelles cette guerre injuste a couvert de ruines le pays, la manière indigne dont s’est conduite la France, les conditions dans lesquelles la duchesse est contrainte d’accepter d’épouser le roi de France, et de manquer à sa parole à l’égard de Maximilien, premier prince de la chrétienté après son père l’empereur, on ne peut imaginer que cette décision est prise de gaieté de cœur. C’est un déchirement, une défaite, pire : une humiliation pour la duchesse et la Bretagne et son pays. La « solution » à laquelle tous se sont ralliés est celle du désespoir. Elle est acceptée par la jeune souveraine, certes, mais non pas décidée librement : elle met un terme à la guerre menée par la France dans des conditions d’une grande cruauté depuis plus de quatre ans ; ce n’est en aucun cas une décision libre. Cette contrainte dans le mariage avec le roi de France n’est pas une violence physique, un rapt, comme a tenté de le faire accroire Maximilien – non sans succès, car nombre de cours d’Europe l’ont cru -, mais une contrainte morale, irrépressible, exercée pendant des mois, peut-être davantage. En quoi on peut affirmer, sans aucun doute, que ce mariage l’a pas été librement consenti, mais obtenu par des pressions auxquelles une jeune femme de quatorze ans ne pouvait se soustraire.

    Nous allons démontrer plus loin, dans le détail, en nous appuyant sur le droit canonique, qui seul régit à l’époque le droit du mariage, et sur les analyses des quelques auteurs éminents qui se sont penchés sérieusement sur cette affaire – ce qui exclut tous les négationnistes bretons actuels – combien cela est important au plan juridique : un mariage forcé par la violence, physique ou morale, est entaché

    d’un vice majeur : il est nul de nullité absolue. En d’autres termes : le prétendu mariage d’Anne de Bretagne avec le roi de France fut une imposture, une comédie.

    Contrairement à ce qu’écrivent Lepage et Nassiet, dans leur très estimable livre sur l’Union de la Bretagne et de la France (pages 101 et 102), ce n’est pas le mariage avec Maximilien qui fut un simulacre, mais celui avec Charles VIII qui fut une comédie.

    Notre démonstration va suivre. Elle a été confirmée par deux docteurs éminents en théologie, dont l’un est conseiller auprès du pape.

    Louis MELENNEC, docteur en droit, historien de la Bretagne.

    BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.

    Durtelle de Saint-Sauveur, Histoire, page 385.

    La Borderie, Histoire, tome 4, pages 378 et suivantes.

    La Selle Xavier, La confession et l’aumône : confesseurs et aumôniers des rois de

    Lepage Dominique et Nassiet, L’union de la Bretagne à la France, pages 100 et 101, Morlaix 2003.

    Lepage Dominique, Philippe de Montauban, chancelier de Bretagne (1487 – 1514), in 1491, La Bretagne terre d’Europe, colloque de Brest, sous la présidence de Jean Kerhervé, les 2 à 4 octobre 1491. Pages 473 et suivantes.

    France du XIIe au XVe siècle. Journal des savants, pages 255-286

    Le Tourneau Dominique (monseigneur), Manuel de droit canonique, Wilson et Lafleur, 2011.

    Lobineau, pages 814, 815, 816, 817, tome I.

    Morice, II, page 301.

    Planiol Marcel, tome 3, pages 149 et suivantes ; tome 5, pages 8 et suivantes.

    Pocquet du Haut-Jussé BA, Les débuts du gouvernement de Charles VIII en Bretagne, pages 152 et suivantes.

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