Saints bretons à découvrir

Pourquoi mettre des cantiques bretons dans nos églises ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Certains se demandent parfois quels cantiques choisir suivant les cérémonies et les instants de la messe. Les cantiques bretons ne sont que peu utilisés, Si les remarques « oui, mais les gens ne connaissent pas le breton » ou encore « l’assemblée ne connait pas ce cantique » sont fréquentes, il est intéressant de se pencher sur l’intérêt de l’usage du breton dans les églises. 

 

Nous sommes en Bretagne. Evidence. Il est donc bien évident que la langue bretonne doit être utilisée dans les célébrations. Non seulement pour cette raison, mais aussi parce que le décret Ad Gentes (issu du Concile Vatican II dont tant se réclament) rappelle que «  la semence qu’est la Parole de Dieu, venant à germer dans une bonne terre arrosée de la rosée divine, y puise la sève, la transforme et l’assimile pour porter enfin un fruit abondant. Les Eglises particulières ont donc à emprunter aux coutumes, aux traditions, aux leurs arts, à leurs sciences… tout ce qui peut contribuer à confesser la Gloire du Créateur, mettre en lumière la Grâce du Sauveur et ordonner comme il le faut la vie chrétienne. » (AG III, 22)

Le Cardinal Daniélou, rappelant que « si l’unification de l’humanité consistait à créer une uniformité, elle serait la destruction d’une des choses les plus précieuses de l’humanité et qui est la richesses des différentes cultures » précisait qu’u« humanisme intégral est celui où l’Afrique, la Chine, l’Amérique et les anciens pays d’Europe apportent chacun et leur langue propre et leur culture propre et leur génie propre. » Evidemment, la Bretagne aussi  a sa langue et sa culture propres et un humanisme intégral nécessite donc de ne pas participer à l’éradication de la langue et de cette culture, mais d’en faire la promotion à la lumière de l’Evangile, comme le précise toujours le décret Ad Gentes (III, 22) : «  …la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées de la lumière de l’Evangile, de chaque famille des peuples… »

 

Dans une Bretagne majoritairement francisée, mais pourtant attachée à une culture et à une langue millénaire, nous nous devons de « connaître cette culture, de la purifier, de la conserver, et de la développer selon les situations récentes, enfin lui donner sa perfection dans le Christ, afin que la foi au Christ et la vie de l’Église ne soient plus étrangères à la société dans laquelle nous vivons, mais commencent à la pénétrer et à la transformer. » (Ad Gentes).  Il ne s’agit donc pas simplement de conserver un patrimoine, mais d’être dans une dynamique missionnaire

 

En ce qui concerne les cantiques, nombreux sont ceux qui peuvent être utilisés, portant d’autant plus une théologie limpide. D’autres cantiques sont certes parfois à revoir. C’est pourquoi le site Kan (an) Iliz vous propose des solutions suivant vos critères de sélection (temps liturgique, solennité…) et dans le respect de la liturgie. Rappelons ainsi que dans sa Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, le Pape Jean-Paul II avait  indiqué l’effort pour enraciner la liturgie dans les diverses cultures comme une tâche importante pour le renouveau liturgique. 

Mais, nous en sommes conscients, il est parfois difficile de proposer du breton dans certaines paroisses, cela par manque de connaissance des textes (lettres pastorales, décrets du Concile, encycliques…) et des cultures locales par des personnes pourtant de bonne volonté. Il est nécessaire de porter à leur connaissance les défis de l’inculturation de la foi (Pape François), puis peut-être de proposer une approche qui n’est que peu utilisée pour l’instant  : pendant un temps, il fut à la mode de franciser des cantiques bretons. Certaines personnes travaillent donc à inverser cela, en bretonnisant des cantiques français. Très connus en paroisse, ils seront donc facilement repris par les animateurs et par les assemblées qui ne sont plus habituées à la langue bretonne. Peu à peu, il sera possible de réhabituer les assemblées à chanter en breton chaque dimanche, et non simplement lors des pardons. Elles sauront ce qu’elles chantent grâce aux traductions proposées sur les feuillets et apprendront ainsi peu à peu la langue, en la pratiquant tous les dimanches.

 

Ajoutons enfin que les festoù-noz et festivals bretons drainent des populations importantes, attachées à la culture bretonne. En tenant compte de ces éléments, et en les associant à une volonté missionnaire, les églises locales verront venir des personnes issues des « périphéries », pour reprendre un terme actuel. Elles verront revenir des gens qui se sentaient exclus, et apparaître des personnes attachées à notre culture mais loin de l’Eglise. Soyons-en conscients : tant que nos églises ne se rempliront pas, la Bretagne n’ira pas mieux. L’avenir de la Bretagne est donc dans nos églises. Alors….ça vaut sans doute le coup d’essayer ! 

 

Eflamm Caouissin

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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2 Commentaires

  1. « oui, mais les gens ne connaissent pas le breton » ou encore « l’assemblée ne connait pas ce cantique »…

    J’ai toujours été frappé de constater la différence flagrante du chant de l’assemblée entre cantiques français et cantiques bretons dans les différentes paroisses bretonnes que j’ai pu fréquenter : à chaque fois, l’assemblée chante plus lorsqu’il s’agit de cantiques bretons et laisse l’animateur (peut-on parler de chantre ?) chanter sur les cantiques français.
    Avec ou sans livret, avec ou sans accompagnement à l’harmonium, avec ou sans animateur : à chaque fois, l’assemblée chante plus et mieux les cantiques bretons que les cantiques français.

    Et ceux-là nous épargnent les libertés théologiques parfois douteuses de ceux-ci… 0_°

    Et si l’on ne sait quels cantiques prendre, on peut déjà piocher dans l’ordinaire : un Gloar da Zoue ou un Credo en breton est toujours préférable aux approximations dépassées d’un « Je crois en Dieu qui croit en l’homme » (et qui fait chanter la vie, par la même occasion). 😉

    Je pense que le plus gros frein vient des « équipes liturgiques » qui n’ont pas de formation liturgique à proprement parler, qui ne connaissent que très peu la signification des chants et des différents temps de la liturgie et des célébrations. Si l’on ne comprend pas ce que l’on fait, on ne sait pas forcément qu’on le fait mal ou de manière perfectible.
    Malheureusement, il y a également un manque d’initiative personnelle car il est maintenant possible de se former facilement : la Présentation Générale du Missel Romain est une bonne base et internet fourmille de ressources intéressantes, notamment sur les sites des diocèses, du vatican…

  2. Vous avez raison. C’est vrai que lorsqu’on discute avec les animateurs paroissiaux, les sacristains, etc… peu d’entre eux ont lu la Présentation Générale du Missel Romain, pourtant essentielle pour des gens qui s’engagent.

    C’est pareil pour les textes du Concile, qui ne sont finalement que peu connus par ceux-là même qui s’en réclament.

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