Saints bretons à découvrir

« Catholiques de tous les partis, engagez-vous ! »

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Tandis que Rod Dreyer se pose la question de savoir « comment être chrétien dans un pays qui ne l’est plus ? » (Artège, 2017) et que Patrice de Plunkett nous invective en ces termes : « cathos, ne devenons pas une secte », (Salvator 2018), « engagez-vous ! » qu’elle nous commande, la Clo… Rengagez-vous !

Son petit manuel du chrétien engagé – que tout chrétien digne de ce nom se doit de se procurer sans tarder, se termine opportunément par le rappel suivant : « les prochaines élections municipales auront lieu en 2026, S’y présenter demande un long travail de préparation qui commence dès aujourd’hui, il n’y a donc pas de temps à perdre ! » (page 146)

Alors, action ! nous invite Clotilde Brossolet à la suite de Maurice Blondel (1861-1949), le théoricien de la chose depuis 1893 avec son « essai d’une critique de la vie et d’une science de la pratique » (PUF 1950) pour qui le savoir n’est jamais suffisant à nous mouvoir : « en tout acte, il y a un acte de foi » qui seul est de nature à nous saisir « tout entiers » (page IX de l’introduction)

La première étape consiste donc à se procurer le livre de Clotilde Brossolet et la seconde à le lire de bout en bout…

Bien d’accord avec Patrice de Plunkett, « le catholicisme n’est pas un parti ». C’est donc aux catholiques « de tous les partis » que, précise le titre, s’adresse le manuel que nous a concocté le coach en politique qu’est Clotilde Brossolet.

Elle commence par dresser un tableau de la situation, la timidité maladive du chrétien en politique, partagé entre le « tout à droite », « la survivance du catholicisme de gauche » et l’échec français de la démocratie chrétienne, qui lui fait dire que si les catholiques aiment la politique, « peut-être est-ce la politique qui n’aime pas les catholiques ? »

Et pourtant, la politique, n’est-ce pas là la « forme la plus haute de la charité » (page 45) comme le répètent à satiété, à la suite de Saint Augustin et de Saint Thomas d’Aquin, les papes, depuis Pie XI s’adressant le 18 décembre 1927 aux représentants de la Fédération universitaire Italienne, jusqu’au pape François, le 20 mai 2021 aux jeunes de Scholas Occurentes ? La charité, vertu théologale, s’il en est, avec l’espérance et la foi. Tout comme peut l’être l’exercice de la justice, vertu cardinale, comme la force, la prudence et la tempérance.

L’Amen (le Christ) n’indique-t-il pas à l’ange de l’Eglise de Laodicée : « tu n’es ni froid ni chaud – que n’es-tu l’un ou l’autre ! – Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. » (Apo, 3, 15 & 16)

Pour nous engager à nous engager, notre auteur n’invoque pas l’Apocalypse, mais la parabole du bon Samaritain, chez Luc (10, 29-37), tout en situant en Samarie le lieu du drame qui s’est, en réalité, déroulé sur la route « descendant de Jérusalem à Jéricho » (30a),  non pas en pays étranger et honni, comme pourrait l’être Daech aujourd’hui, mais en pleine Judée, territoire d’Israël, chez nous, quoi ! Elle nous fait finement observer que « sans brigands, pas de bon samaritain » (page 51)

Face au monde qui est le nôtre, le pape François nous rappelle dans son encyclique « fratelli tutti » du 3 octobre 2020, tout en reconnaissant que « nous avons tous quelque chose d’un homme blessé, quelque chose d’un brigand, quelque chose de ceux qui passent outre et quelque chose du bon Samaritain » (n° 69, in fine) que « la seule issue, c’est d’être comme le bon Samaritain. Toute autre option conduit soit aux côtés des brigands, soit aux côtés de ceux qui passent outre sans compatir avec la souffrance du blessé gisant sur le chemin. » (n° 67)

La constitution pastorale « Gaudium et spes » du concile Vatican II est bizarrement attribuée au pape Paul VI qui l’a promulguée le 7 décembre 1965 (note 15, page 44), tout comme la constitution dogmatique « Lumen gentium » du 21 novembre 1964 (note 27, page 61) et le décret sur l’apostolat des laïcs « Apostolicam actuositatem » du 18 novembre 1965 (note 19, page 50). Il faut attendre les notes 47, page 82, 55 page 95 et 64, page 104 pour que soit rétablie la situation et « Gaudium et spes » restitué à son véritable auteur que sont les pères conciliaires de Vatican II ! Faut-il, pour autant, en déduire quoi que ce soit sur les affinités de notre agent recruteur avec le siège apostolique et le dernier concile œcuménique ? je vous en laisse seuls juges !…

« Bien commun » versus « intérêt général ».

La notion de « bien commun » est issue de la doctrine sociale de l’Eglise qui puise son origine chez les Pères de l’Eglise et Saint Thomas d’Aquin, actualisée par l’encyclique « Rerum novarum » du pape Léon XIII le 15 mai 1891, tandis que celle, plus juridique, « d’intérêt général » permet seule, quand elle est avérée, – et c’est au juge administratif de l’apprécier -, de justifier les prérogatives exorbitantes du droit privé dont bénéficie la personne publique, collectivité ou institution, permettant notamment la mise en œuvre, en sa faveur, de la procédure d’expropriation, moyennant une « juste et préalable indemnité » (art. 545 du Code civil et art. L. 13-13 du Code de l’expropriation), fixée par le juge judiciaire.

Il y a dans le domaine politique nous précise Clotilde Brossolet à cet égard, une dimension eschatologique qui confère à la recherche du bien commun « une anthropologie bien plus large que l’intérêt général immédiat » (page118).

« Non possumus !… » Facile à dire, mais cela a coûté sa tête à Thomas More ! (Catherine Bertrand-Gannerie, « Saint Thomas More, la liberté ou l’échafaud », collection « les sentinelles » n° 44, Pierre Tequi éditeur, 2015). C’est rappeler la primauté de la conscience, celle-la même qui faisaient démissionner des militaires et magistrats chrétiens confrontés aux dilemmes posés par l’expulsion des congrégations puis à l’inventaire des biens du clergé au moment des lois sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, fondement de la laïcité « à la française »

Notre mentor nous rappelle ainsi le principe de base de toute morale, y compris en politique : la fin ne justifie JAMAIS les moyens…

Quoi qu’il en soit, le petit « vade mecum » du baptisé, « prêtre, prophète et roi », concocté par Clotilde Brossolet vient, à point nommé, nous rappeler une part non négligeable de notre devoir élémentaire de chrétien, tant à l’égard de Dieu que de nos semblables.

 Et puis, comme l’a dit le pape François le 30 avril 2015 en répondant aux questions de la Communauté de vie chrétienne (CVX) d’Italie et à la Ligue missionnaire des étudiants d’Italie, « on peut devenir saint en faisant de la politique. »

Qu’on se le dise !

Clotilde Brossolet, « catholiques de tous les partis, engagez-vous ! », Mame, mai 2021, 153 pages, 14,90 €

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À propos du rédacteur Yves Daniel

Avocat honoraire, il propose des billets allant du culturel au théologique. Le style envolé et sincère d'Yves Daniel donne une dynamique à ses écrits, de Saint Yves au Tro Breiz, en passant par des chroniques ponctuelles.

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2 Commentaires

  1. Si tu persistes à écrire mon nom avec un seul L alors que tu l’as sous le nez, en plus, j’te cause plus

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