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SAINT YVES : d’un film à la nouvelle évangélisation ?

Depuis quelques années Saint-Yves,  patron de la Bretagne, est à la mode avec notamment les fameuses « Fest-Yves », en breton “Gouel Sant-Erwan”, pour faire en quelque sorte le « contre-poids » à la Saint-Patrick. Cela est trèssaint yves,creston,brittia films sympathique, sauf que les promoteurs de cette fête ont bien pris soin de la déconfessionnaliser, voire de la laïciser. Cette mentalité déplorable est, hélas, à la mode, et ce sont ces promoteurs eux-mêmes qui, dès la création des Gouel Erwan, ont tenu à le faire savoir. La qualité de « saint » étant retirée, ce n’était plus que la “fête des Yves, Yvonig, Yvette, des Erwan, Iwan, des Youenn”.  Il fallait que « tous puissent s’y « retrouver », y « adhérer ». C’est en somme comme pour Noël, devenu dans la sphère publique une «Joyeuse Fête» impersonnelle, sans référence au «Mystère de l’Incarnation», transposable de ce fait à n’importe quelle « sensibilité » religieuse ou laïque.

Très souvent, nous pensons innover dans nos idées ;  ce qui peut-être vrai dans certains cas, sur certains sujets. Mais pour le curieux qui ne pense pas que tout a commencé avec lui, qui se donne la peine de fouiller l’Histoire ou tout simplement les œuvres de ceux qui l’ont précédé, il sera étonné de constater que « son idée géniale et inédite », avait déjà été travaillée par des prédécesseurs, et parfois elle ne demandait qu’à être tirée de l’oubli et à être réactualisé avec les moyens de notre époque. Ainsi le curieux, à son travail d’érudit, y ajoutera le juste hommage à ceux dont les travaux lui seront précieux, et sa modestie n’en sera que renforcée…

1954 : UN PROJET DE FILM SUR SAINT-YVES

L’association « Brittia-Films » créé en 1952 par les frères Caouissin ( Herry, Ronan et Perig) est surtout connue pour ses deux films long-métrage, le « Mystère du Folgoat » et « L’enfance de Théodore Botrel ». Moins connus sont ses courts-métrages : Bleun-Brug, Autour du Blavet, Elorn rivière jolie, la Complainte de Moricette, la Lune de Landerneau.. Présenté à l’Unesco, le « Mystère du Folgoat » retiendra toute l’attention des Américains qui manifesteront le désir de 

saint yvesse procurer une version pour les Etats-Unis. Brittia-Films multipliait les projets de films, d’autant que par l’Histoire de Bretagne, ses héros ne lui donnait que l’embarras du choix. Parmi tous les sujets possibles, un fit l’unanimité : la vie de Yves Helouri de Kermartin, patron des Bretons, des avocats et des étudiants universitaires.

 

Nous sommes en 1954, le film « Le Mystère du Folgoat » est achevé et diffusé, et connaît immédiatement un succès mérité, tant en Bretagne que dans toute la France, dans maints pays d’Europe, d’Outre-Mer, Canada, en fait, partout où il y a une diaspora bretonne, et où Saint-Yves est honoré. Plus d’un million d’entrées seront totalisées. Mais une nouvelle production s’impose : ce sera donc « Saint-Yves ». Dans le prospectus de lancement destiné à intéresser des élus (cf ci-contre), des mécènes pour le financement, le Secrétaire Général du film, le professeur Charles-Yves Pollès explique ce choix :

« Il a été décidé que serait donné à la Bretagne un film digne d’elle dont le scénario est de Herry Caouissin et de son épouse Janig Corlay.. J’ai personnellement agi pour que le sujet ne soit ni la légende de la Ville d’Ys, ni Anne de Bretagne qui restaient toutefois au programme de Brittia-Films pour les années à venir, mais la vie du patron des Bretons, du patron des Universitaires, du patron des Hommes de loi du monde entier et enfin l’humble recteur de campagne : Yves Elori de Kermartin. Tous se sont ralliés à cette idée et le film à Saint-Yves a été décidé lors de la Semaine bretonne de Nantes ( 1954 )

Les personnalités civiles et religieuses de tout l’Ouest ont donné leur patronage…les pemières souscriptions ont permis les premiers tours de manivelle d’essais, les 19, 20 et 21 mai à Tréguier. Mais presque tout reste à faire, nous ne voulons ni d’un film d’amateur, ni d’un film de second ordre, mais d’un film qui fasse honneur à la Bretagne tout entière et à tous ceux qui, à quelque titre que ce soit auront participé à sa réalisation. ».

 

 

Suit l’appel au financement : « Un film de l’importance prévue coûterait de 50 à 80 millions de francs ( de 1954 ). Le devis de Brittia-Films, établi suivant la formule qui a permis la réalisation du « Mystère du Folgoat » ne dépasse guère 5 millions de francs. Il nous faut cette somme pour le mois d’août, date à laquelle tous les volontaires pour le film se donneront rendez-vous au Pays de Tréguier. Tous les acteurs seront des volontaires bénévoles, même les acteurs Jean-Pierre Kerien ( pour tenir le rôle de saint-Yves ), et Jarl Priel (qui joua le rôle de  Salaün ar Fol dans le Mystère du Folgoat ) sacrifieront généreusement leur mois d’août pour saint Yves et la Bretagne ». Et de proposer un mode de financement par souscription (le crowdfounding de l’époque) qui sera largement diffusé dans toute la Bretagne et bien au-delà. Le prospectus se termine par un appel : « Il n’est pas un catholique, il n’est pas un homme de loi, il n’est pas un universitaire en Bretagne, il n’est pas un Breton de par le monde qui ne verse sa participation au film sous forme de cotisation. Pour un cinéma culturel breton ! Pour Saint-Yves ! Pour la Bretagne ! souscrivez ! Apportez votre « Skodenn Sant Erwan ». Demain avec nos amis de Brittia-Films, je compterai ceux dont le cœur bat encore avec celui de la Bretagne ».

Aux personnalités religieuses comme Dom Alexis Presse de Boquen, ou Dom Godu à qui l’on doit avec l’abbé Perrot lesaint yves sauvetage de Landévennec, qui apportent leurs soutiens moral et spirituel, s’ajoute les concours d’acteurs professionnels comme, outre Jean-Pierre Kerien et Jarl Priel, ceux de Daniel Gelin, Noël Noël, Jean Danet, Noël Roquevert, Gaby Morlay, revendiquant leur attachement à leurs origines bretonnes. Le sujet du film est si fédérateur qu’il attire l’intérêt de d’autres grands noms du cinéma  : Sophie Desmaret, Jean Brochard, Charles Vanel, Alain Cuny, Arletty, Yves Montand. Un tel choix de personnalités ne pouvait qu’être de bon augure pour le film. Sacha Guitry ne sera pas insensible à ce projet qui correspondait parfaitement à sa vision du cinéma.

Le Révérend Père Dom Alexis Presse accepte avec joie de personnifier un de ses confrères du XIV ème siècle, le Révérend abbé de Saint-Martin-de-Troarn, Président du Tribunal Ecclesiastique qui dirigea les débats du Procès en canonisation de Saint-Yves.

Herry Caouissin va jusqu’à imaginer un argument publicitaire et de motivation original et sympathique en proposant à toutes les personnes portant le prénom de Yves ( en breton ou en français ) de tenir un rôle, si elles conviennent au casting. 

Quant à la musique du film, elle est confiée à Paul Le Flem. Mais est aussi sollicité l’œuvre du regretté Guy Ropartz qui dans les dernières années de sa vie a composé  pour le Bleun Brug une très belle « Cantate à Saint-Yves » avec chœurs, soliste et orgues, œuvre qui pourrait-être la musique du générique du film. A noter que Guy Ropartz était le fils de l’avocat Sigismond Ropartz, auteur d’une vie de Saint-Yves à la fin du 19 ème siècle.

Rien n’est donc laissé au hasard. A cet appel est parallèlement lancé une importante campagne de presse par dessaint yves articles dans tous les quotidiens régionaux pour intéresser la population (casting), et si possible la solliciter pour la création des costumes, mettre à disposition bâtiments de caractères, outillage, animaux, etc. C’est l’aventure du tournage du Mystère du Folgoat qui se renouvelle, mais en plus grand. En 1953 / 54, comme dans toute la première décennie du 20ème siècle, la Bretagne ne connaissait pas cette inflation de fêtes, de reconstitutions historiques, et encore moins de tournages de films, si ce n’était les chefs-d’œuvres de Jean Epstein comme « L’or des mers ». C’est donc à juste titre que l’on peut désigner les Bleun-Brug de l’abbé Perrot, et les tournages de Brittia-Films comme étant autant d’œuvres de pionniers. En mettant à contribution les populations locales, en les intéressant à leur Histoire, leur culture, avec pour règles l’authenticité, mais aussi l’affirmation sans concession d’une identité chrétienne et bretonne, les Bleun-Brug et les films des frères Caouissin furent, à leur échelle s’entend, et pour l’époque, les précurseurs de scénographies comme le Puy-du-Fou qui affiche sans complexe l’identité chouanne, chrétienne de l’Histoire de la Vendée, et le bénévolat motivé, loin des idéologies négatrices de l’Histoire chrétienne de nos Patries.

saint yves, crestonLe souci de l’authenticité, tant dans le scénario, que dans le choix des décors naturels, des costumes, des accessoires de toute nature va emmener Herry Caouissin à solliciter les talents du dessinateur René-Yves Creston. C’est ainsi qu’il va dessiner 30 planches de travail représentant les principaux personnages du film en costumes, avec annotations (cf ci-contre).

Le titre du film suscita une petite « polémique » : Fallait-il choisir pour titre « Saint-Yves de Vérité » ou « Yves de Vérité », ou plus simplement « Erwan ( ou Yves ) Helori » ?. Le professeur Pollès fit remarquer, qu’à la requête de plusieurs personnalités, le film ne pouvait s’appeler « Yves de Vérité » pour éviter de rappeler une très ancienne superstition disparue ou en voie de disparaître, et qui vouait deux antagonistes irréductibles au jugement sans appel de Saint-Yves. En fait, le titre exact restait encore à trouver.

ACCUSES ! LEVEZ – VOUS !…

Pour cette nouvelle aventure cinématographique qui promettait d’être passionnante, et dont la réussite ne faisait aucun doute, tout était bouclé. L’appui des élus, du clergé, de la population, de l’ensemble des Bretons, y compris ceux de la « diaspora »… et des financiers était acquis, il n’y avait plus personne à tenter de convaincre, le calendrier du tournage définitif était arrêté : été, automne et hiver 1954. Cependant, paradoxalement, il restait à convaincre…les hommes de loi. Cette corporation aurait dû être la première à soutenir un tel film. Il n’était pas pensable que les magistrats, les avocats ne s’y intéressent pas, n’était-ce pas un film en l’honneur de leur saint Patron, mais aussi d’eux-mêmes ? Or pour une (ou des) raison(s) incompréhensible(s), à de rares exceptions, avocats, magistrats ne répondirent pas à l’appel, ce qui auprès des financiers retirait une grand part de la crédibilité du film. Le seul financement par souscriptions ne pouvait suffire. Les frères Caouissin ne souhaitaient pas renouveler l’expérience financière hasardeuse du « Mystère du Folgoat ». Autant l’idée d’un tel film et sa concrétisation pour le tourner avait été bon-train, autant avait été rapide l’arrivée des illusions perdues. Malgré les nouvelles démarches, le verdict s’avéra être sans appel : c’était “Non !”  

La défaillance des Hommes de loi désintéressa les banques, et ferma les portes des aides du Centre du Cinéma.

L’échec de ce beau rêve marqua fortement Herry Caouissin. Sur la chemise du dossier du film désormais rangé dans lessaint yves cartons, il inscrira : « Film non réalisé par l’indifférence de ceux qui se prétendent les « filleuls » de Saint-Yves : les Avocats, les Magistrats. Accusés ! levez-vous ! au Tribunal présidé par Maître Yves Helori ». Et pourtant, comme l’indiquait l’entête du papier-lettre spécialement édité, ce film était «  A la Gloire du Patron de la Bretagne et des GENS de JUSTICE ».

Dans les années qui suivront, Herry Caouissin, pour d’autres projets de films connaîtra les mêmes désillusions, tout comme en connaîtront ses amis cinéastes Jean Delannoy ou Claude Autant-Lara. Tout trois avaient le tort de ne pas faire partie d’un certain microcosme qui confisquait le 7ème art à leur seul profit, entre « petits copains de la même bien-pensance » ou, dirions-nous aujourd’hui « entre petits copains faisant dans le cinéma culturellement et politiquement correct ».

1954 s’avérera être aussi une très mauvaise année sur bien des plans. Outre que nous étions encore dans les années de l’immédiat après-guerre, années encore vives en passions non-éteintes. Sur le plan politique, la guerre d’Algérie venait de commencer, et les gouvernements s’adonnent sans retenue à de joyeuses valses ministérielles. A l’Est, la révolte Hongroise contre le joug communiste couve, et allait sans tarder être réprimée dans le sang par les chars de l’Armée Rouge (1956). 1954, qui est aussi l’année du terrible « Hiver 54 », qui deviendra célèbre par l’appel angoissé de l’abbé Pierre, dans un contexte social et politique incertain qui incitait à toutes les prudences.

saint yves,creston,brittia filmsL’opportunité de tourner un tel film ne se représentera donc pas. Les années qui vont suivre seront celles des « Trente Glorieuses ». L’évolution de la société -qui deviendra une « société de consommation »- est en marche vers le nihilisme actuel. Le monde rural va subir une mutation telle, que toute la donne sur un tel projet ne pouvait plus être la même. Or le film reposait beaucoup sur sa participation.

Une autre « évolution » non-négligeable, mais qui était depuis très longtemps en germe, va surgir à la suite des bouleversements de l’Eglise par ses « réformes conciliaires ». Toute la spiritualité bretonne traditionnelle qui semblait immuable va, comme partout ailleurs, être « remise en question » et subira une violente débretonnisation, contribuant à l’émergence d’une indifférence religieuse qui, parallèlement à sa modernisation, gagnera le monde paysan. L’Eglise en Bretagne, c’est à dire d’abord son clergé, va abandonner son identité bretonne, laissant celle-ci à ceux qui hier la combattaient. Désormais ses préoccupations ne seront plus d’ordre culturel, car il ne lui apparaît plus que cette voie est aussi source d’évangélisation (ce que plus tard, le pape Jean-Paul nommera « l’inculturation »). Les germes de la révolution sociétale de Mai 68 se font également sentir. Le monde du cinéma lui-même va connaître sa révolution avec « l’Ecole de la Nouvelle Vague » des Godard, Truffaut, Chabrol. Ces « nouveaux Maîtres », qui vont en « toute modestie » se persuader qu’avant-eux il n’y avait que des amateurs sans talents, vont torpiller une manière de concevoir le cinéma, considéré comme ennuyeuse, poussiéreuse, reléguant les « Maîtres » du cinéma traditionnel au rang de « vieux ringards démodés ». Les médias, les financiers, toute une « coterie d’intellectuels et d’artistes branchés » ne jureront plus que par cette « Ecole », verrouillant le monde du cinéma et les aides à leur seul profit.

 

UN CINEMA DE FOI

La particularité de Brittia-Films est de produire des films n’hésitant pas à afficher une identité chrétienne et bretonne. D’emblée, le générique en témoigne : « Le Mystère du Folgoat » se dit« Etre avant tout un acte de Foi » ; foi en Dieu, en sa Mère, la Vierge Marie, en ses saints et saintes, en la Bretagne chrétienne. Ces films ont de ce fait, outre leur rôle culturel, une mission évangélisatrice. Autant dire que dès la fin des années 50, et dans les années 60, ce cinéma chrétien ne passe plus. Alors, en 2014 où les « chefs d’œuvres » sont «  La vie d’Adèle » ou « l’Inconnu du Lac », pour ne citer que ces deux films écrits par des cerveaux torturés allant chercher leur inspiration dans les latrines d’une société malade de ses propres vomissures….

Pour le film sur Saint-Yves, appuyé sur les archives incontestables de sa vie exemplaire, de son procès en canonisation, il ne pouvait qu’être question de bien mettre en avant l’avocat au service d’une authentique justice basée sur l’enseignement christique, ce qui lui vaudra d’être reconnu, 27 ans après sa mort, dans le monde entier, comme le Saint Patron des Hommes de loi. Mais aussi celui des étudiants. Il était hors de question de faire de Yves Helori un gourou des pauvres, doublé d’une sorte d’anarchiste écolo-médiéval, adepte, au nom d’une charité évangélique dévoyée, ou d’idéologies et de combats les plus douteux, comme certains aujourd’hui tentent de le faire, tout comme est récupéré dans ce sens Saint-François d’Assise. Une évidence, un tel film, un tel Saint-Yves, étaient à des années-lumières des parodies de « justice » d’aujourd’hui, et de l’idéologie du très gauchisant Syndicat de la Magistrature.

 

L’autre particularité de Brittia-Films, et ce n’était pas la moindre, était que ses films apportent leur contribution à une œuvre chrétienne. Ainsi, malgré la pauvreté des finances de l’association cinématographique, les premières recettes du « Mystère du Folgoat » seront versées pour la construction de l’abbaye de Landévennec, soit 5.000 francs de 1953. De mêmes, il était prévu que les premières recettes du film « Saint-Yves » aillent à la restauration de l’église « Saint-Yves des Bretons » de Rome. Comme quoi, Brittia-Films était en bien des domaines « précurseur » puisque justement, enfin pourrait-on dire, la restauration de l’église Saint-Yves des Bretons vient de s’achever. Le curé en est actuellement un jeune prêtre bretonnant, l’abbé Guillaume Le Floc’h. Il était encore en projet que ce film soit le « moteur » du lancement d’une “Fête Universelle de Saint- Yves”, mais avec tout son caractère chrétien et breton, donc rien à voir avec les « Fest’Yves » laïcisés d’aujourd’hui.

Ce petit « rappel de Mémoire » de l’œuvre « incontournable » de Brittia-Films, des frères Caouissin n’est que justice, précisément à l’heure où l’église « Saint-Yves des Bretons » de Rome connaît une nouvelle jeunesse, et que Saint-Yves revient « à la mode », mais hélas en le dépouillant trop souvent de sa dimension chrétienne, et en l’instrumentalisant pour le faire « coller » à une vision détournée de la charité et de la Justice…

saint yves,creston,brittia filmsRappelons encore que pendant 20 ans, Herry Caouissin sera le présentateur, l’animateur du Grand Pardon de la Saint-Yves qui se tenait tous les ans en mai aux Arènes de Lutèce de Paris, Pardon initié par l’abbé Elie Gauthier, fondateur de la  « Mission Bretonne » . Une « Fest’Yves » avant l’heure qui ne reniait en rien, bien au contraire, son caractère authentiquement breton, et l’hommage rendu au Saint Patron de la Bretagne. Il est vrai que c’était une époque où les Cercles celtiques, les Bagadous osaient afficher, tout naturellement car le contraire était impensable, leur identité chrétienne, une identité qui se reconnaissait entre-autre par la petite croix celtique, ou le crucifix que toutes les jeunes filles et les dames portaient autour du cou, la croix faisant partie du costume.

En 1967, pour le 7ème centenaire de la venue du jeune Yves Helori à l’Université de Paris, les organisateurs verront grand. Un magnifique défilé médiéval, partant des Arènes, et se rendant en cortège solennel à Notre-Dame de Paris pour une messe de Te Deum d’Action de Grâce. 5000 personnes présentes : Yves Helori, accompagné de son précepteur, est à cheval, ils en descendent et pénètrent dans la cathédrale, attendus par les Autorités Religieuses du lieu. Ils sont suivis d’une forêt de drapeaux et d’oriflammes, des Cercles celtiques, des Bagadous, des Scouts et Guides Bleimor et de leur Bagad. L’Armée est représentée par le Bagad de « La Lande D’ouée » dirigé par le Commandant Lescalier. Une importante délégation d’avocats, de magistrats, en somme ceux-là même qui avaient, treize ans plutôt, boudé le film. C’était magnifique. Que l’on songe, qu’en 1967, nous sommes à un an de la révolution de Mai 1968, et pourtant le succès sera considérable. Une telle manifestation serait aujourd’hui impossible, sans être accusé de « profaner la laïcité de l’espace public », et de « blesser ceux qui pensent autrement ». Herry Caouissin songera longtemps avec mélancolie à cette occasion perdue de film.  

Note d’AR GEDOUR : un grand bâtisseur de projets bretons a récemment confié à Ar Gedour que “sur les projets religieux en Bretagne, il manque d’initiatives spectaculaires et que nous ne voyons pas assez grand”. Certes il y a le Tro Breiz, le Son et Lumière Nicolazig, la Vallée des Saints. Mais il faut encore aller plus loin. C’est pourquoi par nos articles historiques nous tentons de vous proposer de ces idées. Nous évoquions il y a peu la Statue de Sainte Anne du Menez Hom, et aujourd’hui ce film et cette fête de Saint Yves : il y a des idées à actualiser et à se réapproprier pour une nouvelle évangélisation. Et si le déclencheur ne viendra probablement pas du côté de l’institution ecclésiale, il peut cependant très bien provenir de la population. Avis aux amateurs !

Et à propos de projets qui verront le jour grâce à vous : n’oubliez pas que vous pouvez soutenir la grande veillée d’adoration bretonne qui aura lieu à Saint Yves des Bretons le 26 avril prochain à l’occasion de la canonisation de Jean Paul II et Jean XXIII. Pour cela, il vous suffit de cliquer ici et de vous laisser guider

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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