
Le choix il y a quelques jours du conseil municipal de Quistinic de donner le nom de Marcel Blanchard à une allée – bientôt inaugurée – déclenche des réactions contrastées. Homme d’Église, fin musicologue et amoureux de la Bretagne, figure respectée par beaucoup… mais dont le souvenir s’inscrit dans un contexte local complexe.
Un recteur enraciné dans la culture bretonne
L’abbé Marcel Blanchard est décédé le 1er mai 2022, à l’âge de 98 ans, dans la maison de retraite Saint-Joachim, à proximité de la basilique de Sainte-Anne d’Auray.
Né le 1ᵉʳ décembre 1923 à Gourin, il fut ordonné prêtre en 1947 par Mgr Bellec. Tout au long de sa vie cléricale, il s’est appuyé sur une profonde sensibilité pour la langue, la liturgie et la culture bretonne, figure majeure de l’Emsav catholique breton.
Un engagement liturgique et musical au service de l’identité
Dès ses débuts comme vicaire-instituteur à Locmiquélic, puis dans les paroisses environnantes, Marcel Blanchard s’est investi dans la musique religieuse, la danse, le chant breton et la transmission de la langue bretonne.
Il prit la direction de la Kerlenn Pondi dès 1953, où il insuffla des innovations : redécouverte de danses bretonnes, introduction d’airs asymétriques dans le répertoire du bagad, création de formes musicales nouvelles, et liaison entre tradition populaire et scène. Il épaula aussi le Bagad de Saint-Yves-Bubry.
Quand il devint recteur de Quistinic en 1971, il mit en œuvre une liturgie trilingue — français, latin, breton — en veillant à la beauté, à la musicalité, à la formation d’organistes et chorales. Il accompagna aussi de ses conseils le groupe des Kistinidiz ou encore le couple bombarde / orgue formé par Jean-Claude Jégat et Louis Ihuel. Autant dire que le monde culturel breton lui doit beaucoup, et c’est même en ce sens qu’Ar Gedour avait regretté qu’il n’ait jamais reçu le Collier de l’Hermine.
Dimensions spirituelles, pastorales et militantes
Mais au-delà de la dimension culturelle, le côté spirituel n’est pas en reste. Marcel Blanchard se disait « curé de campagne » : il voulait, autant que possible, garder un lien direct avec les réalités locales. Il gérait, par exemple, les biens paroissiaux via une association dédiée, selon le modèle d’avant Vatican II.
Il fut également exorciste du diocèse de Vannes pendant de longues années, parlant du diable avec clarté dans ses homélies ou interviews — un rôle rare et parfois controversé dans le clergé de son temps.
Militant breton dans le milieu catholique, il fut à l’origine du mouvement Beleion Breizh, signataire d’une pétition pour la libération de trois prêtres bretons emprisonnés à l’occasion du premier FLB (Front de Libération de la Bretagne), et animateur du mouvement Kristenion Breizh aux côtés d’abbés et de laïcs. Il célébra longtemps des messes en mémoire de l’abbé Perrot et de militants bretons, à Koad Kev le lundi de Pâques. En bref, avec ses qualités et ses faiblesses, il était prêtre hors-les-murs que chacun peut se donner.
Mémoire locale : des hauts et débat
Le projet de donner le nom de Marcel Blanchard à une rue à Quistinic n’est pas dénué de sens : la commune a bénéficié de son ministère pendant plus de quarante ans, et beaucoup de familles se souviennent de son investissement liturgique … et culturel. C’est donc dans cette logique que la municipalité souhaite baptiser à son nom une allée qui mènera à la résidence pour personnes âgées autonomes qui sera bientôt équipée.
Mais ce choix ravive aussi des débats historiques, injustement attaqué par un élu communiste d’opposition et faisant de Marcel Blanchard un « suppôt » de l’abbé Perrot. Peut-être que Marcel Blanchard savait, lui, que le monde culturel breton doit beaucoup au recteur de Scrignac abattu comme le Père Jerzy Popiełuszko en Pologne. Certains habitants – minoritaires évidemment – estiment que l’hommage aurait dû être précédé d’une réflexion plus nuancée sur la mémoire collective locale.
Et si la réflexion pouvaient devenir plus nuancée également chez eux ? Car malgré le débat, en toute objectivité, le legs de l’abbé Blanchard est tangible : la liturgie enrichie, le chant breton, le lien entre foi et culture locale, les jeunes qu’il a encouragés, les innovations musicales qu’il a initiées et qui existent toujours. Des associations culturelles et musicales en Bretagne reconnaissent encore aujourd’hui son influence. Même dans ses obsèques, des symboles forts l’accompagnèrent : son cercueil fut recouvert du Gwenn ha Du, et le Bro Gozh fut chanté. Sans oublier qu’au-delà de cette dimension bretonne, il a accompagné tant de gens dans leur vie de foi ou vers leur dernière demeure, dans leurs joies et dans leurs peines. Comment peut-on faire abstraction de tout cela en pointant du doigt, sur une vision caricaturale et limitée, la vie donnée d’un homme ?
Il est étonnant que ceux qui prônent la paix dans le monde et la tolérance soient les premiers à stigmatiser ceux qui ne sont pas en accord avec eux, à créer des murs et des tranchées plutôt que d’aller vers le dialogue et la fraternité. A reconnaître ce qui se fait de bien. A ce rythme, jamais sur la planète il ne sera possible d’aller sur un chemin de réconciliation. Ce que devrait être cette allée, photo d’un album de famille aux clichés divers, mais faisant partie d’une même grande histoire.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Je trouve ça bien qu’on lui donne le nom d’une rue !
bravo pour cette « mise au point » qui rend justice à un prêtre , prophète en son temps, et comme tel, décrié, « dans sa fratrie » …
J ai fréquente monsieur le recteur durant 35 ans
Rien a redire de lui ,tant auvpoint de vue religieux liturgique,morale,ou politique .sa seule croyance ,la foi en l Eglise de toujours et l amour de la Bretagne ,dépositaire de la foi,par les apparitions de ste Anne
Que messieurs les communistes balayent devant leurs portes, en songeant aux millions de mort de Staline ,dont ils revendiquent l idéologie
Merci a la municipalité,pour ce choix
Ya, an Abbad Blanchard en deus labouret a-hed e vuhez evit tud e barrez hag pelloc’h c’hoaz evit madelezh hor Vro-ni ,he sevenadur hag he yezh.
Merci de cette appui d’une délibération municipale adoptée très majoritairement et du rappel de toute l’œuvre de l’abbé Blanchard.
Il est plus aisé de donner un nom commun à une rue de village (rue du bois, du pont ou de la fontaine…) alors que le choix dune personne peut susciter une polémique. Nombreux en effet, sont les habitants qui ont été accompagnés dans leur vie de famille par le recteur qui exerça son ministère pendant plus de 40 ans à Quistinic.
Il était donc bien légitime que l’on donne son nom à une rue de la commune. .
Nous organisons le dévoilement de la plaque à son nom le samedi 29 novembre à 11h00 en présence de ses neveux et rendrons ainsi hommage à sa vie riche et belle au service de nombreux habitants (et au-delà, de beaucoup de familles du Morbihan).
AP
Maire de Quistinic
Les détracteurs de l abbé Blanchard sont eux des suppots d idéologies meurtrières: car comment qualifier le communisme et ses plus de 100 millions de morts? Qu ils réfléchissent un peu avant de salir post mortem un homme qui s’est totalement donné pour sa Foi, la Bretagne, et tout un chacun qui venait à Quistinic. Quand on a connu cet homme réellement, on ne peut qu’avoir un profond respect pour lui….
J ai connu l abbé Blanchard, et ses messes trilingue qui attiraient du monde. L Eglise était pleîne…Ainsi, à Noël ou Pâques, beaucoup faisaient jusqu’à 1h30 de route pour assister aux offices d’une tres grande beauté et dune grande profondeur. Pour nous, plus de 30mn….En cette période où on déplore la baisse de.locuteurs Bretons, à Quistinic, la langue Bretonne vivait encore, grâce à lui…
J’ai connu ce prêtre plein de dévouement et de simplicité , proche des pauvres , respectueux des personnes , bretonnant , défenseur de la langue bretonne , excellent danseur , aimant la tradition .
Son nom est attribué à une rue de Kistinid par la commune , c’est un hommage à un homme droit et à un prêtre au service des autres et des familles .