LE BRO GOZH N’EST PAS UN CANTIQUE (ou de son bon usage)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Dans bien trop de paroisses, la liturgie est aux mains d’équipes qui,  n’en ayant aucune connaissance, font dans le n’importe quoi liturgique. Sans prendre connaissance simplement de la Présentation Générale du Missel Romain (qui se trouve donc au début de chaque Missel Romain disponible dans presque toutes les sacristies), on improvise, on bricole au gré des fantaisies, des sensibilités, des émotions de circonstance.

Certaines «célébrations» (comme on dit) n’ont de cesse de nous surprendre par les choix des prières, des cantiques, des hymnes et autres musiques. Des choix, qui sont en situation d’intrus dans des liturgies qui n’en ont plus que le nom. Des choix qui sont révélateurs de l’inculture religieuse et liturgique de ces équipes, d’un certain clergé et des fidèles demandeurs… et parfois même de personnes qui sont censées être formées, comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises cet été.

 

Sur la question des choix des prières, des cantiques et divers hymnes, trop de messes sont prétextes à un empilage de chants, qui très souvent sont en complet décalage avec la nature de la cérémonie et le Temps liturgique. On ne chante pas à Noël des cantiques qui ont  leur place dans le Temps de la Semaine Sainte ou Pâques. Pour des funérailles, il serait déplacé de choisir un cantique de mariage. La mode veut aussi, contre d’ailleurs toutes interdictions formelles, qu’on accepte certains chants profanes, des « tubes » qui sont la marotte de certains fidèles. C’est ainsi que -comme au crématorium- du Johnny Hallyday, du Nougaro, du Cabrel, du Gainsbourg, du Pagny et autres chanteurs viennent sévir, aux côtés d’insipides ritournelles au détriment du véritable patrimoine musical sacré.. et de la liturgie elle-même qui prendrait tout son sens si elle était respectée. 

Il n’est donc pas étonnant de voir ensuite des abus comme nous le montre l’expérience de ce prêtre breton qui récemment, lors d’un mariage, a vu débarquer les amis des mariés pour interpréter un O happy Day extrait de Sister Act 2 (version intégrale avec toutes les vocalises qui vont bien, évidemment !). Il s’est retrouvé devant le fait accompli. Comment s’étonner de ces dérives ? 

Dans cette voie curieuse qui est entrée dans les « habitudes liturgiques », et nous arrivons à notre sujet,  nous pouvons nous interroger sur le bien-fondé de chanter, en certaines circonstances, notre Bro-Gozh à l’église. En effet, nous pouvons constater que notre hymne national est considéré par certains organisateurs de messes en langue bretonne ou dites bretonnes célébrées à l’occasion de fêtes, de Pardons, voire de festivals,  comme un cantique clôturant la  célébration. N’en déplaise à certains, nous pensons qu’un tel choix est déplacé. Ce n’est pas un chant liturgique et à ce titre, le Bro Gozh n’a pas plus sa place à l’église qu’un cantique l’aurait dans un cabaret ou lors d’une rencontre sportive.

Entonner le Bro-Gozh, comme s’il faisait partie du répertoire de cantiques donne le sentiment que ceux qui le chantent sont plus préoccupés d’exprimer une affirmation, une revendication identitaire que d’exprimer l’adhésion à une foi. C’est aussi la défaillance de l’Eglise à l’égard du patrimoine religieux breton qui entretient cet esprit revendicatif exprimé par le choix du Bro Gozh.  Mais c’est aux Bretons de faire preuve «d’intelligence religieuse» pour faire évoluer ce problème  d’inculturation dans l’Eglise en Bretagne. Comment donc paraître sérieux si l’on fait preuve manifeste d’une inculture religieuse en le proposant à un moment inopportun ?

Posons-nous la question :  ne trouverions-nous pas ridicule, voire un tantinet «cocorico» et ringard d’entendre chanter la Marseillaise à l’église ? Il est certain que nous brocarderions ces Français un peu trop «franchouillards»

Certainement, la Marseillaise, par ses paroles, est à l’opposé du message du Christ invitant à plus d’amour, de paix, y compris auprès de nos « ennemis ». Bien évidemment, notre Bro Gozh n’exprime pas cette haine : ses paroles font plutôt dans un «romantisme» qui parait décalé à certains.  Autrement plus virile et engageantes sont les paroles du Da Feiz hon Tadou Kozh. Ce cantique a tout d’un «hymne national … religieux», et question identité, si on réfléchit bien aux paroles, il fait très fort, car en toute logique, elles engagent celui qui a l’imprudence (ou l’audace) de les chanter… (voir notre précédent article sur ce sujet ).

Pour conclure, disons qu’il serait bon que le Bro Gozh soit réservé à des circonstances profanes, à l’extérieur de l’église.  Notre Bro Gozh a toute sa place, par exemple, lors de rencontres sportives, tels des matchs de foot, lors de manifestations à caractères politiques, sociales, culturelles, lors de concerts… ou encore lors d’obsèques, mais dans ce cas au cimetière ou sur le parvis de l’église, ce qui lui donne un champ d’action assez vaste.

Que l’on nous comprenne bien : il ne s’agit nullement de rejeter notre hymne national (auquel nous tenons) mais de lui donner sa vraie place.  Quant à nos cantiques, laissons leur la place à l’église, une place  qu’ils ont déjà bien du mal à revendiquer.

À propos du rédacteur Erwan Kermorvant

Erwan Kermorvant est père de famille. D'une plume acérée, il publie occasionnellement des articles sur Ar Gedour sur divers thèmes. Il assure aussi la veille rédactionnelle du blog et assure la mission de Community Manager du site.

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5 Commentaires

  1. Même si le Bro Gozh n’est pas un cantique, c’est un acte de foi dans l’avenir de notre pays, la Bretagne, et l’affirmation de notre personnalité nationale, persécutée pendant tant de générations par notre voisin de l’est. L’église a joué un rôle important dans la défense de notre langue nationale, composante importante de notre identité. Le Bro Gozh a sa place légitime dans certains offices, au moins pendant longtemps. Le Pape rappelle souvent que les Nations, les Peuples , doivent être respectés et défendus, ce qui n’est pas le cas en France. Ce chant véhicule une émotion exceptionnelle, pour nous Bretons, là où la Marseillaise nous hérisse de plus en plus.

  2. Excellent article qui fait le tour de la question…
    ou presque. En Bretagne, les concerts à connotation bretonne se terminent souvent par le champ du Bro Gozh. C’est une bonne chose.
    Mais, surtout en été, nombreux sont les estivants qui ne connaissent pas cet hymne. A l’initiative du « maître de cérémonie », un minimum de pédagogie serait bien venue pour le préciser à l’assistance. En indiquant, bien sûr, que cet hymne « national » se chante DEBOUT., nombre de spectateurs (même bretons) restant assis. ! Ce qui me hérisse !

  3. En effet, mais les vocalises qui se trouvent dans le film Sister Act 2 (que nous avons mis en lien) n’ont rien à faire dans une liturgie.

  4. « Oh happy day » est un chant chrétien dérivé d’un hymne du XVIIIème, inspiré des Actes des Apôtres.

  5. Effectivement, ce que vous soulevez est vrai. Mais l’idée de l’article était de dire que notre hymne national n’avait pas sa place dans la liturgie.
    Que cela soit chanté dans une église lors d’un concert, par exemple, est autre chose et ne pose pas le souci d’intégration dans une liturgie.

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