Rêver pour bâtir : retrouver l’élan du possible

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Après avoir exploré les dangers d’un imaginaire saturé par le virtuel, et rappelé, avec Saint-Exupéry, la noblesse du rêve comme acte de fidélité à une rose, il est temps d’ouvrir une voie : non plus regretter, mais reconstruire. Non plus opposer l’écran et l’étoile, mais réconcilier le rêve et le réel. Car rêver, au fond, ce n’est ni s’échapper ni se perdre. C’est élargir le monde, agrandir l’espace de ce qui est pensable. Le rêve n’est pas l’ennemi de l’action : il en est l’origine secrète.

Le rêve, matrice de l’action humaine

Chaque invention, chaque métier, chaque trajectoire humaine commence dans un rêve. Pas un rêve confus et lointain, mais une vision intime, presque timide : celle d’un enfant qui s’imagine sur une scène, dans un laboratoire, dans une salle de classe, dans un cockpit. Le rêve n’est pas une fantaisie : c’est un futur possible que l’on commence à habiter en soi.

Sans rêve, pas de vocation. Sans vocation, pas d’élan. Et sans élan, pas de monde construit.

Réconcilier rêve et technologie

Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, les jeux vidéo, ou le numérique. Ils font partie du monde d’aujourd’hui. Mais il faut réapprendre à en faire des outils, et non des refuges. C’est dans cette perspective que des sas de rêves peuvent s’installer dans une vie qui semble réglée au cordeau. Certes, certains pourraient objecter qu’on souhaite revenir à l’âge de pierre en réfrénant certaines pulsions technologiques. Cependant, que les choses soient claires : le rêve retrouvé n’est pas un retour au passé, mais une reconquête de l’intérieur. Il ne s’agit pas de se déconnecter pour fuir, mais de retrouver, dans les interstices de la vie, le goût du projet et l’élan du possible.

Un jeu vidéo peut être un point de départ, s’il suscite une vocation : devenir développeur, designer, conteur d’histoires, ingénieur spatial. Encore faut-il que ce jeu ne soit pas une fin en soi, mais une porte vers autre chose.

Réapprendre à rêver concrètement

Rêver, ce n’est pas attendre que la vie nous arrive : c’est l’imaginer, la dessiner… et l’oser. Un adolescent qui rêve devient un être en marche, capable de soulever des montagnes. Il se projette. Il cherche. Il expérimente. Il est capable d’accepter l’échec parce qu’il perçoit un horizon. Capable comme l’y invite Rudyard Kipling dans son célèbre poème « If » : si tu sais méditer, observer et connaître sans jamais devenir sceptique ou destructeur, rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître, penser sans n’être qu’un penseur. Car rêver, c’est poser la première pierre d’un métier, d’un art, d’une manière d’être au monde.

Il faut donc redonner ce droit à rêver, et ce devoir aussi, à une génération qu’on a trop souvent incitée à suivre des modèles déjà faits. Le rêve retrouvé, ce n’est pas un luxe poétique : c’est un impératif éducatif, social, humain. Cela implique de libérer du temps et de recréer les conditions du rêve. De cultiver l’ennui fertile. D’accepter le vide. De ralentir. Cela implique que l’école, la famille, la société cessent de tout remplir, de tout prévoir. Un enfant a besoin de temps non structuré pour inventer sa propre structure. Et peut-être, parfois, il suffira d’un moment : une balade sans but, une nuit sous les étoiles, un livre offert, une phrase entendue, un silence respecté. Car les rêves naissent souvent dans les marges.


Le rêve retrouvé n’est pas une perte de temps dans le tourbillon de la vie quotidienne. Il n’est pas une distraction, mais un engagement naissant. Il ne s’oppose pas au réel car il en trace la forme à venir. Il est l’invisible qui pousse vers le visible, la pensée silencieuse qui deviendra action.

Il est temps de redonner aux jeunes la permission -et les moyens- de rêver leur futur, non comme une fuite, mais comme une promesse. Car, il faut se le redire pour ne pas l’oublier : rêver n’est pas s’absenter du monde. Contempler et rêver, c’est commencer à le bâtir autrement.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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