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IA : intelligence artificielle ou imagination augmentée ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Depuis quelques années, l’intelligence artificielle est devenue le sujet incontournable de notre époque. Elle suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétudes. Pour certains, elle représente une avancée comparable à l’invention de l’imprimerie ou d’Internet. Pour d’autres, elle menace la créativité, l’emploi, voire la place même de l’homme dans la société.

Pourtant, derrière ces débats passionnés se cache peut-être un malentendu. L’expression «intelligence artificielle» laisse entendre que nous aurions créé une forme d’intelligence capable de rivaliser avec la nôtre. Or ce n’est pas vraiment ce que nous observons aujourd’hui.

Jean-Michel Jarre, précurseur dans la musique électronique, propose d’ailleurs une définition qui me semble particulièrement éclairante lorsqu’il dit voir dans l’IA un outil d’ imagination augmentée plutôt que d’intelligence artificielle. Cette formule a le mérite de déplacer le regard. Elle nous invite à ne plus considérer l’IA comme une concurrente de l’esprit humain mais comme un prolongement de certaines de ses capacités.

Lorsqu’un écrivain utilise une IA pour explorer des pistes narratives, lorsqu’un architecte lui demande de générer différentes variantes d’un projet ou lorsqu’un entrepreneur s’en sert pour structurer une réflexion, la machine ne remplace pas leur créativité. Elle leur offre un espace d’exploration plus vaste. Elle accélère les associations d’idées, multiplie les possibilités et permet parfois de sortir des chemins habituels.

L’étincelle initiale, cependant, demeure humaine. C’est toujours une personne qui pose la question, qui définit l’objectif, qui reconnaît une bonne idée parmi cent médiocres et qui donne du sens au résultat obtenu. Une IA peut suggérer. Elle ne désire rien. Elle ne croit en rien. Elle ne porte aucun projet.

C’est pourquoi je suis souvent surpris lorsque j’entends que l’intelligence artificielle menace l’imagination humaine. On pourrait tout aussi bien affirmer que le pinceau menace le peintre ou que le piano menace le musicien. Les outils transforment notre manière de créer ; ils ne créent pas à notre place.

Bien sûr, cela ne signifie pas que tout danger est absent. Les risques sont réels : manipulation de l’information, production industrielle de contenus trompeurs, dépendance technologique ou concentration excessive du pouvoir entre les mains de quelques acteurs. Mais ces dérives ne sont pas propres à l’outil. Elles relèvent de l’usage que nous en faisons.

L’histoire des techniques nous enseigne une leçon constante. Une innovation n’est jamais morale ou immorale par nature. Elle devient ce que les sociétés décident d’en faire. L’imprimerie a diffusé les Lumières autant que les pamphlets. Internet a démocratisé l’accès au savoir tout en facilitant la propagation des rumeurs. L’intelligence artificielle n’échappe pas à cette réalité.

La question essentielle n’est donc pas de savoir si l’IA est bonne ou mauvaise. Elle est de savoir quelle place nous voulons lui donner. Souhaitons-nous nous en servir pour appauvrir la pensée ou pour l’enrichir ? Pour remplacer systématiquement le jugement humain ou pour lui permettre de se concentrer sur ce qu’il a de plus précieux : la créativité, l’esprit critique, l’intuition et la capacité à donner du sens ? En cela, la dernière encyclique du Pape Léon XIV Magnifica Humanitas est une belle réponse.

À mes yeux, c’est là que l’expression de Jean-Michel Jarre prend toute sa force. L’IA n’est pas une intelligence artificielle au sens où elle constituerait une nouvelle forme d’esprit autonome. Elle ressemble davantage à une imagination augmentée, à un amplificateur de possibilités offert à l’intelligence humaine.

Comme tous les outils puissants, elle peut être utilisée avec discernement ou avec irresponsabilité. Mais la responsabilité ne lui appartient pas. Elle reste entre les mains de celles et ceux qui la conçoivent, la réglementent et l’utilisent.

En définitive, l’avenir de l’intelligence artificielle dépendra moins des capacités des machines que de notre propre maturité collective. La technologie ouvre des portes. C’est à nous de choisir celles que nous franchirons.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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