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[PLOUARET] Halloween a été fêtée dans une chapelle

Photo Le Télégramme

L’observatoire de la christianophobie vient de dénoncer un évènement qui a eu lieu à l’occasion d’Halloween dans une chapelle de Plouaret (Diocèse de St-Brieuc & Tréguier).

Une publication du Télégramme a initialement fait part d’une veillée qui s’est déroulée le 31 octobre, soir d’Halloween, à la chapelle Sainte-Barbe. Cette ancienne chapelle seigneuriale classée est située dans le bourg de Plouaret, à l’ouest immédiat de l’église paroissiale.

 

Une soirée pour Halloween

À la nuit tombée, rapporte le quotidien, “Jeff Noa, de la compagnie Via Cane, a emporté petits et grands dans l’univers fantastique des contes à l’ombre de masques grimaçants. Les quelque 75 participants ont ensuite partagé une soupe de sorcière en dévorant force bonbons et pop-corn. Cet événement concluait le cycle 2019 qui a connu un beau succès populaire.”

Nous joignons la photo qui montre le décor de ce spectacle. Voici aussi les photos du compte facebook de Plouaret :

L’observatoire fait remarquer que cette chapelle à la longue histoire est désacralisée depuis longtemps et que le bâtiment étant propriété de la commune de Plouaret on pourrait dire qu’elle est libre d’y faire et d’en faire ce qu’elle veut… “Sauf qu’il s’agit d’un ancien lieu de culte et non d’une grande dîmière, et que l’endroit est toujours décoré d’un autel, de statues catholiques et d’un grand crucifix, comme on le voit sur l’illustration. Une telle manifestation accompagnée de « masques grimaçants » et de la dégustation d’une « soupe de sorcière », n’a vraiment rien à faire dans un tel lieu. S’il ne s’agit pas, à proprement parler d’un acte christianophobe, c’est à coup sûr un mésusage d’un lieu autrefois chrétien et qui en conserve encore le décor. C’est indécent” rapporte le site internet.

Une précision s’impose cependant : cette soirée a été le point d’orgue d’une exposition en lien avec cet événement, consacrée aux masques et costumes habités des traditions populaires du monde. “Des bêtes sacrées de l’Indonésie à la réinterprétation des personnages des carnavals européens, partez à la découverte d’un art ancestral, lien de l’homme à l’animal, de l’inanimé au vivant” disait le pitch. Cette exposition est une nouveauté 2019 de la compagnie Via Cane qui proposait déjà des spectacles en déambulatoire mettant en avant ces traditions, notamment un univers intitulé Les Fêtes Païennes, et dont Via Cane réutilise ici le matériau. En juillet 2018, Jean-Frédéric Noa, le metteur en scène, livrait à propos de ce spectacle de rue : “On trouvait important de développer ce  thème sur les fêtes médiévales. Cela permet de réinterroger le spectateur dans ce qu’il vit aujourd’hui. Ces fêtes païennes étaient plutôt transgressives [….] On tourne toujours autour de la thématique de l’humain. On interroge l’humanité, dans tous les sens, que ce soit sur des spectacles à ton humoristique, poétique ou plus réflexif. Il y a une base d’inspiration lié à l’inconscient collectif, aux contes et aux légendes.” Pourquoi pas…  libre à chacun de développer un point de vue artistique, surtout si cela est fait avec talent et est bien à-propos.

Un rappel pour le futur

Cependant, selon nos sources, la chapelle dans laquelle a eu lieu la soirée n’est pas exécrée (désacralisée), des messes y sont célébrées et la chorale paroissiale y répète régulièrement. C’est donc un lieu de culte toujours utilisé.

Toujours selon nos informations, le clergé local – qui est donc affectataire du lieu – n’a pas donné d’accord sur cette initiative dont il n’avait pas connaissance. Il n’est pas inutile de rappeler aux organisateurs que c’est au recteur de l’ensemble paroissial local de donner un accord, selon la loi en vigueur, et à personne d’autre -y compris la mairie- sauf à bafouer les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, comme nous l’avions déjà précisé dans une précédente publication. Rien ne peut se faire sans en avertir au préalable l’affectataire du lieu (le recteur) et l’obtention d’un accord explicite de sa part.

Le côté “vieilles pierres” d’une chapelle peut être enthousiasmant pour organiser des soirées à thèmes, mais il revient aux organisateurs de savoir dire non quand l’événement n’est pas en phase avec l’esprit du lieu ou peut même être choquant quant au mélange des genres.

Ici, non seulement organiser une soirée conte basée sur Halloween peut être problématique suivant l’approche qu’on en a (car est-on resté sur des textes de Luzel dont la soirée portait le nom ?) mais plus encore, n’importe quelle personne un peu renseignée sur ces représentations de créatures anthropomorphes sait ce qui se cache derrière les “masques habités” et en quoi il y a problème dans une initiative qui fait cohabiter ces masques et le Christ en croix, d’autant plus que si certains des masques présentés sont des artifices de carnaval, d’autres s’approchent des masques de raphia de l’univers vaudou ou des panthéons d’Asie. Or le masque habité – sauf pour l’occidental qui pense qu’il s’agit la plupart du temps d’une marionnette inoffensive habitée par un humain – n’est ni plus ni moins qu’un masque sacré, notamment dans le vaudou. Selon les traditions des cultures portant de tels masques, le mouvement de ceux-ci  est une manifestation de l’esprit (esprit ancestral, génie…) qui l’habite provisoirement. Le porteur ne fait que subir les assauts de l’esprit et tend à une symbiose dans sa danse sacrée avec l’entité. C’est un objet de culte à l’opposé total du christianisme et n’a donc rien à faire dans un lieu de culte chrétien. Nous pourrions développer théologiquement cette affirmation mais là n’est pas notre propos. La transgressivité (même sans qu’il y ait volonté d’offenser) n’est pas la bienvenue : si je suis invité chez un ami qui n’a pas les mêmes convictions que moi, je m’abstiens par délicatesse de développer un point de discorde. Il en va de même pour les artistes / organisateurs qui sont enthousiasmés par la beauté des lieux de culte chrétiens (chapelles et églises… voire même en ruine) et y demandent l’hospitalité.

Un minimum de bienséance est attendu.

Si cette manifestation n’est pas un acte de christianophobie – tout le monde peut interroger sur l’humain –  il n’en demeure pas moins qu’elle n’avait rien à faire dans cette chapelle. Soyons clairs : notre propos n’est pas de contester la démarche artistique qui mérite certainement d’être interrogée du point de vue chrétien, mais qui nécessite de la délicatesse de toute part. A-t-on demandé aux organisateurs s’ils pensaient qu’une chapelle était un lieu approprié pour ce spectacle ? En quoi une chapelle est-elle plus adaptée qu’une ancienne demeure avec une cheminée, invitant le spectateur à participer à une veillée comme on en faisait jadis ?

Soyons donc vigilants (y compris en mettant en place des réseaux locaux) et quand on a un doute, alertons nos pasteurs – qui ne peuvent être au courant de tout ce qui se passe sur les vastes territoires qu’ils doivent desservir – pour que ces spectacles soient délocalisés dans des lieux adaptés. Voici une raison parmi d’autres de ne pas abandonner nos chapelles …

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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3 Commentaires

  1. “Chapelle désacralisée depuis longtemps” peut-on lire dans l’article.
    Depuis longtemps ?
    Pourtant un pardon y fut célébré le 3 décembre 2017 avec messe et procession.

  2. Rendez-vous compte ma bonne dame, encore un exemple qui vérifie le fiasco de la réforme conciliaire ou la Révolution dans l’Eglise qui entraîne des événements sataniques spontanés .
    Ces jours-ci, au Vatican, on fait carrément vénération sinon adoration des idoles d’Amazonie sous prétexte d’acculturation.

    Au bout du bout, ma bonne dame, on vérifie ainsi que la foi catholique se perd, à Rome d’abord et y compris, et comme les pêcheurs et les bretons le savent le poisson pourrit par la tête…

    L’avenir ne nous appartient pas. Notre refus de leurs compromissions qui ont ruiné leur autorité comme l’abandon de la foi de nos pères ne sont pas négociables.

    Le Bon Dieu reconnaîtra les siens.

  3. Les enfants, assis dans la chapelle, devant un crucifix assez classique de facture – les bras grands ouverts comme pour accueillir tout un chacun – ces enfant sont-ils été éduqués ou sensibilisés à comprendre ce que représente ce crucifix?: une histoire vraie (et actuelle), tout autre chose que les grimaçantes et grotesques, et très païennes, figurines à tête de citrouille!

    La culture, c’est encore mieux quand elle accompagne la civilisation.

    Gwelloc’h ar sevenadur eget ar sitrouilhezenn!

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