Homélie du 16 février 2014 à St Yves des Bretons (Rome)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Voici l’homélie proposé à la communauté française de Rome lors de la messe qui a été célébrée ce 16 février à Saint Yves des Bretons : 

Depuis plusieurs mois, nous essayons avec sagesse, avec nos compétences, avec notre bonne volonté de bien préparer la canonisation du 27 avril. Nous avons vécu déjà de belles choses et chacun peut être remercié pour sa participation à l’œuvre qui est en train de grandir sous nos yeux. Mais cette intelligence d’organisation que nous essayons de mettre en œuvre peut devenir vide si nous ne l’habitons pas par une sagesse plus haute et plus profonde qu’est celle de la croix du Christ.

Vous connaissez peut-être les œuvres musicales de Haydn, de César Franck ou de Schûtz qui sont intitulées les sept paroles de Jésus sur la croix. Elles reprennent les derniers mots du Christ au moment de sa mort comme une sorte de testament, de sommet de Sa vie et de Son message pour résumer qui Il était vraiment et ce qu’Il a fait pour nous. Je vous rappelle ces paroles parce qu’elles peuvent nous aider dans notre mission d’accueil des pèlerins. Elles sont l’accomplissement parfait des lectures d’aujourd’hui qui nous présentait avec Ben Sirac un chemin de sagesse qui consiste à choisir entre la vie et la mort, avec saint Paul la sagesse de la croix du Christ bien supérieure aux sagesses purement humaines et avec l’Evangile le Oui parfait du Fils à Son Père qui ne laisse aucune prise en Lui au Satan.

 

« J’ai soif. » Ce sera peut-être le cri de pèlerins qui viendront nous demander à remplir leur gourde si le ciel romain nous fait le cadeau du soleil. Il nous faudra être attentif, prévenant à cette soif physique mais il faudra surtout que les oreilles de notre cœur sachent discerner le cri de soif des personnes que nous accueillerons. Puissions-nous ne pas nous transformer en Cerbère inamical pour faire respecter l’ordre dans les cohues, mais répondre par un sourire ferme, au-delà de nos colères intérieures, car la paix et la joie intérieures qui nous animeront seront les plus belles preuves que nous faisons cela au nom du Christ. « J’ai soif. » Ce sera aussi le cri de Dieu qui désire un rendez-vous personnel avec chacune des personnes qui viendra à nous, ainsi qu’avec nous-même. Ne tombons pas dans le piège de l’idéologie du service qui guette tant d’acteurs pastoraux. En accueillant les pèlerins, laissons-nous nous-mêmes être accueilli d’abord par Dieu. 

 

« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » L’énervement nous atteindra sûrement parfois devant tel ou tel comportement agaçant. Souvenons-nous de la miséricorde de Dieu sur la croix. Soyons indulgents, sans être faibles. Le Christ qui a pardonné à la femme adultère est aussi Celui qui vient de nous rappeler que dès que nous regardons avec concupiscence nous sommes déjà adultères. Il nous faut donc développer un cœur généreux pour accueillir en visant le bien de tous et de chacun, ce qui passe par le respect de règles précises qui permettent de bien vivre ensemble. La discipline que nous demandons aux autres, appliquons-la donc d’abord à nous-mêmes. Et puis, il est inévitable que dans une organisation comme la nôtre, à certains moments, des réflexions, des gestes ont pu nous blesser dans notre sensibilité ou dans notre amour-propre. Nous pouvons demander deux choses : le discernement pour reconnaître qu’il y a des offenses qui nous font grandir car elles pointent notre pire ennemi qui est l’orgueil et le désir de pardonner à celui qui nous a offensé, si possible en nous réconciliant avec lui. « lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. » 

 

 

« En vérité, Je te le dis, aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis. » C’est cela que nous fêtons : l’entrée au Paradis de deux saints papes. Que cet événement nourrisse en nous le désir de ce paradis, de la sainteté.

 

« Femme, voici ton fils. Voici ta mère. » Dans les moments qui nous paraissent difficiles tournons-nous vers celle qui nous a été donnée comme mère à la croix. Qu’elle nous apprenne que nous pouvons devenir pour chaque pèlerin un frère, une sœur, un père, une mère si nous faisons la volonté du Père.

 

 « Tout est accompli. » L’évangile d’aujourd’hui insistait sur cet accomplissement de l’Ecriture que le Christ vit par Ses paroles et plus encore par Sa vie donnée jusqu’au bout. Comme disciples de Jésus, nous désirons accomplir à notre tour ce qu’Il nous a enseigné : l’accueil sans condition qui ne juge pas les personnes, la correction fraternelle qui reconnaît qu’il y des choix et des chemins qui mènent à la mort et d’autres à la vie, la miséricorde, la prière dans l’Esprit Saint.

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as Tu abandonné ? » Ce cri de désolation où Jésus expérimente le plus profond sentiment d’abandon, de désespérance de l’humanité, certaines personnes qui viendront nous voir l’ont peut-être vécu à un certain degré. D’autres peuvent traverser une nuit de la foi, une vie chrétienne sans goût où Dieu semble absent… N’ayons pas peur de crier vers Dieu pour eux ou pour nous notre détresse en nous unissant aux mots du Christ. Il n’y a rien à y ajouter, le silence et le fait de se tenir comme Marie, debout au pied de la croix seront parfois notre seule réponse. Elle peut paraître dérisoire, mais elle est la seule qui respecte vraiment celui qui souffre et elle laisse Dieu agir Lui-même.

 

 

« Père, entre Tes mains, Je remets mon esprit. » Après avoir travaillé, tout préparé, il nous faudra lâcher les rênes. Ou plutôt, il nous faudrait dès maintenant lâcher les rênes de notre action à Jésus en Lui redisant que si nous travaillons (parfois d’arrache-pied !), c’est surtout lui qui est le maître d’œuvre. Qu’Il agisse comme Il le désire, y compris dans les impondérables et les surprises (peut-être mauvaises et de dernière minute) qui arriveront. Elles nous rappelleront ces belles paroles de saint Benoît : « Vis et agis comme si tout dépendait de toi en te souvenant que tout dépend de Dieu. »

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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