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Parole de la semaine – 20e dimanche du temps ordinaire

Pour ce 20ème dimanche du temps ordinaire, l’Eglise nous invite à méditer sur trois textes qui traitent du problème de l’évangélisation des juifs et des païens. Le premier texte, Isaïe 56, 1-7, évoque la venue des païens au vrai Dieu. On remarquera que ces étrangers qui viennent vers la Maison du Seigneur doivent se conformer aux coutumes du pays… ! L’Evangile nous rapporte le célèbre épisode de la rencontre de Jésus et de la femme cananéenne (Matthieu 15, 21-28). Demandant la guérison de sa fille, elle se heurte d’abord au silence du Christ. Voici la fin de l’homélie :

 

Père Michel Viot[..;]Mais Dieu agit toujours après le silence. Pensons au grand silence d’avant la création dans la tradition juive. Après le silence de Jésus la femme se heurte à deux paroles. La première est une déclaration dont elle devrait logiquement déduire que Jésus ne peut rien pour elle puisqu’elle ne fait pas partie des brebis de la maison d’Israël. Elle pourrait donc s’en aller sur ce simple constat d’incompatibilité. Ce serait sans risque personnel pour elle, sinon pour sa demande pour sa fille, mais commode en tout cas pour tout les autres.

Ce genre de départ devant certains énoncés religieux qui forcent à prendre des risques si on insiste, n’est-ce pas au fond l’attitude de beaucoup devant des règles ou des lois divines qui semblent les rejeter. Et ce genre de fait n’existe-t-il pas aussi jusque dans l’Eglise elle-même lorsque l’on n’ose pas exposer sa vérité à la lumière de la révélation qui passe en tout ou en partie par le jugement de l’Eglise. Mais il pourrait aussi y avoir attitude agressive de la part de la femme, Jésus fait du communautariste religieux, il fait l’apologie du ghetto ! Quelle horreur devant l’égalité républicaine dont on aime tant parler aujourd’hui. Eh bien la femme ne proteste pas, elle ne va pas ameuter des excités contre Jésus et les siens. Elle dit humblement « Seigneur viens à mon secours. »

Contrairement à ce qui s’est passé dans notre texte de dimanche dernier, Pierre avec les mêmes paroles avait été immédiatement exaucé. Cela dit Pierre était connu de Jésus et des autres, et tous voyaient son naufrage. Jésus bien évidemment sait ce qu’il y a dans le cœur de cette femme, mais pas les témoins. D’où une autre parole assez agressive celle-là, à la limite même de l’injure, qui aurait pu encourager cette femme à fuir définitivement ou à revenir avec un autre groupe de femen par exemple, si cela avait existé à l’époque ! Quelle leçon veut encore donner Jésus ?

Se méfier de la fausse humilité, si courante dans les milieux religieux qu’elle en devient un réflexe. Et je puis vous dire que dans l’Eglise, les laïcs et les ministres sacrés sont dans une totale égalité fraternelle !

La femme va accepter de faire partie de ces petits chiens, mieux elle va reprendre l’image de Jésus et la développer d’une manière prophétique. Car il faut bien s’entendre sur cette affaire de miettes qui tombent de la table des maîtres. Là encore il ne faut pas trop presser les images. Cela ne veut pas dire, ce qui serait contraire à tout l’Evangile, à saint Matthieu comme à saint Paul, que les païens n’auront que des miettes du salut, autrement dit ne gouteront pas la plénitude de ce salut.

Ce sur quoi notre attention est attirée, c’est sur le fait que les maîtres laissent tomber de leur table la nourriture, tout comme les juifs ont laissé l’Evangile à la porte de leur synagogue.

Chassés par les juifs hostiles au Christ, les missionnaires chrétiens se sont tournés vers les païens. Ils ont été rejetés de la table du peuple élu, les maîtres, pour tomber apparemment plus bas sur les poussières païennes.

Ainsi la femme est ressortie vainqueur de ce combat spirituel avec le Christ, combat qu’il faut savoir accepter pour aller jusqu’au bout de son amour du prochain et aussi et surtout de son humilité devant Dieu.

Luther aura quelques phrases percutantes en parlant du jeu sérieux que Jésus joue avec la cananéenne, et je le cite : « C’est un véritable bordel pour la foi quand Dieu se montre autrement que quand il se laisse précher. Grâce et Evangile sont préchés et maintenant il se montre comme un ennemi. Cela implique un grand art que de laisser Dieu être véridique. » Mais encore faut-il être parvenus au même degré d’humilité devant Dieu que la cananéenne pour sentir, comme le disait Calvin à son sujet : « qu’on lui ferme la porte non pas pour l’empêcher du tout d’entrer, mais afin que d’un plus vif effort de la foi elle y traverse comme par les fentes. »

 

Extrait du livre « A l’écoute de la Bible, homélies Dimanches et fêtes – Année A », Artège 2013. Commande possible via ce lien

À propos du rédacteur Père Michel Viot

Prêtre catholique, ancien pasteur et évêque luthérien, ancien franc-maçon. Jusqu’à récemment il était aumônier de prison et vicaire épiscopal du Diocèse de Blois. Il est aujourd’hui aumônier militaire chargé des anciens combattants et rédacteur occasionnel pour le blog breton Ar Gedour.

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