
Coop Breizh, Amzer Nevez, Sonerion, Ici Breizh Izel… leur déclin en cours ou à venir, voire leurs soucis structurels ne sont pas seulement économiques et ne les concerne pas uniquement : ils révèlent une fracture intime. Et si les Bretons ne savaient plus qui ils sont ?
Depuis quelques temps, une série de fermetures, de restructurations, voire de quasi-disparitions touche les grands piliers de la culture bretonne.
Il y a quelques années TV Breizh, projet ambitieux prometteur qui aurait changé la donne de beaucoup de choses, a disparu, presque mort-né. Plus actuel, Coop Breizh, fleuron de l’édition et de la musique bretonne, pilier du monde culturel breton, vient d’être placé aujourd’hui en liquidation judiciaire, un tsunami pour bon nombre d’éditeurs diffusés (dont Ar Gedour) mais aussi pour des artistes et auteurs divers, et laissant sur le carreau treize salariés. Sans oublier la boutique de la rue du Port à Lorient qui elle aussi ferme ses portes, dégât collatéral de la liquidation de Spézet, à notre grand regret.
Récemment, le Centre culturel Amzer Nevez, scène emblématique de la création bretonne contemporaine a déclaré la fin de son aventure pourtant riche. Sonerion, structure historique des bagadoù, a subi des remous en 2024 et tente de surnager. Et il y a quelques jours, Ici Breizh Izel (ex- RBO devenue France Bleu Breiz Izel) vitrine médiatique bretonne, annonce la réduction à peau de chagrin de la place de la langue bretonne dans les infos journalières, bien loin de ce que proposait RBO en son temps. Sans oublier Diwan et les filières bilingues, ferments du renouveau linguistique, qui tirent la langue. Tous vacillent et font craindre une disparition inéluctable. Ce déclin soulève une question plus profonde que celle des budgets ou de la rentabilité : la Bretagne traverse-t-elle une crise d’identité si forte qu’elle en oublie sa culture ?
La disparition des piliers culturels : symptôme ou conséquence ?
Ces institutions n’étaient pas de simples structures : elles portaient un imaginaire, une mémoire, et même une ambition qui a su motiver nombre de militants. Coop Breizh, créée en 1957, n’était pas une maison d’édition comme les autres : elle diffusait une culture vivante, enracinée et tournée vers l’avenir. Sonerion fait vivre une tradition musicale unique en Europe. Ici Breizh Izel, héritière de Radio Bretagne Ouest, assurait une visibilité quotidienne à la Bretagne de manière bilingue, une réalité enracinée dans le concret, mais le centralisme parisien tente de faire tarir l’enracinement breton en limitant la place de la langue bretonne. Un peu comme la PQR qui parle de moins en moins de la réalité locale, s’étonnant ensuite de la désaffection des lecteurs.
Leur affaiblissement n’est pas seulement dû à la raréfaction des financements publics ou à la pression du numérique : c’est sans doute à la fois la désaffection progressive d’un public qui, de moins en moins, reconnaît ces symboles comme essentiels à sa propre identité. C’est aussi la non-capacité de ces structures à se réinventer dans un monde en pleine mutation. Et c’est sans doute aussi la désaffection progressive d’une élite qui pense plus global abstrait qu’ancrage dans le réel, n’arrivant pas à sauver les bijoux de familles.
Une crise d’identité rampante
Longtemps, les Bretons ont su conjuguer tradition et modernité, enracinement et ouverture, audace et ambition. Il y avait une volonté de s’affirmer comme breton dans le chant des peuples, en s’exonérant d’une honte bue jusqu’à la lie. Mais depuis plusieurs décennies, l’identité bretonne semble tiraillée entre deux extrêmes : d’un côté, une culture vidée de sens poussant au folklorisme, de l’autre, une normalisation républicaine qui dilue toute spécificité régionale.
Le fait breton ne se transmet plus naturellement. La langue bretonne, malgré les efforts des écoles immersives et bilingues, reste marginale. La culture bretonne, autrefois un ferment de résistance et d’affirmation, est perçue aujourd’hui comme un héritage nostalgique ou un simple produit touristique breizhwashé. Or… hep brezhoneg, Breizh ebet !
Malgré un magnifique vernis fait de costumes et de cornemuses, de festoù-noz et de concerts, ce vide identitaire bien réel empêche toute projection collective. Quand on ne sait plus qui l’on est, on ne sait plus ce que l’on veut devenir.
Une vision d’avenir à reconstruire
Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la matière : les talents, les artistes, les idées existent. Ce qui manque, c’est une boussole. Une conscience partagée que la culture bretonne n’est pas un supplément d’âme mais un socle politique, économique, et tout simplement humain.
Tant que les Bretons ne se réapproprieront pas leur propre récit, tant qu’ils ne revendiqueront pas une identité forte, assumée, inclusive mais claire, leurs institutions continueront de disparaître dans l’indifférence. Il ne suffit pas de commémorer, il faut construire. Penser l’avenir en breton, pas seulement le traduire.
— « Que faisiez-vous donc, provinces,
Quand l’on forgeait grande France ? »
— « Nous dansions, si ça vous choque,
Sur nos ports, nos landes et nos rocs ! »
— « Ah, vous dansiez ? C’est bien plaisant.
Eh bien ! pleurez maintenant. »
Extrait de l’Armorique & la Marâtre – TaG 2025
La crise actuelle de la culture bretonne n’est pas simplement celle d’un manque de moyens, mais celle d’un manque de sens. Si on trouve du sens, on trouve les moyens. Le déclin de Coop Breizh et des autres structures culturelles se révèle comme le miroir d’un peuple qui doute de lui-même, celui qui danse encore et va prier son suzerain de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu’à la saison nouvelle.. Or dans un monde désincarné, déraciné, ultra-connecté mais sans mémoire, la Bretagne pourrait incarner une vision prophétique et un lien rare : celui entre l’homme, la terre et le sacré.
Relever la tête, c’est d’abord se reconnaître. La survie de la culture bretonne passera par une redéfinition de l’identité bretonne — non figée, mais affirmée. Aujourd’hui, la Bretagne vit à l’horizontale : gestion des crises, survie culturelle, combats isolés, batailles idéologiques. Mais sans axe vertical intérieur, sans transcendance, sans rêve fondateur, elle s’épuise. Il lui faut un récit mythique mais incarné qui dise non pas « Regardez ce que nous avons été » mais « voici ce que nous devons devenir ». Sans cela, c’est tout un monde – notre monde – qui continuera de s’effacer. Et alors, quand le cercueil du dernier bretonnant franchira la porte du cimetière, il ne restera plus personne pour le pleurer…
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Tout n’est pas fini, car tout bouge partout, y compris chez nos adversaires qui se sont comportés presque toujours comme des ennemis, et parfois les pires. Le monde entier bouge. Il faut construire différemment. Ce qui a existé n’existera plus. Il faut sûrement placer des gestionnaires dans les structures clé. Ils ne diront pas toujours des choses agréables, mais tout ce que nous aurons construit tiendra mieux. Que les culturels laissent les gestionnaires gérer ! Il faut écouter les critiques: quand quelqu’un de bien intentionné critique, ce n’est pas pour détruire, c’est pour construire ! Diwan est exemplaire en cela, pour avoir créé « Roc’h Diwan », un fonds de dotation, qui lui permet de progresser malgré une crise généralisée. A suivre et à imiter. Eviter la division; union partout. S’il faut se taire pour faire avancer une cause, et bien il faut se taire et travailler ! Le travail, l’abnégation et l’oubli de soi feront avancer tout ce que nous allons bâtir, et que nous avons déjà commencé à bâtir.
Le mouvement breton est devenu un canard sans tête et sans réel projet breton. A quoi cela peut-il bien servir d’aller chercher à imposer le breton aux gallos (en leur mentant la plupart du temps, j’en ai été témoin) alors qu’ils ont leur langue, aussi bretonne que la nôtre. Le breton n’est plus cette expression de la culture d’une Bretagne rurale et catholique mais la marque de quelques bobos urbains nantais ou rennais bien marqués à l’extrême-gauche. Le mouvement breton est né sur la volonté de redonner une dignité à la culture bretonne pas pour défiler avec des drapeaux palestiniens à chaque manifestation pour la réunification et d’aller inventer un « brezhoneg fougères » en méprisant la culture gallèse des locaux.
Et que dire de ces artistes bretons qui nous saoûlent avec leurs revendications féministes et pro-migrants ? Il n’y a plus de profondeur dans la culture bretonne d’aujourd’hui, il n’y a plus qu’un décalque gwenn-ha-du du jacobinisme parisien mélangé de gauchisme mondial. J’étais un fidèle client de Coop Breizh, il y a longtemps que je n’achetait plus leurs produits world music
J’ai eu affaire à Coop Bzh, laors je me permets ces réflexions …Aussi se poser la question des choix éditoriaux (et des refus…), des problèmes de distribution récurrents en comparant par exemple avec la si belle réussite de Mourad Boudjellal le Toulousain qui créa les éditions BD Soleil à partir de rien, avec entre autre la collection à succès Soleil Celtic basée sur …la Bretagne. Ou la belle réussite en solitaire des éditions du Palémon de Jean Failler. Il y a /avait un potentiel de 4 millions de Bretons.
La plupart des habitants de Bretagne sont « favorables au Breton ». Mais cela ne veut pas dire qu’ils veulent s’engager. Quand un grand chef d’entreprise breton s’extasie sur un rassemblement de plusieurs milliers de schtroumpfs alors qu’il pourrait faire partie ou être l’initiateur d’un fer de lance pour développer la culture et la langue bretonne, c’est révélateur de l’état général de la Bretagne.
« quand le cercueil du dernier bretonnant franchira la porte du cimetière, qui sera là Bretagne pour te sauver? »
Sans le Breton, la Bretagne n’existe plus de même que sans le Français, la France n’existe plus. Aucune autre langue que le Breton ne peut faire vivre l’âme de la Bretagne: elle en est l’essence même. Traduisez le Bro Gozh dans une autre langue que le Breton et voyez le résultat….