Positives ou négatives, les réactions suscitées par l’homélie du cardinal Sarah à Sainte-Anne d’Auray à l’occasion du Grand Pardon 2025 illustrent une difficulté plus large : nous écoutons souvent une homélie comme si c’était un éditorial ou une tribune d’opinion. Selon nos sensibilités personnelles, nous la jugeons sur une grille idéologique : certains applaudissent parce qu’ils y retrouvent leurs idées, d’autres s’indignent parce qu’ils pensent y voir le contraire. Mais cette manière d’écouter passe à côté de ce que l’homélie est réellement dans l’Église.
Une homélie n’est pas un discours profane : elle fait partie de la liturgie elle-même. Le concile Vatican II l’a rappelé : « L’homélie, qui fait partie de la liturgie elle-même, est fortement recommandée ; elle est nécessaire pour nourrir la vie chrétienne. » (Sacrosanctum Concilium, 52). C’est un acte liturgique, situé entre la proclamation de l’Évangile et la profession de foi, qui a pour but de rendre la Parole de Dieu actuelle pour l’assemblée. Autrement dit, ce n’est pas le moment pour un ministre ordonné d’exprimer ses idées personnelles : c’est un service rendu à la Parole pour qu’elle éclaire la vie des fidèles.
Ce point est fondamental : une homélie doit être lue et comprise à la lumière du Christ. Elle n’a de sens que parce qu’elle est une actualisation de la Parole de Dieu proclamée. Dans l’homélie, c’est toujours le Seigneur qui parle à son peuple à travers une voix humaine : « Celui qui vous écoute m’écoute » (Lc 10,16). C’est pourquoi le prêtre ou le diacre qui prêche n’est pas là comme un conférencier ; il se met au service d’une Parole qui le dépasse.
C’est aussi ce que rappelle le pape François dans Evangelii Gaudium : « L’homélie a une valeur spéciale, qui est au-dessus de toute catéchèse, puisqu’elle est un moment élevé et intense du dialogue entre Dieu et son peuple. » (n° 137). Elle n’est pas une simple explication ou une leçon : elle est une participation à l’action de l’Esprit Saint qui ouvre l’intelligence des Écritures et touche le cœur des croyants.
Certes, celui qui prêche reste un homme ; il peut manquer de clarté, d’équilibre, ou employer des mots qui blessent. Mais il reste que sa parole n’est pas d’abord la sienne. Elle appartient au mouvement même de la liturgie : Dieu nourrit son peuple par la Parole proclamée et expliquée. L’homélie n’est donc pas extérieure à la célébration ; elle est un moment où le Christ lui-même enseigne, exhorte, console et appelle.
Du côté de ceux qui entendent le prêche : écouter une homélie uniquement à travers un prisme idéologique ou politique revient à l’appauvrir et à en nier la nature. Bien sûr, on peut – et on doit parfois – en discuter et en faire un discernement. Mais avant toute réaction, la juste attitude est celle du croyant : « Seigneur, qu’as-tu voulu me dire aujourd’hui à travers cette parole ? » Si nous l’écoutons seulement pour y retrouver ou y combattre nos idées, nous risquons de passer à côté de ce qui fait de l’homélie un moment de grâce.
Sinon, pourquoi la placer au cœur de la liturgie ? Si elle n’était qu’un discours humain, elle pourrait être tenue par n’importe qui … et donc par des laïcs. Or l’Église confie l’homélie au ministre ordonné pour signifier qu’elle appartient à l’action du Christ qui, par son Évangile et par la prédication, nourrit son peuple et le conduit sur le chemin de la conversion.
Redécouvrir cette nature liturgique de l’homélie est essentiel dans nos débats actuels : avant de l’interpréter selon nos catégories humaines, accueillons-la comme une Parole qui veut nous faire grandir dans la foi et nous tourner vers le Christ.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Je pense qu’il faut revenir à la sainte pratique aujourd’hui peu utilisée, de commencer l’homélie par un signe de croix. De même à la conclusion. Cela limiterait je pense certains discours politiques ou peu spirituels et rappellerait aux fidèles que le prêcheur nous parle au nom de Dieu.
Ce qui est à noter aussi, c’est que cette homélie a été très soigneusement réfléchie et préparée. Et très soigneusement prononcée, avec un rythme favorisant l’écoute.
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Indépendamment de son contenu, elle se caractérise par une durée inhabituelle, et un public exceptionnellement diversifié(venu de toute la Bretagne et sans doute au-delà) et nombreux (environ 30.000 personnes).
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Que l’on ait été sur place ou non, il est utile de la retrouver in-extenso, via youtube :: https://www.youtube.com/watch?v=OpAE63CTkCA. Merci à la paroisse de St Meen du Garun, en Bretagne, pour la vidéo (près de 70.000 vues à ce jour).
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Les paroles en breton (3mn 02) sont celles-ci :
« Yvon Nikolazig, n’ho peus ket aon, Me zo Anna, Mamm Mari », [Yvon Nikolazig, n’ayez pas peur, je suis Anna, la mère de Marie].
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La citation complète (orthographe standard actuelle) qui figure sur les portes de la basilique est celle-ci :
Me zo Anna, Mamm Mari . Doue a fell dezhañ ma vin enoret amañ [Dieu veut que je sois honorée ici]
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