Saints bretons à découvrir

Langue bretonne : les premiers pas d’un nouveau plan

Pour l'occasion, une cabine de traduction avait été installée dans l'hémicycle du conseil régional pour les rares non-bretonnants présents. | Ouest-France
Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Lu dans Ouest-France (15/10/2016)

On n’a jamais autant parlé breton dans l’hémicycle du conseil régional. Samedi à Rennes, quelque 150 acteurs et militants de la langue bretonne ont lancé des idées pour assurer l’avenir du breton. Et pour nourrir la politique de la Région.

Comment va le breton ?

C’est le verre à moitié vide, ou à moitié plein. À moitié vide, car le nombre de locuteurs est estimé à un peu plus de 200 000. C’est le chiffre avancé par Léna Louarn, vice-présidente du conseil régional, chargée des langues de Bretagne, en ouvrant cette journée de travail. Pas question d’en faire une querelle de chiffres, mais le Conseil culturel de Bretagne, une assemblée consultative du conseil régional, parle lui de 170 000 locuteurs. Seulement, il y a locuteur et locuteur. Ceux capables de véritables discussions en langue bretonne, et d’autres qui le parlent et le comprennent juste pour la vie quotidienne. Mais au-delà des chiffres, tout le monde est d’accord avec l’Unesco qui classe le breton dans la catégorie des langues « sérieusement en danger ». Le verre à moitié plein, c’est la barre des 17 000 élèves inscrits à la dernière rentrée scolaire dans l’une des trois filières de l’enseignement breton (Diwan, Div Yezh le public et Dihun pour le privé). Pour autant, personne n’est capable d’assurer que dans un demi-siècle, ou plus, on parlera toujours le breton. Constat d’un militant finistérien à cette journée : « On n’entend plus parler breton dans les rues de Morlaix. »

Pourquoi cette journée ?

Pour mettre des propositions sur la table, et nourrir ce que sera dans le futur la politique du conseil régional en faveur du breton. Pas question cependant pour la Région de prêter trop le flanc à la critique. En ouvrant cette journée, Léna Louarn n’a pas manqué de rappeler ce que consacre la collectivité régionale aux langues régionales : trois millions d’euros en 2003 (dernier exercice de la droite) et 7,5 millions pour 2016. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes », a-t-elle insisté. Et puis, comme le confiait un participant à cette journée, « avec les budgets dont elles disposent, les Régions en France sont obligées de mendier. »

Quelles propositions ?

Il y en a eu beaucoup, évidemment. Pas question d’aller plus loin, et de les évaluer financièrement. Il s’agissait, en quelque sorte, de jeter toutes les idées sur la table. Pêle-mêle : améliorer la qualité du breton parlé par les jeunes ; sensibiliser au breton les jeunes qui ne sont pas dans les filières bilingues ; diffuser le breton bien au-delà de l’enseignement, dans le sport, les loisirs, la vie quotidienne, et aller jusqu’aux cours de cuisine ; mieux connaître les locuteurs afin de mieux coller à leurs préoccupations ; conditionner les aides de la Région à la prise en compte de la langue bretonne ; investir avec le breton le monde numérique et les réseaux sociaux.

Que fera la Région ?

Rien dans l’immédiat. Il s’agit d’abord pour elle d’écouter tous les acteurs et militants de la langue bretonne. Cette journée a d’abord été, a souligné Loïg Chesnais-Girard, le premier vice-président de la Région, « un moment de rencontres et d’échanges. » Il s’agissait aussi de lancer un travail qui va s’inscrire dans la durée. Mais elle ne restera pas sans lendemain. Au cours de l’année prochaine, le conseil régional sera saisi de nouvelles propositions. Elles seront nourries par toutes ces réflexions. « Nous ne reprendrons pas tout ce que vous souhaitez, mais il y aura de nouvelles avancées », a promis Loïg Chesnais-Girard. Des pistes ? Une étude sociologique pour mieux connaître les bretonnants d’aujourd’hui, pousser la langue bretonne dans les nouvelles technologies (un GPS en breton ?), entendre les souhaits des jeunes justement par le biais du conseil régional des jeunes.

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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2 Commentaires

  1. Demat,

    Sur les 170.000 ou 200.000 brittophones officiels, combien sont capables d’avoir de réelles conversations sur tout et n’importe quoi avec un vocabulaire riche ? Combien utilisent le breton tous les jours dans leur vie ? Combien ont le breton comme langue première, c’est-à-dire comme langue plus utilisée ? Bref, combien sont des brittophones compétents actifs : avancer un chiffre en dessous de 10.000 ne me paraîtrait pas exagéré.

    Et d’expérience, je peux vous assurer qu’un élève quittant les filières bilingues à la fin du CM2 ne fera que baragouiner le breton et sera incapable de tenir une vraie conversation, deux ou trois ans après. Alors les 17.000 élèves en filière bilingue, sans parler de ceux qui arrêtent carrément en CP…M’est avis qu’il faut au moins avoir continué jusqu’à la troisième pour être considéré comme brittophone dans les filières à parité horaire publique ou catholique (et souvent avec un niveau bas, voire très bas, hélas) ; avancer le nombre d’élèves qui quittent les filières bilingues en troisième ou en terminale serait plus pertinent que le nombre total d’inscrits dans les filières bilingues.

    Alors, le verre n’est ni à moitié plein, ni à moitié vide. Il reste juste deux ou trois gouttes dans le fond, c’est tout.

  2. Voici une expérience à généraliser : celle de Yann-Ber Kemener , à Terrug (Telgruc). Ils organisent des après-midi bretonnants , où se retrouvent bretonnants confirmés , bretonnants plus avancés et débutants , pour des chansons , des sketchs, des jeux, dans une ambiance décontractée , où les débutants apprennent en « immersion ». Là où il y a du plaisir , les choses évoluent beaucoup plus facilement.
    Il y a une énorme demande pour créer la même chose ailleurs. Ca démarre ailleurs , il est important que ça se généralise ! …
    Faites appel à d’anciens instits Diwan ou bilingue à la retraite , plus un ou deux animateurs , et contactez les personnes intéressées,il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense!
    Surtout ne faites pas appel aux personnes gravitant autour des cercles politiques! …

    Faites cela , en attendant qu’il y ait 30 000 élèves en bilingue… Et n’attendez rien des politiques , n’attendez rien de ces journées qui n’ont jamais fait avancer les choses . Chacun de nous est responsable de la survie de la langue bretonne , puis de son renouveau !…

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