Saints bretons à découvrir

Mgr CENTÈNE sur la Révolte des Bonnets rouges

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

AR GEDOUR vous propose de découvrir aujourd’hui le billet d’humeur de Mgr Centène sur la Révolte des Bonnets Rouges » ou « L’identité et la dignité par le travail », téléchargeable aussi sur le site du Diocèse de Vannes

OrdinationGwenael4.jpgSamedi dernier, des heurts violents ont opposé en Finistère manifestants et forces de l’ordre, au prix de blessés graves auxquels nous adressons personnellement aujourd’hui toute notre solidarité et l’assurance de nos prières pour leur rétablissement. J’appelle les Bretons à manifester concrètement leur solidarité envers ces travailleurs que menacent aujourd’hui la précarité et le chômage.

Le point  de cristallisation des colères se fait aujourd’hui sur les portails « écotaxe » mais le désarroi et le désespoir sont, plus largement, la conséquence du « matraquage  fiscal » généralisé qui empêche une part croissante de la population de vivre dignement de son travail. Les entreprises elles-mêmes sont prises à la gorge par une mondialisation sauvage effrénée qui les contraint à mettre la clef sous la porte les unes après les autres, victimes d’une concurrence déloyale.

En 2013, comme en 1675 lors de la Révolte des Bonnets rouges, ce sont les mêmes raisons qui poussent nos compatriotes à se lever : le travail –  leur travail –  est pour eux source et synonyme d’identité et de dignité. Le sursaut salvateur de leur identité et de leur dignité est sans doute ce qui explique le mieux leur soulèvement et leur forte détermination.

 « Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » disait le poète latin Térence. C’est le même constat qui nous pousse aujourd’hui à manifester notre solidarité aux personnes qui occupent les voies de circulation pour préserver la liberté constitutionnelle d’aller et venir mais surtout, pour les employés, la liberté de posséder une partie raisonnable du fruit de leur travail et, pour les employeurs, la possibilité de constituer une trésorerie suffisante pour investir et embaucher.

Les crises économiques et sociétales qui divisent depuis plusieurs années les Français ou les opposent à leurs gouvernants sont en partie dues à l’ignorance ou au refus de ce que doit être une véritable action politique : une attention, non seulement à l’intérêt général, mais surtout au « Bien commun », c’est-à-dire au bien de tous les hommes et de tout l’homme : l’homme, la femme, les enfants, ne peuvent se réduire à des objets de consommation égoïste pas plus qu’ils ne peuvent être réduits en esclavage par un ultra-libéralisme sauvage et agressif que ne parvient plus à maîtriser un Etat affaibli, qui s’est volontairement soumis aux directives supranationales d’une Union européenne ultra-libérale.

Samedi prochain, à Quimper ou en Morbihan, de grandes manifestations s’annoncent pour tenter de sauver une Bretagne au bord de l’asphyxie. Ne croyons pas que les problèmes rencontrés par les agriculteurs ou les routiers soient catégoriels et régionaux. Ces problèmes nous menacent tous, ici et partout en France. Le bien légitime des uns est aussi celui du corps social tout entier. C’est pourquoi j’encourage tous les Morbihannais, soucieux du bien des autres, au-delà de leurs diverses sensibilités, à manifester leur solidarité et leur engagement altruiste de la manière qu’ils jugeront la plus utile.

En ces jours où nous prions les Saints de Bretagne et les défunts de nos familles, et à l’occasion du 500èmeanniversaire de sa mort, qu’Anne de Bretagne soit pour nous un guide, elle qui fit graver dans le marbre de son contrat de mariage « pas d’octroi sur mes terres », ce qui vaut encore aux Bretons aujourd’hui la gratuité de leurs voies expresses…

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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7 Commentaires

  1. Bravo !! Monseigneur, les gens Quiberon vous remercient vivement et viendront.

  2. Trugarez d’an aotrou ‘n eskob Centène, klod dezhañ !

  3. Bravo, Monseigneur, pour ce texte courageux qui vous vaudra de nombreuses critiques.

    Pourtant… avec d’autres mots, le Pape François a tenu en Sardaigne le même propos que vous : « …Et là où il n’y a pas de travail, manque la dignité. Et ceci n’est pas un problème de la Sardaigne seulement – même s’il est fort ici – ce n’est pas un problème de l’Italie ou de certains pays d’Europe, c’est le résultat du choix mondial, d’un système économique qui conduit à cette tragédie : un système économique qui a au centre une idole qui s’appelle l’argent….. »

    Le Jésuite-économiste Gaël Giraud a raison : les chrétiens ne peuvent plus se taire. Je constate d’ailleurs avec plaisir que la presse chrétienne est très sensible à ces sujets, qui nous ramènent au drame de la pauvreté.

    Croyez à mes sentiments respectueux

    Bertrand de Kermel

  4. Très bon mot de Mgr Centène: une réflexion toutefois: pour toute crise économique et sociale, on nous dit: »il n’y a pas d’argent! » Pour simplifier: on nous demande de choisir entre fabriquer du pain ou fabriquer une route, parce qu’il n’y a pas en face ces bouts de papier que l’on appelle « argent », ou leur équivalent numérique, et ce ALORS MEME QUE NOUS AVONS LES BRAS, LES CERVEAUX ET LES MATIERES PREMIERES POUR FAIRE LES DEUX. Par conséquent, le vrai problème réside dans le principe même de la fabrication monétaire et sa distribution, elles-mêmes subordonnées à l’être humain, qui doit choisir entre mettre la Vie au service de l’argent, ou de mettre l’argent au service de la Vie.
    Une des solutions devrait passer par la fabrication de l’argent en fonction de la production et de la consommation (et donc création d’argent sans intérêts), au lieu de le créer en fonction d’un stock d’or (autrefois) ou des marchés financiers (aujourd’hui) qui ne reflètent en rien le réel.

  5. Les Bretons ignorent trop souvent leur histoire: en effet, selon le traité de 1532 (traité international entre 2 nations: la Bretagne et la France), l’état Français ne peut lever d’impôts ou taxes sans le consentement des états de Bretagne, et, par là, de sa population. Or, ce traité n’a jamais été légalement aboli en 1789 pour la simple et bonne raison que ceux qui ont signé son « abolition » n’ont jamais été mandaté par les états de Bretagne. Légalement, ce traité est toujours d’actualité, d’autant plus que l’aspect temporel n’existe pas pour les traités. De plus, en droit international, les traités prévalent sur les lois.
    Pour abolir ce traité, il faudrait dans ce cas redonner une structure juridique distincte à la Bretagne, comparable aux « Etats de Bretagne », Etats soumis à la volonté de la population elle-même. Même si les Etats de Bretagne n’existent plus de fait, ce traité reste en vigueur en droit international. Cette « ecotaxe » est donc illégale en droit international, au même titre que toutes les taxes et impôts d’aujourd’hui. Pour autant, il est nécessaire de participer à l’effort commun et à la chose publique, en s’acquittant de son devoir, c’est à dire en payant l’impôt. Mais il est aussi du devoir de chacun de dénoncer une injustice (paiement des voies de communication…) et une pression fiscale de plus en plus insupportable.

  6. En fait, cela est un peu plus compliqué (ou plus simple, au choix). D’après Louis Mélennec qui a beaucoup creusé le sujet, il n’y a pas eu de traité de 1532, car ce dernier s’avère être un édit. Or la Bretagne était totalement souveraine au moment de cet édit, qui s’avère donc être nul et non avenu.

    Nous vous invitons à lire le blog de Louis Mélennec à ce sujet : http://blog-louis-melennec.fr/2010/11/26/le-faux-traite-d-union-de-1532-une-nouvelle-giffle-pour-les-falsificateurs-de-lhistoire-bretonne/

  7. Effectivement, les études de L. Melenec se tiennent. Précisons cependant que dans le traité (ou l’édit)de 1532 était stipulé que si une clause de ce traité était violée, la couronne de Bretagne était à nouveau détachée de celle de la France. Toutes les clauses ont été violées.
    Par conséquent, dans les deux cas, la Bretagne est souveraine en droit international, même si elle ne l’est pas dans les faits.
    Les deux thèses aboutissent au même résultat: les impôts et taxes perçues en Bretagne sont illégales en droit international. Et pourtant, les Bretons subissent une pression fiscale insupportable de la part de l’Etat. C’est donc aux Bretons de dire s’ils veulent continuer dans la voie de » la vie au service de l’argent » ou s’ils veulent mettre « l’argent au service de la vie » (cf commentaires d’Arzel Mari)…et cela est vrai par ailleurs pour tout le reste de la France et au-delà…Savoir si l’on continue avec le veau d’or ou si l’on se tourne vers la Vie, vers son prochain…

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