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[PARDONS DE BRETAGNE] La Trinité, en Quéven

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

pardon de la Trinité Quéven

Le Pardon de la Trinité en Quéven est sans doute l’un de ces multiples petits pardons qui fleurissent dans nos campagnes et sur lesquels nous devons nous attarder. En effet, si la chapelle n’a pas le charme granitique d’un édifice ancien élevé dans les bois, et pour cause puisque la chapelle de la Trinité a été remontée après la seconde guerre mondiale, il n’en demeure pas moins que l’office lui-même porte en lui les recettes d’un renouveau à plusieurs titres, renouveau sur lequel la paroisse de Quéven pourrait sans aucun doute s’appuyer.

Commençons par la messe elle-même : un bon équilibre  de cantiques en breton, en latin et en français, alternant un cantique breton à la Sainte Trinité avec la messe royale de Dumont (très bien reprise par l’assemblée) ou En marchant vers Toi, Seigneur, Melam holl… Des cantiques qui portent en eux-même la foi catholique et la transmet aux générations futures.

Gloér d’an Tad Eternel (enregistrement live PARDON DE LA TRINITE 2017) : 

 

La liturgie tient la route, même si le choeur, assez encombré, est difficile d’accès pour les célébrants et servants d’autel. Une petite équipe d’enfants de choeur était présente, montrant bien ici qu’une génération nouvelle peut très bien se retrouver lors de ces pardons.

Soulignons d’ailleurs ici une initiative du curé de Quéven le père Joseph Roger Lima : à l’issue de la messe avait lieu le baptême d’un enfant, non pas dans une cuve installée rapidement dans le choeur mais à la fontaine. Nous avions publié en 2015 un article poussant à faire le baptême lui-même à la fontaine quand ils sont programmés lors des pardons, article que nous reprenons partiellement ici :

 

Depuis quelques années, on célèbre en certains lieux des baptêmes lors des pardons. L’idée est très sympathique, encore que cela peut poser des problèmes sur le plan symbolique et liturgique (une chapelle n’est pas censée être équipée de fonts baptismaux). Cependant, dans une idée d’évangélisation, utiliser les pardons pour rayonner n’est pas une idée à écarter d’emblée.

Cela peut être en effet une cérémonie qui peut par ailleurs être riche de sens (notamment pour les familles des baptisés, qui la plupart du temps ne sont pas pratiquants). Malheureusement, quand cela arrive elle n’est pas assez mise en valeur et le sentiment que cela soit expédié après la messe et avant les réjouissances profanes existe. Pourquoi ne pas célébrer les baptêmes après la messe et la procession, à la fontaine et avant le feu de joie, reliant ainsi les symboles de l’eau et du feu propres aux pardons, à la liturgie baptismale ? Au lieu de cela, on a un baptême célébré en catimini après la messe dans la chapelle avec de l’eau puisée à la fontaine avant la messe dans une bassine en cuivre (d’autant plus que la procession à la fontaine a parfois été faite avant la messe). Pour avoir déjà assisté de nombreuses fois à ce genre de baptêmes, nous pouvons assurer que les familles sont plus souvent touchées par une liturgie du baptême à la fontaine après la messe, se sentent moins perdus et sont reconnaissants d’avoir été intégrés à la bénédiction de l’eau et du feu. Et ceci peut être l’occasion de chanter un beau cantique breton pour l’occasion. Il en existe plusieurs qui sont spécialement conçus pour ce moment.

Soit dit en passant, cela peut aussi être l’occasion d’une pastorale intéressante, en incitant à nettoyer les fontaines : dans combien de pardons voit-on au moment de la procession des fontaines sales, pleines de débris de verre, d’algues, de mousse, de cailloux, de morceaux de bois ? Pourquoi ne pas trouver des jeunes gens (les écoliers peuvent se sentir impliqués) qui n’ont pas peur d’entrer dans l’eau froide, leur donner un seau et une brosse, leur faire vider et récurer la fontaine (et le lavoir, quand il y en a un jumelé à la fontaine), et leur parler de la pureté de l’eau… et du baptême.

baptême la Trinité QuévenNous recevons régulièrement par des prêtres ou des laïcs les échos de chapelles des informations qui vont en ce sens, certains célébrants baptisant avec l’eau des fontaines, ou d’autres qui à l’instar de la chapelle de la Trinité, font désormais les baptêmes auxdites fontaines si ces baptêmes n’ont pas lieu dans l’église paroissiale et ses fonds baptismaux mais lors d’un pardon. La manière dont cela a été fait à la Trinité a, de même, touché la famille du baptisé… mais plus encore, a contribuer à redonner un certain sens à la procession vers la fontaine, à la bénédiction de la fontaine elle-même, touchant plus d’un pardonneur.

A l’issue de la messe et de la procession avait lieu un tantad et une bénédiction des animaux, suivi d’un moment convivial, durant lequel les musiciens locaux se sont succédé, contribuant à une dimension communautaire qui est malheureusement souvent absente de nos messes paroissiales.

Sans aucun doute, ce pardon qui cette année a attiré une centaine de pèlerins, pourra drainer de nombreuses personnes en continuant sur cette lancée… et en communiquant un peu plus l’information auprès des paroissiens de Quéven, qui viendrait alors peut-être plus nombreux.

Pardon de la Trinité - QUEVEN
Photo Ar Gedour 2017 – DR

Points forts :

  • une messe trilingue, ancrée dans la tradition de Bretagne et respectueuse de la liturgie demandée par le Concile Vatican II
  • la volonté de lier pardon et pastorale : il ne s’agit pas de simple sauvegarde d’un patrimoine mais bien d’utiliser la tradition comme outil d’évangélisation.
  • une équipe locale motivée, soutenue par le curé de la paroisse.
  • inviter les paroissiens à venir faire baptiser leur enfants à cette occasion est une excellente idée qu’il serait bon de perpétuer.

Points à améliorer

  • la création d’une petite schola composée de personnes du village et de quelques personnes motivées pourrait être une idée intéressante.
  • Une invitation auprès d’autres chapelles locales ou de chapelles dédiées à la Trinité pourrait contribuer à créer des liens d’avenir. Chacun venant avec sa bannière, évidemment.
  • enlever du choeur tout ce qui est inutile de manière à ne pas gêner les officiants, à ne pas polluer le regard et se tourner ainsi vers Dieu seul.
  • il serait bon d’avoir deux personnes chargées de la sécurité au début et à la fin de la procession.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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