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Santez Klerwi – Sainte Klervi

KlerviSainte Klerwi fait partie des mystères de Landevennec. L’hagiographe de Gwennolé, Gwordistein, abbé uniate de Landévennec, nomme les garçons jumeaux nés de Gwenn Teirbronn, “aux trois seins”, organes dont elle était munie afin de nourrir ses trois enfants. Le troisième était évidemment la soeur qu’il mentionne, mais sans la nommer et en affirmant, dans une digression stupide, qu’elle n’entre pas dans le décompte des mamelles. Comme Gwennolé, quatrième, devait naître plusieurs années plus tard, ou bien Gwordistein avait l’esprit ailleurs, ou bien sa prose a été caviardée.

Il est vrai qu’à Briec, dans la chapelle de Saint Venec (=Gweth[enn]ec) une statue représente Gwenn allaitant ensemble Gwennolé et ses deux aînés. Escamotage inquiétant.

Donc Klerwi était soeur jumelle de s. Iagu (Iacobus) et de Gwethennoc, que les Gallois appellent Cadvan. Son père porte un nom frison, Freacan (qui signifie à peu près “redoutable”). Son père doit donc avoir été des cadres des troupes frisonnes installées en 372 chez les Dumnoniens du nord, dans la région de Dumfries, pour barrer la route aux envahisseurs scots.

Mais, nous dit Gwordistein, Fracan était cousin de Catow, chef en Armorique bretonne. Cela veut dire que sa mère était une soeur de Gerent (Gerontius), le père de Catow. Cela révèle une grande parentèle. Ainsi Klerwi était cousine de  saint Tudwal au second degré.

Les triplés étaient nés dans la première Brittia, au nord de l’actuelle Mer d’Irlande. C’est une épidémie de peste qui décida Fracan, entre 410 et 420,  à rejoindre leurs cousins  dans la nouvelle Brittia. Il aborda dans le pagus de Goélo, dans la nouvelle Domnonée armoricaine. Le nom de Ploufragan indique que  Fracan dut assumer la fonction de machtïern dans le Pagus Pennodobriacus. Klerwi grandit ainsi à proximité des écoles monacales du Goelo.

Santes Klerwi est connue, soeur de trois saints réputés. Mais on ne lui connait aucune chapelle, aucun culte. D’aucuns évitent de la nommer. Que s’est-il passé ?  Il semble qu’elle ait été victime de l’épuration anti-celtique qui suivit 818. Les romano-francs  reprochaient aux Celtes d’avoir des diaconesses qui participaient à la liturgie. Les monastères doubles, mousterow, partie pour hommes, partie pour femmes, n’étaient pas rares et étaient le plus souvent sous le patronage de Sainte Brigitte, mais les triplés de ste Gwenn  paraissent symboliser cette institution.. Après 818, ils semblent avoir été supprimés. On peut se demander si des sanctuaires dédiés à Klerwi n’ont pas été rebaptisés au profit de la Vierge Marie.

Le culte de ste Gwenn est bien présent en Penthièvre. Elle est honorée à Ploufragan, à Saint-Cast. En Boqueho, La Ville-Blanche (Caerwenn encore au 18ème s.) a une grande chapelle qui lui est dédiée; elle est la patronne de l’église de Gausson.. Le Mousterow le plus proche en Domnonée est en Pleumeur-Bodou.

Le nom de Klerwi provient du vieux-breton *Kreirôi, qui signifie “joyau”. (kreir signifie “relique”). Un tel nom se prête à nourrir des élans et une quête mystique. On pense au Chant de la Perle, dans les Apocryphes, et surtout au Graal décrit par Wolfram von Eschenbach, le Lapis Exillis, Gemme de Vie et Axe du Monde.

La triade Kadvan, guerrier du Christ, Kreirôi, joyau féminin, Iagu, maître-pèlerin (abbé même en Irlande), a pu inspirer  des piétés actives. N’oublions pas que les deux Jacques apôtres évangéliques ont des tombes connues en Orient, si bien que l’on a pu suggérer que le Sant Iago de Compostella n’était autre que le frère de Gwennolé. Mais une telle triade pouvait aussi trouver des opposants…

Klerwi pose un problème ici-bas. Mais in excelcis -er Bangor uhella- elle participe à la Gloire du Seigneur.

À propos du rédacteur Alan Joseph Raude

Linguiste, historien et hagiographe, il a notamment publié des ouvrages sur l'origine géographique des Bretons armoricains et sur l'histoire linguistique de la Bretagne.

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