Le 5 février dernier, Job an Irien a eu son dernier Kenavo dans une église Saint Houardon où les fidèles ont afflué. La famille avait souhaité que la célébration ait lieu à Landerneau, pensant à raison que la petite église de Tréflevenez serait bien petite pour accueillir tout le monde, malgré une cérémonie en pleine semaine.
Les funérailles ont été célébrées par le chancelier du diocèse de Quimper & Léon, le père Hervé Queinnec et par le père Corentin Sanson, professeur au Séminaire Saint-Yves de Rennes ayant bien connu le Père Job. Les membres du clergé s’étaient déplacés en nombre pour entourer leur frère prêtre, pour une célébration bilingue où la langue bretonne, celle que Job chérissait tant, avait la place belle, avec la participation de la talentueuse chorale Allah’s Kanañ, alternant ainsi cantiques anciens comme le Baradoz dudius, Patronez dous ar Folgoat et créations plus récentes. Et si Mgr Dognin, évêque de Quimper & Léon, n’avait pu se déplacer à regret, son message ainsi que celui de Mgr Gérard Le Stang ont été lus, messages notamment suivis d’une présentation de sa vie par la présidente de l’association Minihi Levenez Annaig Le Coz, qui a évoqué Job an Irien et le Minihi, ainsi que l’avenir de cette oeuvre dont Job souhaitait qu’elle lui survive. Un compte-rendu très complet des obsèques est disponible ici. Vous pouvez aussi retrouver des vidéos sur le site du Minihi Levenez.
L’homélie du Père Corentin Samson est disponible ci-dessous et sur le site du diocèse de Quimper & Léon via ce lien. Un prêche bilingue qui disait beaucoup de Job an Irien, d’autant que Corentin l’a très bien connu. Nous reproduisons le texte en entier ci-dessous mais laissons nos lecteurs francophones consulter la version française sur le site diocésain. Ce texte est beau et dit tout d’un fils à son père spirituel, en quelque sorte :
HOMELIE / PREZEGENN
Kalz ahanom a zo bet frommet disul o kleved e oa Job eet d’an Anaon da zeiz gouel Jezuz kinniget d’an Templ, da zeiz gouel Simeon. Simeon, an den koz e-noa klasket hag esperet Doue doug e vuez, hag a oa bet roet ar c’hras dezañ, a-benn ar fin, da zegemer an Aotrou Krist krouadur, ar mabig Jezuz, etre e zivrec’h. « Bremañ, ô Mestr, emezañ, e c’hellez lezel da zervicher da dremen e peoc’h, hervez da bromesa ; Rag gwelet o-deus va daoulagad da zilvidigez… »
Cette figure de Siméon nous dit quelque chose de Job, de sa patiente recherche de Dieu, que le chant « Klask a ran demm an Aotrou » exprime si bien : « je cherche le visage du Seigneur »… Siméon, en recevant l’enfant Jésus dans ses bras, dit de lui – de façon surprenante mais poétique – qu’il est « lumière ». Cela aussi peut évoquer Job pour nous, car nous savons que le Christ a été la lumière de sa vie, lumière qu’il a réfléchie sur nous.
Ya, Jezuz a zo bet sklêrijenn Job. Soñj am eus euz eun nozvez ma oam er Minihi, gand eur skipaill liseidi. Edom en dro d’an daol, oc’h eva « eun dra bennag tomm » evel ma lâr Job evid an tisanne (gand plant euz ar jardin hag a-wechou eur maligorn bennag ivez da heul), eur goulaouenn koar war elum… ha Job da c’houlenn ouzom : « petra eo ar pep pouezusañ evidoc’h en ho puez ? » N’am eus ket soñj eus ar pez on oa ni respontet, med eñ, er fin, a roas e respont, e desteni : « Adsao Jezuz a varo da veo a oa ar pep pouezusañ en va buez ». Sklêrijenn Pask, nerz Doue o skedi kreñfoc’h eged ar maro.
Ce Christ-lumière, ce visage aimé, désiré, ce visage du Ressuscité, je crois que Job le cherchait et le voyait aussi chez les autres. Jésus enseigne à ses disciples à le reconnaître en chacun, Job regardait chacun avec ce regard clair, accueillant, doux, pacifique. A beaucoup d’entre nous il a su apporter une lumière, un conseil, une sagesse, un trésor de vie.
Mister Doue a zo mister Doue deuet da vez tost. Ken tost ma c’helle Simeon e gemer en e zivrec’h. Oui, Au cœur de la foi de Job, il y avait cette expérience profonde : Dieu est proche. Il trouverait surement que le dire français serait assez fade et abstrait : Doue a zo tost. Gwirioc’h eo lavared evel-se. Tost eo Doue. Tostig-tost. Dieu est proche, et il nous rapproche les uns des autres. C’est ce que Job a fait au Minihi, dans les pèlerinages, par la radio… il a rapproché des tas de gens très différents, de tout genre, de tous âges. Il les a rapprochés de Dieu pour qu’ils sachent que Dieu est proche parce qu’il les aime.
A-bouez e kavan lavared eo an dra-se a oa kalon ar pez en eus Job klasket ober. Pa lavarer kenavo da unan bennag, pa zeller ouz an daolenn a zeu war wel diwar e vuhez, e ranker diwar da dreuz-kompren an den.
J’ai lu ces jours-ci que Job avait donné sa vie pour Dieu et pour la Bretagne. Je sais que Job n’aimait pas ce genre d’expressions. Je ne crois pas que Job ait donné sa vie pour des idées, pour une cause, pour un idéal. Mais pour des personnes : il a donné sa vie pour Dieu et pour les gens. Dans les trente dernières années en tout cas (les années où je l’ai connu), je peux dire que je n’ai jamais vu Job porter un drapeau. Il a porté la parole, le Saint Sacrement, il a porté des personnes, il a porté la lumière de la foi qui le portait. Ar pez a gonte evid Job eo Jezuz hag an dud. Ar menoziou n’o deus ket ezomm da veza karet ; an dud o deus ezomm da veza karet, ha da c’houzoud ez int karet gand Doue. An dra-ze ya, a zo bet stourm Job : eur stourm speredel, denel, doueel.
Que les bretonnants puissent vivre leur foi dans leur langue. Pour les autres. Voilà son combat. Job a vécu l’interdiction du breton à l’école comme une sorte d’asphyxie. Il voulait que les bretonnants puissent simplement respirer et vivre, et surtout, qu’ils puissent entendre Dieu leur parler au cœur, et lui répondre avec le cœur : donc en breton. En ano ar garantez eo e-neus Job bevet, labouret ha strivet : dre garantez evid Doue hag e-neus karantez evid an dud.
A belec’h e teue da Job an doareou-ze ? Me gav din e teue justament euz e darempred tost ouz Doue. Rag eun den a bedenn a oa anezañ. Hag adarre, an dra-ze e neus rannet gand ar re all : desket e-neus deom pedi, daoulina dirag Doue : desket e neus deom, evel ma lâr sant Lukaz diwar benn Simeon, an « doujañs evid an Aotrou Doue ». Ha desket e neus deom pedi.
Skol an douster, ar peoc’h, an esperañs, eo ar bedenn. Hag ar Mest a gelenn an douster, ar peoc’h, hag an esperañs, eo ar Spered Santel. « Ar Spered Santel a oa gant Simeon ». Er skol ze ivez eo bet Job, hag e-neus kelenet deom.
Comparer Job au vieux Simeon, c’est sans doute éclairant. Mais cela ne dit pas tout de Job. Je réalise que nous, les anciens jeunes, nous avons connu Job à un âge où l’on considère tout le monde comme déjà vieux (on avait 12 ou 13 ans, et il débarquait au collège avec ses sabots). Certains d’entre vous l’ont connu dans sa jeunesse, dans la fleur de l’âge, et pourraient évoquer d’autres aspects de son parcours. En tout cas, Dieu ressaisit tout le parcours de celui qui passe le seuil de la mort.
Nous sommes nombreux, et dans la vie de chacun de nous il y a un petit morceau ou même des bases solides que Job a contribué à poser, à fortifier. Demandons que demeure vivant en nous ce que le Seigneur nous a donné par Job ; que tout cela continue à nous nourrir, à nous faire vivre, à nous éclairer. Pour tout cela, nous rendons grâce à Dieu et que nous remercions Job.
Ya, evid kemend mad, kemend gwirionez ha kement sklerijenn, bennoz ; evid kement pehed, a berz Job pe eus or perz deom ni, pardon ha trugarez.
Goulennom digand an Aotrou Doue degemer e vugel, e servijer, e veleg, en e sklerijenn. Ha sklêrijenn or Zalver, en eus klasket Job enaoui ha maga dre e vuez, ra skedo atao ennom, ha ledanoc’h c’hoaz!
El lavaret m’eus bet dit, Job : Doue eo a oar ar pez peus degaset deom. Adarre : Bennoz Doue dit, Job. Kenavo er baradoz !
Une mise au point sur la notion d’idéal
Dans le texte, Ar Gedour est cité implicitement car nous avons effectivement écrit « aujourd’hui, alors que se déploie le crépuscule de la Chandeleur, la Bretagne est en deuil car elle vient de perdre l’un de ses pasteurs, pour qui Dieu et la Bretagne étaient deux idéaux pour lesquels il avait consacré sa vie. Sa vie a été au service de Dieu et des Bretons, sans relâche ».
Oui, il a consacré sa vie à Dieu et à la Bretagne, cette Bretagne qui ne serait rien qu’un bel espace sans tous ceux qui y vivent. C’est d’ailleurs pour son oeuvre en faveur de la langue et de la culture bretonne qu’il a reçu le Collier de l’Hermine en 2007. Il avait alors confié que « …c’est sur le cœur de bien des gens de rien que je dépose ce collier, car ce sont eux qui portent en leur sein le trésor caché de notre pays. » Ces paroles comme celles prononcées lors des obsèques de Job offrent une perspective touchante et profonde sur l’essence même de sa vocation. Le Père Corentin insiste sur un point crucial : si Job An Irien a été reconnu pour son engagement envers la langue bretonne, la culture bretonne et la foi chrétienne, il n’a jamais considéré ces causes comme des idéaux abstraits pour lesquels on donne sa vie. Plutôt que de se battre pour des idées ou des symboles, Job An Irien s’est dévoué corps et âme à des personnes concrètes, à leurs besoins spirituels et humains.
Nous souhaitons cependant, sans polémique, expliciter notre propos qui, s’il était déjà clair, semble avoir été reçu avec un biais politique. Cela permettra également d’ouvrir des perspectives de réflexion qui vont bien plus loin que la personne de Job car elle concerne chacun de nous.
De l’abstrait au concret
Dire que des gens ont des idéaux semble aujourd’hui surprendre et on se défend presque d’en avoir. Mais c’est la compréhension même du terme qui génère une vision du monde parfois manichéenne. Il existe des gens pour qui les idéaux sont des idées abstraites, d’autres qui concrétisent l’idéal pour lequel ils s’engagent et d’autres qui font de leur existence un idéal de vie.
Un idéal peut être défini comme une valeur, un principe ou un objectif vers lequel on aspire, souvent perçu comme transcendant ou supérieur à la réalité quotidienne et laissant parfois à penser à une déconnexion du réel. Cela peut être effectivement une idée abstraite (comme la justice, la beauté ou la vérité) ou bien une entité concrète (une personne, une culture, une communauté). Par exemple, l’amour lui-même peut être considéré comme un idéal abstrait – une idée – dans la mesure où il représente une perfection que nous cherchons à atteindre. Cependant, il diffère des autres idéaux abstraits par sa capacité – et sa nécessité – à se manifester dans les interactions humaines quotidiennes. Alors que nous aspirons à un amour parfait, nous rencontrons aussi ses imperfections dans la vie réelle. Il est ainsi à la fois une aspiration élevée et une expérience profondément incarnée. Contrairement à des idéaux comme la vérité ou la justice, qui restent souvent théoriques (encore que…), l’amour se manifeste constamment dans la vie quotidienne. Chaque geste de tendresse, chaque parole douce ou chaque sacrifice pour autrui témoigne de l’existence concrète de l’amour. Et pourtant, l’amour oscille constamment entre son statut d’idéal abstrait et sa manifestation concrète.
Ce que l’on nomme idéal doit donc toujours être compris dans une dimension incarnée et relationnelle, dans un rapport à l’autre essentiel, et non comme certains pensent que nous l’avons pensé, et l’exposent au grand satisfecit de ceux qui abhorrent ces mots parce qu’ils ne les comprennent pas ou leur donnent un sens dévoyé. Explications (très) détaillées :
Au-delà des drapeaux : le choix de la Parole et de l’action
L’homélie souligne avec justesse qu’on n’a jamais vu Job An Irien « porter un drapeau ». Mais cette expression évoque déjà un biais : porter un drapeau peut avoir des significations variées allant de l’identité collective à la représentation politique ou culturelle avec les risques de récupérations que l’on connait. Cependant un drapeau est bien plus qu’un simple morceau de tissu ; c’est un résumé visuel de l’histoire d’un peuple, un hommage rendu aux générations qui l’ont précédé et un appel à celles qui viennent. Il incarne à la fois les souvenirs du passé et les aspirations du futur. Dans ce sens, faire flotter un drapeau revient à rappeler cette chaîne ininterrompue de vies qui ont contribué à façonner un pays ou une communauté et dans laquelle chacun s’inscrit, témoignage vivant des générations.
Certes, on n’a jamais vu Job porter un drapeau. Cela ne signifie pas que Job était indifférent à la Bretagne ou à ses valeurs culturelles et spirituelles ; au contraire, il a largement contribué à leur promotion. Mais ce qui différencie son approche, c’est qu’il n’a jamais réduit la Bretagne à un simple étendard politique ou identitaire. Pour lui, la Bretagne n’était pas un concept ou une cause à défendre, mais un territoire peuplé de visages, de voix et de destins individuels. En portant « la Parole », « le Saint Sacrement » et « la lumière de la foi », Job An Irien a toujours mis l’accent sur les relations humaines et sur la priorité donnée aux personnes. Il n’a pas cherché à imposer des idées préconçues, mais à accompagner chacun dans son cheminement personnel. Son action pastorale, éducative et culturelle était avant tout un service rendu aux gens, qu’ils soient jeunes ou vieux, bretonnants ou non-bretonnants. Il était pleinement dans une vision incarnée de la mission : pour Job, la foi chrétienne n’était pas une simple doctrine théorique, mais une réalité vivante qui devait être transmise par l’exemple et l’écoute. De même, la langue bretonne n’était pas un instrument politique, mais un outil concret pour toucher les cœurs et les esprits. Cette approche pratique et humble explique pourquoi il est resté proche des gens tout au long de sa vie.
Une vie portée par la foi, au service des autres
Lorsque Corentin affirme que Job An Irien a « donné sa vie pour Dieu et pour les gens », il met en lumière deux aspects fondamentaux de son existence. Premièrement, la relation intime avec Dieu : Job An Irien n’a jamais séparé sa foi personnelle de son action publique. Sa vie était animée par une conviction profonde disant que Dieu agit à travers les hommes et les femmes qui choisissent de Le servir. Pour lui, porter la lumière de la foi signifiait avant tout témoigner de cette présence divine dans les gestes quotidiens, dans les rencontres et dans les moments de partage. C’est pourquoi, et c’est l’autre aspect à souligner, le service des autres était comme prolongement de la foi : la vocation de Job An Irien n’était pas uniquement spirituelle ; elle était aussi profondément humaine. Où sont l’Amour et la Charité, Dieu est. Que ce soit en créant le centre Minihi Levenez, en publiant ses nombreux textes et oeuvres, en éditant ses livres ou en accompagnant des jeunes, il a toujours cherché à répondre aux besoins réels des gens autour de lui. Il n’a pas certes pas sacrifié sa vie pour des idéaux lointains, mais pour des réalités tangibles : aider un enfant à apprendre le breton, soutenir un adolescent dans sa quête de sens, ou guider un adulte vers une plus grande compréhension de sa foi.
Une inspiration universelle
Ce témoignage nous invite à réfléchir sur ce que signifie véritablement donner sa vie pour une cause. Lorsqu’on parle de donner sa vie pour Dieu et la Bretagne, certains associent cela à des luttes religieuses, politiques, sociales ou culturelles. Chez Ar Gedour, nous savons que c’est auprès des hommes et des femmes que le Seigneur nous envoie témoigner avec nos charismes multiples, ouvriers bilingues si peu nombreux pour la moisson… ou au minimum pour semer. Mais toutes ces personnes vivent dans un territoire que nous aimons et qui s’appelle la Bretagne. Cette Bretagne n’est pas une idée abstraite à défendre, mais la terre qui nous a souvent vu naître et peut-être nous verra mourir, cette terre qu’ont façonné nos ancêtres pour les générations futures, celle qui a été ornée de nos milliers de chapelles par des bâtisseurs qui regardaient vers le ciel un Idéal avec un grand I, l’Essentiel de leur vie. Cette terre dans laquelle reposent tous nos aïeux, vivent les Bretons d’aujourd’hui et naîtront ceux de demain. Cette Bretagne est cette somme d’âmes et de visages participant depuis des siècles à la symphonie des peuples. Rien d’abstrait là-dedans.
Si comme l’avait souligné Mgr Gérard Le Stang, nous pouvions parfois être en désaccord avec lui, par sa vie, Job An Irien nous a montré une voie, celle de l’engagement silencieux et constant auprès des autres. Il n’a pas cherché à conquérir des cœurs par des discours grandiloquents, des conceptions éthéro-gazeuses ou des actions spectaculaires ; il les a gagnés par sa simplicité, sa bienveillance et sa persévérance. Sans aucun doute, dans un monde où les divisions et les polémiques semblent dominer, la vie de Job An Irien rappelle que les véritables changements ne viennent pas des slogans ou des bannières, mais des relations authentiques et fraternelles entre les êtres humains. Il nous enseigne que la foi, loin d’être une abstraction, doit se traduire par des actes concrets de compassion et de fraternité. Job aimait dire, cela a été souligné, qu’il n’avait pas donné sa vie pour des idées, mais pour des personnes. Cette modestie est également une invitation à sortir de nos certitudes et à nous concentrer sur ce qui compte vraiment : les visages, les histoires, les bonheurs et les souffrances de ceux qui nous entourent… et le Christ qui transparait derrière chaque visage.
Foi, langue et transmission
Job An Irien n’a peut-être jamais porté de drapeau, mais il a porté quelque chose de bien plus précieux : des vies humaines. Plus encore, comme l’a dit Mgr Le Stang dans un message lu lors des funérailles « par l’alliage entre sa vie de foi, sa spiritualité intense, son amour de la langue bretonne, et sa connaissance intime de la culture de notre pays, il a apporté comme aucun autre une contribution inestimable à l’évangélisation du Finistère » en touchant au coeur ceux qui voulaient vivre leur foi e brezhoneg et ceux qui, plutôt sur le parvis ou plus éloignés, ont pu découvrir Dieu par cette culture bretonne.
À travers son travail pastoral, éducatif et culturel, il a montré qu’il est possible de conjuguer amour de Dieu, amour de la culture bretonne et amour des autres sans tomber dans les pièges de l’idéalisme abstrait. Son héritage est donc double : il nous inspire à poursuivre la transmission de la langue et de la foi bretonnes, tout en nous rappelant que ces richesses ne doivent jamais être détachées des personnes qu’elles sont censées servir. Ainsi, Job reste un modèle pour tous ceux qui aspirent à vivre leur foi et leur engagement culturel non pas comme des combats, mais comme des occasions de rencontrer et d’aimer les autres. Et c’est peut-être là sa plus belle victoire : avoir fait de sa vie un pont entre les cœurs, plutôt qu’un rempart entre les idées. Pour autant, il a inspiré bien des Bretons à embrasser leur identité tout en s’ouvrant au monde, avec comme feuille de route la vie du Christ. Aujourd’hui, alors que la Bretagne continue de chercher son chemin entre tradition et modernité, la figure de Job reste un exemple. Il nous rappelle que nos racines culturelles ne doivent pas être abandonnées, mais plutôt nourries et cultivées à la lumière de l’Evangile pour qu’elles puissent porter des fruits nouveaux. En cela, il est bien plus qu’un prêtre : il est un artisan de lien, un témoin d’une Bretagne fière de son passé tout en regardant vers l’avenir.
En conclusion, cela a été dit plus haut, un idéal n’est pas un gros mot qu’on ne doit pas prononcer. Il peut être défini comme une valeur, un principe ou un objectif vers lequel on aspire, souvent perçu comme transcendant ou supérieur à la réalité quotidienne. Cela peut être, au risque de se répéter, une idée abstraite (comme la justice, la beauté ou la vérité) ou une entité concrète (une personne, une culture, une communauté). Kaou ker, lavar a ran dit : gallout a reer sellet ouzh Doue ha Breizh evel ouzh ar peurvaoù e buhez Job, evel e buhez meur a veleien. Dieu et la Bretagne peuvent être considérés comme des idéaux dans la vie de Job An Irien, ces idéaux devant être compris dans leur dimension incarnée et relationnelle, et non comme certains pourraient penser que nous l’avons pensé, en faisant un raccourci intellectuel erroné. Comprenons :
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Dieu comme idéal spirituel : Dieu représente le sommet absolu des idéaux, l’amour parfait, la bonté infinie, la source de toute vérité et de toute justice. Pour Job, consacrer sa vie à Dieu signifie avant tout chercher à vivre selon les valeurs divines telles qu’il les comprend – amour du prochain, service désintéressé, humilité et foi. Dieu incarne pour Job les valeurs supérieures auxquelles il aspire et qu’il cherche à vivre pleinement. Mais cet idéal spirituel n’est jamais détaché de la réalité humaine ; il se manifeste dans l’amour et le service des autres. Ce n’est pas seulement une croyance ou une doctrine, mais une direction existentielle et transcendante (un idéal, quoi…) qui guide tous ses choix et actions. Sa foi en Dieu lui inspire à donner de son temps, de son énergie et de son talent pour servir les autres.
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La Bretagne comme idéal culturel : l’engagement de Job pour la langue et la culture bretonnes était avant tout motivé par un amour sincère pour les gens qui partageaient cette identité. Pour Job, la Bretagne était un terrain fertile pour transmettre la foi chrétienne et pour cela, il a utilisé sans discontinuer sa langue de coeur et la culture de cette terre comme des vecteurs pour toucher les cœurs des Bretons et leur faire connaître l’Evangile. La Bretagne était donc moins un but en soi qu’un moyen d’atteindre les personnes, mais elle restait une réalité concrète. « Il nous a aidés à connaître et à aimer la langue et la culture bretonne et aussi à comprendre à quel point cette culture permettait d’enraciner notre foi dans les belles traditions chrétiennes de la Bretagne » disait Mgr Dognin dans son message. La Bretagne, dans le parcours de Job An Irien, occupe bien une place particulière. Elle n’est pas simplement un territoire géographique, mais une identité profonde marquée par sa langue, sa culture et ses traditions. « Ar feiz a zo bet soubet er brezhoneg abaoe ar penn-kentañ […] hag un dra bennak zo en hon donded liammet gant ar feiz hag ar brezhoneg » disait Job. La Bretagne constitue donc un cadre privilégié pour lui de partager sa foi et d’accompagner les gens dans leur pèlerinage terrestre. Elle n’est pas un idéal abstrait ; au contraire : elle est un idéal qui prend tout son sens à travers les individus – les gens – qui la composent et à travers cette profondeur qu’ont offert ces gens depuis des siècles, dans ce lien étroit entre foi et langue bretonne. Plus qu’un idéal culturel limitatif, on pourrait même dire la Bretagne comme idéal humaniste.
En bref, nous pouvons résumer en disant que le Père Job An Irien nous enseigne que les idéaux ne doivent jamais être séparés des personnes qu’ils sont censés servir. Un idéal qui se départit de cela est un fantasme, pas une réalité. La vie de Job montre que les plus grands idéaux ne trouvent leur véritable accomplissement que lorsqu’ils se traduisent en actes concrets d’amour envers nos semblables. C’est peut-être là la leçon la plus précieuse qu’il nous laisse, et que le Père Corentin Samson nous permet de souligner à la suite de son propos : la vraie grandeur réside non pas dans la poursuite d’idéaux lointains qui ne seraient que leurs propres objectifs, mais dans leur incarnation dans les petites choses du quotidien, dans chaque rencontre et chaque geste de compassion.
Goude an displegadenn hir-se hon eus spi e vo komprenet gant al lennerien ster hor c’homzoù.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
A propos de hauteur de vue ou d’idéal, je ne peux m‘empêcher de remarquer très concrètement que Jésus a arpenté la terre d‘Israël – son pays, dont il aimait les beautés -.
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Depuis les hauteurs arides ou semi-arides (« sur la montagne ») aux environs de 1000m (pour les monts de Judée, et plus encore si l’on prend en compte le plateau du Golan et les avant-postes de l’Hermon, dont le culmen atteint 2900m).
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Jusqu’aux points bas (environ -400m pour la mer Morte, record mondial, à proximité de laquelle se trouve la ville de Jéricho). « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ». Cela représente environ 1200 m de dénivelée à la descente.
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Quant au lac de Génésareth (Kinneret), ou mer de Galilée, il se situe à environ -220m. Remarquons-le, Capharnaüm , le point d’attache choisi par Jésus, se situe sous le niveau moyen des océans. Il en est ainsi de toute la vallée du Jourdain qui serpente sur plus de 100 kms (à l’exception naturellement du haut-Jourdain, en Haute-Galilée).
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J’ai toujours pensé que celà n’était pas anodin, que la géographie de la Terre Promise (plusieurs auteurs la qualifie de « cinquième évangile ») nous dit quelque chose de l’humilité de Dieu. Et que tout cela méritait d’être médité. Que l’on soit allé en Israël ou pas.
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Pour rapporter cela à l’échelle de notre Bretagne armoricaine, je rappelle que les Mont d’Arrée / Menez Are atteignent 387m (391m au sommet de la chapelle du Mont Saint Michel de Brasparts). Le point culminant du Morbihan, dans les Montagnes Noires / Menezioù Du, près de Gourin, est coté à 301 m sur IGN (Institut Géographique National).
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Setu evit poent ! Setu a-zivout an uhelded e-barzh ur vuhez a zen. Ha ma vefe fouetañ-bro, pe digeriñ e zaoulagad dirak braventez ar bed, un doare da bediñ, en ur mod, pe d’en em gavout tost a-walc’h ouzh an Doue, dindan selloù an Doue ?