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LA MESSE EN BRETON : réponse à ProLiturgia

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

com.jpgLe site ProLiturgia a publié cet article le 12 mai dernier :  « Sur le site internet du diocèse de Saint-Brieuc, l’Evêque annonce des messes en langue bretonne dans plusieurs paroisses.

Le Siège apostolique rappelle que des telles célébrations eucharistiques ne sont pas permises puisqu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de missel romain en langue bretonne approuvé par Rome.
Nul doute que Mgr Moutel, qui a promis obéissance au Souverain Pontife, se hâtera de mettre la liturgie de son diocèse en accord avec les décisions magistérielles et de rappeler aux prêtres qu’ils sont les serviteurs de la liturgie et non les propriétaires. »

Ceux qui ont écrit cet article semblent bien méconnaître le sujet breton, et nous les invitons donc à se diriger vers des personnes qui le connaissent parfaitement, et qui travaillent sur ce sujet depuis bien longtemps.

Avant toute chose, doit-on rappeler que « la Loi a été faite pour l’Homme et non l’Homme pour la Loi » ? La légalité, c’est bien, mais elle doit être au service de l’homme et non le contraire. Si la liturgie n’appartient certes pas à l’homme, il convient cependant de se rappeler ces paroles. Il faut certes se conformer au Droit canon, mais est-il utile de rappeler que la Tradition a aussi sa place, et que l’essentiel est ne ne pas dénaturer le Saint Sacrifice de la Messe ?

La religion chrétienne s’est implantée en Bretagne en s’inculturant totalement, et c’est bien cette méthode qui a fait recette dans un pays depuis à forte entité chrétienne, qui a engendré de très nombreux missionnaires, qui eux-mêmes ont appliqué ces méthodes. La tradition latine n’est venue que bien après, et la version  francisée plus encore. Notez en passant qu’il existait il y a bien longtemps une liturgie propre de rite celtique, qui fut abandonnée au profit du rite romain, laissant cette Eglise particulière de côté.

Il s’avère que, alors que l’Eglise était un des principaux acteurs de la promotion du breton, elle a peu à peu lâché cette langue, cela allant de pair avec l’abandon de la liturgie : lié à la sécularisation de la société, on voit le résultat actuel… Or les racines chrétiennes de la Bretagne sont bretonnes par nature, latines par Tradition ecclésiale, françaises par les événements historiques. Nier cela, c’est méconnaître l’histoire des peuples, et participer insidieusement au naufrage des Eglises locales, qui doivent s’appuyer sur les racines séculaires de la Tradition, et c’est participer tout autant à l’éradication de leurs langues. Comme nous l’avons déjà signalé, la culture hors-sol n’a jamais donné du bon. Or le paragraphe 14, article 36 de la cinquième instruction « pour la correcte application de la Constitution sur la Sainte Liturgie », l’introduction des langues vernaculaires dans la Liturgie de la part de l’Eglise, peut avoir un effet sur la progression de telle langue particulière, ou même décider de son sort. Certains s’en préoccupent, tout en ayant à coeur de proposer une liturgie conforme aux Canons romains, et considérant qu’il s’agit d’une véritable exigence culturelle et pastorale, utile dans la nouvelle évangélisation appelée par le Saint Père.

Ainsi donc, pour répondre concrètement aux questions évoquées par ProLiturgia : au niveau des lectures et oraisons, il n’existe pas de lectionnaire avec Imprimatur. Des travaux ont certes été faits par Minihi Levenez, par l’abbé Derrien, ou par l’abbé LeClerc, et bien d’autres, mais sans soutien financier, et sans Imprimatur.

Au niveau de l’Ordo Missae, il existe actuellement un missel interdiocésain, qui a demandé des années de travail, et a été présenté à Rome il y a environ cinq ans, et qui est en attente de validation, étant en ce moment dans les derniers rouages. Quelques remarques mineures avaient été faites, et ont été corrigées. Le décret, suivant nos sources, ne devrait donc pas tarder.

Auparavant, il existait l’Ordo Nevez, dont l’Imprimatur avait été donné en 1969 par Monseigneur Boussard et Monseigneur Kervéadou. Cet Ordo était une traduction littérale de l’ordinaire de la messe, de la formule d’absolution, de quelques autres textes… et avait été fait à l’époque où cela était encore autorisé, pour expérimentation.

Bien des années après, sur initiative du diocèse de Saint Brieuc- Tréguier, une commission interdiocésaine a été créée par les trois diocèses de Bretagne occidentale, la Congrégation pour le Culte divin ayant demandé à Monseigneur Guillon, évêque de Quimper, de proposer un Missel Unifié plutôt que la version léonarde proposée par le diocèse de Quimper. Le Saint Siège n’ayant pour principe que de n’approuver un seul texte pour une langue donnée. Le breton comprend plusieurs dialectes, et il importait donc de travailler en commun pour proposer un Missel unique.

Comme nous l’avons signalé plus haut, le travail a bien été fait, et présenté, mais mettre l’usage de la langue bretonne en stand-by en attendant l’approbation définitive du Saint Siège, c’est signer la mort des racines bretonnes et donc chrétiennes de la Bretagne qui déjà ne se portent pas au mieux. Les évêques en ont eu conscience et ont donc autorisé provisoirement l’usage du breton, le temps que le travail se fasse à Rome.

Précisons tout de même qu’ user du breton dans la liturgie ne signifie pas que l’on fait tous n’importe quoi. Une messe en français, latin et breton ou tout en breton n’engendre pas automatiquement une liturgie biaisée. Tout comme en français, (voire parfois en latin), il y a le bon grain et l’ivraie. Pour ce qui est de l’usage des langues vernaculaires, il importe de se baser sur un plan pastoral initié par les évêques des lieux, tenant compte des idiomes qui y sont employés, dans le respect de la liturgie. C’est pourquoi Monseigneur Guillon, alors évêque de Quimper avait préfacé le travail proposé par le centre spirituel Minihi Levenez, permettant de proposer la liturgie cadrée, avec un missel provisoire à l’intention des fidèles et des prêtres – missel provisoire en attendant l’approbation de Rome concernant l’Ordo Missae en breton, que Monseigneur Centène, évêque de Vannes propose actuellement une action pastorale bretonne à la suite de Monseigneur Gourvès, etc…

Alors si effectivement le travail de ProLiturgia consiste à tout faire pour recadrer les choses, souvent à juste titre, il s’agit aussi de le faire avec discernement, car avec un tel article, vous ne participez pas à la communion ecclésiale et à la mission d’évangélisation, mais vous vous mettez ici à pied d’égalité avec les équipes paroissiales aux messes « boum-boum-tsoin-tsoin » qui refusent le breton (au même titre que le latin d’ailleurs). A un jacobinisme liturgico-français vous adjoignez un jacobinisme liturgico-romain sans prendre en compte les aspirations des populations locales* qui pourtant sont touchées au coeur, alors que tout bon missionnaire le faisait, dès les débuts du christianisme et jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Nous vous invitons donc à relire la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens, qui sans nul doute est une leçon d’enracinement !

Eflamm Caouissin

(Illustration : Le Viatique, par Herri Caouissin – Collection Ar Gedour)

Pour en savoir plus : « de l’usage des langues vernaculaires dans l’éditions des livres de la liturgie romaine »

* Nous déplorons qu’une telle intervention se rapproche d’une Déclaration du Comité de salut public «Dans une République une et indivisible, la langue doit être une. C’est un fédéralisme que la variété des dialectes [… ], il faut le briser entièrement.»

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour. Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD".

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10 Commentaires

  1. Petites précisions.
    1. Comme mon nom de famille vous l’indiquera peut-être, je suis d’origine bretonne (ayant de la famille dans le Finistère et le Morbihan) et je connais donc assez bien la question de la culture bretonne bien que n’étant pas bretonnant moi-même.
    2. Je vous parle de question liturgiques et vous me répondez avec des histoires de « tradition » de « jacobinisme » et de je ne sais quoi encore qui n’ont rien à voir avec le sujet.
    3. La réponse que je vous ai donnée n’est pas la mienne mais celle de la Congrégation pour le Culte divin auprès de laquelle je me suis renseigné directement avant de dire n’importe quoi sur le sujet qui nous occupe. Cette Congrégation m’a précisé qu’un missel en breton était depuis longtemps en chantier mais que n’ayant jamais été reconnu et promulgué, il ne peut pas être utilisé pour célébrer la liturgie.
    4. Il faudra aussi prévoir un missel Gallo-français pour la partie de la Bretagne qui ne parle pas breton.
    5. Excusez du peu, mais lorsqu’on est prêtre et à plus forte raison évêque et qu’à chaque messe on se dit « en union avec le pape », la moindre des choses serait que cette union soit effective en liturgie et ne demeure pas au niveau des mots proférés en quelque langue que ce soit.
    6. Je vais tous les ans en vacances dans le diocèse de Saint-Brieuc et je suis au regret de faire savoir à Mgr Moutel que dans aucune des églises placées sous son autorité je ne trouve la messe célébrée selon le missel romain actuel.
    7. Je connais les missels bretons publiés ad experimendum. Mais ceux-ci concernaient l’ancien ordo (forme extraordinaire) et leur usage n’a pas été approuvé de façon définitive.
    8. Enfin, je crois savoir de quoi je parle lorsque je parle de liturgie. Mes nombreuses publications sur cette question m’ont d’ailleurs valu à plusieurs reprises les remerciements et les félicitations du pape Benoît XVI.

  2. Eflamm CAOUISSIN

    Bonjour,
    Je vous remercie de réagir ici, tout comme nous avons pu échanger par courriel. Je ne mets nullement en question vos connaissances liturgiques, puisque je suis votre travail depuis un bon moment, et que je me retrouve (comme je l’ai souligné dans l’article) dans nombre de vos propositions, qui ne font que reprendre ce que l’Eglise demande, au-delà de toutes fantaisies. Nous sommes nombreux à travailler aussi dans ce sens. Je trouve dommage que quelqu’un comme vous ne compreniez pas le sens de notre propos, et soit sujet à division. Permettez-moi de vous préciser certains points :

    1 – On peut connaître la culture bretonne, mais on ne peut que difficilement en saisir la réalité profonde sans être bretonnant. Bretonnant ne voulant pas forcément dire brittophone. La dimension pastorale ne peut donc être saisie en ne connaissant qu’un vernis culturel. Et sans vouloir préjuger de vos capacités en ce domaine, il me semble que vous ne réagiriez pas ainsi si vous étiez un véritable connaisseur de la chose bretonne. Cela ne remet pas en question vos connaissances liturgiques générales. Pour ce qui est de ma part : bretonnant de naissance, issu de famille bretonnante, je connais très bien la question bretonne. En ce qui concerne le domaine catéchétique, liturgique… j’ai été baigné dans la Tradition (Fraternité St Pierre, et une partie de ma scolarité à la FSSPX). Vous comprendrez donc fort bien que je ne peux qu’être attaché à une liturgie vraie et porteuse de prière et d’enseignement, tant sous la forme extraordinaire que sous la forme ordinaire. Toutefois, tout comme une liturgie digne de ce nom et porteuse d’enseignement et de transcendance, l’inculturation est à mon sens un des ferments essentiels à l’enracinement de l’Eglise, ce qui s’est perdu alors que tout le travail proposé par les missionnaires dans les siècles précédents ont démontré le bien-fondé de cette inculturation. S’il est essentiel d’avoir des canons qui cadrent les choses, il convient aussi d’en user avec discernement pour ne pas oublier le sens pastoral. Je ne pense pas qu’il soit utile de vous renvoyer à la lecture de Marc 2,27.

    2 – J’ai volontairement utilisé le terme « jacobinisme », car effectivement nous parlons de liturgie, mais votre réaction est semblable à celle -jacobine, intransigeante- que nous retrouvons dans des domaines autres que religieux, mais aussi avec tous ceux qui s’opposent aussi au latin et à la Liturgie dans de nombreuses paroisses.

    S’il y a la dimension de Tradition, à laquelle vous vous référez souvent (à juste titre) en ce qui concerne l’Eglise catholique romaine, il convient de prendre en considération la dimension de la Tradition en ce qui concerne la pastorale en Bretagne. Notez au passage qu’il existait des liturgies celtiques, tout comme romaine, mozarabe, byzantine, gallicane, etc… Si la liturgie romaine est devenue liturgie officielle suite à l’anarchie qui régnait dans de nombreux lieux, sans vouloir rejouer les formules du passé, il est contre-productif que de vouloir faire fi de cette tradition religieuse, qui est au coeur même de la chrétienté en Bretagne, et qui parle aux Bretons au-delà des cantiques traditionnels. Cela ne veut pas dire pour autant que tenir compte de cette tradition s’oppose à une pleine communion avec Rome. Si pour ma part j’apprécie les messes en breton, latin, français, les messes en breton et les prêtres qui les président sont par bien des endroits plus en communion avec le Pape que certains en français, voire parfois en latin.

    3 – Votre réponse est sans doute celle de la Congrégation pour le Culte divin, qui fait certes autorité, et elle n’a pas vocation à vous dire autre chose que ce que disent les canons. Au pasteur ensuite d’user des règles avec discernement (là encore je vous renvoie à Mc 2,27), selon les circonstances, en se considérant jamais propriétaire de la liturgie. Mais avez-vous discuté avec Mgr Fisichella, du Dicastère pour la Nouvelle Evangélisation, en lui faisant part de la totalité de ma réflexion à ce sujet ? Je suis curieux de savoir ce qu’il en pensera. Imaginez-vous célébrer la messe en latin ou en français à des Outous ou à des Inuits ? Vous pouvez certes le faire, mais c’est sans tenir compte de la dimension missionnaire. Même si en Bretagne, tout le monde parle français, il est un facteur qu’il convient de prendre en compte, c’est l’âme bretonne. Et au risque de me répéter, la communion avec Rome n’est pas réduite à néant sous prétexte qu’on use d’une langue plutôt que d’une autre, si le Canon de la Messe est fidèle à ce que demande l’Eglise ! Comme vous le dites, il faut que l’union soit effective dans la Liturgie (et pas que…).

    4 – En ce qui concerne le Missel que vous dites en chantier depuis longtemps et non promulgué : comme je l’ai précisé dans l’article, suite à un premier travail, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait demandé à ce qu’un seul missel soit proposé pour l’ensemble des trois diocèses de Bretagne occidentale. Un travail important a donc été fait, et vous imaginez bien que cela a été long. Des corrections mineures ayant été demandées récemment, nul doute qu’il verra sa promulgation d’ici peu de temps. Suivant mes sources, il est dans les derniers rouages.
    En ce qui concerne le Gallo, permettez-moi de vous signaler que les adversaires du breton mettent souvent le gallo en avant comme vous l’avez fait, ce qui divise et permet donc de rester dans un stand-by… Telle n’était peut-être pas votre intention, mais je ne joue pas à ce jeu, avec tout le respect que je vous dois.

    5 – En ce qui concerne le Diocèse de Saint Brieuc, je ne me prononcerai pas en son lieu et nom. Si effectivement comme partout il y a des abus liturgiques, je ne peux cependant pas vous laisser dire qu’aucune des églises placées sous son autorité ne célèbre selon le missel romain habituel. Exerçant aussi dans le cadre de ma mission sur le département des Côtes d’Armor, je puis vous affirmer qu’il y a encore des endroits qui célèbrent comme il le faut.

    6 -Je me réjouis de voir que vous avez reçu les félicitations du Saint Père pour votre travail. Mes remarques ne s’attaquent pas donc à votre travail par ailleurs, mais juste sur cette question, qui me semble importante dans le cadre de la pastorale pour la Nouvelle Evangélisation. Et nul doute que vous apporteriez bien plus si vous ajoutiez cette compréhension pastorale à la compréhension textuelle. Je reste disponible pour continuer à échanger, et vous souhaite bonne continuation pour votre travail, que je continue de suivre attentivement.

    Ar brezoneg hag ar feiz a zo breur ha c’hoar e Breiz !
    La langue Bretonne et la foi sont frère et soeur en Bretagne !

  3. Cher Monsieur,
    Je comprends votre attachement à à langue bretonne. Cependant, si chacun revendique sa langue en liturgie, nous allons arriver à une collection d’Eglises autocéphales, ce qui est contraire à la catholicité de l’Eglise. Je vous renvoie aux enseignements magistériels à ce sujet. Etant organiste, j’ai toujours rendu service dans les paroisses de Bretagne où j’ai passé mes vacances. Mais aujourd’hui, même le traditionnel « Mamm an Itron Varia » n’est plus guère connu… alors que dire d’une messe en breton ! Pour ce qui concerne le respect de la liturgie dans le diocèse de Saint-Brieuc, vous seriez aimable de m’indiquer une paroisse où le missel romain est fidèlement et dignement mis en oeuvre « sans ajouts, retranchements ou modifications » (cf. Vatican II et PGMR). Pour ma part, je ne trouve une telle messe dans aucun des secteurs de Trébeurden, Trégastel, Lannion, Perros-Guirec, Tréguier… Mais il est vrai qu’en France on est tellement habitués à des messes aléatoires qu’on en est arrivé à trouver « normal » ce qui se fait dans les paroisses… et qui ne l’est pourtant pas.
    Enfin, je vous répète qu’en affirmant que l’Eglise, pour le moment, ne reconnaît pas la possibilité de célébrer des messes en bretons, je ne fais que répéter ce que dit le Magistère et je vous mets au défi de trouver évêque de Bretagne pouvant affirmer le contraire.
    Sauf à vouloir désobéir au Saint-Père.
    A galon.

  4. Eflamm CAOUISSIN

    Bonjour,
    Il n’est pas question d’avoir une collection d’Eglises autocéphales, mais d’user de la langue propre du pays breton. La catholicité de l’Eglise n’est pas dans l’uniformité que l’on retrouve dans les discours mondialisants. Je suis navré de le préciser ici, mais la langue française n’est pas la langue propre de la Bretagne, et ne l’est que par les aléas de l’Histoire. Acceptons-là comme langue soeur, mais ce n’est pas parce que « Mamm an Intron Varia » n’est plus chanté qu’il faut l’abandonner. Récemment, je me suis fait rabrouer par un prêtre concernant le latin, car je lui ai rappelé que la langue bretonne était racine de la Bretagne, que le français était langue soeur par la force de l’Histoire, et que le latin était la langue de l’Eglise, et qu’il fallait donc user des trois langues. Que n’avais-je pas dit là ?!
    Mais tout comme il faut tout faire pour garder les magnifiques chants grégorien et le latin, il en est de même pour le breton. En partant sur votre observation sur la connaissance de la messe en breton, on pourrait amener une même logique sur la messe en latin. Or ce n’est pas la bonne méthode.

    Je vous rappelle en effet ce que dit le décret AD GENTES (ch III, par. 22) : « la semence qu’est la Parole de Dieu, venant à germer dans une bonne terre arrosée de la rosée divine, y puise la sève, la transforme et l’assimile pour porter enfin un fruit abondant. Les Eglises particulières ont donc à emprunter aux coutumes, aux traditions, aux leurs arts, à leurs sciences… tout ce qui peut contribuer à confesser la Gloire du Créateur, mettre en lumière la Grâce du Sauveur et ordonner comme il le faut la vie chrétienne. « 

    Tout comme Saint Paul à Athènes, lors de son discours à l’aréopage, parle du Dieu inconnu et s’adapte à la culture locale pour mieux enraciner le Christ, « la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées de la lumière de l’Evangile, de chaque famille des peuples, seront assumées dans l’unité catholique. C’est ainsi que les Eglises particulières, enrichies de leurs traditions, auront leur place dans la communion ecclésiale, la primauté de Pierre, qui préside l’universelle assemblée de la Charité, demeurant intacte ». (cf AG III, 22)

    Je précise enfin que je me suis entretenu aujourd’hui avec un évêque breton qui avait lui-même présenté le projet de Missel Romain à l’assemblée des Evêques à Lourdes dans les années 2000, avant son envoi à Rome. A l’époque, quelqu’un de haut placé au Vatican s’était opposé au projet. C’est Mgr Robert Le Gall qui a relancé la machine. Mais pour éviter le désert à ce sujet, les évêques concernés ont accordé des autorisations temporaires en ce qui concerne la messe en breton. Il n’y a aucune volonté de désobéir au Pape, mais une volonté pastorale tenant compte des spécificités bretonnes.

    Pour ce qui est de trouver les messes « normales » si elles ne le sont pas… je vous rassure : de par mon parcours, je ne peux que connaître ce qui est liturgiquement correct. Pour ce qui est des Côtes d’Armor, il ne m’appartient pas de citer des noms, mais par contre, je vous propose de faire comme moi : lorsque vous constatez des anomalies, allez avec diplomatie faire remarquer celles-ci, ce qui sera il me semble bien plus constructif, même si je vous l’accorde c’est épuisant. Je vous assure que certaines d’entre elles seront prêtes à vous écouter.

    A gwir galon

  5. Doue d’ho pennigo !

    Il semble que l’Ordinaire de la Messe en breton soit sur le point d’être renvoyé à Rome après avoir reçu les corrections demandées par Rome.
    Notre association a travaillé d’arrache pied ces derniers mois et a envoyé un document détaillé sur les anomalies nombreuses de ce texte qui est sur le point d’être envoyé à Rome.

    Comment stopper un renvoi beaucoup trop rapide à Rome et renouveller une commission en réalité à bout de souffle ?

    Entre autres problème, un qui regarde les vannetisants, la forme par trop léonarde du texte retenu : exit les formes orthigraphiques unitaires telles que « dimp », le pluriel « -ion », le futur 2P « -ot ».

    ‘consubstancionem » est traduit par ken natur ce qui n’est pas correct

    Beaucoup de passages sont mal traduits ; il y a des oublis etc…

    Nous sommes consternés : la commission n’a même pas pris la peine de répondre à un document qui fait 20 (vingt) pages.

    En tout état de cause, malheureusement le nombre de messes en breton diminue et diminuera encore faute de prêtres… et de fidèles véritablement bretonnants.

    a wir galon evit ar feiz hag evit Breizh
    T. Gwilhmod

  6. Est-ce que le nombre de messes en breton n’est pas non plus dû, parmi les autres facteurs qu’il convient de ne pas écarter, aux querelles de chapelles qui peuvent exister, tout comme les guerres de clans ont causé la perte de la Bretagne ou de l’Ecosse ?
    Je prends pour preuve les différents travaux qui ont existé depuis des années, qui n’ont jamais mené à un consensus qui permette d’avancer, et cela contribue alors à la mort du breton en paroisse, par ceux-là même qui déclarent avec la meilleure volonté la défendre. Contrairement à toute une génération qui a beaucoup oeuvré mais qui s’enserre dans ces débats éternels, les plus jeunes n’ont que faire de ces querelles, qu’elles soient orthographiques, pastorales… Ils veulent avancer !

  7. à Erwan.
    Non le nombre de messes en breton n’a RIEN à voir avec les opinions différentes des uns eet des autres. La référence aux « guerres de clans » qui auraient causé la « perte de la Bretagne » je ne comprend pas : il n’y en a pas eu en Bretagne à ma connaissance. De tout temps et partout il y a eu des dissenssions et c’est normal en l’abscence d’une autorité indiscutée.

    « Les différents travaux qui ont existé depuis des années et qui n’ont mené à aucun consensus ? » Cest largement FAUX
    1. entente sur le credo et le Gloria dès 1973. Pourquoi la Commission est-elle revenue sur des textes justement consensuels ??
    2. il y a à l’evidence de la très mauvaise volonté de la part de quelques personnes qui sont allées jusqu’à essayer de passer en force un missel qui a été stoppé in extremis par Rome en 1997
    3. le problème orthographique se greffe evidemment sur le pb de la liturgie en breton : l’entente orthographique de 1941 doit être respectée et elle l’est, chose imposée par Rome justement en 1997, mais la transcription en ZH du texte léonard n’est pas respectueuse :
    3.1 ni des autres dialectes ;
    3.2 ni de la tradition liturgique en langue bretonne, et notemment des travaux des prêtres trégorois qui ont fait un travail considérable de traduction de la Bible en entier, (Maodez glanndour, Job Lec’hvien, Le Gall), de la liturgie des heures (Marsel Klerg Job Lec’hvien, de textes de haut niveau théologique (M glanndour, Jil Ewan)
    On ne peut ni ne doit faire table rase du passé. Il y a une histoire, une tradition liturgique en Breton qui doit être endossée.

    Il est complètement FAUX de dire que ces débats contribuent de près ou de loin à « la mort du breton en paroisse ». Celui-ci est mort est enterré dans TOUTES les paroisses de Bretagne (à noter qu’il ‘y a jamais eu que trois endroits où « une vie paroissiale » a été installée en breton après vatican II : St Martin à Rennes, Buhulien, Treflevenez. Vous vous parlez en réalité de la plus ou moins grande place que l’on concède au breton dans certaines paroisses ou de manière épisodique. Concrètement chacun fait ce qu’il veut. Pep ki a zo mestr en e di. Sans doute d’ailleurs – c’est mon opinion- qu’un certain esprit de collégialité mal compris suite à Vatican II a démis le recteur de son pouvoir de choisir de mettre du breton d’où une chute vertigineuse puisqu’il se trouve toujours quelqu’un dans l’EAP qui est « contre »….
    « Par ceux là même qui déclarent avec la meilleure volonté la défendre » : je n’ai AUCUN exemple de ce genre alors que je connais parfaitement la situation depuis plus de 30 ans. Donnez des exemples s’il vous plaît. Il est trop facile de faire naître des rumeurs ainsi alors que sur le terrain, et là je peux donner beaucoup d’exemples c’est exactement le contraire : beaucoup de personnes aux opinions très différentes se sont mobilisées pour le breton dans les paroisses là où elles sont. Les dissension orthographiques par exemples sont tranchées de manière pragematique à chaque fois. Le prêtre en pratique choisit les textes liturgiques lui-même : il n’y a jamais eu AUCUN PROBLEME depuis 40 ans !
    Que la génération des « plus jeunes » prenne la relève, c’est très bien, et apporte sa créativité en matière d’animation liturgique et d’initiatives pastorales en breton , c’est parfait ! Mais dans la REALITE, regardez autour de vous : il n’y a preqque plus de prêtres capables de celebrer en breton, encore moins de prêcher, il n’y a aucune paroisse en Bretagne qui fonctionne en breton, preque pas de catéchèse, aucun mouvement caritatif en breton etc etc. en REALITE nous nous trouvons plutot devant un vide sidéral qui correspond à la disparition de la société rurale chrétienne bretonnante et à la qusi disparition du peuple breton et du peuple chrétien aussi.
    Il n’ y a pas 36 solutions : devenir des saints, voilà l’urgence !… et en attendant continuer le travail d’édification liturgique dna s une démarche résolument élitiste, c’est à dire que l’enjeu pour les quelques années à venir et cela commence par l’Ordinaire de la Messe, arriver à de BONS textes, en conformité avec ce que demande Rome. On peut y arriver mais ce sera juste et j’e finis avec ce que disait un de mes amis membre de la commission interdiocésaine : on va arriver à finir le travail , plus ou moins réussi, en tout cas on sera arrivé à un texte liturgique théoriquement commun, à une bible aussi et donc des lectionnaires communs, mais il n’y aura ni prêtres ni fidèles pour s’en servir si ce n’est à quelques pardons.
    La question est : combien de familles catholiques bretonnantes à la maison existe-il en Bretagne ?

  8. La Bretagne, faute de chef charismatique ou de leader, n’a souvent pu avancer, car chacun tire souvent la charrette pour son propre intérêt, ou l’intérêt de la communauté locale propre, sans penser souvent au-delà . Les sources que vous citez sont celles d’une époque qui avait des leaders reconnus. Ce n’est plus le cas. C’est ce que j’ai voulu dire plus haut.

    Vous dites que vous ne connaissez pas d’exemples, pour ce que je cite, et c’est peut être le cas pour vous, mais pour ma part je vous garantis que j’en connais, et non des moindres.
    Pour ma part, je considère que certains bretonnants, qui se retrouvent entre eux parce qu’ils s’y sentent bien, sont certes garants de la survie du breton dans un monde parfois hostile, mais sont tout aussi fautifs de l’agonie du breton en paroisse que les catholiques francophones ou latinistes qui vont faire des kilomètres pour avoir une messe qui leur convienne, en laissant mourir leur propre paroisse sans s’impliquer pour tenter de revitaliser les choses en amenant leurs charismes (caté, liturgie, chant… ) . J’aurai de nombreux exemples à citer dans les deux cas. Cela n’enlève en rien la qualité de ce qu’ils font par ailleurs, mais toutes ces personnes devraient voir au-delà de la simple application présente et des fruits que cela pourrait apporter dans une vision plus large tant humaine que temporelle.

    Nombre d’initiatives existent, et c’est très bien. Malheureusement, elles ne sont pas inscrites dans une politique globale, et les querelles orthographiques, voire parfois de certains egos (je ne citerai pas d’exemple car ce n’est pas le lieu et je ne le souhaite pas) n’aident pas.

    Vous parlez des EAP, mais il y aussi des prêtres eux-mêmes qui sont aussi parfois des obstacles parce qu’ils ne connaissent pas.
    Ne pensez-vous pas que déjà, si chacun d’entre nous, au lieu d’exiger clairement une messe totalement en breton rebutant donc d’office tous les opposants, qui mettent justement les dissensions internes en exergue, se mettait d’accord pour un consensus différentiel, et s’impliquaient déjà dans chaque paroisse pour avoir des cérémonies trilingues de qualité, cela ferait déjà avancer le schmilblick, pour aller ensuite plus loin ?

    Je fais pour ma part partie d’une famille catholique bretonnante, et j’en connais quelques unes. Dans la réalité, il y a certes de moins en moins de prêtres, mais il y a toute une génération de jeunes chrétiens (dont des prêtres) qui savent ce qu’ils veulent pour la Bretagne.

  9. C’est vraiment étonnant de vouloir interdire le latin (langue universelle) et imposer la prétendue langue bretonne (qui n’est qu’une mosaïque de patois plus ou moins abatardis que pas grand monde ne comprend) au nom justement de l’universalité de l’Eglise …

    • – Je ne vois pas pourquoi vous évoquez d’interdire le latin. La Bretagne a fort longtemps réussi une heureuse alliance entre le breton et le latin, et à l’heure actuelle les messes en français, latin et breton rencontrent un vif succès, comme nous pouvons le constater dans de nombreux pardons. Ce sont ne sont quasiment que les pardons totalement francisés (donc déracinés) qui perdent en fréquentation.

      – Votre mépris flagrant pour la langue bretonne ne couvre que légèrement un jacobinisme outrancier allié à un ultramontanisme de façade. Si vous faisiez un peu de linguistique, vous sauriez que le breton est une langue et qu’à travers la Bretagne existent des dialectes. Et quitte à caricaturer, pourrions-nous dire que la langue française est une mosaïque de patois (latin vulgaire, substrats gaulois, vieux-bas francique, langue germanique… et j’en passe) que nous n’en sortirions pas plus intelligents. Respecter la langue, c’est respecter un peuple. Je vous renvoie au poème « quand je pense Patrie » de Jean-Paul II quant à cette question.

      – « Plus grand monde ne comprend » : j’attend de vous voir tenir le même discours quand la majorité parlera anglais ou une autre langue que le français. Il ne faudra certainement plus que vous parliez cette langue « que pas grand monde ne comprend » ?

      – Vous confondez universalité et uniformité. Tant que j’y suis et puisque la question se pose ici, rappelons quelques points historiques et liturgiques : Le problème est que l’on oublie trop souvent que la Bretagne était un pays avant l’annexion par la France. Je ne parle même pas ici de l’annexion de 1532, mais celle issue des désirs de Charlemagne et de sa descendance. Car après la mort de Charlemagne en 814,  son fils Louis se voyait à l’ ouest face au problème permanent de l’ Armorique bretonne qui refusait la tutelle impériale. A son tour il entreprit de soumettre cette péninsule rétive. En 818, après plusieurs vaines tentatives, il prit la tête d’une expédition au départ de Vannes, l’évêché  vannetais étant aux mains des  Francs depuis 753, après son occupation par Pépin Le Bref.

      Le légat romain Bonifacius, soutenu par Pépin, entreprit d’organiser des diocèses  à la manière romaine, de remplacer dans les monastères la règle de saint Colomban par celle de Benoit de Nursie, révisée par  Benoit d’ Aniane. Or, en  Brittania chrétienne  non occupée,  ne  régnaient ni la règle bénédictine, ni l’ organisation diocésaine. Les abbés-évêques  assuraient avec leurs moines (baculâci, « porteurs de bâtons ») le culte et le soin des  âmes.  Même  à  Alet  (Saint-Malo)  l’ évêque  Haelocar,  qui  avait  fait acte d’ allégeance à Charlemagne, était abbé de Gael-Saint-Méen. Les successeurs de Tudwal, Paul-Aurelien, Briec, Samson,  n’ étaient pas moins chefs de congrégations que les premiers apôtres.  Les moines de Landevennec assuraient aussi le culte dans de nombreuses paroisses de la Bretagne centrale. Dans la Brittania non occupée il n’ y avait pas de presbyteri, mais des baeleion. Pour faire cesser ce scandale, Hlodowicus rassembla donc une puissante armée à Vannes et envahit la Bretagne libre.

      En 819, sont donc installés en Basse-Bretagne des évêchés romano-francs qui sont plus là pour cadrer l’unification voulue par le pouvoir politique et militaire que pour une question pastorale. Après le dictat impérial (cf ci-dessous), on passera ainsi d’un christianisme celtique avec ses propres spécificités (qui d’ailleurs infuseront dans l’Histoire de l’Eglise sans qu’aujourd’hui on en soit conscient) à une chrétienté romano-franque.

      Dictat impérial : 

      Au nom de notre Dieu et Sauveur Jesus-Christ, Hlodouicus, Empereur Auguste de par la divine Providence, à tous les évêques et à tout l’ ordre monastique de Bretagne

      Nous vous faisons savoir que Matmonoc, abbé du monastère de Landeuinnoch, s’ étant présenté à nous, nous l’ avons interrogé sur la règle de vie des moines de ces contrées et sur leur tonsure. A toutes nos questions il a répondu avec sincérité, à savoir que c’ était des Scots qu’ ils tenaient leur règle et leur tonsure, alors qu’ il est notoire qu’ il n’ en est pas ainsi dans toute la sainte Eglise Apostolique et Romaine.

      Il nous a donc plu de les faire se mettre en accord avec l’ Eglise universelle qui nous a été confiée par le bon vouloir divin. Nous leur avons donc prescrit de suivre la règle profitable et digne de louanges du saint père Benedictus, et pour la tonsure de se mettre en accord avec la pratique établie par la sainte Eglise Romaine qui règne sur toute la terre. Cette façon de vivre, telle qu’ elle est écrite dans la règle du saint et illustre père Benedictus, qu’ ils l’ adoptent dans le monastère susdit, et qu’ ils fassent absolument observer nos ordres en ceux qui dépendent d’eux ainsi que  dans les autres.

              Ordres confirmés de la propre main du très pieux empereur Hlodouicus.

      La liturgie n’a pas toujours été romaine, nous le voyons ! Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler que la liturgie catholique n’est pas que rit romain. Sauf erreur de notre part, il existe une vingtaine de rits dans la liturgie de l’Eglise catholique. Il est évident qu’autrefois, seul le rit romain était célébré… parce que le reste était interdit, mais la liturgie n’est pas née avec le Concile de Trente. Ainsi, prenons l’exemple de cette liturgie irlandaise ancienne qui alliait latin et gaélique. En France, jusqu’au XIIIème siècle, nous étions encore après la disparition des rits gaulois, sur des missels gallicans puis néo-gallicans. Idem donc pour la Bretagne. La réforme tridentine a adopté un principe général : tout prêtre de l’Eglise latine pouvait célébrer (sans demander l’autorisation de ses supérieurs, et même, dans le cas général, malgré l’interdiction de ses supérieurs) la liturgie romaine, codifiée par saint Pie V (même si elle remonte beaucoup plus haut dans le temps). Mais tout rit pouvant justifier de plus de 200 ans d’existence au moment de la réforme conservait droit de cité. C’est ainsi que le rit lyonnais, le rit ambrosien, le rit dominicain, ou le rit cartusien ont continué à être célébré jusqu’à la réforme de Paul VI. Certains arguent que les anciens rituels gallicans, dans la mesure où ils étaient des rits latins ne justifiant pas de 200 ans d’existence, ont été abrogés par la réforme tridentine (plus exactement, le rite romain traditionnel ayant  “absorbé” l’antique liturgie gallicane et ce que nous appelons aujourd’hui liturgie tridentine est, à certains égards, la continuation de la liturgie gallicane de l’époque carolingienne). Mais c’est sans compter par les documents attestant de l’ancienneté de ces rits, puisque par exemple, l’un de nos contacts possède un missel du XIIIème siècle en liturgie parisienne.

      Au final, le rit romain s’est imposé, mais en quoi la liturgie devrait-elle imposer le latin ou telle langue vernaculaire ?

      Il est nécessaire de rappeler que l’usage du latin comme langue officielle de l’Eglise arrive au moment où le peuple ne le parle plus. Le latin devient alors langue morte. Elle n’évolue plus, son vocabulaire non plus. La raison de son utilisation est donc qu’en utilisant ainsi une langue morte, on s’assure que la théologie ne peut être changée au gré de l’évolution linguistique et sociale.

      Maintenant, j’en reviens à mon propos de départ : pourquoi vouloir opposer les langues les unes aux autres alors que l’alliance de ces langues pour la gloire de Dieu ne peut qu’apporter du bon ?
      Le jacobinisme n’a jamais été bon. Si effectivement la liturgie a cette dimension universelle (catholique), elle n’est en aucun cas uniformité. Nous pouvons même penser que  la liturgie étant source et sommet de la vie chrétienne, c’est aussi parce que certains ultramontains, alliés par les faits à des ultrajacobins, ont tenté de gommer (certes parfois à raison vu certaines dérives)la diversité liturgique, que les cultures elles-mêmes disparaissent. Plus de vie chrétienne irriguant les cultures, menant à la mort à long terme de ces mêmes cultures. En bref, disons que le déracinement peut avoir aussi pour cause cette volonté d’uniformisation à outrance.

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