Saints bretons à découvrir

[CHRONIQUE] MESSES BRETONNES ET MESSES EN BRETON…(2/2)

… DE LEURS ORIGINES, DE LEURS DIFFERENCES, ET DE LEUR AVENIR DANS LA LITURGIE

Suite de notre chronique dont la première partie se trouve ici

SALUD DEOC’H ILIZ MA FARROUZ  – Salut  à vous, église de ma paroisse (6)

 

an droellen.jpgSi une certaine Eglise, un certain clergé, et des chrétiens déconnectés de toute culture bretonne entendaient se démarquer de notre riche patrimoine religieux et profane, contre toute attente, d’autres continuaient à tenter de sauver ce qui méritait et devait l’être. Dans ces années soixante, le patrimoine architectural breton, et cela valait pour la plupart des régions de France, était largement appelé à finir en ruines. Chapelles, manoirs, châteaux, fermes de caractères, puits, calvaires, fontaines, fours à pains et bien d’autres trésors du savoir-faire de nos ancêtres n’intéressaient plus que les revendeurs de vieilles pierres.

Cependant, grâce aux campagnes de sauvegarde de Pierre de Lagarde «Chefs d’œuvres en périls», de l’association «Vieilles Demeures de France», une prise de conscience nationale va s’éveiller(7). La Bretagne n’est pas en reste. Dès les années 19O5, puis les années 1930 surtout, l’abbé Perrot va se faire restaurateur de bien des chapelles des paroisses dont-il aura la charge. En 1942, dans le cadre du Bleun-Brug, avec Pierre Dezarrois, Conservateur des Musées parisiens, l’architecte James Bouillé fondateur de l’Atelier d’art Chrétien « An Droellen » (8), Herry Caouissin son secrétaire, l’abbé Perrot fonde «l’Association de Sauvegarde des Chapelles Bretonnes». La guerre ne permet pas de concrétiser le projet.

En 1952, Gérard Verdeau le reprend, il fonde l’Association «Breiz Santel». On lui devra la mise en chantier de restaurations de centaines de chapelles, et elle fera école. A la même époque, le quotidien «Le Télégramme» publie régulièrement les articles très bien documentés sur le patrimoine des chapelles et manoirs bretons en danger, « Vieilles Pierres et Paysages » de Keranforest, pseudonyme d’un jeune, aujourd’hui prêtre, et qui sera aussi l’un des artisans de la renaissance du Tro-Breizh. Dans beaucoup de communes détentrices d’un riche patrimoine religieux, des associations vont se créer dont le but et la restauration et la réhabilitation de leurs chapelles.

Croyants ou non, le problème n’étant pas à ce niveau, vont dans une authentique « cohésion sociale », qui ne doit rien aux idéologies du «bien vivre ensemble» d’aujourd’hui si à la mode, retrousser leurs manches et apporter bénévolement leur compétences mutuelles, et créer des vocations dans tous les sens du mot. Les aides publiques, non négligeables, prendront souvent le «train en marche», mais qu’importe, l’essentiel était de les avoir et d’aller de l’avant.

 

 Restaurer est une chose… et ensuite ?

Il allait de soit pour ces «Associations de Quartiers» que «leur chapelle» n’avait pas vocation à rester sans vie. Beaucoup de cesLOgocalvaire_72dpi.gif sanctuaires avaient perdu leur raison d’être, puisque toute vie religieuse les avaient déserté, que les Pardons des Saints et des Saintes à qui ils étaient dédiés n’étaient plus que des souvenirs lointains, que seuls quelques anciens avaient connus. Qu’à cela ne tienne, on allait restaurer aussi le Pardon et la fête profane qui allait avec. Quoi !?! restaurer les Pardons, ressortir les bannières, les vieux cantiques : le moins qu’on puisse dire, de tels projets qui entendaient faire revivre des expressions d’une foi populaire qu’on croyait appartenir enfin au passé, surprit et irrita un clergé progressiste, mais comblèrent de joie bien des prêtres et des fidèles, souvent parmi les plus inattendus. Les premiers virent là la promesse d’un surcroît de «travail», d’autant plus mal venu que les prêtres commençaient à se faire rares. Il y eu bien des réticences.

Un autre problème : la transmission culturelle profane et religieuse ne tenait plus en bien des paroisses qu’à quelques anciens ou à des érudits de l’extérieur. Mais ces écueils n’étaient pas insurmontables. Davantage l’était ceux qui touchaient à la liturgie, aux nouvelles façons de célébrer la messe qui par des choix parfois sectaires ne donnaient guère de place aux traditions, les excluant même, et provoquant des blocages.. D’ailleurs, aucun de ces fidèles ne songeaient à remettre en question les «nouvelles normes liturgiques». Après des années de solitude et de traversées du désert, les petites associations qui oeuvrèrent, trop souvent en ordre dispersé et en solitaire pour la sauvegarde et la reconnaissance de la langue bretonne à l’église, virent leurs efforts récompensés.. Les cantiques bretons, surtout celui du saint, de la sainte de la chapelle, retrouvèrent droit de cité. Le mouvement du retour des cantiques était lancé, et avec lui diverses traditions oubliées. Cette réintroduction fut dans les débuts timides, maladroites, parfois discutables, dès lors où les personnes de bonne volonté ne possédait pas le bagage culturel nécessaire. Et puis, dans la « nouvelle liturgie », où trouver à «caser» tel ou tel cantique ?

Da Feiz.jpgAutre problème et non des moindres : il fallait parfois apprendre, ou réapprendre ces cantiques, et de plus les traduire ; toutes les paroisses ne possédaient pas forcément un historien doublé d’un linguiste. Petit à petit, malgré les difficultés, les obstacles dû à des réticences non justifiées et à des sectarisme contraires à « l’esprit d’ouverture » tant prôné pour les autres, naquit la «Messe bretonne». Ici, nous revenons à notre premier propos. Cette messe avait vocation, loin de toute polémique quant à la liturgie, de s’intégrer dans le calendrier de la vie paroissiale. Mais cette messe restera, disions-nous, une messe d’exception, de circonstance (Pardons entre autres). Par la suite, des messes bretonnes seront instituées en complément de la messe paroissiale, toujours bilingues  ou trilingues. Un autre constat : le retour du latin et du grégorien sera parallèle à celui de la langue bretonne et des cantiques bretons. Un retour timide lui aussi, car le souci, non justifié, de ne pas apparaître «traditionalistes» provoquera, et provoque toujours de stupides et peu charitables résistances, contraires à la recherche d’une «Paix liturgique» souhaitable. Il en sera d’ailleurs de même pour le retour du sacré sous toutes ses formes. Aujourd’hui, la messe bretonne est donc une réalité, mais n’a pas encore la place légitime qui devrait être la sienne. Des occasions uniques, comme des dates anniversaires (500 ans de la Basilique d’Hennebont, pour ne citer que cet exemple ) auraient du être mise à profit pour mettre à l’honneur une messe bretonne. Des Pardons célèbres de la Bretagne ne prennent pas assez en compte l’identité religieuse bretonne, se contentant d’un ou deux cantiques alibis, et de quelques bannières. Trop souvent le «souffle de l’âme chrétienne bretonne» est absent, seules des apparences faisant encore illusion.

“On ne remplira à nouveau les églises qu’avec de la beauté au service de la foi.” 

Nous soulevons un autre problème parallèle : trop de « messes bretonnes » ne sont que les « copié – collé » des messes en français : même « culte du micro », même absence de sacré, et de beauté, même «improvisations liturgiques», même ennui qui s’en dégage. Seuls les cantiques bretons, et le grégorien quand il y en a sauve la «qualité de la messe». Une remarque s’impose : cantiques bretons et grégoriens l’emportent de loin sur les chants en français, même chez des gens qui ne les connaissent pas, mais en cette occasion les découvrent. Il existe bien des témoignages de personnes qui ont retrouvées le chemin de l’église, la foi uniquement en entendant la beauté des cantiques bretons et du grégorien. L’écrivain Paul Claudel s’était converti, en entendant dans Notre-Dame de Paris, où il était entré par hasard, un chœur d’enfants chanter le « Magnificat », ; il voulu savoir ce que c’était ce chant…magnifique. Plus tard, il nous donna son chef-d’œuvre, “l’Annonce faite à Marie”. Il nous plait de penser que le retour des cantiques bretons, tout comme du grégorien, du sacré et de tout ce qui élève l’esprit et l’âme dans la liturgie sont autant « d’outils » pour l’Evangélisation. On ne remplira à nouveau les églises qu’avec de la beauté au service de la foi, c’est à dire de Dieu lui-même, et sur ce « créneau », la langue bretonne a son rôle à jouer.

 

Le cardinal Louis Antoine Tagle, archevêque de Manille a condamné un certain nombre de pratiques liturgiques abusives et peu priantes qui ont trop souvent cours dans le monde catholique moderne. Il a rappelé, « qu’il convient que le langage employé dans une église soit un langage liturgique, et non des expressions familières de la rue… ».

Dans son malheur de ne plus être la langue usuelle des Bretons d’aujourd’hui, la langue bretonne se retrouve, en quelque sorte, dans le statut de « langue liturgique, de langue sacrée », un atout sur lequel les Bretons pourraient intelligemment rebondir, évitant ainsi le piège « d’enfermement » dans la querelle linguistique et la victimisation revendicative qui à la longue lasse. Quant à l’Eglise, ouvrant enfin les yeux, elle devrait prendre toute la mesure de cette voie, et de chance pour elle, pour la nouvelle Evangélisation. Quand les Orthodoxes désignent la messe comme la « Divine Liturgie », il y a une évidence : pour être « divine » et s’adresser au « Divin », c’est à dire à Dieu, cette liturgie ne peut qu’être intensément belle. Or, le cantique breton à pour lui de participer à cette beauté. Une question : l’avenir de notre langue ne passerait-il pas par son retour à l’église… dans le sacré ?….

 

DE LA MESSE EN BRETON

 

Différent est le cas de la messe entièrement en langue bretonne. La logique voudrait que ce soit elle qui bénéficie de la « place d’honneur ». Oui mais, ce serait pour l’instant, malgré les raisons légitimes, faire preuve d’irréalisme. Prenant acte que nous ne sommes plus depuis longtemps dans une société bretonne dans son quotidien, ce « type » de messe est condamnée, sauf exception (et à ce jour), à la marginalité. Elle sera parfois la messe d’une grande occasion, par exemple la messe du Festival Interceltique, ou encore le fruit d’une concession lors d’un Pardon, ou encore d’un droit de cité mensuel au sein d’une paroisse. Il est incontestable que la messe en breton du Festival de Lorient attire une foule avide d’entendre des cantiques bretons, mais l’exception n’est pas la règle. Dans certains « Grands Pardons », la messe en langue bretonne est reléguée dans les « coulisses », à savoir une chapelle latérale ou extérieur, la veille du Pardon ou tôt le matin, car elle n’est pas « la messe du Pardon », mais le fruit d’une faveur. C’est déjà mieux que rien, penserez-vous ! Certes, mais cette «faveur» pas toujours exempte d’une certaine condescendance à l’endroit de prétendus «nostalgiques», perdure la marginalisation de cette messe. Elle apparaît comme étant la messe d’un «clan», voir «d’initiés», et cela est dommageable.

On se souviendra, que lors de la venue du Pape Jean-Paul II à Sainte Anne-d’Auray en 1996, il s’en fallut de peu que toute référenceYbarron.jpg à l’identité bretonne, au moins par les cantiques, soit occultée. Le clergé et les responsables de la liturgie et de l’organisation avaient quasiment ignoré cette dimension bretonne, optant pour une messe entièrement en français : « L’épiscopat se refusait à reconnaître le caractère inéluctablement breton de cette rencontre entre l’évêque de Rome et le peuple breton, lui préférant une option « Grand- Ouest », plus politiquement et religieusement correct ». C’est grâce à des laïques soucieux de montrer au Souverain Pontife une image …bretonne de la Bretagne dans l’Eglise, que par leurs protestations et combats, la cérémonie échappa de justesse à une négation totale de l’identité bretonne. (9).Or les protestataires ne réclamaient nullement une messe entièrement en breton, ce qui aurait été irréaliste, mais une messe qui prenait en compte des prières, des cantiques bretons, ce qui en Bretagne aurait dû aller de soit… .

 

Autre problème : le clergé n’est pas sans se rendre compte quand il célèbre une messe en breton, que la majorité de l’assemblée ne comprend pas la langue, d’où un décalage avec la réalité, et une impression pénible «d’artificiel». Certes, ces personnes sont là par amour de la langue bretonne et des cantiques bretons, mais ne sont-ils là que pour cette seule raison ? Evidemment non. C’est alors que la messe uniquement en breton apparaît aussi comme une messe où la revendication linguistique prend le pas sur la raison même de la messe. Parfois, peu importe ce qu’il se dit, se chante en cette occasion, l’essentiel est que ce soit en breton. Bien des «programmes» sont, sur cette question, édifiants. Cette messe d’ailleurs connaît les mêmes dérives liturgiques que la «messe bretonne» bilingue ou trilingue, ou que les messes tout en français prises en flagrant délit de fantaisies liturgiques, aussi bien dans le rituel que dans les textes proposés (notamment le Credo, le Gloria, voir le Sanctus ). Il ne suffit pas «d’aligner» un répertoire de cantiques en breton pour faire une belle messe, et de surcroît priante et théologiquement conforme à l’enseignement de l’Eglise. Une autre remarque : on se demande ce que vient faire dans certaines de ces messes l’hymne national breton, le Bro-Gozh, qui ajoute à l’aspect revendicatif de la cérémonie, voir une certaine politisation identitaire dans laquelle des fidèles, bien qu’aimant les cantiques bretons, ne se reconnaissent pas forcément. On imagine mal des messes en français se terminant par la Marseillaise, d’autant que les paroles de cet hymne national sont en contradiction totale avec l’amour du prochain prôné par le Christ. Nous trouverions cela ridicule et déplacé. C’est aux Bretons de s’employer à effacer cette image de messe de «clan», mais aussi au clergé et aux équipes liturgiques qui ont créé cette situation de marginalisation d’où émane un esprit revendicatif compréhensible..

 

DE LA SEULE MESSE DU CHRIST

  

Messe bretonne, en breton, messe française ou en français, en latin, en tout autres langues, sans compter les messes d’enfants, d’adolescents, d’adultes, des familles, du troisième âge, des handicapés, etc, à chacun « sa messe ». Très bien, à ceci près que l’on oublie que la messe est avant tout celle du Christ. Autrefois, c’était bien la seule dont il était question, la messe n’étant pas affaire de générations et de «classes sociales». C’est précisément une des dérives de la réforme liturgique libéralisant les langues vernaculaires d’avoir multiplié les «types de messes» au gré des modes et des sensibilités, contribuant ainsi à évacuer l’essentiel, le « Mystère de la Rédemption jusqu’au Sacrifice de la Croix et du Mystère de la Résurrection ».

Jadis, lorsqu’on allait en famille à la messe, l’enfant pouvait voir prier et chanter ses parents, ses grands –parents, et le faire avec eux : c’était pour lui la meilleure catéchèse.et l’édifiait.

Force est de reconnaître que l’abus des langues vernaculaires dans la liturgie a créé des «chapelles», là où le latin maintenait une unité dans la diversité des cultures religieuses, sans parler de la «guerre» des deux rites, l’Extraordinaire et  l’Ordinaire. Nos parents et grands-parents allaient, soit à la «messe basse», soit à la «Grand-Messe», et c’était tout…

 

Alors, quelle solution pour les messes en breton et les messes bretonnes ? La solution est simple, prendre définitivement en compte la place de toute la culture religieuse bretonne, lui rendre en tenant compte des réalités pastorales de notre temps sa place légitime dans la vie paroissiale. Cela demande que les équipes liturgiques reçoivent la formation nécessaire ; mais aussi les prêtres, dès le séminaire. Une solution qui exige aussi la fin de la marginalisation de ces messes. Dans certaines paroisses, encore trop rares, la messe dominicale trilingue ( français, latin, breton ), indépendamment du choix du rite, a donné satisfaction à toutes les sensibilités, chacun se sentant rejoint. Cette messe est la «formule idéale» pour une «paix liturgique» et pour faire découvrir Dieu a bien d’autres personnes. De plus, rien n’interdit que continue, en diverses circonstances, les messes tout en breton ; bien au contraire, car elles sont le moyen de montrer la richesse de notre patrimoine spirituel. Notre langue, nos cantiques peuvent contribuer efficacement au retour du beau, du sacré dans nos liturgies, que celles-ci soit le rite « Ordinaire » ou le rite « Extraordinaire », car nos cantiques bretons, à l’instar du chant grégorien, ne souffrent pas la médiocrité, les fantaisies, les bricolages qui font office de «liturgie» Mais il serait aussi souhaitable que les messes en breton ou bretonnes cessent d’êtres les «otages» des querelles linguistiques, et des orthographes, querelles qui stérilisent toutes avancées et décrédibilise ce combat.

 

Tout ceci étant exposé, il convient de bien comprendre que l’Eglise en Bretagne, en France, en Europe et de part le monde est confrontée aujourd’hui à d’immenses défis de tout ordre, et ils sont connus de tous. Il est donc certain que ses priorités ne sont pas dans les combats linguistiques, musicaux , de défenses de certaines traditions, bref ! de la prendre pour un « Conservatoire de…. » , et pourtant… ( voir plus haut ).

 

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NOTES :

 

6 ) « Salud deoc’h Iliz ma Farrouz » ( Salut a vous église de ma paroisse ). Très beau cantique qui exalte l’amour du chrétien pour son église, témoin des grands moments de sa vie.

 

7 ) « La Mémoire des Pierres », de Pierre de Lagarde, éditions Albin Michel, ( 1979 ). Lire aussi du même auteur, « Chefs-d’œuvre en péril », éditions Julliard ( 1964 ).

 

8 ) « An Droellen », atelier d’Art Chrétien des années 1935 à 1945, voir sur ce sujet notre article

 

9 ) Lire sur la question le très documenté livre de Yannig Baron, « Le message de Jean-Paul II aux Bretons », éditions Coop-Breizh (2005)..

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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5 Commentaires

  1. Très intéressant. Trugarez !

  2. Belles réflexions, bonnes analyses.
    Bennozh Doue deoc’h.

  3. merci Youenn,pour cette longue analyse. A ce propos l’exemple du Père Zanotti,à Marseille durant dix ans,me paraît éloquent : la beauté du Saint Sacrifice célébré avec ardeur et la force de la Parole,dans une langue belle, attire et remplit une église.

  4. Breton ou pas breton, il ne faut évacuer trop vite la grave question du rite de la messe.
    Rite “ordinaire” ou rite “extraordinaire”, on doit d’abord réfléchir à ce qu’est la messe. La langue utilisée n’a qu’un aspect secondaire, plus lié à la culture qu’au renouvellement du sacrifice divin.
    Sur cette question, on (re)lira avec intérêt l’article publié en 2006, dans la revue Imbourc’h (N° 45, page 6), sous le titre sans ambiguité :
    A-zivout Difrouezhusted Speredel an Oferenn Nevez.
    Ce numéro est téléchargeable à cette adresse :
    http://www.partage-facile.com/NZ1ID9H1JJ/kannadig_45__ebrel_2006__oferenn_nevez.pdf.html

    Quant aux chants liturgiques et en particulier au Grégorien, on visualisera
    la récente conférence du président d’Una Voce ici : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=SPMAHsgedMA

    Se rappeler que l’objet de cette association Una Voce est “la défense du chant grégorien ET de la liturgie latine” !

  5. En effet, François, d’où le dernier chapitre de cette chronique : “de la seule messe du Christ”, qui montre bien ce que vous redites ici. Et d’où l’évocation plus haut de la création (malheureusement avortée) d’un UNA VOCE breton, précisément dans le sens que vous soulignez… mais sous l’aspect breton. Notons au passage que le breton et le grégorien ne sont pas antinomiques, comme vous le savez bien. D’ailleurs, des travaux existent sur le mariage des deux types musicaux dans la liturgie.

    Cependant, deux points :

    1- Vous dites que la langue utilisée n’a qu’un aspect secondaire. Bien évidemment… mais il ne faut pas non plus considérer la dimension linguistique comme peu importante, car ce serait alors négation même des hommes et femmes à qui l’on doit s’adresser dans notre mission de chrétien. Le problème va bien au-delà de la langue, car cette langue est (ou devrait être) l’expression d’une culture propre. Or, le Christ s’est quand même “un peu” incarné dans une culture, culture dans laquelle il a vécu. Je dirai au passage que la dimension sacrificielle y est liée d’une certaine manière. Cela me fait aussi penser que l’encyclique “Ecclesia de Eucharistia” (2003) dit que “si l’Eucharistie a modelé l’Eglise et la spiritualité, elle a aussi influencé fortement la «culture»”. Mais si elle a influencé la culture, c’est que l’on a su s’adresser aux cultures. Les Pères de l’Eglise des premiers siècles, les missionnaires qui sont venus en Bretagne, etc… ont saisi cette importance. Si l’on veut toucher les gens, on ne peut non plus faire du hors-sol. D’où l’importance de l’enracinement… et donc de l’usage d’une langue du coeur.

    2 – Concernant le rite : nous sommes bien d’accord que la question du rite et de la définition exacte de ce qu’est la messe est essentielle. Trop souvent les rassemblements actuels font la part belle au ressenti en omettant (ou en laissant trop de côté) le Principal. Mais justement, à ce sujet, les formes en soi importent peu, si l’on considère pleinement la messe pour ce qu’elle est, ce qu’elle doit être. En respectant la PGMR et le Missale Romanum, ainsi que les documents liturgiques validés par la Congrégation pour le culte divin, tout coule de source, y compris les langues utilisées, sans que cela ne soit un aspect secondaire, bien au contraire.

    Je précise en citant un extrait de Vatican II :

    “- Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle ; avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur communauté ; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus Christ, jusqu’à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie, et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire. (SC. n. 8)
    – Le droit de régler l’organisation de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Eglise ; il appartient au Siège apostolique et, selon les règles du droit, à l’évêque. (…) C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. (SC. n. 22)
    – Dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature de la chose et des normes liturgiques. Même les servants, les lecteurs, les commentateurs et ceux qui font partie de la Schola cantorum s’acquittent d’un véritable ministère liturgique. C’est pourquoi ils exerceront leur fonction avec toute la piété sincère et le bon ordre qui conviennent à un si grand ministère, et que le peuple de Dieu exige d’eux à bon droit. Aussi faut-il soigneusement leur inculquer l’esprit de la liturgie, selon la mesure de chacun, et les former à tenir leur rôle de façon exacte et ordonnée. (SC. nn. 28-29)
    – L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. (SC. n. 36)
    – Les rites manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles ; (…) il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre. (n. 34)
    – On pourra donner la place qui convient à la langue du pays dans les messes célébrées avec le concours du peuple, surtout pour les lectures et la « prière commune » (…) On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent. (SC. n. 54)
    – L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique. On achèvera l’édition typique des livres de chant grégorien ; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X. Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises. (SC. nn. 116-117)”

    Nous comprenons bien ici que le latin a sa place, tout comme le breton devrait aussi avoir la sienne (cf aussi canon 928).

    Un petit coup d’oeil sur le Préambule de la “IVe Instruction de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements pour une juste application de la Constitution conciliaire sur la liturgie” est intéressante sur ce sujet :

    http://www.ar-gedour-mag.com/archive/2014/04/03/la-liturgie-romaine-et-l-inculturation.html

    Bref, nous évoquons régulièrement tous ces aspects sur AR GEDOUR, dans nos rubriques “inculturation”, “liturgie”, … Il n’est pas question d’oublier ce qu’est la messe et de mettre l’accent sur un “packaging” plus que sur le contenu, mais d’essayer de faire prendre conscience d’un tout, trop souvent ignoré (tant du côté des défenseurs de la forme ordinaire que de la forme extraordinaire).

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